Les polars français incontournables des années 80-2000 : l’âge d’or du genre

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Les polars français incontournables des années 80-2000

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Entre les années 80 et le tournant des années 2000, le polar français a connu une mutation profonde. D’une littérature souvent cantonnée aux marges, il s’est hissé au rang d’art narratif porté par des voix qui ont bousculé les codes, ancré le crime dans la réalité sociale et donné naissance à des œuvres que l’on relit encore avec la même intensité. À l’heure où les tables des libraires débordent de nouveautés, il serait dommage d’oublier les auteurs par qui tout a commencé. Ces romans ne sont pas de simples classiques poussiéreux, ce sont des pépites hors normes qui n’ont rien perdu de leur puissance, à lire absolument ou à relire. Voici ma sélection des œuvres qui ont façonné cet âge d’or.

Le néo-polar : quand le crime devient politique

Pour comprendre l’explosion du polar français des années 80-2000, il faut remonter au courant qui a tout rendu possible : le néo-polar. Né dans les années 70 sous l’impulsion d’auteurs comme Jean-Patrick Manchette, ce mouvement a arraché le roman policier français à ses conventions. Fini le whodunit rassurant, fini l’enquêteur génial qui remet de l’ordre dans un monde provisoirement dérangé. Avec le néo-polar, c’est la société tout entière qui devient le terrain du crime, et le crime lui-même un symptôme de désordres bien plus vastes.

C’est sur ce terreau que les auteurs des années 80 et 90 ont bâti leurs œuvres. Ils ont hérité de Manchette cette conviction que le polar pouvait parler du monde tel qu’il est, avec ses injustices, ses mémoires enfouies et ses violences ordinaires. Mais ils y ont ajouté leur propre voix, leurs territoires, leurs obsessions. Le résultat est une période d’une richesse littéraire exceptionnelle, dont voici les œuvres les plus marquantes.


Jean-Patrick Manchette – La Position du tireur couché (1981)

Commençons par celui sans qui rien de ce qui va suivre n’aurait existé sous cette forme. La Position du tireur couché est le dernier roman publié du vivant de Manchette, et peut-être le plus abouti. Martin Terrier, tueur à gages méthodique, décide de raccrocher après dix ans de contrats pour retrouver la femme qu’il a aimée. Mais le passé ne lâche personne, et le monde dans lequel il tente de se réinsérer se révèle aussi brutal que celui qu’il prétendait quitter.

Manchette écrit avec une sécheresse chirurgicale. Pas un mot de trop, pas une émotion surjouée. Le style est dépouillé jusqu’à l’os, comme si l’auteur refusait de séduire son lecteur pour mieux le confronter à la mécanique froide de la violence sociale. Ce roman a posé les fondations sur lesquelles toute une génération d’écrivains a ensuite construit.

Martin Terrier était pauvre, esseulé, bête et méchant, mais pour changer tout ça, il avait un plan de vie beau comme une ligne droite. Après avoir pratiqué dix ans le métier d’assassin, fait sa pelote et appris les bonnes manières, il allait rentrer au pays retrouver sa promise et faire des ronds dans l’eau… Mais pour se baigner deux fois dans le même fleuve, il faut que beaucoup de sang passe sous les ponts.

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Didier Daeninckx – Meurtres pour mémoire (1984)

Voici un livre qui a changé la donne. Avec Meurtres pour mémoire, Didier Daeninckx accomplit quelque chose d’inédit dans le paysage du polar français : il utilise l’enquête policière comme outil d’exhumation historique. Le roman commence par un double meurtre, l’un en 1961 lors de la répression sanglante de la manifestation algérienne du 17 octobre, l’autre vingt ans plus tard dans un commissariat de Toulouse. Le lien entre ces deux crimes entraîne le lecteur dans les replis les plus sombres de la mémoire nationale.

À une époque où la France n’avait pas encore regardé en face cet épisode de son histoire, Daeninckx a eu le cran de le mettre au cœur d’un roman policier. Ce faisant, il a démontré que le polar pouvait être un instrument de vérité, capable d’aller là où le discours officiel refusait de s’aventurer. Meurtres pour mémoire reste à ce jour l’un des romans les plus courageux de la littérature policière française.

Paris, octobre 1961 : à Richelieu-Drouot, la police s’oppose à des Algériens en colère. Thiraud, un petit prof d’histoire, a le tort de passer trop près de la manifestation qui fit des centaines de victimes. Cette mort ne serait jamais sortie de l’ombre si, vingt ans plus tard, un second Thiraud, le fils, ne s’était fait truffer de plomb, à Toulouse.

