« Bonjour, je suis Laurent Le Baube.
Bienvenue dans Scène de lecture, le podcast du Monde du Polar à voix haute. Dans cet épisode, j’ai le plaisir de vous lire moi-même un extrait de mon roman, « Mission 8 – Témoignage Invisible prochainement en parution Quelques minutes de lecture, quelques pages arrachées à l’histoire. Je vous souhaite une bonne écoute. »
L’extrait de « Mission 8 – Témoignage Invisible »
« Là… Je suis auditeur, je n’ai besoin d’aucune explication.
Une femme. Une filature. Des hommes dangereux. Un hangar. Une décision. Une infiltration. Une montée d’adrénaline. Je comprends tout en trente secondes.
L’effet devient : « Merde… comment elle va s’en sortir ? »
Ce n’est plus de la curiosité. C’est de la tension…
De Belleville, la filature nous amène kilomètre après kilomètre à nous retrouver face à un entrepôt apparemment désaffecté en pleine zone industrielle de Garonor dans le département « 93 ». Cette zone est envahie de sociétés de transport nationales et internationales ce qui m’amène tout de suite à penser fermement que des armes illégales pourraient être dissimulées dans des semi-remorques ou tout autre moyen de transport similaire. La scène visualisée peut correspondre à un trafic de drogue ou d’armes.
Le Q7 rentre grâce à l’ouverture un rideau métallique qui se referme directement derrière lui. Alors, mes deux hommes descendus de la Mercedes et moi-même nous avançons près du hangar, simulons une recherche d’adresse pour tenter d’approcher d’une fenêtre sans éveiller les soupçons.
Des bruits sourds de moteur de poids lourds en approche couvrent nos communications par radio avec le bruit de l’immense rideau s’ouvrant de nouveau. Je compte le nombre de semi-remorques rentrant en marche arrière : sept dont deux porte-containers de quarante pieds. Étrange… En vérifiant sur mon smartphone avec Google, le logo placé sur les parois des containers identifie une société immatriculée à Pretoria la capitale sud-africaine.
Les sept engins passés, le rideau se referme à nouveau.
Il est temps d’appeler du renfort au B.S.I car mon intuition me dit qu’il se trame quelque chose de pas clair du tout dans ce hangar assez abîmé par le temps et de construction peu solide.
Je fais demander, en tant que cheffe de service, un sniper capable de se positionner sur les toits en face, trois hommes supplémentaires armés de gros calibres, le tout avec un temps imposé pour se rendre sur place de quarante minutes maximum.
Les seules fenêtres pouvant nous offrir une vue plongeante sur l’intérieur se situent à au moins trois mètres de hauteur. Alors nous repartons nous asseoir dans la voiture tout en observant si d’autres va-et-vient se déroulent devant nous. Jumelles vissées sur mes yeux, j’arrive à apercevoir la tête d’un observateur sur le toit, bien caché derrière les blocs de climatisation. La conclusion est qu’il va nous falloir être vraiment discrets…
A la quarantième minute précise, mes renforts m’interpellent par radio pour m’informer qu’ils se trouvent à deux cents mètres derrière nous à bord d’un van aux couleurs d’un tour-opérateur parisien fictif.
Je les rejoins à pied et à l’intérieur, l’un deux a réussi la prouesse de récupérer les plans de ce bâtiment dont le locataire se nomme John Merwe, industriel Afrikaner bien connu dans son pays.
Évidemment son nom n’apparaît pas en premier mais une des filiales européennes de sa holding effectivement loue ce bâtiment ! L’information nous est transmise par notre bureau des analystes avec qui nous sommes connectés en live. La surprise c’est que cette filiale est bien l’importateur en Afrique du Sud de la société française Michelin. Le temps d’échanger avec le B.S.I, de nouveaux semi-remorques avec le logo Michelin se présentent à la porte du hangar. Bingo !
L’obligation de contacter à nouveau le Colonel devient une priorité :
Mon Colonel, vous confirmez que le groupe Michelin est bien dans la liste des entreprises du C.A.C 40 ?
Gabrielle, je n’ai pas de temps à perdre avec vos questions de culture générale économique.
Et pourtant ! J’aime bien découvrir de nouvelles choses !
Sérieusement, je crois fermement que le hangar devant lequel nous sommes positionnés recèle un trafic d’armes international se servant d’acheminement de containers de pneumatiques officiels du groupe Michelin. Connectez-vous avec la salle de communication, la Sergente Cécile va vous énumérer les filiales derrière lesquelles se cachent un Afrikaner notoirement connu.
