« Bienvenue dans Scène de lecture, le podcast du Monde du Polar à voix haute. Dans cet épisode, j’ai le plaisir de vous lire moi-même un extrait de mon roman, « On ne mange pas les cannibales », paru aux éditions Belfond. Quelques minutes de lecture, quelques pages arrachées à l’histoire. Je vous souhaite une bonne écoute. »
L’extrait de « On ne mange pas les cannibales »
Il y a quatre cadavres dans ton jardin, tu entends ? Qui sont les deux autres ?
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Le géant te parlait et toi tu le regardais, incrédule et méfiant
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Quand j’avais achevé ma mère, c’était comme si l’air était entré dans mes poumons d’un seul coup. Je me souvenais de l’ivresse que j’avais ressentie, la tête me tournait à cause de l’alcool mais j’avais eu l’impression d’un surcroit soudain d’oxygène. Avant de l’étouffer avec l’oreiller, quelques années plus tôt, je l’avais poussée du toit sur lequel elle m’avait demandé de monter pour fixer des tuiles qui nous tombaient dessus. Dans la gouttière j’avais entendu des petits cris. Un jeune chat était coincé à l’intérieur. J’avais passé le bras dans le conduit et il me manquait quelques centimètres pour l’atteindre. Je crois que lui-même avait été attiré par un nid d’oiseaux qui avaient élus domicile dans le chéneau. Ma mère me criait « Qu’est-ce que tu fiches, bon sang ? » et je lui avais expliqué « Il y a un chat coincé dans le tuyau ! » « Il est vivant ? » avait demandé la vieille. « Oui ! Il est sur un nid de piafs, mais je n’arrive pas à l’attraper ! ». Elle était partie chercher un outil et m’avait rejoint sur le toit avec la cantine de mon père. Il revoyait précisément la gamelle en émail vert clair mouchetée de blanc avec un couvercle retenu par deux claps en métal qu’elle tenait avec précaution par le fil de fer de son anse. Elle s’était penchée sur la gouttière « Minou, minou… » « p’être qu’avec un manche de balai, il pourrait remonter, ce con ? » j’avais dit. Et elle avait vidé le contenu de la gamelle de papa dans le conduit. Au contact des boulets de charbon brûlants, le chat s’était enflammé en même temps que le nid. Je l’entendais pousser des cris de nouveaux nés et ça sentait de poulet grillé. Je ne sais plus combien de temps a duré son agonie avant qu’il se taise. Ses poils avaient laissé place à de la chair calcinée qui partait en lambeaux jaunes et noirs. Quand ma mère était redescendue, j’ai poussé l’échelle sur laquelle elle se tenait et elle était tombée à la renverse dans un long ahhhhh !
Franchement, je ne sais pas très bien ce qui avait provoqué ce geste, mais dans le moment je l’avais ressenti comme une nécessité. Je n’en avais rien à foutre du chat. Peut-être que sa cruauté m’avait échauffé et qu’elle ouvert une brèche nouvelle en moi. En la voyant faire, je m’étais dit que tout était permis.
Elle était là, étalée au sol les bras en croix, elle ne bougeait plus. Et moi comme un âne, je n’avais plus d’échelle pour redescendre. Mes doigts s’étaient coincés bêtement dans un trou du zinc brûlant de la gouttière sur laquelle j’avais pris appui pour sauter au sol. J’avais lâché le conduit, les doigts étaient restés dans le tuyau avec le chat.
Comme elle n’était pas tout à fait morte, je l’avais portée jusqu’à son lit en fulminant qu’elle ne crèverait jamais, bordel. Je pissais le sang. Féline allait rentrer de l’école, je ne voulais pas qu’elle la trouve comme ça, étalée comme le père quand il était tombé du cerisier. Et ensuite, j’étais parti à pied à l’hôpital pour montrer ma main. Ça faisait un mal de chien. Mais j’avais encore plus mal d’avoir rater ma mère, même si je l’avais quand même bien escamotée en faisant d’elle un légume jusqu’à ce jour où je l’avais finie.
Et puis il y avait eu Carnage. La bête avait accepté la mort comme un ordre. Jusqu’au bout ses bons yeux, sa loyauté totale et absolue. Rien que d’y penser, une boule me montait dans la gorge. Même si à l’époque cela aussi m’avait réconforté. Comme cette expression, un clou chasse l’autre, tuer le chien avait chassé le meurtre de ma mère.
Mais pour les deux autres cadavres, franchement, je n’en savais rien. À moins que ce soit le petit Mickey qui avait disparu du jour au lendemain. Et s’il y en avait un autre, ma foi, je n’y étais pour rien. Ce n’était pas moi qui les avais butés, ni enterrés.
C’était Scène de lecture, le podcast du Monde du Polar à voix haute. Si cet extrait vous a donné envie, retrouvez la chronique complète de « On ne mange pas les cannibales » sur lemondedupolar.com. À très bientôt pour une nouvelle lecture.
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.

