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Daniel Pennac – Au bonheur des ogres (1985)

Avec Au bonheur des ogres, Daniel Pennac a réalisé un tour de force que peu d’auteurs peuvent revendiquer : inventer un univers. Belleville, le magasin, la tribu Malaussène, tout cela surgit d’un seul coup avec une énergie jubilatoire. Benjamin Malaussène, bouc émissaire professionnel dans un grand magasin parisien, se retrouve mêlé à une série d’explosions qui bouleversent son quotidien déjà passablement chaotique.

Ce qui distingue Pennac de ses contemporains, c’est cette capacité à marier le polar et la fantaisie sans que l’un ne dévore l’autre. L’enquête est là, les morts s’accumulent, la tension monte, mais le tout baigne dans une langue généreuse, chaude, traversée d’humour et de tendresse. La saga Malaussène, inaugurée par ce premier tome, s’est poursuivie avec La Fée Carabine (1987), La Petite Marchande de prose (1989) et d’autres volumes qui ont confirmé Pennac comme un conteur hors pair. Lire Au bonheur des ogres, c’est entrer dans une famille dont on ne veut plus sortir.

Côté famille, maman s’est tirée une fois de plus en m’abandonnant les mômes, et le Petit s’est mis à rêver d’ogres Noël. Côté coeur, tante Julia a été séduite par ma nature de bouc (de bouc émissaire). Côté boulot, la première bombe a explosé au rayon des jouets, cinq minutes après mon passage. La deuxième, quinze jours plus tard, au rayon des pulls, sous mes yeux. Comme j’étais là aussi pour l’explosion de la troisième, ils m’ont tous soupçonné. Pourquoi moi ? Je dois avoir un don…

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Thierry Jonquet – Mygale (1984) et Ad vitam aeternam (1993)

Thierry Jonquet est l’un des auteurs les plus dérangeants de cette période, et c’est un compliment. Mygale, publié en 1984, est un roman qui vous attrape par la gorge dès les premières pages et ne vous lâche qu’après vous avoir emmené dans des territoires que vous n’auriez jamais imaginé explorer. L’histoire d’un chirurgien esthétique dont la vengeance prend des formes si monstrueuses que le lecteur hésite entre fascination et répulsion. Pedro Almodóvar s’en est inspiré pour son film La Piel que habito, ce qui en dit long sur la puissance visuelle et narrative du texte.

Ad vitam aeternam, publié en 1993, explore une veine différente mais tout aussi percutante. Jonquet y déploie un polar social ancré dans les réalités les plus crues de la société française. Avec lui, le crime n’est jamais gratuit, il est toujours le produit d’un système, d’une misère, d’un engrenage social dont les personnages tentent désespérément de s’extraire. Jonquet, disparu en 2009, laisse une œuvre qui n’a rien perdu de sa force.

Ève ? Qui est-elle ? Qui est Richard Lafargue, l’homme qui la promène à son bras dans les soirées mondaines puis l’enferme à double tour dans une chambre ? Pourquoi ce sourire subtil sur les lèvres de la jeune femme et autant de rage si mal contenue sur les traits creusés de son compagnon ? Pourquoi vivre ensemble si c’est pour se haïr avec tant de passion ? Drôle de couple… Quel incompréhensible passé lie ces deux êtres hors du commun qui se cachent la plupart du temps derrière les murs de leur villa si tranquille ?

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Sébastien Japrisot – L’Été meurtrier (1977) et Un long dimanche de fiançailles (1991)

Sébastien Japrisot occupe une place singulière dans cette sélection. À cheval entre le polar et la littérature générale, son œuvre défie les classements et c’est précisément ce qui la rend indispensable. L’Été meurtrier, publié en 1977 mais dont l’influence irrigue toute la période qui nous intéresse, est une bombe à retardement narrative. Dans un village du sud de la France, l’arrivée d’une jeune femme incendiaire va réveiller des secrets enfouis. Japrisot y déploie une construction temporelle virtuose, où passé et présent s’entremêlent jusqu’à ce que la vérité éclate avec la violence d’un orage d’été.