Le tout diligenté par de vénérables diplomates ! Vous voyez Gabrielle, un parfait rapport avec un de nos financiers ! Comme quoi mon intuition est encore à l’épreuve !
Vous êtes le meilleur mon Colonel préféré.
Cessez Capitaine vos enfantillages bon Dieu !
Ok Mon Colonel. J’ai le feu vert pour intervenir ?
Vous connaissez les consignes il me semble, ou un retour en formation vous serait utile ?
Vous avez de la chance que je n’ai pas le temps de m’y rendre sinon c’est avec le plus grand des plaisirs !
Allons ! vous savez parfaitement que toute intervention est validée quand vous êtes en visu face à un acte mettant nos institutions en danger. Je descends dans la salle des communications pour suivre l’opération.
Allez-vite en bas car ça bouge Colonel.
Pas le temps de rester quelques minutes de plus à parler chiffon avec mon autorité supérieure. Le sniper répondant au surnom d’« Iron » s’est déjà placé sur le toit d’en face bénéficiant de la tombée de la nuit pour ne pas être repéré.
Son code radio est donné avec l’appellation « Code 1 », mes deux agents partis avec moi se voient attribués « Code 2 », les trois derniers étant ensemble « Code 3 ».
Notre chef du D.A.S.E.M, le Sergent-chef Jérôme L. bien installé derrière ses écrans au B.S.I est pour lui « Code 0 ». Il pilote à distance les images et les communications adverses que nous ne pouvons intercepter sur le terrain. Pour me joindre, mes équipes m’interpellent avec « Code 5 ».
« Code 5 » ici « Code 1 », une seule fenêtre d’observation dans l’entrepôt et peu large.
« Code 1 » abrégez, que voyez-vous ?
Les camions et les containers sont chargés mais impossible de distinguer ce qu’ils chargent.
« Code 1 », combien de tangos ?
« Code 5 » plus 20.
Plus précis « Code 1 ».
25 tangos et deux chefs tango.
Armés ?
Affirmatif « Code 5 ». Gros calibre à l’épaule.
Il est temps de prendre des risques me concernant. Je ferme mon bombers jusqu’en haut pour cacher mon gilet pare-balles, place mon S&W dans mon dos entre le jean et ma peau, mets un bonnet noir de docker trouvé dans la boîte à gant, enfonce bien mon oreillette non visible grâce au bonnet et donne la consigne à tous les codes de rester à couvert prêts à intervenir. Surpris, ils me demandent à quoi je joue ! Ma seule réponse à tous, c’est de leur certifier que je vais inquiéter le chargement. L’expérience me fera improviser un scenario. Une femme peut être manutentionnaire de nos jours ! Il me faut jouer par un effet de surprise au premier contact.
Je m’approche du grand rideau métallique, plaque l’oreille droite dessus et entends parfaitement le trafic des fenwick qui chargent des caisses lourdes compte tenu du bruit sourd du poids lâché sur le sol de la semi.
Alors, prenant mon souffle, je tape trois coups forts sur le rideau ce qui forcément va alerter des hommes à l’intérieur. Dix secondes après, un homme d’origine africaine ouvre la porte latérale, elle aussi métallique.
Tu veux quoi toi ?
Frère je cherche du boulot pour nourrir ma famille. Il se dit dans le quartier que vous avez besoin de manuts.
Ah ouais tu veux bosser toi alors. Une gonzesse peut soulever des colis lourds maintenant ? Qui t’envoie ?
C’est la Hakim, le chef d’équipe d’à côté.
Connais pas d’Hakim « ma sœur » de mes deux.
Allez un geste, je ne prends pas cher tant que c’est en cash.
« Code 1 » m’alerte par radio que deux tangos armés rejoignent l’homme avec qui je m’entretiens. J’avoue commencer à sentir une forte tension car par habitude, je sais toujours avant d’entrer comment sortir. Là, je suis en opposition totale avec ce que j’impose à mes équipes. Les plans amenés par la seconde équipe ont permis de visualiser trois portes à quai à l’autre bout du hangar mais situées au moins à cent cinquante mètres de la porte d’entrée.
J’ai besoin d’un seul manut jusqu’à 5h00 du mat. Tu prends ? Mais va pas falloir faire des pause de pisseuse.
