Le nudging démocratique selon Mina Kasmi : thriller politique et réflexion sociale

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L’architecture narrative du pouvoir contemporain

Mina Kasmi déploie dans « Intimes Persuasions » une cartographie saisissante du pouvoir à l’ère numérique, où les mécanismes de contrôle social s’exercent désormais par la séduction plutôt que par la contrainte. L’auteure construit son récit autour du programme Nova, cette création littéraire qui fonctionne comme un miroir grossissant de nos démocraties algorithmiques. Ce dispositif fictif révèle avec une acuité troublante comment l’innovation technologique peut transformer imperceptiblement l’exercice du pouvoir politique, substituant à l’autorité frontale une influence diffuse mais omniprésente.

La force du roman réside dans sa capacité à rendre tangible l’abstraction du « nudging » comportemental, cette technique d’influence douce qui guide nos choix sans nous en donner conscience. Kasmi évite l’écueil du roman à thèse en incarnant ces enjeux théoriques dans des situations concrètes : une notification sur un téléphone, un formulaire administratif redessiné, un message personnalisé qui arrive au moment exact de vulnérabilité émotionnelle. Cette matérialisation du concept permet au lecteur de saisir intuitivement les ressorts d’un système où la manipulation devient invisible parce qu’elle emprunte le visage de l’aide et du conseil bienveillant.

L’architecture narrative épouse la complexité de son sujet en refusant les simplifications manichéennes. Plutôt que d’opposer frontalement résistance et oppression, l’auteure explore les zones grises où s’entremêlent bonnes intentions et dérives autoritaires. Cette nuance se cristallise particulièrement dans le personnage de Gabriel Morel, dont le parcours illustre comment l’engagement sincère peut progressivement basculer vers la complicité passive. La progression dramatique suit ainsi la lente érosion des certitudes morales, révélant comment les systèmes totalitaires modernes s’édifient non par la brutalité mais par l’accumulation de micro-consentements arrachés dans l’ombre.

L’originalité de Kasmi tient également à sa compréhension fine des mécanismes médiatiques contemporains, qu’elle intègre organiquement à sa narration. Le roman ne se contente pas de décrire un système de contrôle : il montre comment ce système fabrique sa propre légitimité en orchestrant les récits qui l’entourent. Les débats télévisés, les campagnes d’influence sur les réseaux sociaux, les éléments de langage savamment distillés constituent autant de rouages narratifs qui participent pleinement à l’intrigue tout en éclairant notre époque avec une perspicacité remarquable.

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Intimes Persuasions Mina Kasmi
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Clara Delmas : portrait d’une journaliste en résistance

Clara Delmas incarne une figure journalistique qui transcende les stéréotypes convenus de la profession. Loin du cliché de la reporter intrépide ou de l’intellectuelle désincarnée, Kasmi façonne un personnage ancré dans la réalité contemporaine du métier : précarité économique, pressions hiérarchiques, solitude du travail d’investigation. Cette authenticité permet à l’auteure d’explorer les contradictions inhérentes à l’exercice critique dans un monde où l’information circule à vitesse vertigineuse, souvent au détriment de la vérification et de l’analyse approfondie. Clara navigue dans cet environnement avec une détermination qui n’exclut ni le doute ni la vulnérabilité.

Le personnage se distingue par sa méthode d’enquête, minutieuse et obstinée, qui contraste avec l’immédiateté de l’époque. Kasmi dépeint une journaliste qui privilégie la patience sur le scoop, l’accumulation d’indices sur la révélation spectaculaire. Cette approche méthodique devient en elle-même un acte de résistance face à l’accélération générale de l’information et aux logiques économiques qui régissent désormais la presse. Les scènes où Clara épluche des documents, recoupe des sources ou attend le bon moment pour poser une question révèlent une conception artisanale du journalisme qui fait écho aux enjeux démocratiques du roman.

L’évolution psychologique de Clara constitue l’un des fils conducteurs les plus subtils du récit. Son parcours émotionnel, notamment sa relation complexe avec Gabriel Morel, illustre les zones de tension entre engagement professionnel et attachement personnel. Kasmi évite de résoudre facilement cette contradiction en maintenant jusqu’au bout l’ambiguïté des sentiments de son héroïne. Cette complexité humaine enrichit le portrait sans jamais affaiblir la détermination journalistique du personnage, démontrant que l’intégrité professionnelle peut coexister avec les failles et les hésitations de l’être humain.