Quatorze ans plus tard, Un long dimanche de fiançailles (1991) confirme le génie de Japrisot pour les architectures narratives complexes. Mathilde, jeune femme handicapée, refuse de croire à la mort de son fiancé dans les tranchées de 14-18 et mène sa propre enquête à travers les décombres de l’après-guerre. C’est un roman d’amour, c’est un roman d’enquête, c’est un roman de guerre, et c’est surtout un chef-d’œuvre absolu qui transcende tous ces genres. La capacité de Japrisot à maintenir le suspense tout en construisant des personnages d’une humanité bouleversante reste, aujourd’hui encore, une leçon d’écriture.

 » J’ai dit d’accord. Je suis facilement d’accord sur les choses. Enfin, je l’étais avec Elle. Une fois, je lui ai donné une gifle et, une fois, je l’ai battue. Et puis, je disais d’accord. Je ne comprends même plus ce que je raconte. Il n’y a qu’à mes frères que je sais parler, surtout le cadet, Michel. On l’appelle Mickey. Il charrie du bois sur un vieux Renault. Il va trop vite, il est con comme un verre à dents.  » Lisez la suite. Ce roman vous tiendra en haleine jusqu’au bout…

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Jean-Claude Izzo – La trilogie marseillaise : Total Khéops (1995), Chourmo (1996), Solea (1998)

Jean-Claude Izzo a accompli quelque chose de rare : il a donné à une ville sa voix policière. Avec la trilogie marseillaise, Marseille n’est pas un simple décor, elle est le cœur battant du récit, avec ses odeurs de poisson grillé sur le Vieux-Port, ses quartiers où se mêlent toutes les langues de la Méditerranée et ses blessures que le soleil ne parvient pas à cicatriser. Fabio Montale, flic atypique né de l’immigration italienne, enquête dans cette ville qui est autant sa mère que sa malédiction.

Total Khéops ouvre le bal avec la mort de deux amis d’enfance de Montale, l’un voyou, l’autre journaliste, et plonge le lecteur dans un Marseille où le crime organisé, la corruption politique et les solidarités de quartier s’entremêlent inextricablement. Chourmo poursuit avec une intensité accrue, et Solea referme la trilogie sur une note d’une mélancolie dévastante. Izzo écrit comme on cuisine un bouillabaisse : avec des ingrédients humbles, de la patience et une passion qui se transmet à chaque page. Sa prose est charnelle, généreuse, gorgée de lumière même quand elle raconte l’obscurité. Disparu en 2000 à seulement 55 ans, Izzo a laissé une empreinte indélébile sur le polar français.

Du Panier aux quartiers nord, du Vieux Port à l’Estaque, nous suivons les pérégrinations de Fabio Montale, flic déclassé de la Brigade de surveillance des secteurs, fils d’immigrés italiens qui aime les poètes des Cahiers du Sud, la pêche, la soupe au pistou de la vieille Honorine, les bouteilles de Lagavulin, les femmes et Marseille bien sûr.Il y a vingt ans, il y avait Lole, la belle Gitane, et, autour d’elle, Manu, Ugo, et Fabio. À présent ses deux potes de braquage sont morts d’une balle dans la peau : une pour Manu, puis une pour Ugo venu le venger… L’enquête de Fabio le plonge dans son passé trouble et les plaies à refermer se multiplient. D’autant qu’une de ses amies se fait violer et assassiner.Dur ! « Total Khéops » comme le chante le groupe IAM. Autrement dit, bordel généralisé, fange pestilentielle dont on ne sort pas.

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Fred Vargas – Debout les morts (1995) et Pars vite et reviens tard (2001)

Fred Vargas a inventé quelque chose qui n’existait pas avant elle dans le polar français : un univers où l’érudition, la poésie et l’humour cohabitent avec le meurtre sans que personne ne trouve ça bizarre. Debout les morts, publié en 1995, pose les fondations de cet univers. Trois historiens fachés, un arbre mystérieusement planté dans un jardin et un voisinage qui bascule dans l’enquête : Vargas y révèle déjà son talent pour transformer le quotidien le plus anodin en énigme captivante.

Mais c’est avec Pars vite et reviens tard, en 2001, qu’elle atteint un sommet. Le commissaire Adamsberg, ce rêveur perpétuel dont l’intuition défie toute logique, se retrouve face à des signes mystérieux tracés sur les portes des immeubles parisiens, des signes qui rappellent ceux que l’on peignait au temps de la peste. L’enquête qui s’ensuit est un voyage entre les siècles, mené par un personnage dont la singularité ne cesse de fasciner. Vargas écrit comme personne d’autre : ses phrases ont une musique particulière, ses dialogues une saveur unique, et ses intrigues un sens du décalage qui rend chaque roman différent de tout ce qu’on a lu avant. Elle a prouvé qu’on pouvait être à la fois archéologue médiéviste, romancière à succès et créatrice d’un style incomparable.

