Olivier Bal, une plume entre reportage et fiction noire
Parisien d’origine, installé à Vannes, Olivier Bal appartient à cette génération d’auteurs venus au polar par un long détour journalistique. Né le 16 janvier 1979, titulaire d’une maîtrise d’Arts du spectacle, cinéma et audiovisuel obtenue à l’Université Paris 3 en 2004, il a exercé pendant une quinzaine d’années dans la presse généraliste et culturelle, multipliant les reportages aux quatre coins du monde. Avant de basculer pleinement dans la fiction, il a animé les Masterclass de la Cité des sciences et de l’industrie de Paris, puis dirigé la rédaction de Jeux vidéo Magazine jusqu’en février 2017.
Son entrée dans le paysage du thriller français reste une petite légende d’auto-édition. Les Limbes, son premier roman, un thriller fantastique, conquiert d’abord des dizaines de milliers de lecteurs en autoédition avant une reprise par les éditions De Saxus en 2018, puis chez Pocket. Le livre lui vaut le Prix Méditerranée Polar 2018 du Premier Roman et le Prix Découverte 2018 des Géants du polar, tandis que Le maître des Limbes décroche en 2019 le Prix Le Géant du polar.
Avec L’Affaire Clara Miller, publié en 2020 chez XO, Olivier Bal inaugure une trilogie portée par Paul Green, ancien journaliste, prolongée par La Forêt des disparus (2021), couronnée du Prix de la Ligue de l’Imaginaire – Cultura, puis Méfiez-vous des anges (2022). Le romancier élargit ensuite son territoire en explorant des décors et des thématiques contrastés : Roches de Sang (2023) plonge dans le grand banditisme corse, La Meute s’intéresse aux groupuscules identitaires et à leur fonctionnement interne, avant Malaven (2025), huis clos insulaire breton.
Membre depuis 2023 du collectif d’artistes La Ligue de l’Imaginaire, Olivier Bal s’est imposé comme l’une des voix marquantes du thriller français contemporain, à mi-chemin entre l’enquête nourrie par son passé de reporter et une atmosphère volontiers crépusculaire, parfois teintée de fantastique.
L’interview questionnaire d’Olivier Bal
Vous écrivez à la main ou au clavier ?
J’écris principalement au clavier. Mais j’ai toujours un carnet à mes côtés, pour prendre des notes. Dernièrement, je me suis d’ailleurs remis à écrire à la main, notamment lors de mes nombreux déplacements en train. Il y a une immédiateté qui me plaît… Je me laisse porter. Ce premier jet manuscrit me donne, ensuite, une bonne base de travail que je peaufine, affine…
Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
Lève-tôt, grâce à mes enfants ! Chaque matin, je les emmène à l’école, je fais une séance de sport et me mets à écrire.
Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
L’envie de raconter des histoires, tout simplement. De créer des univers, des personnages qui vous toucheront. Chaque livre est l’occasion d’en apprendre plus sur certains sujets, thématiques qui m’interpellent. Je crois que si j’écris du polar, c’est pour mieux comprendre l’humain, mieux me comprendre moi-même, peut-être.
À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
J’écris un livre par an.
Votre plus belle émotion d’auteur ?
C’est certainement les retours des lectrices et lecteurs quand ils me parlent de l’émotion qu’ils ont ressenti à la lecture de certains de mes livres. J’écris pour ça. L’essentiel pour moi, le cœur de mes livres, c’est que les lecteurs soient touchés, emportés par mes personnages. Créer de l’empathie.
Le livre qui vous a le plus marqué ?
Tant de livres m’ont marqué, construit. Mais si je devais choisir, je dirais peut-être Cent ans de solitude, de Gabriel García Márquez. Parce que c’est un livre monde, une fresque familiale bouleversante, une histoire qui mêle émotion, tragédie, magie… Une écriture qui vous porte, vous emmène dans un ailleurs. Ce village de Macondo… qui continue d’exister dans le cœur de chacun des lecteurs.
Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
Si vous saviez, avec neuf livres au compteur, j’en ai fait des recherches étranges ! Pour la Meute, notamment, j’ai dû faire de nombreuses interviews sur le fanatisme, le terrorisme, la montée de l’ultra-droite, lire de nombreux ouvrages sur le sujet. Pour ce livre, également, j’ai dû faire des recherches bien bizarres, comme par exemple, savoir combien de temps un homme pourrait survivre s’il était enterré vivant avec très peu d’air disponible… J’imagine la réaction des équipes de la DGSI en voyant mon historique de recherche !
