Écrire un thriller réussi : les 10 règles fondamentales

Écrire un thriller réussi : les 10 règles fondamentales par Patrick Collignon

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Les conseils de Patrick Collignon, écrivain et éditeur

Écrire, c’est un peu comme courir.

Tout le monde sait le faire, mais tout le monde ne devient pas Usain Bolt. Devenir champion du monde du 100 mètres demande de l’entraînement, de la discipline, des efforts réguliers. Une nutrition appropriée, une bonne gestion du sommeil et du stress. L’accompagnement d’un entraîneur. Des routines. Des techniques. Et puis, surtout, une vision qui permet de tenir la motivation sur la durée.

Écrire, c’est pareil.

Rêvez de devenir best seller, mais, surtout, organisez-vous pour y parvenir. Techniques, routines, discipline, mettez toutes les chances de votre côté pour finaliser votre projet et proposer à vos lecteurs un récit haletant, singulier et bien construit.

Règle n°1 : Le plaisir avant tout

Tous les écrivains souhaitent vivre de leur plume. Ils ont envie d’être lus, reconnus, célèbres, même. Hélas, comme dans toutes les disciplines, il y a beaucoup d’appelés et peu d’élus. Si le résultat est une motivation en soi, il ne doit pas être la seule, au risque d’amères déceptions. La première clé consiste à écrire pour le plaisir. Le plaisir concret de coucher une belle histoire sur le papier, d’abord.

Le plaisir intellectuel de tramer une intrigue aux multiples péripéties, à dénouer comme un casse-tête, ensuite. Le plaisir égoïste de prendre du temps pour soi, à assouvir sa passion, seul face à son écran. Et le plaisir altruiste de faire palpiter le lecteur, de lui offrir un bon suspense, des émotions, de nourrir son imaginaire de votre propre imaginaire. Pour qu’il vive votre histoire comme s’il y était, en s’identifiant aux personnages comme s’il les connaissait.

Règle n°2 : Trouver vos routines

Chaque écrivain développe ses routines d’écriture. Certaines écrivent le jour, d’autres la nuit. Certains se mettent pendant des semaines dans une bulle d’écriture, d’autres préfèrent écrire deux heures par jour en se levant plus tôt ou en se couchant plus tard. Chacun sa méthode. Il n’y en a pas une miraculeuse, qui fonctionne nettement mieux qu’une autre. Par contre, ce qui est sûr, c’est qu’entrer dans une discipline qui ne vous convient pas ne donne pas de bons résultats. Trop d’efforts. Pas assez de plaisir. L’essentiel consiste à vous ménager des créneaux où vous êtes relax et peu dérangé. Un temps pour vous, au service du lecteur.

Le secret, c’est de ne jamais perdre le fil, de rester soi-même sur un bon tempo sans devoir replonger dans le récit après de longues périodes sans écriture. On risque d’oublier des détails ou de devoir fournir un gros effort pour s’y remettre pleinement. Personnellement, je dégage des bulles de deux semaines minimum, durant lesquelles je vis avec mes personnages. Je mange avec eux, dors avec eux, prends ma douche avec eux. Je peux leur consacrer l’essentiel de mon énergie et de mon attention.

Règle n°3 : Faire confiance

Chacun son style, tant qu’il n’est pas scolaire, en mode sujet-verbe-complément. Faites confiance au vôtre. Vos mots, vos expressions, vos phrasés. La clé, c’est le rythme. Évitez les phrases trop longues. Elles perdent le lecteur. Une subordonnée maximum par phrase. Évitez aussi les incises trop longues, qui plombent le rythme. Par contre, les phrases sans verbe sont les bienvenues. Brèves. Percutantes. Tendues. Amusez-vous !

Commencez par un complément. Renversez une phrase. Plantez une onomatopée. Faites vivre vos personnages et vos situations. Varier crée du rythme. Vous voulez que le lecteur plonge dans l’intrigue ? Mettez-la au présent de l’indicatif. Qu’il lise une histoire ? Utilisez le passé… Quoi qu’il en soit, ne cherchez pas votre style. Écrivez comme ça vous vient : c’est ça, votre style ! Vous pourrez toujours rectifier par après. Ma routine ? Écrire au kilomètre, relire le lendemain matin et améliorer le style.

Règle n°4 : Trouver l’idée qui tue

L’idée parfaite n’existe pas. L’usine à idées, c’est votre cerveau. Posez-lui des questions pour qu’il cherche des réponses. C’est son job. Demandez-vous :

  • Qu’ai-je à dire ?
  • Qu’est-ce qui m’empêche de dormir ?
  • Qu’est-ce qui me donne envie de me battre ?
  • Quel livre aurais-je envie de lire qui n’existe pas encore ?
  • Qu’ai-je envie de faire vivre à mes lecteurs ?

