Bruno Malivert signe avec Alice e s t Alice un thriller psychologique magistral

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Alice e s t Alice de Bruno Malivert

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L’architecture narrative du doute

Dès les premières pages, Bruno Malivert établit un pacte troublant avec son lecteur. Le retour d’Alice de Milan s’inscrit dans une temporalité précise – jeudi 18 mai, 22h30 – qui ancre le récit dans une réalité tangible, avant de la faire basculer imperceptiblement. Cette datation méticuleuse, reprise chapitre après chapitre, fonctionne comme un garde-fou illusoire : le temps s’écoule normalement, pourtant tout déraille. L’auteur construit son intrigue sur un dispositif aussi simple que vertigineux : la substitution photographique. Un détail visuel qui contamine progressivement l’ensemble de l’univers d’Alice, transformant son appartement familier en territoire hostile. Cette progression par cercles concentriques – du cadre sur la console aux documents administratifs, du dressing aux espaces de vie – orchestre une montée d’angoisse remarquablement maîtrisée.

La structure narrative emprunte aux codes du thriller psychologique tout en s’en démarquant par sa gestion du mystère. Malivert ne multiplie pas les rebondissements spectaculaires ; il préfère l’érosion lente des certitudes. Chaque chapitre ajoute une couche supplémentaire d’incertitude, sans jamais offrir au lecteur le confort d’une explication définitive. La confrontation d’Alice avec l’inspecteur Kozinsky au commissariat illustre parfaitement cette stratégie narrative : plus elle tente de démontrer la réalité de ce qui lui arrive, plus les preuves se dérobent. La plaque d’immatriculation inexistante, l’absence de documents, la voiture disparue – chaque élément qu’elle avance pour étayer sa version se transforme en argument contre sa propre crédibilité.

L’auteur déploie également une temporalité fragmentée qui mime la désorientation de son héroïne. Les retours en arrière s’insèrent naturellement dans le fil du récit, créant un effet de brouillage mémoriel. Alice se souvient-elle correctement de cette soirée sur la terrasse avec Étienne ? Combien de fois ont-ils réellement partagé ces moments ? Ces interrogations, apparemment anodines, installent un climat d’incertitude rétrospective qui contamine jusqu’aux fondations de l’histoire. Cette architecture narrative, qui refuse les certitudes tout en maintenant une tension constante, place le lecteur dans la même position inconfortable qu’Alice : observer sa réalité se fissurer sans pouvoir déterminer où se situe la vérité.

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Le personnage d’Alice : portrait d’une fragilité

Alice Schlosser se dessine en creux, par touches successives qui révèlent une personnalité complexe, loin des archétypes convenus. Brillante intellectuelle dotée d’un doctorat et d’une double maîtrise de langues, elle incarne cette réussite professionnelle qui n’immunise en rien contre les fêlures intérieures. Malivert distille avec finesse les éléments de son passé : ces crises d’angoisse surgies à l’adolescence sans raison apparente, cette première fissure dans une existence jusqu’alors sans histoires. La relation fusionnelle avec Véronique, née dans le partage d’une même vulnérabilité, éclaire d’une lumière particulière son besoin de liens affectifs solides tout en révélant sa difficulté à les maintenir. Cette femme de trente ans qui compense sa petite taille par des talons de treize centimètres porte en elle cette dualité : une apparence maîtrisée, presque autoritaire dans son élégance, et une fragilité psychique toujours prête à ressurgir.

Le choix d’Étienne comme compagnon n’a rien d’anodin dans ce portrait. Alice s’accommode d’un homme distant, souvent absent, qui ne répond pas à ses messages et disparaît régulièrement. Cette acceptation d’une relation où elle n’est jamais tout à fait sûre de l’autre témoigne d’un rapport singulier à l’attachement. L’auteur suggère sans appuyer que cette liberté revendiquée du couple masque peut-être une autre forme de protection : ne pas trop s’investir pour ne pas risquer de perdre pied. Les substances découvertes lors de leurs soirées sur la terrasse, ces moments où elle cède aux caprices d’Étienne, ajoutent une zone d’ombre à son parcours, sans que le roman ne verse dans le jugement moral.

