Interview de Céline Cléber

Updated on:

Top polars à lire absolument

Le mystere Vesaccio de Michael Guittard
La Consultante en Divergences de Joël Striff
Palimpsestes de Francis Nopré-Villière

Céline Cléber : Quand l’expertise institutionnelle nourrit la fiction

Céline Cléber est le pseudonyme sous lequel se cache un haut fonctionnaire depuis plus de vingt ans qui évolue dans les plus hautes sphères du pouvoir national. Cette identité d’emprunt permet à l’auteur de préserver son anonymat tout en publiant un témoignage particulièrement engagé sur les rouages du pouvoir français.

Manifestement familier du ministère de l’Intérieur, l’auteur possède une connaissance exceptionnelle de l’appareil d’État français. Dans le cadre de ses fonctions, il est amené à côtoyer les « têtes pensantes » du pouvoir en France, ce qui lui confère une expertise unique sur le fonctionnement des institutions.

Publié aux Éditions Toucan en mars 2025, « Douce France » est un roman de 426 pages qui se présente comme « le roman-vrai de la prochaine guerre civile en France ». L’ouvrage raconte comment un jeune désœuvré, proche du milieu islamiste, allume l’étincelle qui manquait pour embraser une France divisée et anxieuse.

La force du récit de Céline Cléber réside dans le fait qu’il s’appuie scrupuleusement sur la réalité des institutions, des forces de l’ordre et des procédures que l’auteur connaît de l’intérieur grâce à sa vie professionnelle. Le réalisme des événements et l’extrême ressemblance des personnages avec les dirigeants qu’elle côtoie au quotidien donnent au livre une dimension quasi-documentaire.

L’auteur ne se contente pas d’écrire de la fiction : Céline Cléber assume pleinement la dimension d’avertissement de son récit, tout en espérant que cette vision du « pire » ne se concrétisera jamais. Son objectif est d’alerter sur les risques pesant sur les capacités de réaction d’institutions qui n’ont que l’apparence de la solidité, fragilisées par la conjugaison de la lâcheté et de l’irresponsabilité des individus qui les constituent.

L’interview de Céline Cléber

Vous écrivez à la main ou au clavier ?
Au clavier, le plus souvent. A la main quand j’accompagne ma moitié pour une session de peinture sur le motif.

Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
Les deux. J’écris plutôt le matin et aussi à l’heure du déjeuner, que j’engouffre en cinq minutes. Ce sont des moments de calme.

À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
Je mets du temps, car j’accumule de la documentation, et puis mon métier est prenant. Mais j’accélère. Le premier tome de Douce France a été publié en mars 2025. J’espère livrer le deuxième à mon éditeur en janvier-février 2026.

Votre plus belle émotion d’auteur ?
Quand mon éditeur (Damien Serieyx au Toucan noir) m’a indiqué par courriel que mon texte Douce France l’intéressait et a sollicité un entretien téléphonique.

Le livre qui vous a le plus marqué ?
Le Journal d’un curé de campagne de Bernanos. La foi de ce petit curé, le don de sa personne, l’atmosphère de grâce de l’ouvrage m’ont bouleversé. Du reste, le « BER » de mon nom de plume vient de BERnanos.

Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
Le bruit que fait un couteau sur la gorge qu’il tranche.

Votre lieu de crime idéal ?
Les institutions : l’Elysée, l’hôtel Matignon, le Palais Bourbon, le palais du Luxembourg du Sénat. Le crime de sang y matérialise les crimes politiques qui s’y commettent chaque jour. Le contraste entre leur atmosphère feutrée et luxueuse et le sordide brutal du crime y produit des effets narratifs passionnants.

Votre arme du crime préférée ?
Les mots, qui peuvent frapper des quantités de personnes.

Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
Oui, elles m’inquiètent et elles m’excitent. Je les écris d’ailleurs pour faire peur au lecteur, et puis écrire est aussi une catharsis pour l’auteur. Je crains que ce ne soit pas « éditorialement correct » de dire cela mais j’adore me relire.

Votre pire cauchemar d’auteur ?
Ne pas être lu ? Et aussi qu’un lecteur me dise à propos de telle ou telle procédure juridique ou policière : « mais cela ne se passe pas du tout comme cela ! ». Alors que j’ai passé des heures à me documenter sur le sujet.

Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Promoteur immobilier, je recyclerais l’argent sale en construisant des immeubles de mauvaise qualité et mal insérés dans la ville. Cela nourrirait en permanence le vivier de clients mal dans leur peau consommateurs de stupéfiants.

Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
Les eaux minérales. Vous avez vu ce scandale des eaux Nestlé (Perrier, Contrex, Vittel…) ? Le crime économique est souvent le plus rentable.

Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
Un roman historique. J’en ai d’ailleurs un en stock auquel je mets la dernière main…sur les Templiers.

Le livre dont vous êtes le plus fier ?
Le livre tiré de ma thèse. J’y ai travaillé des années et il a été très apprécié par de grands universitaires que j’admire. Douce France est aussi une fierté car les avis des lecteurs montrent que le livre les a touchés.