Il suffit d’un début d’idée. D’une graine. D’un thème qui vous fait bouger, qui vous fait vibrer. Cette graine, plus vous allez y réfléchir, la retourner dans tous les sens, plus se créera la trame complète de votre livre. Petit à petit. Ne soyez pas pressé. Une idée, c’est comme un fruit. Mûr, il tombe de l’arbre. Vous saurez quand votre idée est mûre. Elle deviendra une évidence. Alors, soumettez-la à une personne de confiance (voir règle 10).

Pour POLMAR, un thriller sur les marées noires, je suis parti d’un « non » franc et passif face au désastre écologique consécutif au naufrage de l’Erika (1999). S’y est greffée une idée après avoir visionné un documentaire sur le sabordage d’un pétrolier (le Salem, 1980) trois semaines plus tard. Puis, au réveil, un matin, du lien entre les deux : une idée de bactérie mangeuse de pétrole, avec un grand « et si » (pas de spoiler).

Pour SexOD, nos relations intimes + la manipulation au plus haut niveau de l’état + le fonctionnement de notre cerveau et de ses neurotransmetteurs… avec un grand « et si » (pas de spoiler).

Règle n°5 : Faire le Plan

Ne commencez pas à écrire tout de suite, faites d’abord un plan. Ici encore, il n’y a pas de bonne ou de mauvaise manière. Certains dessinent des mindmaps, d’autres encodent les scènes et les protagonistes dans un tableau Excel, d’autres encore rédigent des résumés dans un traitement de texte. Choisissez votre méthode. Mettez dans ce plan intrigues, alliances, grandes thématiques et personnages principaux. Tracez les grandes lignes, l’épure de votre récit. Personnellement, une feuille A2 et des feutres de couleur suffisent. Pour les détails, voyez plus tard. Les idées arrivent aussi encore en cours d’écriture, vous pouvez choisir le niveau de détail avec lequel vous vous sentez à l’aise de débuter.

Votre plan doit répondre à quelques questions simples :

  • De quoi part mon histoire ? Vous avez le début.
  • Où arrive-t-elle ? Vous avez la fin.
  • Entre les deux : le fil du récit.

Ici encore, quelques questions fondamentales :

  • Que doit-il impérativement se passer pour aller du début à la fin, et dans quel ordre chronologique ?
  • Où ai-je envie d’amener mon lecteur ?
  • Quels messages ai-je envie de faire passer ?

Règle n°6 : Créer des personnages attachants

Ce qui marque un lecteur, ce n’est pas toujours l’intrigue en soi, mais plutôt son empathie par rapport au personnage principal et/ou ce qu’il traverse. Ses plus grosses galères. Ses réflexions. Ce qu’il met en place pour résoudre l’intrigue. Un bon personnage ne doit pas être parfait. Au contraire. Personne ne l’est. Il doit ressembler à quelqu’un qu’on pourrait croiser dans la rue. C’est la clé. Quelques questions :

  • À quoi ressemble mon personnage ?
  • Quelles sont ses compétences pour mener à bien l’intrigue ?
  • Quelles sont ses failles, les traumas qu’il traîne dans sa vie ?
  • Au-delà de l’intrigue, que cherche-t-il ? La rédemption ? La reconnaissance ? L’existence ?

Idem pour votre antagoniste. Bien sûr, il existe des psychopathes foncièrement destructeurs. Okay. Mais c’est pauvre. Un vrai antagoniste, il vibre. Pour des raisons qui lui sont propres, mais il vibre. Quelque chose le motive. Il jouit d’une logique précise, implacable, souvent rigide. Mettez-vous à sa place et amusez-vous à explorer sa psyché… C’est quoi, son mojo ?

Règle n°7 : Soigner les lignes de vie des personnages

La vie, c’est comme un voyage en train. Certains passagers nous côtoient dès le début, comme les membres de notre famille. Au fil du voyage, de nouveaux passagers arrivent, comme les copains d’école. Puis certains partent. La fratrie s’émancipe. On change d’école. Il y a ceux avec lesquels on garde contact. Ceux qu’on perd. Ceux qui repartent à peine arrivés. Ceux qui prennent un autre train et qu’on retrouvera plus tard, etc.

