Cache-cache de Søren Sveistrup : l’ordinaire au service de l’angoisse

Cache-cache de Søren Sveistrup

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Une comptine pour un nouveau cauchemar

Dès les premières pages de « Cache-cache », Søren Sveistrup pose les fondations d’un édifice narratif qui repose sur un contraste saisissant. Une comptine enfantine, ces vers anodins que scandent les cours de récréation, devient ici le fil conducteur d’une intrigue qui bascule progressivement vers l’horreur. « Un, deux, on va jouer à un jeu / Trois quatre, je vais te battre comme plâtre / Cinq, six, il faut que le jeu finisse » : cette ritournelle apparemment innocente se métamorphose en un compte à rebours inquiétant, transformant un simple jeu d’enfants en présage d’événements tragiques. L’auteur danois exploite cette dissonance entre la légèreté du support et la gravité de ce qu’il annonce, créant ainsi une atmosphère où l’innocence côtoie la menace de façon troublante.

Cette ouverture par la comptine révèle d’emblée la maîtrise avec laquelle Sveistrup orchestre ses histoires. Le choix de cet élément familier comme déclencheur du récit n’est pas fortuit : il ancre l’épouvante dans le quotidien, là où elle devient véritablement insupportable. La forêt baignée de soleil printanier, le bus scolaire qui cahotant sur un chemin de terre, les enfants qui chantent en chœur avec leur professeur – autant de tableaux bucoliques qui préparent le terrain pour un renversement dramatique. L’alternance entre ces scènes lumineuses et les chapitres urbains, sombres et hivernaux, établit un rythme narratif qui maintient le lecteur dans une vigilance constante.

Sveistrup démontre une nouvelle fois son habileté à tisser des intrigues complexes où chaque détail compte. La comptine fonctionne comme un leitmotiv obsédant qui traverse le roman, rappelant que derrière les apparences les plus banales peuvent se dissimuler des réalités autrement plus sinistres. Cette utilisation d’un élément du folklore enfantin comme vecteur de terreur inscrit « Cache-cache » dans une tradition scandinave qui excelle à extraire l’angoisse du familier, tout en lui conférant une dimension singulière propre à l’univers de l’auteur.

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Le retour du duo Mark Hess et Naia Thulin

Retrouver Mark Hess et Naia Thulin s’apparente à renouer avec des figures devenues familières après « Octobre », et pourtant Sveistrup évite l’écueil de la simple répétition. Les deux enquêteurs reviennent transformés par les épreuves traversées, portant en eux les cicatrices de leur précédente affaire. Thulin, désormais au département de cybercriminalité du NC3 à Glostrup, semble avoir trouvé un équilibre fragile entre sa vie professionnelle et personnelle. Ses conversations en FaceTime avec Bjørn, ces moments volés au quotidien policier, révèlent une vulnérabilité nouvelle qui humanise profondément le personnage. L’auteur prend le temps d’explorer ces instants de grâce ordinaire avant que le chaos ne s’invite à nouveau dans l’existence de l’enquêtrice.

La dynamique entre les deux protagonistes s’enrichit d’une complexité supplémentaire dans ce second opus. Leur complémentarité ne repose plus uniquement sur leurs méthodes d’investigation contrastées, mais sur une compréhension mutuelle forgée dans l’adversité. Sveistrup construit leurs interactions avec une économie de moyens remarquable : un regard échangé, une hésitation perceptible, le non-dit qui circule entre eux en disent parfois davantage que de longues tirades. Cette sobriété dans l’écriture des relations interpersonnelles amplifie paradoxalement leur intensité émotionnelle. Le lecteur perçoit les tensions sous-jacentes, les questionnements intérieurs qui travaillent chaque personnage sans que l’auteur n’ait besoin de les expliciter lourdement.

L’introduction de nouveaux personnages dans l’orbite du duo principal offre également des possibilités narratives stimulantes. Raheem, le collègue de Thulin, apporte une fraîcheur bienvenue avec ses lunettes de soleil portées en plein hiver et son regard curieux sur sa partenaire. Ces figures secondaires ne sont jamais de simples faire-valoir : elles possèdent leur propre densité, leurs motivations particulières qui viennent enrichir la toile narrative. Sveistrup déploie ainsi un univers peuplé d’individus crédibles, chacun portant son propre fardeau, ses propres secrets, créant une galerie de portraits qui dépasse largement le cadre du simple polar procédural pour toucher à quelque chose de plus universel sur la condition humaine face au mal.