Combien c’est payé ?
200 euros en liquide.
Ok frère ! Bon pour moi.
Je rentre dans le bâtiment, les odeurs de gasoil, d’huile moteur et de transpiration des manutentionnaires me font bien penser que le lieu est en perpétuelle agitation. Quand les deux hommes annoncés par « Code 1 » me jettent à terre face contre sol. Par chance mon bonnet ne bouge pas ce qui me permet de prolonger l’écoute des échanges entre mes équipes.
Immédiatement ils repèrent mon S&W et le saisissent. Mais, sans m’y attendre, je reçois un violent coup dans le dos avec certainement une batte de baseball ou une barre métallique. La douleur est intense mais je ne m’évanouis pas. Pas le dos, surtout pas le dos ! C’est ma seule zone fragile.
La porte s’est refermée derrière moi sans la possibilité à « Code 1 » de me couvrir. Je ne peux pas parler encore tellement la douleur m’envahit. Il me faut résister en serrant fortement les dents tout en me rappelant les douleurs ressenties lors de mes formations.
Sœur de mes deux, tu fais quoi avec un calibre sur toi ? T’es une condée ?
T’es con ou quoi mec ? Je travaille de nuit ! Ici à Garonor c’est chaud. Pas envie de me faire plumer en débauchant. Quand t’es une femme, t’as pas le choix.
Tu me prends pour un cave ? Ton feu est neuf, graissé et chargé, pas une rayure !
Mes cousins sont dans des domaines pas très clean alors ils me l’ont fourni pour que je puisse me défendre. La famille c’est sacré chez nous
T’es pas net « sœurette ».
Deux hommes me relèvent virilement et m’assoient sur une chaise dont le dossier n’existe plus. Ils me braquent avec leur Kalachnikov des années quatre-vingt, l’air assez méchant. Je n’ai pas beaucoup d’alternative si ce n’est faire profil bas. Les échanges entre les codes laissent entendre une panique totale à l’extérieur mais je ne peux les rassurer.
Se présente devant moi certainement un des deux chefs, la cinquantaine, un mètre quatre-vingt, physique encore athlétique, crâne rasé et certainement un habitué des chargements illégaux facilement repérable par ses réflexes et bien entendu son fusil d’assaut à l’épaule.
La seule chose qu’il me répète en boucle c’est la phrase suivante :
« Si t’es une condée, je te découpe ». A mon tour de lui répéter que je cherche du travail pour ma famille mais à part une gifle cinglante qu’il m’assène, je n’en tirerai rien de plus pour l’instant.
Finalement, le doute les envahissant face à mon attitude de dockeuse cherchant à gagner quelques euros, le chef me tend un billet de cent euros et m’ordonne d’aller rejoindre les équipes chargeant à la main les pneumatiques. Il m’affirme me remettre les cent euros complémentaires à la fin du travail. L’échange s’arrête là.
Saisissant cette opportunité, j’en profite pour échanger avec mes équipes qui entre temps, sur demande du Colonel auprès du nouveau patron du G.I.G.N, a dépêché une unité en renfort.
Devenant une simple manutentionnaire, je peux échanger tête baissée avec mes équipes pour coordonner un assaut en règle. Je leur répète en boucle de poster des hommes à l’arrière du bâtiment, seule issue de sortie pour ces hommes évidemment pas en règle.
Presque à l’arrière de ce hangar, la communication radio est de plus en plus inaudible du fait des structures métalliques empêchant le passage des ondes radio. Je me retrouve donc à l’aveugle après avoir donné mes dernières instructions. Sans arme et quand même surveillée d’un œil par le chef, je saisis à pleine main les pneus posés en pile. Un peu d’exercice permettra d’entretenir la forme ! Ma douleur dorsale est bien présente.
Des hurlements retentissent au niveau du rideau d’entrée, ce qui attire immédiatement les deux chefs vers leurs hommes positionnés face à l’ouverture principale. Un tango situé à trois heures ne surveille plus les manutentionnaires car lui aussi est attiré par l’explosion d’une grenade assourdissante au niveau des portes à quai arrière. Sans réfléchir, par derrière je le frappe au cou avec une barre en bois l’assommant immédiatement. Je peux saisir sa Kalachnikov et être un relais à l’intérieur pour les équipes d’intervention.