Pareil dans un livre. Certains personnages secondaires, présents au début du livre, quittent la scène. Certains arrivent à mi-chemin. D’autres font juste un touch and go, arrivent et repartent presque aussitôt, le temps d’une scène. Chacun sa trajectoire. Pour qu’on identifie rapidement les personnages récurrents, ajoutez-leur de petits détails spécifiques. Pensez à votre oncle qui raconte toujours les mêmes blagues pas drôles durant les réunions de famille. À votre copine qui s’habille systématiquement en vert fluo. À votre ami philosophe qui ne peut s’empêcher de placer une citation de Kant à chaque conversation. Partez des gens que vous connaissez. À quoi ressemblent-ils ? Quels sont leurs tics de langage, par exemple ? Leur style vestimentaire ?

Seule obligation, pour ne pas multiplier les personnages inutiles ou inconsistants : chacun doit servir l’intrigue, c’est-à-dire apporter un indice, une solution, un blocage supplémentaire. S’il ne la fait pas progresser directement, il fait avancer votre personnage. Il sert alors de sparring partner, fait réfléchir, devient un espace où votre héros va pouvoir/devoir se dévoiler. Aucun personnage n’est gratuit.

Règle n°8 : Maintenir le suspense, créer la surprise

La différence entre surprise et suspense ? Référez-nous à Speed, le film des années 1990. Au début du film, un bus explose. On ne s’y attend pas, c’est une surprise. Émotion brutale, mais éphémère. Ensuite, Keanu Reeves et Sandra Bullock se retrouvent dans un autre bus. On sait qu’une bombe y a été planquée et qu’elle risque d’exploser à tout moment, s’ils descendent sous une vitesse donnée. Pendant une heure, le suspense tient. On est toujours sur le fil de rasoir. On sait ce qui risque de se passer. On espère que ça n’arrive jamais. On prie pour qu’ils s’en sortent.

Dans un thriller policier, on vise le suspense. On laisse planer une sourde menace, un risque d’échec… On pose des indices comme le Petit Poucet. Parfois, ce sont des fausses pistes. D’autres fois, non. Comme un chef d’orchestre, on attise les soupçons du lecteur. On suggère plus qu’on ne dévoile. On alterne entre action et réflexion. Le rythme est essentiel. Un suspense haletant sur 400 pages, au taquet en permanence, c’est épuisant. Au contraire, de longues descriptions en plein milieu d’un épisode haletant risquent d’ennuyer. L’idée, c’est de maintenir la tension, 70% du temps environ, tout en offrant des plages de respiration, de réflexion, 30% du temps environ.

Règle n°9 : Poser la structure

Installation. Complications. Résolution. La structure se pose en trois phases. Les 80 premières pages d’un livre de 320 posent le cadre. Où se déroule l’intrigue ? Qui est le personnage principal ? D’où vient-il ? Pour moi, il est important d’enclencher l’action rapidement. Alors, le lecteur est intrigué.

Ensuite, pendant 50 % du livre (160 pages), le héros enquête, avance, recule, va de fausses pistes en vraies pistes. On ne sait pas toujours faire la différence. Il s’agit de jouer avec le suspense sur la durée et, dans les moments importants, de surprendre. Personnellement, je commence souvent des chapitres à contre-pied de ce qui vient d’être dit. Je décris aussi très peu. Pour moi, le corps du récit, c’est l’action et les dialogues entre les personnages. Je laisse au lecteur le soin de se créer son imaginaire.

Enfin, 80 pages de résolution, qui vont crescendo. Et la solution, si possible dans les 5% finaux. Quant au mot de la fin, sur la dernière page, c’est parfait pour laisser une impression forte au lecteur.

Règle n°10 : Trouver une (vraie) personne-ressource

Choisissez une personne pour vous faire un feedback après le premier chapitre. Quelqu’un qui aime les thrillers, évidemment. Pas votre meilleure amie : elle vous aime et ne voudrait pas vous blesser. Pas l’IA, qui va toujours dans le sens du poil. Optez pour une personne de confiance qui n’est pas complaisante. Elle n’aura pas peur de partager son opinion et de vous indiquer des vrais axes d’amélioration. Personnellement, même avec une longue expérience d’écriture, ça m’aide toujours à progresser. Et puis, c’est bon pour l’ego : ça le ramène toujours sur terre !

C’est article est une « Tribune d’auteur » écrite par Patrick Collignon écrivain
Site officiel : www.patchenco-editions.com

Pour en savoir plus, je vous offre, jusqu’au 22 mai, ma formation en ligne « Écrire un thriller » et son carnet de bord : https://patchenco.systeme.io/ecrire-un-thriller-a-succes

Pour soutenir mon travail et ma maison d’édition, un crowdfunding est en cours : fr.ulule.com/sexod/

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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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