Interview de Christine Chaumartin

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Interview de Christine Chaumartin

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Christine Chaumartin une prof de lettres en quête de mystères

Christine Chaumartin est originaire de l’Yonne en Bourgogne, où elle a vécu longtemps avant de s’installer en Normandie en 2010. Professeure de Lettres Classiques dans un collège près de Rouen, elle conjugue son métier d’enseignante avec une carrière littéraire riche et diversifiée. Elle est également l’auteure d’articles publiés dans des revues littéraires et universitaires, notamment sur Victor Hugo, Émile Zola et Hector Malot, témoignant de sa solide formation académique et de sa passion pour la littérature.

Christine Chaumartin est l’auteure d’une série de romans policiers intitulée « Les dossiers de Mathilde », comptant quatre tomes parus chez Banlieue Est Éditions, où se mêlent intrigue policière et histoire de l’art. Son héroïne, Mathilde, est journaliste à Radio France et peut compter sur le soutien de son frère Lucien, esthète spécialiste du peintre Crivelli. Les enquêtes se déroulent dans des lieux variés : le premier opus, « Château La Fugue », se situe dans le vignoble chablisien, le deuxième, « Hareng au sang », à Fécamp, le troisième, « Dans la gueule du Loup », en Toscane, et le dernier, « Hier ne meurt jamais », en pays de Caux.

Christine Chaumartin tisse sa toile romanesque autour de trois thématiques fortes : les secrets de famille, la vengeance et la quête de vérité. Son style se distingue par une écriture à la fois vive et profonde, truculente et poétique, qui fait de ses polars bien plus que de simples enquêtes criminelles. Elle sait construire des intrigues d’une complexité redoutable où les rebondissements s’enchaînent à un rythme effréné, tout en explorant avec une rare acuité des thèmes universels et profondément humains.

Depuis 2023, elle participe à un collectif d’auteurs normands, « Les Douze sales polars », qui publie chaque année un recueil de nouvelles noires ou policières aux éditions de La Gronde. Au-delà du polar, Christine Chaumartin a également publié des romans plus intimistes, démontrant l’étendue de son talent littéraire. L’art, l’histoire et les mythologies sont des thèmes récurrents de ses écrits, reflétant sa culture classique et son attachement au patrimoine culturel français.

L’interview questionnaire de Christine Chaumartin

Vous écrivez à la main ou au clavier ?
Les deux, mon capitaine ! Enfin, surtout clavier, mais j’ai toujours un petit carnet sous le coude pour noter ce qui vient à des moments inattendus (par exemple au lit avant de m’endormir !).

Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
Si je pouvais couche-tard et lève-tard… mais malheureusement, étant donné mon ascendant marmotte, couche-très tôt car lève-très-tôt par obligation.

Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
Le besoin de m’évader, de m’ouvrir de nouveaux horizons, d’apprendre de nouvelles choses (je me documente beaucoup avant d’écrire) et le plaisir de partager tout cela avec mes lectrices et mes lecteurs… en espérant qu’ils y prennent autant de plaisir que moi !

À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
Fort lentement… il me faut plus d’un an pour terminer un livre. J’aimerais pouvoir consacrer plus de temps à l’écriture, mais activité professionnelle oblige, j’écris quand j’ai du temps. Et c’est aussi très bien, un peu de frustration parfois permet ensuite de mieux apprécier le plaisir.

Votre plus belle émotion d’auteur ?
Mes plus belles émotions, au pluriel. Quand des lectrices et des lecteurs m’écrivent pour me remercier de leur avoir fait passer un bon moment. Ce n’est pas très original comme réponse, mais cela m’émeut toujours et me surprend encore. Je suis tout sauf blasée. Merci à eux ! Une anecdote cependant : j’étais en dédicace dans une librairie de Rouen. Je discute un moment avec une dame qui finit par me dire, je vais vous prendre votre livre parce que vous êtes sympa, mais en fait, je n’arrive pas à lire. Je proteste en lui disant que dans ce cas, il est hors de question qu’elle l’achète. Si elle le prend, c’est pour le lire, pas pour me faire plaisir. Elle finit par me promettre d’essayer. Il était 18 h. À 4h du matin, elle m’a écrit : elle venait de terminer le livre, emportée dans sa lecture comme elle me l’a dit « jusqu’au bout de la nuit ». Voilà un moment magique !