La dimension politique du personnage émerge progressivement, sans proclamation ni manifeste explicite. Clara incarne une forme de résistance qui procède par accumulation patiente plutôt que par éclat révolutionnaire. Son combat contre l’opacité du programme Nova révèle une conception de la démocratie où la transparence constitue un préalable indispensable au consentement éclairé des citoyens. À travers ce personnage, Kasmi interroge le rôle du journalisme dans les sociétés contemporaines, entre quatrième pouvoir traditionnellement conçu et nouvelle fonction de veille démocratique face aux mutations technologiques du politique.

Gabriel Morel ou la conscience professionnelle en mouvement

Gabriel Morel représente l’une des créations les plus sophistiquées de Kasmi, un personnage dont la trajectoire morale épouse les contours tortueux de la technocratie contemporaine. Haut fonctionnaire brillant et sincèrement convaincu, il incarne cette génération d’énarques formés à l’idéal de service public mais confrontés aux mutations profondes de l’État à l’ère numérique. Son parcours révèle comment l’expertise technique peut progressivement occulter les enjeux démocratiques, transformant l’intention louable d’améliorer les services publics en mécanisme d’influence comportementale. Cette évolution s’opère sans brutalité narrative, par glissements successifs qui rendent le personnage d’autant plus crédible qu’il demeure humain dans ses contradictions.

La construction psychologique du personnage repose sur un équilibre délicat entre compétence professionnelle et aveuglement progressif. Kasmi explore avec finesse les mécanismes par lesquels un esprit rationnel peut rationaliser l’inacceptable, non par cynisme mais par adhésion sincère à une logique d’efficacité qui finit par primer sur les considérations éthiques. Gabriel ne devient pas complice par calcul mais par épuisement du questionnement, illustrant cette fatigue démocratique qui caractérise nombre de nos contemporains face à la complexité croissante des enjeux politiques. Son intelligence même devient le piège qui l’empêche de percevoir les dérives du système qu’il contribue à édifier.

L’originalité du traitement réside dans la façon dont l’auteure maintient l’empathie du lecteur envers ce personnage potentiellement antipathique. Gabriel conserve une humanité qui transparaît dans ses moments de doute, ses tentatives de résistance interne, sa culpabilité sourde face aux conséquences de ses actes. Cette nuance psychologique évite l’écueil du personnage-symbole pour proposer un portrait d’homme ordinaire pris dans l’engrenage de structures qui le dépassent. Sa relation avec Clara catalyse cette tension intérieure, révélant les failles d’un système de défense intellectuel construit pour justifier l’injustifiable.

Le personnage fonctionne également comme révélateur des contradictions de l’innovation publique contemporaine. À travers lui, Kasmi interroge la notion de progrès technologique appliquée à l’administration, questionnant les présupposés qui sous-tendent la digitalisation des services publics. Gabriel incarne cette technocratie bienveillante qui prétend optimiser la démocratie par l’efficacité, sans mesurer que cette optimisation peut conduire à la négation même de l’idéal démocratique. Son évolution constitue ainsi une parabole sur les dangers d’une gouvernance qui substituerait la performance à la délibération, l’algorithme au débat public.

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Nova, miroir de nos sociétés algorithmiques

Le programme Nova transcende le simple artifice narratif pour devenir une métaphore puissante de notre époque, celle où les algorithmes façonnent silencieusement nos comportements quotidiens. Kasmi conçoit ce dispositif fictif avec une précision technique qui révèle une compréhension aiguë des enjeux contemporains liés à l’intelligence artificielle appliquée aux politiques publiques. Nova fonctionne comme un concentré de nos inquiétudes collectives face à la numérisation croissante de l’existence, cristallisant en un seul système les multiples formes de surveillance douce qui caractérisent nos démocraties libérales. L’auteure parvient ainsi à rendre palpable une réalité souvent abstraite, celle d’un pouvoir qui s’exerce par la prédiction et l’orientation des désirs plutôt que par l’interdiction.