Votre lieu de crime idéal ?
Dans mes livres, j’évite de me complaire à décrire les scènes de crime pendant des pages. Les morts ne sont pas des œuvres d’art. Mais des scènes dures, qui glacent le sang. Donc, un lieu idéal serait un lieu du quotidien. Une chambre d’hôtel, une voiture. La mort qui frappe, brutale, injuste.
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Votre arme du crime préférée ?
Le couteau. Je réalise que dans mes livres, les assassins se servent rarement d’armes modernes, comme un pistolet ou un fusil. Ce que j’aime avec le couteau, c’est qu’il porte avec lui une imagerie tragique, puissante. Peut-être un peu surannée. Dans un de mes livres, Roches de sang, un couteau devient même un enjeu dramatique qui unit les personnages. Il scelle un pacte, une malédiction.
Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
Parfois, oui. À chaque nouveau roman que je débute, je me fais la promesse de partir sur une histoire simple. Et, systématiquement, c’est l’inverse qui se produit, je me retrouve à construire des narrations complexes, multiples. Des personnages toujours plus ambigus. Mais c’est ce que j’aime, ce que je suis, je pense.
Votre pire cauchemar d’auteur ?
Me répéter… écrire, année après année, le même livre. Ronronner, me reposer sur mes acquis. Au contraire, je m’efforce, à chaque nouveau bouquin de me réinventer, d’explorer de nouveaux territoires. De me mettre en danger…
Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
J’ai beaucoup de mal avec la notion de méchant/gentil, de bien/mal… j’essaie d’éviter dans mes livres d’être trop manichéen. Pour moi, nous marchons tous sur le fil du rasoir entre bien et mal. Selon notre histoire, nos blessures, ce qui nous définit, nous penchons d’un côté ou de l’autre. Du coup, le « méchant » parfait, est comme je l’ai approché dans le Piège, un monsieur tout le monde, votre gentil voisin. Un type normal qui va glisser, lentement, irrémédiablement vers les ténèbres. C’est comme ça que j’ai travaillé Harry Miller dans mon roman.
Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
Rayon frais. Pour pouvoir planquer le corps sous des surgelés, afin qu’il ne se décompose pas et que personne ne s’en rende compte.
Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
Ce que j’aime, justement, avec le polar, c’est la liberté qu’il offre. Chaque autrice, auteur arrive avec son univers, sa personnalité. J’ai écrit neuf livres et chacun me permet de danser entre les genres. À chaque fois, je mâtine mes thrillers d’autres couleurs, un peu de gothique, du roman noir, du drame psychologique ou parfois, même, aller flirter avec le fantastique.
Le livre dont vous êtes le plus fier ?
Question impossible. Chaque livre raconte quelque chose de moi, à un moment donné. J’ai une fierté pour chacun, pour des raisons différentes. Mais puisqu’il faut répondre, je vous dirais quand même le prochain, celui que je suis en train d’écrire. Parce qu’il mûrit en moi depuis de longues années, qu’il constitue un vrai pari, un saut dans le vide.
Où vous sentez-vous chez vous ?
Je me sens chez moi, dans ma maison, dans le Morbihan. J’aime arriver, le matin, dans mon bureau qui donne sur de magnifiques chênes. Ouvrir la fenêtre, entendre le chant des oiseaux, sentir la fraîcheur, la terre humide… Le silence, le calme. Puis, le bruit de mes doigts qui pianotent sur le clavier…
En guise de conclusion, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ? Une actualité, un nouveau projet qui vous passionne, une œuvre à paraître ou un événement spécial que vous souhaiteriez mettre en lumière, un prix reçu, une dédicace ou un salon ?
Si vous voulez me découvrir, vous pouvez vous lancer dans mon dernier roman, Le Piège, qui vient de sortir en grand format chez XO. Ou Malaven, en poche chez Pocket. Et pour suivre mon actualité, retrouvez-moi sur les réseaux sociaux.
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.




