Le livre qui vous a le plus marqué ?
Houlà ! ils sont nombreux les livres qui m’ont façonnée, j’aime une belle intrigue, mais aussi un point de vue neuf et original, être surprise et même déstabilisée, et bien sûr du style, du style, toujours du style. Côté polar : ceux d’Izzo, Les racines du mal de Dantec, Le Quatuor de Los Angeles et Un tueur sur la route de James Ellroy. De l’autre côté, en vrac : Cent ans de solitude de Garcia Marquez, Légendes d’automne de Jim Harrison, Un roi sans divertissement et Le hussard sur le toit de Giono et livres de Richard Brautigan, Mâchoires de Monica Ojeda, Tropique de la violence de Nathacha Appanah, Jour de ressac de Maylis de Kerangal (chroniqué sur mon site), Triste tigre de Neige Sinno (chroniqué aussi), Tu aimeras ce que tu as tué de Kev Lambert… mais j’arrête, il y en a trop.

Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
Alors, c’était pour Dans la gueule du Loup, le troisième opus de ma série policière « Les dossiers de Mathilde » : je me suis intéressée aux rites funéraires des rois de France. J’ai découvert le mos teutonicus, « une technique d’excarnation particulièrement utilisée pendant les Croisades et qui permettait de rapatrier en Europe les restes des grands seigneurs, en évitant qu’ils n’arrivassent à l’état liquide. Lucien fut ravi d’apprendre qu’à Carthage, on avait ainsi fait mijoter la dépouille de Saint Louis dans du vin aux aromates » et la tripartition des corps, dilaceratio corporis « très en vogue chez les Capétiens, puisqu’elle permettait de s’offrir trois tombeaux : un de corps, un de cœur et un d’entrailles. C’est ainsi que le cœur du Lion Richard reposait en la cathédrale de Rouen, pas si loin de son Château-Gaillard. » (Citations extraites de Dans la Gueule du Loup, Banlieue Est Éditions, 2024)

Votre lieu de crime idéal ?
Sous la douche, avec un couteau et une musique lancinante… mais zut ! je crois que c’est déjà pris !

Votre arme du crime préférée ?
J’ai un petit faible pour le poison, mais il faut varier les plaisirs.

Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
Non. Je ne fais pas dans le polar noir. Ce qui me fait peur en revanche, ce sont les thèmes que j’aborde derrière l’intrigue : le racisme, l’intolérance, les violences faites aux femmes et aux minorités, toutes ces plaies qui empoisonnent le monde.

Votre pire cauchemar d’auteur ?
Que mon PC plante, que mon drive se crash… que je perde tout ce que j’ai écrit. Je sais de quoi je parle, ça m’est arrivé une fois.

Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Un gérant de motel passionné de taxidermie, mais zut, je crois que c’est déjà pris aussi !

Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
Aliments pour animaux, faut pas gâcher !

Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
Je n’écris pas que du polar 😉 ! Littérature blanche, thriller historique, nouvelles, essais… j’aime toucher à tout ce qui me fait plaisir.

Le livre dont vous êtes le plus fier ?
Si je réponds « tous » ce n’est pas par vanité, loin de là ! Certains de mes livres, j’en ai bien conscience, sont plus aboutis que d’autres. Non, c’est que chaque nouveau livre est un nouveau défi, des heures de plaisir, mais plus encore de doute, avec l’angoisse de ne pas en venir à bout. Alors quand j’arrive à poser le dernier mot, le point final, je n’en reviens toujours pas… et alors oui, j’avoue, je suis fière d’y être arrivée. Le jour où je n’éprouverai plus cette émotion, j’arrêterai d’écrire.

Où vous sentez-vous chez vous ?
Partout, du moment que la nature n’est pas loin et que je suis en bonne compagnie.


En guise de conclusion, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ? Une actualité, un nouveau projet qui vous passionne, une œuvre à paraître ou un événement spécial que vous souhaiteriez mettre en lumière ?

J’avais prévu mettre un terme à ma série « Les dossiers de Mathilde » avec le quatrième opus Hier ne meurt jamais (Banlieue Est Éditions, 2024), mais voilà bien que les lectrices et les lecteurs en redemandent ! On me presse de ne pas laisser tomber Mathilde, Lucien et toute leur bande. Bon, faut voir… J’ai bien une petite idée derrière la tête, mais il faudra être patient. D’abord parce que ce n’est qu’à l’état d’ébauche et ensuite parce que je me suis embarquée depuis plusieurs mois avec Ulysse, pour rédiger un essai sur l’Odyssée. C’est un projet qui sommeillait depuis trente ans et que j’ai remis sur le métier. Le port n’est plus bien loin, les côtes d’Ithaque sont en vue. Début 2026, je pense pouvoir me mettre en quête d’un éditeur spécialisé dans les études grecques, si vous en connaissez un, faites-moi signe !

Plus d’infos sur le site de Christine Chaumartin www.christinechaumartin.com

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Hareng au sang de Christine Chaumartin
Hareng au sang Christine Chaumartin

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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