Où vous sentez-vous chez vous ?
Si j’étais taquine, je reprendrais une réplique culte d’un de mes films favoris, L’enquête corse : « je connais tous les chemins de mon pays ». En vérité : en Bretagne, ou en Italie, en particulier à Rome ou en Ombrie.

Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
L’écriture et la lecture sont des parties importantes de ma vie personnelle et professionnelle. Dans l’administration, nous écrivons beaucoup, des notes, des rapports… Cela étant, le style bureaucratique est très particulier, sec et impersonnel, le tout mâtiné de pseudo objectivité. Le roman est un moyen de me libérer de ce style très normé et d’un vocabulaire parfois appauvri.
Surtout, il ne fait pas bon tout dire dans le cercle technocratique. L’administration est une machine à « moyenniser », à euphémiser. Le fonctionnaire qui va sortir du cadre sera rapidement anathématisé comme « clivant ». C’est bien dommage pour l’État lui-même, qui est ainsi privé de capacité d’imagination, d’originalité, de pas de côté. Vous connaissez la « théorie du 10ème homme », remise eu goût du jour par le film World War Z, qui repose sur l’idée que, face à une situation critique, il est impératif d’envisager des alternatives aux idées « évidentes » pour éviter des erreurs de jugement collectives1 ? Le roman politique ou policier peut parfois jouer ce rôle. Il est l’occasion de briser l’étau du « silence » de la pensée unique.
Le roman permet aussi d’explorer un continent méconnu des rapports administratifs et politiques : la psychologie et l’histoire personnelle des acteurs, qui donnent pourtant la possibilité de comprendre bien des choses et de faire des hypothèses sur les raisons profondes de certaines décisions politiques.
Le polar est par ailleurs un magnifique outil pour parler de notre société et, en particulier, de ses soubassements méconnus : à savoir l’administration et les conseillers ministériels. Dans le cas très particulier de la France, c’est aussi un moyen de s’affranchir d’un « politiquement correct » devenu étouffant et une occasion de toucher les tripes du lecteur.
Enfin, j’écris les histoires que j’aimerais lire pour mieux comprendre. Douce France était ainsi une façon de mettre au clair mes idées, tirées de mon expérience, sur l’immobilisme à la française, cette incapacité que nous avons à régler le problème de l’islamisme et de la criminalité organisée. Souvenez-vous : en 1993, François d’Aubert, président de la commission d’enquête anti-mafia de l’Assemblée nationale, mettait en garde contre la criminalité organisée et sa capacité de blanchiment de l’argent sale. C’était il y a …32 ans. Il n’a guère été écouté !


En guise de conclusion, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ? Une actualité, un nouveau projet qui vous passionne, une œuvre à paraître ou un événement spécial que vous souhaiteriez mettre en lumière ?

J’écris actuellement la suite de Douce France. Plusieurs lecteurs m’ont indiqué qu’ils verraient bien le livre prendre une forme cinématographique. Une série, peut-être ? Je crois qu’ils ont raison, sa structure et son fond s’y prêteraient bien. Par ailleurs, un éditeur m’a demandé d’écrire une uchronie sur la France, sous la forme « et si cela s’était passé ainsi… ? ». J’ai par ailleurs repris un roman historique que je n’ai jamais présenté à un éditeur. Il se passe au XIIIème siècle autour de l’Ordre des templiers et de la géopolitique de l’époque médiévale. Je caresse aussi le rêve d’écrire une uchronie qui mettrait en scène les tribus arabes chrétiennes, comme les Ghassanides qui avaient fondé un royaume florissant, face à l’invasion islamique du Moyen-Orient au VIIème siècle. Et j’ai un rêve : écrire l’histoire d’un cardinal de la Renaissance, un homme assez exceptionnel, homme d’Eglise, guerrier, amoureux des livres…Bref, du travail en perspective.

Plus généralement, je serais heureuse de pouvoir échanger avec mes lecteurs et sentir leur sensibilité. Je vous confie mon adresse électronique pour eux : celinecleber [@] gmail.com

La chronique du dernier livre de Céline Cléber

Douce France de Céline Cléber
Douce France Céline Cléber

Le roman-vrai de la prochaine guerre civile en France
Tout commence un soir d’été, lorsqu’un jeune désœuvré, proche du milieu islamiste, allume l’étincelle qui manquait pour embraser une France divisée et anxieuse. Progressivement, sous les coups de boutoir d’une petite minorité d’extrémistes violents, tout le pays entre en guerre civile. Les autorités, partagées entre le cynisme, la lâcheté et l’incompréhension, ne parviennent pas à endiguer le conflit qui voit des territoires entiers entrer en sécession. Quelques individus tentent cependant, jours après jours, d’enrayer la chute, mais y parviendront-ils ?
Le lecteur entre dans les coulisses du pouvoir, en découvre les ressorts et s’interroge sur les risques pesant sur les capacités de réaction d’institutions qui n’ont que l’apparence de la solidité, fragilisées par la conjugaison de la lâcheté et de l’irresponsabilité des individus qui les constituent.


Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


Laisser un commentaire