Joss, crieur de profession, déclame pour les habitants leurs petites annonces et de mystérieux messages en ancien français. Pendant ce temps, le commissaire Adamsberg reçoit une jeune femme s’inquiétant de l’apparition de dessins énigmatiques sur treize portes de son immeuble. Entre ces messages et ces dessins : cinq cadavres morts par strangulation et recouverts de charbon de bois. La panique s’installe alors que s’insinue la peur de la peste noire…

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Jean-Christophe Grangé – Les Rivières pourpres (1998)

Les Rivières pourpres est l’un de ces romans qui marquent une date dans l’histoire du genre. Publié en 1998, le livre a propulsé Jean-Christophe Grangé au rang de figure majeure du thriller français et a démontré que la France pouvait produire des page-turners capables de rivaliser avec les meilleurs auteurs américains. L’intrigue se déploie sur deux enquêtes parallèles menées par deux policiers que tout oppose : Pierre Niémans, commissaire brillant mais tourmenté, envoyé dans une université alpine où un cadavre atrocement mutilé a été découvert, et Karim Abdouf, jeune lieutenant de banlieue confronté à une profanation de tombe dans une petite ville du nord.

Ce qui fait la puissance de ce roman, c’est la convergence progressive de ces deux enquêtes, menée avec une maîtrise du rythme qui ne faiblit jamais. Grangé construit son suspense avec la précision d’un horloger, chaque chapitre apportant son lot de révélations tout en ouvrant de nouveaux abîmes. Le décor montagnard, oppressant et magnifique à la fois, participe pleinement à la tension. Les thèmes de la consanguinité intellectuelle, de l’eugénisme universitaire et de la purification par le sang confèrent au récit une profondeur qui dépasse le simple thriller. Les Rivières pourpres a ouvert une voie que Grangé a continué d’explorer avec Le Vol des cigognes, Le Concile de pierre et bien d’autres, mais ce premier grand succès reste pour beaucoup son chef-d’œuvre.

Un cadavre, horriblement mutilé, suspendu entre ciel et terre dans les montagnes de la région grenobloise. Une tombe, celle d’un petit garçon, mystérieusement «visitée» pendant la nuit, cependant que les dossiers le concernant disparaissaient de son école. Deux énigmes, que vont s’attacher à résoudre deux flics hors normes : Pierre Niémans, policier génial, dont les méthodes peu orthodoxes ont compromis la carrière. Et Karim Abdouf, l’ancien délinquant devenu flic, dont la couleur de peau et les dreadlocks suscitent plutôt la défiance dans le trou de province où on l’a nommé… Les deux affaires vont se rejoindre, et les deux hommes se reconnaître. Ensemble, ils vont remonter vers le terrifiant secret des rivières pourpres.

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Tonino Benacquista – La Maldonne des sleepings (1989) et Saga (1997)

Tonino Benacquista est le franc-tireur de cette sélection. Inclassable, joueur, toujours là où on ne l’attend pas. La Maldonne des sleepings, publié en 1989, est une entrée en matière idéale pour découvrir son univers. Antoine, couchettiste sur les trains de nuit, se retrouve mêlé à une histoire de trafic d’œuvres d’art qui va transformer ses nuits ferroviaires en cauchemar. Le cadre est original, le ton vif, l’humour omniprésent, et derrière la légèreté apparente se cache un véritable sens de l’intrigue.

Saga, publié en 1997, pousse l’audace encore plus loin. Quatre scénaristes engagés pour écrire une série télé dont personne n’attend rien vont créer un phénomène qui leur échappe complètement. Ce n’est pas un polar au sens strict, mais la mécanique narrative, les jeux de manipulation et la réflexion sur le pouvoir de la fiction rattachent ce roman à l’univers du crime par des chemins détournés. Benacquista prouve que les frontières du genre sont faites pour être franchies.

Dans les trains de nuit, mon boulot, c’est le sommeil des autres. Mais quand il s’agit de veiller sur un dormeur que l’Europe s’arrache, quand les contrôleurs, les douaniers et les énervés du cran d’arrêt cherchent à me poinçonner, je me mets à regretter le doux temps de l’Orient-Express. Tout ce que je désire, c’est éviter de me faire descendre à la prochaine.