L’ingéniosité de cette création littéraire réside dans sa plausibilité troublante, qui évite l’écueil de la science-fiction dystopique pour ancrer le récit dans un présent reconnaissable. Les mécanismes décrits – notifications personnalisées, interfaces adaptatives, profilage comportemental – puisent directement dans l’arsenal technologique actuel des géants du numérique, transposé au domaine de l’action publique. Cette proximité avec le réel confère au roman une dimension d’alerte qui ne verse jamais dans l’alarmisme gratuit. Nova révèle comment l’innovation technologique peut transformer la nature même du lien politique, substituant à la contrainte légale une forme d’influence psychologique plus subtile mais potentiellement plus efficace.

La force symbolique de Nova tient également à sa capacité d’expansion narrative, fonctionnant comme un révélateur des différents niveaux de complicité sociale. Le système ne se contente pas d’agir sur les citoyens : il transforme également ceux qui le servent, des concepteurs aux agents de terrain, créant une chaîne de responsabilités diluées où chacun peut se croire innocent du processus global. Cette mécanique narrative permet à Kasmi d’explorer les ressorts psychologiques de l’adhésion collective à des systèmes potentiellement liberticides, montrant comment la fragmentation des responsabilités facilite l’acceptation de l’inacceptable.

Le programme devient finalement le personnage central du roman, doté d’une existence propre qui échappe progressivement à ses créateurs. Cette personnification subtile de la technologie évoque les craintes contemporaines face à l’autonomisation des systèmes algorithmiques, questionnant notre capacité collective à maîtriser les outils que nous créons. Nova illustre ainsi cette modernité ambiguë où le progrès technique peut se retourner contre ses concepteurs, transformant les instruments de libération en mécanismes d’asservissement. L’œuvre de Kasmi trouve ici sa résonance la plus profonde, proposant une réflexion nuancée sur les défis que pose l’innovation technologique à la démocratie contemporaine.

Les mécanismes du « nudging » démocratique

Kasmi déploie dans son roman une anatomie remarquablement précise du « nudging », cette technique d’influence comportementale qui prétend préserver le libre arbitre tout en orientant subtilement les choix individuels. L’auteure révèle avec une clarté saisissante comment cette approche, théorisée par l’économie comportementale, peut basculer de l’incitation bienveillante vers la manipulation systémique lorsqu’elle s’applique à grande échelle. Le génie littéraire de Kasmi consiste à incarner ces concepts abstraits dans des situations concrètes : un formulaire administratif dont l’interface guide imperceptiblement vers certaines réponses, des notifications qui arrivent aux moments de vulnérabilité émotionnelle, des messages personnalisés qui exploitent les biais cognitifs identifiés par les algorithmes.

L’exploration de ces mécanismes révèle une compréhension fine des paradoxes inhérents au paternalisme libéral contemporain. Nova illustre comment l’État moderne peut exercer un contrôle social inédit tout en maintenant l’illusion du choix personnel, substituant à l’autorité traditionnelle une forme d’influence psychologique plus subtile mais potentiellement plus efficace. L’auteure montre avec acuité comment le nudging démocratique transforme la nature même de la citoyenneté, réduisant progressivement le citoyen à un ensemble de variables comportementales à optimiser. Cette transformation s’opère sans violence apparente, par l’accumulation de micro-influences qui finissent par modeler les préférences collectives selon des objectifs définis par les concepteurs du système.

La force du roman tient à sa capacité de révéler les présupposés idéologiques dissimulés derrière l’apparente neutralité technique du nudging. Kasmi démontre comment cette approche véhicule une conception particulière du bien commun, imposée sans débat démocratique par des experts convaincus de détenir les clés du comportement rationnel. Le programme Nova devient ainsi le révélateur d’une technocratie qui évacue la dimension politique au profit d’une logique gestionnaire, substituant l’efficacité comportementale à la délibération collective. Cette critique ne verse jamais dans la dénonciation simpliste mais procède par accumulation d’évidences narratives qui permettent au lecteur de saisir intuitivement les enjeux démocratiques sous-jacents.