Une architecture narrative entre passé et présent

La structure temporelle de « Cache-cache » s’articule autour d’un dialogue constant entre différentes strates chronologiques. Sveistrup manie l’art de l’entrelacement avec une précision d’horloger : les scènes printanières baignées de lumière printanière alternent avec des séquences hivernales glaciales, créant un jeu de miroirs où chaque période éclaire l’autre d’un jour nouveau. Cette construction en parallèle ne relève pas du simple artifice stylistique, elle devient le moteur même de la tension narrative. Le lecteur comprend progressivement que les événements du présent puisent leurs racines dans un terreau ancien, que les fantômes du passé ne demandent qu’à ressurgir pour hanter le quotidien des personnages.

L’auteur déploie cette chronologie fragmentée sans jamais perdre son lecteur en route. Chaque bond temporel s’accompagne de repères suffisamment clairs – la neige contre le soleil, la maturité des protagonistes face à leur jeunesse révolue – pour que la navigation entre les époques reste fluide. Cette habileté à jongler avec les temporalités témoigne d’une maîtrise narrative acquise au fil des années d’écriture pour la télévision, où la gestion des arcs narratifs multiples constitue un exercice de haute voltige. Les transitions s’effectuent avec une élégance qui ne brise jamais l’élan du récit, chaque chapitre s’achevant sur une note qui appelle naturellement le suivant, qu’il se déroule des années plus tôt ou dans la continuité immédiate.

Ce va-et-vient temporel permet également à Sveistrup d’explorer la thématique centrale de la mémoire et de ses distorsions. Les souvenirs resurgissent fragmentés, parfois contradictoires, interrogeant la fiabilité même de ce que nous croyons savoir du passé. L’architecture du roman mime ainsi les mécanismes de la réminiscence : certains détails surgissent avec une netteté cristalline tandis que d’autres restent enfouis dans l’ombre, attendant le bon moment pour se révéler. Cette approche confère au récit une profondeur psychologique qui transcende le simple déroulement d’une enquête policière, pour questionner la manière dont nos histoires personnelles façonnent inexorablement notre présent.

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La mécanique du suspense à la danoise

Sveistrup inscrit « Cache-cache » dans une tradition scandinave du thriller qui privilégie l’atmosphère à la surenchère d’action. La tension ne naît pas d’explosions spectaculaires ou de courses-poursuites effrénées, mais d’un malaise diffus qui s’infiltre progressivement dans chaque scène. Le métro bondé où Silje Thomsen se faufile, le cœur battant, devient un théâtre d’angoisse où chaque voyageur pourrait être une menace. Les phares des voitures balayant le boulevard, la boue froide éclaboussant les jambes de la jeune femme dans sa course vers l’arrêt de bus : ces détails apparemment anodins tissent une toile d’inquiétude qui se resserre page après page. L’auteur comprend que le véritable suspense réside dans l’anticipation plutôt que dans la révélation immédiate.

Cette approche trouve ses racines dans une conception particulière du mal qui caractérise le polar nordique. Ici, l’horreur surgit des recoins les plus ordinaires de l’existence : un quartier résidentiel paisible de Vanløse avec ses maisons de briques rouges, une boîte aux lettres où un nom a été rayé, un panneau « À vendre » accroché de travers. Sveistrup excelle à transformer ces éléments du décor quotidien en signes avant-coureurs d’une tragédie imminente. La neige fraîche saupoudrée sur les clôtures et les buissons crée un tableau idyllique qui contraste violemment avec la noirceur des événements à venir. Cette dissonance entre la beauté apparente du cadre et les drames qui s’y déploient génère une forme de malaise particulièrement efficace.

Le rythme narratif obéit à une logique de montée en puissance savamment orchestrée. Les chapitres courts, les changements de perspective entre différents personnages, les ellipses temporelles : autant de procédés qui maintiennent le lecteur dans un état de vigilance constante. Chaque révélation soulève de nouvelles questions plutôt que de clore définitivement une piste, créant ainsi une spirale addictive où l’on avance toujours plus profondément dans les méandres de l’intrigue. Sveistrup dose l’information avec parcimonie, offrant juste assez d’indices pour alimenter les hypothèses sans jamais dévoiler prématurément ses cartes, prouvant qu’un suspense efficace repose autant sur ce que l’on suggère que sur ce que l’on montre explicitement.

