Emmanuelle Robert : Du journalisme au thriller, une trajectoire littéraire captivante
Emmanuelle Robert est une écrivaine suisse née en 1975 à La Chaux-de-Fonds, dans le canton de Neuchâtel. Ayant grandi à Montreux, elle a d’abord travaillé pour Amnesty International, puis comme journaliste à l’Agence télégraphique suisse, avant de devenir chargée de communication, notamment pour la ville de Morges. Passionnée de course à pied et grande lectrice de polars, elle se nourrit aussi bien du polar nordique que des grands récits d’aventure du XIXe siècle, Dumas en tête.
Elle publie son premier roman, Malatraix, en 2021 aux Éditions Slatkine, un thriller ancré dans l’univers du trail et les paysages des Préalpes vaudoises, qui reçoit une mention spéciale du jury du Prix du livre de montagne au Festival du film des Diablerets. En 2023 paraît Dormez en Peilz, polar lacustre qui plonge dans les eaux troubles du Léman entre disparitions et secrets enfouis. Elle s’aventure également du côté du fantastique avec Le Festin de la bête (2024), court roman gore publié dans la collection « Gore des Alpes ».
Son dernier roman, Immaculée connexion (2025), s’inspire de la première grosse saisie de drogue (la plus grande réalisée alors en Suisse — le démantèlement d’un laboratoire d’héroïne aux Paccots en 1985 — pour imaginer, près de quarante ans plus tard, le destin des « petites mains » de cette affaire. Emmanuelle Robert y confirme sa marque de fabrique : situer le crime dans les décors idylliques de la Suisse romande pour en révéler l’envers du décor, mêlant intrigue haletante, portraits psychologiques ciselés et regard acéré sur les fractures sociales contemporaines.
L’interview questionnaire d’Emmanuelle Robert
Vous écrivez à la main ou au clavier ?
Je note des idées à la main dans des carnets que je n’arrive pas à relire, quand je ne les perds pas ! Je tape l’intrigue au clavier.
Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
Lève-tôt en été, et en hiver j’écris davantage le soir
Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
L’impérieuse nécessité de raconter des histoires.
À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
Je peux mettre 6 semaines à « cracher » le premier jet d’un roman, comme je peux y passer 2 ans. Ensuite, je retravaille beaucoup mon texte, en affinant les voix des personnages.
Votre plus belle émotion d’auteur ?
Lors d’une séance de dédicaces, un lecteur m’a confié qu’il avait lu Malatraix (un thriller dans le monde du trail) en sortant du coma, après un grave accident d’alpinisme. Il m’a dit que mon roman lui avait donné la force et la motivation d’entreprendre une longue rééducation pour pouvoir retourner en montagne.
Le livre qui vous a le plus marqué ?
En voici trois : “Vie et Destin” de Vassili Grossmann qui résonne de manière troublante avec notre temps ; la très belle BD “Silence” de Comès sur le rejet de la différence et “Le cri du lièvre” de Marie-Christine Horn, premier roman noir à traiter du féminicide dans la littérature suisse romande.
Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
Des recherches très précises sur la manière de “tourner” (fabriquer) l’héroïne, pour mon dernier roman Immaculée connexion. Ça n’a pas suffi à faire débarquer la brigade des stups chez moi.
Votre lieu de crime idéal ?
Un endroit de carte postale, tranquille et lisse, où on ne s’attend pas à un crime. La Suisse, en somme !
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Votre arme du crime préférée ?
Le gigot congelé avec lequel une femme assassine son mari dans Coup de gigot de Roald Dahl. Elle appelle la police pour faire part de sa « découverte » et convainc les policiers de manger le gigot, ce qui lui permet de faire disparaître l’arme du crime. C’est génial !
En réalité, l’arme m’intéresse moins que les motivations qui poussent une personne à commettre un acte irréparable.
Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
C’est plutôt l’inverse : les intrigues de mes livres naissent de certaines de mes peurs, ou de mes questionnements. Selon moi, le polar, comme le conte de fées, est là pour conjurer la peur, parce que c’est « pour de faux ».
Votre pire cauchemar d’auteur ?
Le retour de la censure et de l’intolérance, la restriction des libertés. Quand les droits humains sont bafoués, les écrivaines et les écrivains ont du souci à se faire.
Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Trader en matières premières: affamer des populations entières en spéculant et en s’en mettant plein les poches, en toute légalité : le crime parfait.
Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
Pas parfait mais plausible: dans la file d’attente à la caisse !
Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
Je me sens bien du côté du polar et des autres « mauvais genres », comme le fantastique ou même le Gore. Et pourtant, il m’arrive de participer à des ateliers de poésie.
Le livre dont vous êtes le plus fier ?
À chacun de mes livres, j’ai l’impression d’avoir tout donné et que c’est le dernier. Mon premier roman Malatraix garde néanmoins une place à part, également pour avoir reçu la mention spéciale du prix du livre du Festival du film alpin des Diablerets (FIFAD).
Où vous sentez-vous chez vous ?
Partout où il y a des livres et des gens qui les aiment. Et à peu près n’importe où en montagne à travers le monde.
En guise de conclusion, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ? Une actualité, un nouveau projet qui vous passionne, une œuvre à paraître ou un événement spécial que vous souhaiteriez mettre en lumière, un prix reçu, une dédicace ou un salon ?
Je serai au Salon du livre de Genève les 21 et 22 mars, puis à la Foire du livre de Bruxelles le 28 mars, sur le stand de Livre suisse. Et c’est un honneur. Merci beaucoup pour cet entretien!
Plus d’infos sur Instagram : @boblemma
Page officielle : emmanuellerobert.ch
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.
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