La force de Malivert réside dans sa capacité à rendre Alice profondément humaine dans ses contradictions. Elle fuit Véronique pendant cinq ans avant de se réfugier chez elle à la première difficulté. Elle exige le respect du gardien remplaçant tout en jouant de son sourire pour obtenir l’attention de l’inspecteur Kozinsky. Ces oscillations comportementales ne sont pas des incohérences scénaristiques mais les manifestations d’une psyché sous tension. Le lecteur accompagne une femme qui tente de garder le contrôle alors que tout autour d’elle semble se déliter, et c’est précisément cette tentative désespérée de rationalité qui rend le personnage attachant et crédible.

La mise en scène de l’angoisse

Malivert excelle dans l’art de transformer les espaces familiers en territoires menaçants. L’appartement d’Alice, ce duplex décoré avec soin dans une banlieue chic de l’Ouest parisien, devient progressivement une scène d’oppression. Le couloir qui la sépare de sa porte, ces vingt mètres qu’elle parcourt au retour de Milan, se charge d’une tension palpable. L’auteur utilise les éléments du décor comme autant de pièges visuels : le miroir de l’entrée où Alice craint de ne pas se reconnaître, la console qui supporte le cadre litigieux, les LED encastrées qui éclairent froidement le vestibule. Chaque détail architectural participe à cette atmosphère délétère où le chez-soi perd son statut de refuge pour devenir le théâtre d’une inquiétante étrangeté.

Le romancier déploie une palette sensorielle remarquable pour incarner la panique. Les sensations physiques d’Alice sont restituées avec une précision clinique : le gosier qui s’assèche, le cœur qui s’emballe, le vertige qui saisit, les nausées qui submergent. La crise aux urgences de Neuilly, où elle s’évanouit sur une banquette, illustre cette capacité à rendre tangible la détresse psychique. Malivert ne se contente pas de décrire l’angoisse de l’extérieur ; il plonge le lecteur dans les mécanismes mêmes de la crise de panique, cette vague monstrueuse qui emporte tout sur son passage. Les cigarettes qu’Alice enchaîne, le café sucré qu’elle réclame, les cachets qu’elle cherche dans son sac deviennent les gestes dérisoires d’un apaisement impossible.

Les scènes de confrontation fonctionnent comme des accélérateurs d’anxiété. L’échange téléphonique avec l’inconnu qui la tutoie, l’attente interminable au commissariat, le face-à-face avec le gardien remplaçant dans le parking – chaque interaction sociale transforme Alice en animal traqué. L’auteur joue habilement sur les silences et les respirations au téléphone, ces présences invisibles qui témoignent d’une surveillance dont on ignore l’origine. La salle d’attente du poste de police, avec ses visiteurs silencieux et ses mouches imaginaires, cristallise cette tension d’un temps suspendu où l’angoisse croît dans l’inaction. Cette mise en scène progressive construit un climat oppressant qui maintient le lecteur dans un état de vigilance constante, épousant ainsi l’hypervigilance pathologique de l’héroïne.

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Entre réel et imaginaire : l’ambiguïté comme moteur

Le roman de Malivert repose sur un équilibre fascinant entre deux interprétations possibles, et c’est précisément dans ce refus de trancher que réside sa force narrative. Les éléments objectifs s’accumulent : les photos modifiées, la voiture disparue, l’absence totale de traces d’Étienne dans les fichiers administratifs. Pourtant, l’auteur distille simultanément les indices d’une fragilité psychologique préexistante chez Alice. Ces crises d’angoisse adolescentes ressurgies à la veille du baccalauréat, cette période floue de deux ans sous traitement médicamenteux, ces moments où elle s’entend parler à voix haute dans le vide – autant d’éléments qui alimentent le doute. Malivert orchestre cette dualité avec une subtilité qui évite le piège du twist révélateur : il ne s’agit pas de deviner la « vraie » version, mais d’accepter de naviguer dans cette zone grise où cohabitent plusieurs vérités possibles.

