Interview de Chloé Archambault auteure canadienne

Interview de Chloé Archambault auteure canadienne

Chloé Archambault, l’avocate qui a choisi les espions

II y a des trajectoires qui expliquent une écriture. Celle de Chloé Archambault en fait partie. Montréalaise de toujours, elle a d’abord étudié la littérature et l’histoire de l’art avant de bifurquer vers le droit, puis exercé des années durant dans les meilleurs cabinets d’avocats avant de quitter son bureau et ses associés pour se consacrer à l’écriture. De cette double formation, elle a gardé le goût de l’image et le sens du dossier : la rigueur documentaire du juriste au service d’un imaginaire nourri de peinture et de cadrage.

Car Chloé Archambault fait aussi de la photo. Ses séries en noir et blanc et en couleur, du Vietnam à Hong Kong, de la Sicile à la Toscane, disent assez d’où vient cette manière très particulière de composer une scène. Elle écrit en français et en anglais des récits où le visuel est omniprésent, la prépondérance de l’image constituant une facette distinctive de son style. On la lit comme on regarde : les lieux se dressent, les objets pèsent, les corps occupent l’espace. C’est probablement ce qui donne à ses romans d’espionnage cette texture concrète qui manque si souvent au genre.

Son premier roman, Alias Nina P., paraît chez Flammarion Québec en 2024, puis en Europe chez Nouveau Monde Éditions en 2025, et impose d’emblée une voix. Élevée dans un orphelinat de Moscou puis recrutée par les services russes, Ekaterina Yegorova étudie à l’Université McGill sous le nom de Nina Palester, jusqu’à ce qu’une mission au Sommet du G7 de Charlevoix fasse voler en éclats la mécanique la mieux huilée. Le livre a été couronné par le prix Jacques-Mayer 2025, après que sa version anglaise, The Decoy, eut remporté la Screencraft Cinematic Book Competition 2024. Une reconnaissance qui n’a rien d’un hasard : le roman d’espionnage québécois est une denrée rare, et celui-ci mêle le contre-espionnage, les agents doubles et le français parlé de Montréal avec une aisance déconcertante.

L’atout, paru en mars 2026, prolonge et approfondit l’aventure. Ekaterina y est devenue Rose Ellis, sous protection de la CIA, jusqu’à ce que l’empoisonnement de son père au Novitchok la ramène dans une partie où le SVR, le GRU et le renseignement américain avancent leurs pions sans qu’elle sache jamais lequel la protège vraiment. Identité fracturée, loyautés impossibles, taupe tapie au cœur du dispositif : Chloé Archambault n’écrit pas des thrillers d’espionnage, elle se sert de l’espionnage comme d’un révélateur. Il était temps de lui poser quelques questions.

L’interview questionnaire de Chloé Archambault

Vous écrivez à la main ou au clavier ?
J’écris le texte au clavier.

Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
Lève-tôt. La lumière matinale et le café sont des combustibles formidables pour l’écriture.

Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
Une énergie créatrice qui aurait pu tout aussi bien s’exprimer autrement. Une sorte de mécanique d’absorption involontaire de tout ce qui nous entoure, dont le contenu est décomposé puis réassemblé dans mon mixeur interne avant d’être renvoyé vers l’extérieur sous la forme d’un roman ou d’une nouvelle.

À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
Mes deux premiers romans ont été publiés à 18 mois d’intervalle. J’ai trouvé cela un peu rapide. Un rythme de deux années d’écart me semble idéal pour les projets futurs.

Votre plus belle émotion d’auteur ?
Lorsque je termine un manuscrit. Avant, on peut avoir comme ambition d’écrire une certaine histoire mais on ne sait pas si on va y arriver. Personnellement, le doute m’habite jusqu’à la toute fin. Il y a aussi le plaisir de lire le commentaire d’un lecteur qui a aimé ce qu’on écrit.

Le livre qui vous a le plus marqué ?
Ouf ! Difficile de répondre. Il y a en fait une multitude de livres qui m’ont marquée. Et étant donné que je lis autant en français qu’en anglais, cela complique encore plus les choses. Certains ouvrages se démarquent toutefois : Les Misérables de Victor Hugo, L’Écume des jours de Boris Vian, The Sun Also Rises d’Ernest Hemingway, Setting Free the Bears de John Irving. Il y a aussi des auteurs dont la façon de raconter a contribué de façon indéniable à mon amour de la littérature et de l’écriture : Marcel Pagnol, Romain Gary, Daniel Pennac, Graham Greene et John le Carré en font partie. Il ne s’agit ici que d’un trop petit échantillon.

Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
Mes romans n’ont pas, jusqu’à présent, nécessité de recherche que je qualifierais de bizarre. Cela dit, mes fouilles approfondies avec Google sur la structure opérationnelle de la communauté du renseignement aux États-Unis et en Russie, sur le Novitchok et sur le plastique explosif ont peut-être fait de moi un sujet d’intérêt chez les Américains et les Russes. Je rigole, évidemment.

Votre lieu de crime idéal ?
Il n’y en a pas : le crime est opportuniste. L’endroit est déterminé selon les circonstances propres à l’intrigue et le moment est choisi en fonction des probabilités de succès. Chaque récit s’articule autour des personnages qui en font partie. La multitude d’éléments en jeu crée la trame narrative, laquelle mène d’elle-même au choix du lieu du crime.


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Votre arme du crime préférée ?
Idem. À moins d’opter pour une mise en scène de type « tueur en série » (ce que je ne fais pas) l’arme d’un crime dépend entièrement du récit.

Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
Non. Je ne fais pas dans l’horreur. Mes personnages ne sont pas des psychopathes. Je tente plutôt de décomposer ce qui existe en chacun de nous qui peut nous faire agir d’une certaine façon dans certaines circonstances.

Votre pire cauchemar d’auteur ?
Ne plus avoir d’idées. La page blanche sur laquelle aucun mot n’atterrit. Ou alors ne plus être en mesure physiquement d’écrire, suite à un accident ou une maladie.

Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Blanchisseuse de fonds.

Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
Une petite table pour goûter à une nouvelle tartinade dans la rangée des produits congelés : on y est plus tranquille. Une fausse employée vous tend le truc alléchant auquel personne ne peut résister. Vous le mangez, vous vous effondrez. La gentille dame qui vous l’a offert quitte les lieux par la porte de service.

Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
Le roman contemporain (par opposition au roman historique) dont la seule préoccupation est de raconter une histoire passionnante.

Le livre dont vous êtes le plus fier ?
Trop tôt pour pouvoir véritablement répondre à cette question puisque je n’ai publié que deux romans. Pouvons-nous en reparler dans dix ans ?

Où vous sentez-vous chez vous ?
Au bord de la mer. L’Atlantique ou la Manche : une mer forte et fraîche avec de longues plages. Une mer de marins. C’est mon endroit préféré au monde.


En guise de conclusion, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ? Une actualité, un nouveau projet qui vous passionne, une œuvre à paraître ou un événement spécial que vous souhaiteriez mettre en lumière, un prix reçu, une dédicace ou un salon ?

Si je n’avais pas lu, je ne pourrais pas écrire. Et si, enfant, j’avais passé des heures à regarder des écrans, je le pourrais encore moins. Un livre fait travailler l’imaginaire. Les algorithmes qui rendent accros le tuent. Ce sera l’un des éléments en toile de fond de mon prochain roman : la nécessité d’une révolte contre le monde numérique.

Plus d’infos sur Instagram : @chloearchambault_autrice

Page officielle : chloearchambault.com

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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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