Portrait de Mathilde Beaussault, lauréate du Grand Prix de Littérature Policière 2025
Mathilde Beaussault est née en Bretagne au début des années 1980 dans une famille d’agriculteurs. Elle a grandi à Plénée-Jugon dans les Côtes d’Armor, près de la forêt de Boquen, un environnement rural qui marquera profondément son œuvre littéraire. Après un bac scientifique avec spécialité physique, elle a poursuivi ses études à Rennes, commençant par une classe préparatoire en hypokhâgne, avant de se tourner vers les lettres modernes. Professeure de français dans le secondaire, elle n’envisageait pas nécessairement une carrière d’écrivaine, et ne lisait que peu de littérature policière avant d’écrire son premier roman.
C’est dans ses origines paysannes qu’elle a trouvé la matière de son premier roman, Les Saules, publié en janvier 2025 aux éditions du Seuil dans la collection Cadre Noir. Ce roman noir rural se déroule dans un hameau breton des années 1980-1990 et explore, à travers l’enquête sur le meurtre d’une adolescente de 17 ans, les secrets, les rancœurs et les tensions d’une petite communauté agricole. Avec une langue riche, imagée et non dénuée de tendresse, elle décrit un monde oublié, à la périphérie de la littérature, un univers pourtant à portée de voix. L’autrice restitue avec authenticité l’atmosphère de la Bretagne rurale de son enfance, ses personnages et ses paysages.
Le succès a été immédiat pour cette primo-romancière. Le 24 septembre 2025, Mathilde Beaussault a remporté le prestigieux Grand Prix de Littérature Policière dans la catégorie roman francophone pour Les Saules. Cette distinction vient couronner un premier roman salué par la critique pour sa maîtrise narrative, son écriture ciselée et sa capacité à dépeindre avec justesse les réalités du monde rural. L’autrice a d’ores et déjà annoncé la parution prochaine d’un second roman noir qui se déroulera à nouveau en Bretagne, confirmant son ancrage dans cette terre qui l’a vue grandir et qui nourrit son imagination littéraire.
L’interview questionnaire de Mathilde Beaussault
Vous écrivez à la main ou au clavier ?
J’écris le fruit de mes recherches à la main, sur des carnets à spirales. Les notes de mon téléphone sont aussi très pratiques. Pour la rédaction de mes manuscrits, j’écris toujours à l’ordinateur.
Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
Plutôt lève-tôt (quand j’entends une petit voix dire : « Maman ? »)
Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
Sans doute un besoin de répondre à un appel qui vient de loin. Ce fut d’abord une envie de dialoguer avec moi, l’illusion de tenir les rênes tout en perdant les pédales.
À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
Un manuscrit par an mais je n’ai qu’une toute petite « carrière » d’autrice. Je crois que j’écris vite mais j’ai la relecture dantesque.
Votre plus belle émotion d’auteur ?
J’ai reçu un mail de Ron Rash. J’ai mis un temps à y croire et un temps encore plus long à lui répondre. L’annonce du Grand Prix de Littérature Policière a aussi été une déflagration. J’étais en voiture, j’ai glissé un STOP et mordu le trottoir en warning…
Le livre qui vous a le plus marqué ?
Le Bruit et la Fureur, Faulkner. C’est l’Everest littéraire qui m’a ouvert des horizons dans le champ des possibles de l’écriture.
Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
L’odeur des grenades à plâtre quand elles explosent. Je m’en souviens puisque c’est très récent.
Votre lieu de crime idéal ?
Un lieu qui change à chaque roman. Il faut se surprendre pour tenter de surprendre.
Votre arme du crime préférée ?
Le fusil. J’ai tiré (dans le sol !) avec un vieux fusil pour sentir la décharge dans mon corps. Ensuite, j’ai pu écrire ce que j’avais en tête.
Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
Non, sauf quand elles m’empêchent de m’endormir parce qu’elle tourne en boucle.
Votre pire cauchemar d’auteur ?
Qu’on me prête des intentions que je n’avais pas (même si ça fait partie du « jeu »).
Comme j’écris à l’aveugle, sans trame, sans idée du dénouement, les dernières pages sont compliquées. Je crains de ne pas réussir à donner la fin que mes personnages méritent. A chaque fois, c’est la même angoisse.
Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Routier. Sans doute, un souvenir de lecture d’Un tueur sur la route de James Ellroy, dans un coin de ma tête.
Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
Rayon charcuterie. J’y ai travaillé un été. La « remballe », cette salle derrière le rayon, avec les chambres froides, à l’abri des regards, est un endroit où on ne déverse pas que les talons de jambon…
Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
La littérature blanche. Les frontières entre les genres sont de plus en plus poreuses et j’aime l’idée d’hybridité.
Le livre dont vous êtes le plus fier ?
Les Saules, mon premier roman et l’unique, pour l’instant.
Où vous sentez-vous chez vous ?
Dans ma maison angevine, en Bretagne et en forêt (surtout si je peux marcher sur des glands).
Plus d’infos sur Instagram de @mathildebeaussault
La chronique du livre de Mathilde Beaussault

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.
