La scène où Alice détruit méthodiquement toutes les affaires de l’intrus constitue un moment charnière de cette ambiguïté. Son acharnement à découper vêtements et documents, sa satisfaction presque jubilatoire à effacer toute trace de cet homme qu’elle ne reconnaît pas, peut se lire de multiples façons. S’agit-il d’un acte de légitime défense contre une manipulation perverse, ou d’un déni violent face à une réalité qu’elle refuse d’admettre ? L’auteur laisse planer les deux hypothèses sans jamais en privilégier une. De même, l’appel téléphonique mystérieux où une voix masculine prétend la connaître intimement joue sur cette ligne de crête : manipulation calculée ou manifestation d’une mémoire défaillante ?

Malivert utilise également les personnages secondaires pour entretenir cette incertitude productive. Véronique, qui découvre l’appartement et confirme la présence de l’inconnu sur les photos, apporte un témoignage extérieur qui validerait la version d’Alice. Mais cette même Véronique, amoureuse transi depuis toujours, peut-elle être considérée comme un témoin fiable ou n’est-elle qu’un reflet complice des perceptions d’Alice ? L’inspecteur Kozinsky incarne quant à lui la rationalité investigatrice qui bute sur l’absence de preuves tangibles. Son scepticisme croissant face aux déclarations d’Alice ne relève pas d’une incrédulité gratuite mais d’un constat factuel : aucun élément vérifiable ne corrobore son récit. Cette construction narrative en miroir maintient le lecteur dans une suspension du jugement particulièrement stimulante.

Les relations au miroir de l’instabilité

Les liens qu’Alice tisse avec son entourage révèlent une géographie affective aussi complexe que révélatrice. La relation avec Étienne se caractérise par une distance consentie qui intrigue autant qu’elle interroge. Cet homme absent, qui ne répond jamais aux messages, qui disparaît lors des déplacements professionnels d’Alice, incarne une forme de présence fantomatique bien avant les événements du roman. Malivert dessine les contours d’un couple où la liberté revendiquée masque peut-être une incapacité à construire une véritable intimité. Les soirées sur la terrasse, arrosées de dom Pérignon et agrémentées de substances dont Alice ne se souvient qu’imparfaitement, suggèrent une relation fondée sur l’intensité éphémère plutôt que sur la continuité rassurante. Cette dynamique trouve un écho troublant dans la figure paternelle omnipotente : c’est le père qui finance l’appartement, qui offre la chaîne hi-fi, vers qui Alice se tourne instinctivement en cas de crise, même au milieu de la nuit.

Le triangle formé avec Véronique et Jenny ajoute une dimension supplémentaire à ce réseau relationnel fragile. Véronique, l’amie fusionnelle des années difficiles, celle qui partage la même vulnérabilité psychique, n’a jamais vraiment quitté le cœur d’Alice malgré cinq années de quasi-silence. Son « je t’aime » qui lui échappe au téléphone dit tout d’un sentiment jamais formulé mais constamment présent. Alice connaît cette dévotion, l’accepte sans la nommer, s’en sert même lorsqu’elle a besoin d’aide. Jenny, l’amante jalouse de Véronique, fonctionne comme un révélateur de cette ambiguïté : ses crises, ses menaces de tout plaquer, ses intrusions téléphoniques témoignent d’une rivalité que Véronique ne parvient pas à apaiser. L’auteur explore ces affects troubles sans tomber dans le psychologisme simpliste, laissant au lecteur le soin d’interpréter les non-dits et les gestes esquivés.