L’originalité de l’approche de Kasmi réside dans sa capacité à montrer comment le nudging peut transformer ses propres concepteurs en instruments du système qu’ils ont créé. Gabriel Morel incarne cette ironie tragique d’une technocratie qui finit par échapper à ceux qui l’ont conçue, révélant comment l’expertise technique peut devenir un piège intellectuel qui empêche de percevoir les dérives du pouvoir. Le roman illustre ainsi les limites d’une approche purement instrumentale de la politique, questionnant la possibilité même d’un nudging véritablement démocratique dans un contexte où les citoyens ignorent l’existence des mécanismes qui orientent leurs choix.

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Une intrigue amoureuse au service du politique

La relation entre Clara et Gabriel constitue bien davantage qu’un simple ressort dramatique destiné à humaniser des enjeux abstraits. Kasmi orchestre cette liaison avec une subtilité qui évite les écueils du roman sentimental tout en exploitant pleinement les potentialités narratives de cette attraction contrariée. L’auteure transforme cette histoire d’amour en laboratoire moral où s’éprouvent les convictions de chacun des protagonistes, révélant comment l’intime peut éclairer le politique sans jamais s’y substituer. Cette alchimie narrative permet d’explorer les zones grises de l’engagement personnel face aux compromissions professionnelles, questionnant la possibilité même d’aimer quelqu’un dont on réprouve les actes.

L’évolution de cette relation épouse les contours de l’intrigue politique, créant un système de tensions croisées qui enrichit considérablement la dynamique du récit. Chaque rapprochement entre les personnages révèle paradoxalement l’ampleur de leurs divergences idéologiques, tandis que leurs affrontements intellectuels laissent transparaître une attirance mutuelle qui transcende leurs oppositions. Kasmi évite soigneusement la facilité dramatique qui consisterait à résoudre le conflit politique par la réconciliation amoureuse, maintenant jusqu’au bout l’irréductibilité de leurs positions respectives. Cette intransigeance narrative confère une authenticité particulière aux personnages, qui conservent leur complexité morale sans céder aux sirènes de la simplification sentimentale.

L’originalité de ce traitement réside dans la façon dont l’auteure utilise l’intimité comme révélateur des mécanismes de pouvoir contemporains. La relation Clara-Gabriel illustre comment les rapports de séduction peuvent reproduire à l’échelle interpersonnelle les logiques d’influence qui structurent le programme Nova. Cette mise en abyme subtile questionne les frontières entre manipulation consciente et inconsciente, entre persuasion légitime et chantage affectif. L’amour devient ainsi un prisme d’analyse politique, révélant les ressorts psychologiques qui permettent l’acceptation de l’inacceptable dans les sphères publique comme privée.

Cette intrigue sentimentale fonctionne également comme contrepoint émotionnel à la froideur technocratique qui caractérise l’univers de Nova. Face à un système qui réduit l’humain à des algorithmes comportementaux, l’amour réaffirme l’irréductible singularité des êtres, leur capacité de résistance face aux tentatives de prédiction et de contrôle. Kasmi explore ainsi les tensions entre rationalité politique et émotion personnelle, montrant comment ces deux dimensions de l’existence humaine peuvent s’éclairer mutuellement sans jamais se confondre. Cette sophistication narrative élève le roman au-dessus du simple thriller politique pour en faire une méditation sur les conditions de possibilité de l’authenticité dans un monde dominé par l’artifice technologique.

L’écriture du doute et de la complexité morale

L’art de Kasmi se déploie dans sa capacité remarquable à éviter les certitudes tranchantes au profit d’une exploration nuancée des dilemmes contemporains. Son écriture cultive délibérément l’ambiguïté morale, refusant de distribuer les rôles selon une logique binaire qui opposerait mécaniquement les « bons » aux « méchants ». Cette sophistication narrative se manifeste particulièrement dans le traitement du personnage de Gabriel, dont la trajectoire illustre comment l’engagement sincère peut progressivement dériver vers la complicité passive. L’auteure parvient ainsi à maintenir une tension dramatique qui procède moins de l’affrontement manichéen que de l’exploration patiente des contradictions humaines face aux enjeux de pouvoir.

Cette esthétique du doute se traduit également dans la construction même du récit, qui progresse par accumulation d’indices plutôt que par révélations spectaculaires. Kasmi adopte une approche quasi-documentaire qui mime le travail journalistique de Clara, laissant au lecteur le soin de reconstituer progressivement la logique du système Nova. Cette méthode narrative produit un effet de réalisme saisissant, transformant la lecture en enquête collaborative où chaque élément contribue à dessiner les contours d’une vérité complexe. L’écriture épouse ainsi la démarche investigatrice qu’elle décrit, créant une correspondance formelle entre le fond et la forme qui renforce la crédibilité de l’ensemble.