Des tirs retentissement maintenant dans tous les sens, des cadavres apparaissent gisant sur le sol, les manutentionnaires non armés se cachent où ils peuvent, même certains à l’intérieur des piles de pneus.
Arrivent à mes côtés deux de mes hommes, le regard noir, surexcités par l’adrénaline, arme au poing balayant la surface autour de nous. L’un des deux me tend un automatique S&W et deux chargeurs ce qui me permet de lâcher l’arme russe peu fiable.
Je profite de cette couverture pour visualiser l’intérieur d’un container. Des piles de pneumatiques et à côté des malles métalliques. Vite, j’en ouvre une et sans surprise je constate des armes de poing et des pistolets mitrailleurs. La boucle est bouclée, les informations de la Centrale étaient irréprochables.
Je fais signe de me suivre à mes deux hommes quand l’un d’eux reçoit une balle en plein milieu du front. Il tombe immédiatement laissant apparaître l’arrière de son crâne littéralement explosé. Malheureusement, pas le temps de faire surgir mes émotions face à un permanent à terre. Je mets un genou au sol pour être en dessous de la zone de tir, cachée derrière une caisse en bois, en réalisant que cet homme, présent en salle de permanence n’attendait pas de finir en mission de la sorte. Un sentiment de culpabilité m’envahit tout de même provoquant un sentiment de dégoût de mon métier. La responsabilité de sa fin de vie me revient alors que depuis des années je suis habituée à frôler la mort chaque mois. Visualiser son cadavre me ramène à cette image du corps de Shankar C. arrivé sur le tarmac de la Base cent sept en deux mille cinq…
Une balle perdue vient se loger sur le rack en bois derrière lequel je me cache. L’impact de la balle me sort de ces quelques secondes de pensées morbides et vengeresses. J’interpelle mon deuxième homme, lui aussi les yeux posés sur son collègue, pour qu’il me couvre pendant que je me rapproche, remplie de haine, près d’un des chefs qui parle en anglais au téléphone. J’arrive à l’avoir en visée :
Pose ton téléphone immédiatement sale con.
Sa réponse est immédiate et sans appel :
Fuck off pétasse.
Il continue à parler malgré ma demande, alors plus de choix, je tire dans son épaule droite ce qui lui fait lâcher son téléphone. Il ne tient plus son arme non plus, alors je tire à nouveau dans son épaule opposée pour le faire tomber sans aucun risque de représailles de sa part.
L’unité du G.I.G.N encercle les derniers résistants, mes équipes, elles, sont encore actives à l’arrière du bâtiment pour anéantir les derniers hommes de main de plus en plus isolés. Des tirs saccadés retentissent, des cris de douleur et des demandes de cesser le feu s’entendent sans interruption.
Je récupère le smartphone tombé pour visualiser le dernier numéro appelé et l’indique immédiatement au B.S.I pour identification par radio.
Allongé, l’homme me regarde sans parler. Je mets un genou à terre, braque mon arme sur sa tempe et lui pose une question :
Qui t’emploie ?
Je t’avais dit que je te découperais pétasse si tu étais une condée.
Dommage je n’en suis pas une et sans épaule, tu vas avoir du mal. Alors je repose ma question, qui t’emploie ?
Mon pays est vaste et saura me remplacer pour prolonger notre lutte.
Quelle lutte ? L’apartheid est terminé ! Ne me la raconte pas.
On agit là où il faut pour déstabiliser les pouvoirs et enrichir mes boss.
Allez, tu sais quoi, c’est presque le 14 juillet alors je vais t’offrir ma fête nationale en avance. Je te fais amener dans un lieu bien au chaud le temps de te faire réfléchir. On va te faire parler gentiment à l’ancienne.
Je fais signe à deux de mes hommes de l’embarquer dans le van en direction du B.S.I sans tarder. Il sera soigné par le Doc et placé dans une cellule en sous-sol. Plus tard je reviendrai vers lui. Je leur remets son smartphone pour demande d’analyse complète par nos informaticiens.
Sortie, je reprends ma communication avec le B.S.I et demande le rapport de surveillance de l’ambassade d’Afrique du Sud. Aussitôt le Colonel me répond que la surveillance révèle qu’une BMW avec plaque diplomatique vient de se stationner devant la porte de l’ambassade avec une autre BMW servant de voiture ouvreuse. Le Colonel m’informe avoir prévenu le ministre des Affaires Étrangères qui, malgré les bons rapports diplomatiques entre nos deux pays, n’a reçu aucune réponse de son Excellence l’ambassadeur en France. Il n’y a pas besoin de sortir Major d’une promotion de l’École de Guerre pour comprendre qu’un homme se cache derrière la diplomatie officielle pour générer du trafic d’armes illégales.