Ces relations instables trouvent leur prolongement dans les interactions avec des figures plus périphériques. Le gardien remplaçant, dont Alice exige le respect tout en le soudoyant avec des pourboires, illustre son rapport ambivalent à l’autorité. L’inspecteur Kozinsky, qu’elle tente de séduire avant de lui tenir tête, cristallise cette oscillation permanente entre séduction et confrontation. Même les collègues de travail qu’elle abandonne à Milan sans explication témoignent de cette difficulté à maintenir des liens stables. Malivert construit ainsi un univers relationnel en perpétuel déséquilibre, où chaque lien reflète et amplifie l’instabilité intérieure d’Alice.

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Une prose au rythme de la conscience troublée

La prose de Malivert se distingue par son rythme syncopé qui épouse les fluctuations mentales de son héroïne. Les phrases s’allongent lorsqu’Alice tente de rationaliser sa situation, s’enchaînent en cascades de subordonnées qui miment son besoin de tout expliquer, de tout contrôler. Puis elles se brisent net, s’interrompent, laissent des points de suspension lorsque l’angoisse submerge la pensée logique. Cette modulation syntaxique crée un effet de respiration irrégulière qui place le lecteur au plus près de la conscience troublée d’Alice. L’auteur use également d’une ponctuation expressive, multipliant les tirets pour signaler les incises de la pensée, les parenthèses mentales qui viennent parasiter le fil narratif principal. Ce choix stylistique ne relève pas d’une coquetterie formelle mais d’une véritable stratégie d’immersion dans la subjectivité vacillante du personnage.

Le recours au discours indirect libre permet à Malivert de glisser imperceptiblement de la narration objective aux perceptions subjectives d’Alice. On ne sait plus toujours qui parle, qui observe, qui interprète. Cette porosité entre les voix narrative et intérieure installe un trouble fécond : le lecteur accompagne Alice dans ses déambulations tout en partageant ses doutes croissants sur la fiabilité de sa propre perception. Les dialogues, quant à eux, fonctionnent souvent comme des combats verbaux où chaque réplique cache un sous-texte. L’échange téléphonique avec l’inconnu qui la tutoie, l’interrogatoire minutieux de Kozinsky, les conversations avec Véronique où tant de choses restent inexprimées – autant de joutes où les mots disent moins que les silences qui les entourent.

L’auteur démontre également une maîtrise certaine dans la gestion des ellipses temporelles. Les heures passées aux urgences se résument en quelques lignes, condensant le temps mort en pure attente oppressante. À l’inverse, certains moments s’étirent dans une lenteur quasi-cinématographique : la découverte du cadre modifié se déroule seconde par seconde, détail par détail, créant un effet de dilatation temporelle qui amplifie le choc. Ces variations de tempo narratif maintiennent une tension constante tout en évitant la monotonie. Les scènes de rupture, marquées par de simples astérisques, découpent le récit en tableaux distincts qui isolent chaque séquence anxiogène, empêchant toute accoutumance du lecteur à l’atmosphère délétère. Cette économie de moyens stylistiques au service d’une efficacité narrative témoigne d’une conscience aiguë des ressorts du genre.

Thématiques contemporaines et universelles

Au-delà de son intrigue captivante, le roman de Malivert interroge notre rapport à la mémoire et à l’identité dans un monde saturé d’images. Les photographies qui jalonnent l’appartement d’Alice ne sont pas de simples souvenirs figés mais les preuves tangibles d’une existence partagée. Leur manipulation soulève une question vertigineuse : que reste-t-il d’une relation si toutes les traces visuelles qui l’attestent disparaissent ? L’auteur explore cette problématique à l’ère du numérique où nos vies se documentent compulsivement, où chaque moment devient selfie, où l’archive photographique supplante parfois la mémoire vivante. Alice ne se souvient plus précisément de certaines soirées avec Étienne, mais les photos étaient là pour combler ces trous. Leur modification révèle la fragilité de notre construction mémorielle lorsqu’elle s’appuie trop exclusivement sur des supports extérieurs.