La prose de Kasmi se distingue par sa capacité à rendre sensibles les mécanismes abstraits du pouvoir contemporain sans sacrifier la fluidité narrative. L’auteure parvient à intégrer organiquement les dimensions techniques du programme Nova dans le tissu romanesque, évitant l’écueil de l’exposition didactique qui pourrait alourdir le récit. Cette maîtrise technique se double d’une attention particulière aux détails psychologiques, révélant comment les grands enjeux politiques se traduisent dans l’intimité des consciences individuelles. L’écriture navigue ainsi avec aisance entre l’analyse sociologique et l’exploration psychologique, créant un équilibre narratif qui sert autant la réflexion que l’émotion.

L’originalité stylistique du roman réside finalement dans cette capacité à faire du doute méthodique un principe d’écriture fécond. Kasmi transforme l’incertitude en moteur dramatique, montrant comment l’hésitation peut devenir une forme de résistance face aux certitudes idéologiques. Cette poétique de l’interrogation permanente confère au texte une modernité particulière, en phase avec une époque où les repères traditionnels vacillent sous l’effet des mutations technologiques. L’œuvre trouve ainsi sa force dans cette modestie assumée qui préfère poser les bonnes questions plutôt que d’imposer des réponses définitives, proposant au lecteur un espace de réflexion plutôt qu’un système de pensée clos.

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Résonances contemporaines et portée littéraire

« Intimes Persuasions » trouve sa pertinence dans cette capacité singulière à saisir l’air du temps sans tomber dans l’immédiateté journalistique. Kasmi parvient à cristalliser en fiction des inquiétudes diffuses qui traversent nos sociétés démocratiques face à l’omniprésence algorithmique, offrant un cadre narratif pour penser des phénomènes encore largement informulés dans le débat public. Le roman anticipe les dérives potentielles de technologies déjà présentes dans notre quotidien, transformant l’extrapolation en outil de compréhension du présent. Cette prescience littéraire confère à l’œuvre une dimension prophétique qui dépasse le simple divertissement pour toucher aux fonctions critiques traditionnellement dévolues à la littérature.

L’inscription du roman dans la tradition du roman politique français révèle une filiation assumée avec des œuvres qui, de Balzac à Houellebecq, ont su décrypter les mutations sociales de leur époque. Kasmi actualise cette lignée en adaptant les codes du genre aux enjeux technologiques contemporains, prouvant que le roman demeure un instrument d’analyse sociale pertinent à l’ère numérique. Cette modernisation ne procède pas par rupture mais par enrichissement, intégrant les nouvelles formes de pouvoir dans un cadre narratif éprouvé. L’auteure démontre ainsi que les questions politiques fondamentales – liberté, consentement, résistance – conservent leur actualité tout en revêtant des formes inédites qui exigent de nouveaux outils d’appréhension.

La force d’évocation du roman tient également à sa capacité d’éclairer les mutations anthropologiques induites par la révolution numérique. Nova ne se contente pas de décrire un système de contrôle : il révèle comment la technologie transforme notre rapport à l’autonomie, à la décision, à l’authenticité. Cette dimension anthropologique élève le propos au-delà de la simple critique politique pour interroger les conditions de possibilité de la subjectivité dans un monde algorithmique. Kasmi explore ainsi un territoire littéraire encore largement en friche, celui des nouvelles formes d’aliénation qui caractérisent l’époque contemporaine.

L’œuvre s’inscrit finalement dans cette tradition littéraire qui fait du roman un laboratoire d’expériences morales, un espace de réflexion sur les choix collectifs qui engagent l’avenir démocratique. Sans prétendre épuiser la complexité de son sujet, « Intimes Persuasions » offre une contribution significative à la compréhension des défis que pose l’innovation technologique aux sociétés libérales. Le roman de Kasmi prouve que la littérature conserve sa capacité d’illumination critique face aux transformations les plus contemporaines, confirmant sa vocation à penser ce que l’actualité peine encore à formuler. Cette réussite place l’auteure dans la lignée des romanciers qui savent transformer l’observation sociale en création artistique durable.