Mon Colonel, ne me dites pas que tout va s’arrêter sans représailles ???
Gabrielle, vous avez certainement mis à mal une organisation qui, sous notre nez, a profité d’accords commerciaux avec un de nos actionnaires !
Mais bien sûr, Michelin va gentiment changer d’importateur et tout ce cirque va être étouffé ??? Un de nos hommes vient d’être abattu comme un chien sous mes yeux.
Calmez-vous Capitaine. Nous sommes une agence parallèle de renseignements créée justement pour que nos entreprises ne soient pas confrontées à des menaces. Rentrez avec votre prisonnier, on va s’en occuper. Vous savez parfaitement, depuis le temps, que nos interventions comportent des risques pour chacun d’entre nous. Vous n’êtes pas une enfant de chœur Capitaine, plus d’une fois vous avez donné la mort.
Oui mon Colonel mais jamais à un innocent. Et puis merde, à vos ordres mon Colonel.
Demandant par voie interne le contact de notre équipe sur place, je les appelle sans tarder. Ils me font part d’un calme absolu encore. Alors je demande au driver de la C-63 et au sniper de partir rejoindre avec moi l’entrée de l’ambassade. Désobéissant aux ordres je sais ce que je fais… Au moment de démarrer, j’aperçois le blessé accompagné par deux officiers du G.I.G.N et deux du B.S.I le montant à bord du van. Derrière cette escorte, dans un sac noir, le corps du membre du B.S.I est, lui, chargé dans le coffre du van. Cette image me glace le sang.
En vingt minutes, sans avoir respecté la vitesse ni les feux de signalisation, notre Mercedes s’arrête devant l’ambassade. Je baisse la vitre avant droite pour que les deux membres du S.A.S.S nous remarquent. Ils nous distinguent bien et parlent dans le micro de leur oreillette filaire. Mon regard les fixe droit dans les yeux.
Bien évidemment, mon téléphone satellite sonne avec au bout, le Colonel ! Je le laisse parler, enfin hurler, me faire part de ses remontrances et de son ordre de rentrer au B.S.I quand le diplomate monte à bord de sa BMW. Je raccroche. Il va fulminer, mais je m’en contrefous… jusqu’au moment où je me retrouverai face à lui, là je présenterai mes excuses au nom de mon instinct.
Ma demande s’adresse au chauffeur pour les suivre de manière grossière sans aucune discrétion. Trois feux rouges ne sont pas respectés par le convoi diplomatique sans pouvoir intervenir ni même apercevoir la moindre Force de Police. A l’approche de l’aéroport de Paris-Le Bourget, des travaux de nuit stoppent le convoi le temps que les camions de chantier libèrent une file. L’ordre est de se rapprocher de la seconde BMW. Je baisse à nouveau ma vitre et j’interpelle l’homme qui, à l’arrière, téléphone à l’oreille, m’ignore. Je ne peux pas le lui reprocher car je dépasse aisément les conventions d’usage. Sa seule réponse est de me faire tendre par son chauffeur la couverture de son passeport diplomatique. Je fais bloquer sa voiture par la mienne, puis j’en descends, arme visible à la main. Je toque à sa vitre toujours sans réponse si ce n’est le foutu passeport diplomatique brandi. Alors en anglais, bouche presque collée à la vitre je m’adresse à lui :
Cher Monsieur, ne revenez plus jamais en France. Vous êtes fichés, et vos affaires ont été stoppées. Un pied sur notre sol, et je vous collerai sans que vous puissiez aller aux toilettes sans être suivi.
En seule riposte un sourire ironique esquissé, se foutant ouvertement de ma gueule, me laissant sans réponse quand sa voiture redémarre.
Seule solution, repartir au B.S.I me faire sermonner par le Colonel avant d’entamer mon interrogatoire avec le prisonnier.
Que révèlera-t-il… ? »
CONCLUSION
« C’était Scène de lecture, le podcast du Monde du Polar à voix haute. Si cet extrait vous a donné envie, retrouvez la chronique complète de [titre] sur lemondedupolar.com. À très bientôt pour une nouvelle lecture. »
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.

