La question de la santé mentale traverse le récit avec une acuité particulière. Malivert aborde sans détour les crises de panique, les traitements médicamenteux, les hospitalisations aux urgences psychiatriques, restituant l’expérience de la détresse psychique avec justesse. Le roman évite l’écueil de la stigmatisation tout en refusant l’angélisme : la fragilité d’Alice ne la rend ni plus pure ni plus condamnable, elle fait simplement partie de son histoire. Cette approche nuancée résonne avec les préoccupations contemporaines autour de la reconnaissance des troubles anxieux et de leur légitimité. L’incompréhension de l’entourage, la solitude face à des symptômes que personne ne semble prendre au sérieux, le sentiment d’être piégée dans une réalité que les autres ne perçoivent pas – ces expériences trouvent un écho dans le parcours de nombreux lecteurs.

Le roman sonde également les mutations des liens affectifs dans la modernité. Les couples « libres » comme celui qu’Alice forme avec Étienne, où l’absence de contraintes formelles coexiste avec une incommunicabilité profonde, questionnent nos modèles relationnels. L’hyperconnexion qui permet à Alice d’envoyer des messages à Étienne depuis Milan contraste avec l’impossibilité de véritablement le joindre, symbole d’une proximité technologique qui masque souvent une distance émotionnelle. Les amitiés elles-mêmes portent la marque de cette fragilité : cinq ans de silence entre Alice et Véronique, rompus en un instant par un appel de détresse. Malivert capte ainsi quelque chose de notre époque, où les relations oscillent entre fusion intense et disparition brutale, sans les transitions que permettaient les contraintes géographiques d’autrefois.

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Une œuvre qui interroge notre perception du réel

« Alice e s t Alice » se clôt sans offrir au lecteur le confort d’une résolution définitive, et c’est précisément dans ce refus que réside sa portée la plus profonde. Malivert nous confronte à une vérité inconfortable : la réalité n’est peut-être jamais aussi objective que nous aimons le croire. Le titre lui-même, avec ses espaces typographiques qui fragmentent l’identité, annonce cette exploration des failles de la perception. Alice est Alice, certes, mais quelle Alice ? Celle qui rentre de Milan convaincue de partager sa vie avec Étienne, ou celle que le monde extérieur renvoie à une solitude qu’elle refuse d’admettre ? L’auteur nous place face à cette question vertigineuse : comment distinguer ce qui relève de notre construction mentale de ce qui existe indépendamment de notre conscience ?

Le roman fonctionne comme un dispositif philosophique qui met à l’épreuve nos certitudes épistémologiques. Chaque élément qui pourrait trancher entre les hypothèses se dérobe au dernier moment. Les témoins extérieurs comme Véronique confirment certains faits mais leur propre subjectivité les rend suspects. Les preuves matérielles s’effacent ou se révèlent introuvables. Même le corps d’Alice, qui devrait être le dernier bastion de certitude, la trahit par ses vertiges et ses évanouissements. Malivert explore ainsi les limites de notre faculté à établir des vérités indiscutables. Le lecteur referme le livre avec cette sensation dérangeante d’avoir accompagné un personnage sans jamais pouvoir déterminer avec certitude la nature de ce qu’il a vécu. Cette indécidabilité n’est pas une faiblesse narrative mais un choix délibéré qui nous renvoie à nos propres doutes sur la fiabilité de notre perception quotidienne.