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Mots-clés : Nudging, Démocratie algorithmique, Journalisme d’investigation, Technocratie, Influence comportementale, Roman politique contemporain, Surveillance douce


Extrait Première Page du livre

 » Acte I

Chapitre 1

Ministère de la Transformation publique, 10h30

Tout semblait sous contrôle. Lumière blanche, tranchante, sur l’estrade de la salle de presse. Verres d’eau alignés comme des preuves. Pupitres dressés, drapeaux tricolores à la symétrie militaire. Rien ne devait dépasser. Pas même une émotion. Et pourtant, Gabriel sentait la sueur perler lentement à sa tempe.

Un léger fourmillement dans la paume. Il ajusta sa montre d’un geste machinal, plus pour occuper ses doigts que pour vérifier l’heure. Une tension dans la nuque, imperceptible à l’œil nu. Sa mâchoire se crispa brièvement, puis se relâcha.

Son sourire, lui, ne bougeait pas. Parfait. Professionnel.

Sur l’estrade, Aurore Le Goff, ministre de la Transformation publique, déroulait son discours avec cette élégance professorale qu’il lui connaissait bien. Une voix calme, un phrasé limpide. L’art de faire passer une réforme technique pour un projet de société.

— Nova n’est pas un programme de contrôle, martelait-elle. C’est un dispositif d’accompagnement citoyen. Nous vivons une époque de complexité croissante. Il s’agit de renouer le dialogue entre l’État et les citoyens, non en les contraignant, mais en les guidant. Comprendre leurs besoins, leurs résistances, leurs espoirs : voilà le cœur de notre engagement. »

Elle parlait comme on rassure un enfant : doucement, mais sans lui laisser le choix.

Gabriel l’écoutait, sans vraiment l’entendre. Il connaissait chaque inflexion de cette voix, chaque virgule du discours. Il l’avait peaufiné avec elle, jusqu’au moindre silence. Ce ton — cette autorité douce, presque maternelle — c’était aussi le sien. À travers elle, il parlait. « 


  • Titre : Intimes Persuasions
  • Auteur : Mina Kasmi
  • Éditeur : Auto-édition
  • Nationalité : France
  • Date de sortie : 2025

Résumé

Un thriller politique haletant au cœur des coulisses du pouvoir.
Quand Clara Delmas, journaliste d’investigation, révèle l’existence d’un programme gouvernemental fondé sur la manipulation comportementale, elle ne sait pas encore que ses découvertes la mèneront jusqu’au plus haut sommet de l’État.
Face à elle : Gabriel Morel, conseiller politique brillant, architecte involontaire d’un système qu’il ne maîtrise plus. Entre eux, une attirance ambivalente, une quête de vérité — et un mensonge qui pourrait tout faire basculer.
Secrets d’État, stratégies d’influence, loyautés fissurées…
Intimes persuasions est un roman à deux voix où se mêlent tension psychologique, amour contrarié et suspense contemporain.


Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


2 réflexions au sujet de “Le nudging démocratique selon Mina Kasmi : thriller politique et réflexion sociale”

  1. Manuel,

    Merci beaucoup pour cette critique fouillée, dense et étayée. Ravie que mon livre ait suscité ces réflexions sociétales et presque anthropologiques sur notre utilisation des algorithmes. C’était exactement mon but. Honorée que tu aies trouvé une filiation avec Balzac dans mon traitement des ces transformations. Je n’y avais même pas songé. Longue vie à ton blog et bises à tes lecteurs.

    Répondre
    • Chère Mina,
      Merci infiniment pour ton message ! C’est moi qui te remercie pour ce roman aussi intelligent que captivant. « Intimes Persuasions » offre effectivement une réflexion passionnante sur notre rapport aux algorithmes et à la manipulation numérique.
      Je suis ravi que la référence à Balzac te plaise ! Ton regard acéré sur les mutations de notre société contemporaine m’a vraiment fait penser à cette ambition de dresser un portrait d’époque. Tu y parviens avec brio.
      Merci pour tes encouragements concernant le blog et pour la générosité de tes mots. Je te souhaite un immense succès pour ce livre qui mérite d’être largement lu et discuté.
      Bises,
      Manuel

      Répondre

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