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Jean-Bernard Pouy – La Belle de Fontenay (1992)

Jean-Bernard Pouy est l’un de ces auteurs que les amateurs de polar vénèrent et que le grand public connaît moins qu’il ne le devrait. Co-fondateur de la mythique collection Le Poulpe, il a écrit des dizaines de romans dont La Belle de Fontenay demeure l’un des plus représentatifs de son talent. Son écriture est nerveuse, drôle, ponctuée de références culturelles qui vont du jazz au cinéma en passant par la politique, et ses personnages évoluent dans un Paris populaire saisi avec une justesse qui rappelle les meilleurs dialoguistes du cinéma français.

Pouy incarne une veine du polar français qui refuse le sérieux papal sans pour autant renoncer à la profondeur. Ses romans sont des machines narratives lubrifiées à l’humour noir, où le rire et l’angoisse ne sont jamais très éloignés l’un de l’autre. Si vous ne l’avez pas encore lu, c’est une lacune qu’il serait judicieux de combler.

Laura, une lycéenne de 17 ans, est trouvée morte dans le jardin d’Enric Jovilar, un vieil anarchiste. D’abord soupçonné par la police, Enric est vite relâché car son alibi est de taille: sa belote hebdomadaire au bar Le Thermomètre. Regrettant la compagnie de Laura qui venait souvent – sans autre ambiguïté – profiter du jardin, Enric décide de mener son enquête. Rendu sourd-muet par une balle qui lui a traversé le crâne alors qu’il fuyait la guerre d’Espagne, Enric va devoir rencontrer les fréquentations de Laura en leur soumettant un questionnaire. Tous y répondent mais certains ne lui paraissent pas sincères : il découvre que Laura avait des amants, des jeunes de son âge, mais aussi des adultes, dont M. Fray, le professeur de français. Seul indice : Laura s’intéressait de près à mai 68…

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Dominique Manotti – Sombre Sentier (1995)

Dominique Manotti est arrivée au roman policier par un chemin inhabituel : historienne de formation, spécialiste d’histoire économique, elle a commencé à écrire après cinquante ans. Ce parcours atypique explique en partie la singularité de son œuvre. Sombre Sentier, son premier roman, plonge le lecteur dans le Paris des années 80, entre ateliers clandestins du Sentier, réseaux de prostitution turcs et magouilles policières. Le commissaire Daquin, flic homosexuel dans un milieu qui ne l’est guère, mène une enquête où les intérêts économiques, politiques et criminels s’entremêlent dans un écheveau redoutable.

Ce qui frappe chez Manotti, c’est la rigueur documentaire au service de la fiction. Chaque détail sonne juste parce qu’il repose sur une connaissance précise des mécanismes économiques et sociaux. Son polar n’est pas seulement divertissant, il est instructif au sens noble du terme : il vous apprend comment fonctionne le monde tout en vous tenant en haleine. Manotti a poursuivi avec des romans comme Kop (1998) et Nos fantômes, confirmant sa place parmi les voix les plus originales du polar français.

« Sombre Sentier se déploie sur l’échiquier du crime international, selon un tempo qui ne subit pas un instant la moindre baisse de régime. »
1980, quartier du Sentier à Paris : les ouvriers turcs sont en grève et luttent pour sortir de la clandestinité. Dans un de leurs ateliers de confection textile, on retrouve le corps d’une adolescente thaïe. De descentes de police en interrogatoires, l’affaire prend rapidement un autre tour. Le commissaire Daquin et son indic Soleiman sauront-ils démêler les fils d’un trafic international où la mafia côtoie des politiques de haut vol ?

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Un héritage vivant

Des années 80 aux années 2000, le polar français a vécu une transformation radicale. Manchette a posé les fondations, Daeninckx y a ajouté la mémoire, Pennac la fantaisie, Jonquet la noirceur sociale, Japrisot l’architecture narrative, Izzo le territoire, Vargas la poésie, Grangé le souffle du thriller, Benacquista l’impertinence, Pouy l’humour et Manotti la rigueur. Ensemble, ils ont fait du polar français ce qu’il est aujourd’hui : un genre littéraire vivant, divers, capable de tout accueillir, du récit le plus intime au thriller le plus spectaculaire.

Si cette liste vous a donné envie de replonger dans ces années fondatrices, n’hésitez pas à parcourir mes chroniques pour découvrir d’autres pépites. Et si vous avez votre propre favori de cette époque qui ne figure pas dans cette sélection, partagez-le en commentaire : les meilleures recommandations viennent souvent des lecteurs.

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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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