L’œuvre trouve son accomplissement dans cette capacité à transformer le malaise en expérience esthétique. Malivert ne cherche pas à effrayer par des artifices grossiers ni à multiplier les rebondissements spectaculaires. Il construit patiemment une atmosphère où le familier devient inquiétant, où le banal recèle des menaces invisibles. Cette approche fait de « Alice e s t Alice » bien plus qu’un simple thriller psychologique : un roman qui continue de travailler l’esprit du lecteur longtemps après la dernière page. Les questions qu’il soulève sur l’identité, la mémoire, la santé mentale et les fondements de notre rapport au réel dépassent largement le cadre de l’intrigue pour toucher à des interrogations existentielles universelles. Une œuvre qui, par son ambiguïté assumée, nous invite à questionner nos propres certitudes et à accepter que certaines zones d’ombre ne se dissiperont jamais complètement.

Mots-clés : Thriller psychologique, perception, identité, angoisse, ambiguïté, mémoire, santé mentale


Extrait Première Page du livre

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Jeudi 18 mai soir

Il n’avait pas jugé utile de la rappeler à la suite de son message le prévenant que, son déplacement professionnel se terminant plus tôt que prévu, elle avait décidé de ne pas s’éterniser à Milan avec ses collègues de travail qui, eux, avaient préféré profiter de ce temps libre pour passer la journée ensemble. Peut-être que le fait d’avoir pu échanger son billet de retour à la dernière minute y avait été pour beaucoup.

Aussi, même si son silence perdurait depuis des lustres, cela ne l’avait pas inquiétée plus que cela. Ce que d’aucuns auraient pris pour de la goujaterie ne l’avait jamais été aux yeux d’Alice qui connaissait mieux que personne l’ours dont elle partageait l’existence depuis bientôt trois ans.

Il était un peu plus de 22 h 30 lorsque le taxi la déposa juste en bas de son immeuble situé dans l’une des banlieues chics de l’Ouest parisien. Pendant que le chauffeur extirpait sa lourde valise du coffre, elle jeta un coup d’œil au balcon de leur appartement. Tout était éteint. Elle se pressa de régler la course.

À mesure que l’ascenseur avalait les étages, elle sentit son acrimonie prendre le pas sur sa joyeuse impatience des retrouvailles. Dire qu’elle avait renoncé à la perspective d’une agréable fin de séjour pour vite rentrer et voilà qu’il le lui rendait bien en l’accueillant de cette manière…

En débouchant sur le palier du sixième, elle sut que les vingt mètres de couloir qui la séparaient de leur duplex ne suffiraient pas à calmer son amert ume de le voir gâcher leur premier tête -à-tête après son voyage d’étude.

Elle ne prit pas la peine de sonner à la porte. Elle introduisit sa clef dans la serrure pour aussitôt avoir un coup au cœur, en constatant qu’elle n’était pas fermée. À croire qu’il eût été préférable à sa rancœur que ce fût le contraire en signifiant par là même qu’il avait accepté une invitation de dernière minute. « 


  • Titre : Alice e s t Alice
  • Auteur : Bruno Malivert
  • Éditeur : Auto-édition
  • Nationalité : France
  • Date de sortie : 2022

Page officielle : www.bruno-malivert.com

Résumé

Alice Schlosser rentre plus tôt que prévu d’un voyage professionnel à Milan. En pénétrant dans son appartement parisien, elle découvre avec stupeur que sur toutes les photographies, son compagnon Étienne a été remplacé par un parfait inconnu. Pire encore, aucune trace administrative de son existence ne subsiste, sa voiture a disparu, et personne ne semble se souvenir de lui. Face à l’incompréhension générale, Alice commence à douter de sa propre santé mentale.
Ancienne victime de crises d’angoisse durant son adolescence, Alice se débat entre deux hypothèses vertigineuses : est-elle victime d’une manipulation perverse, ou sa mémoire lui joue-t-elle des tours ? Tandis qu’elle tente désespérément de prouver l’existence d’Étienne, le réel se dérobe sous ses pieds. Bruno Malivert construit un thriller psychologique où l’ambiguïté demeure jusqu’au bout, questionnant nos certitudes sur la perception, l’identité et les fondements mêmes de notre rapport à la réalité.


Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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