Les personnages au cœur de la tension

L’univers de « Cache-cache » se peuple de figures dont la complexité psychologique dépasse largement les archétypes habituels du genre. Bjarke Venø, ce jeune professeur de biologie de 25 ans qui contemple la forêt depuis son bus scolaire, incarne cette attention portée aux détails qui définissent une existence. Son regard satisfait vers sa collègue Ann-Louise, conductrice chevronnée manœuvrant dans les ornières du sentier, suffit à esquisser une relation professionnelle teintée de confiance mutuelle. Sveistrup n’a pas besoin de longues digressions biographiques pour donner chair à ses protagonistes : quelques traits suffisent à leur conférer une présence indéniable, une épaisseur qui les fait exister au-delà de leur simple fonction narrative.

Silje Thomsen illustre parfaitement cette capacité de l’auteur à saisir l’humanité de ses personnages dans l’urgence de l’action. Sa fuite dans le métro bondé, la main crispée sur son portable, le cœur battant, traduit une vulnérabilité palpable qui transcende la simple peur physique. La description de son soulagement lorsqu’elle émerge à l’air libre, se cachant dans la nuit hivernale avec ses flocons et sa neige fondue, révèle une sensibilité aiguë aux états émotionnels. Ces figures secondaires ne sont jamais réduites à de simples rouages de l’intrigue : elles portent leurs propres fardeaux, leurs propres terreurs, créant ainsi un tissu social dense où chaque fil contribue à la richesse de l’ensemble.

La galerie de portraits s’étend également aux personnages dont on ne perçoit que les traces : ce nom rayé sur une boîte aux lettres à Vanløse parle d’une absence, d’une disparition qui en dit long sur les drames invisibles qui se jouent derrière les façades des maisons de briques rouges. Sveistrup comprend que les êtres humains se définissent autant par ce qu’ils cachent que par ce qu’ils révèlent. Cette approche confère au roman une dimension profondément humaniste, où même les figures les plus marginales possèdent leur propre légitimité narrative. Le procès intenté par la famille de Caroline Holst contre la police criminelle, évoqué aux informations, rappelle que derrière chaque enquête se trouvent des vies brisées, des familles endeuillées dont le chagrin mérite d’être reconnu et respecté.

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L’art de transformer l’ordinaire en menaçant

Le talent de Sveistrup réside dans sa capacité à infuser le quotidien d’une inquiétude sourde qui métamorphose les lieux familiers en espaces potentiellement hostiles. Un trajet en bus scolaire traversant une forêt printanière, moment banal s’il en est, devient le théâtre d’une tension latente. La lumière du soleil mouchetant le sous-bois, les insectes batifolant dans la poussière des rayons, les oiseaux voletant dans la canopée : cette nature idyllique se charge d’une ambiguïté troublante dès lors qu’elle sert de décor à une comptine enfantine aux accents sinistres. L’auteur excelle à renverser nos perceptions, transformant la beauté apparente en présage d’événements funestes.

Cette alchimie s’opère également dans les espaces urbains où se déploie l’intrigue hivernale. Le métro surchargé, avec son sifflement strident et sa cacophonie de signaux sonores, devient un labyrinthe oppressant où la foule elle-même constitue une menace. Les phares des voitures qui balaient le boulevard, les trottoirs éclaboussés de boue froide : autant d’éléments ordinaires de la vie citadine qui, sous la plume de Sveistrup, acquièrent une dimension inquiétante. Le quartier résidentiel de Vanløse, avec ses villas patriciennes et son échafaudage protégé par des bâches, illustre cette faculté à déceler le malaise dans ce qui devrait incarner la sécurité domestique. Une maison de briques rouges coincée entre deux propriétés cossues, telle une dent cassée au milieu d’une denture parfaite : l’image saisit parfaitement cette esthétique du décalage qui traverse tout le roman.

L’ordinaire devient menaçant précisément parce qu’il constitue notre habitat naturel, l’espace où nous baissons notre garde. Sveistrup exploite cette vulnérabilité inhérente à notre rapport au quotidien pour instiller une angoisse d’autant plus efficace qu’elle touche à nos zones de confort. La neige fraîche saupoudrée délicatement sur les clôtures et les arbres devrait évoquer la paix hivernale, mais elle se transforme en linceul blanc recouvrant des secrets enfouis. Cette subversion constante des codes visuels et émotionnels associés aux décors familiers crée une atmosphère où plus rien ne peut être tenu pour acquis, où chaque détail appelle une vigilance renouvelée.

Un thriller psychologique qui interroge

Au-delà de l’intrigue policière qui en constitue l’ossature, « Cache-cache » explore des territoires psychologiques où les frontières entre culpabilité et innocence, vérité et mensonge, se brouillent progressivement. Le procès intenté par la famille de Caroline Holst contre la police criminelle, mentionné dès les premières pages, installe d’emblée une réflexion sur la responsabilité institutionnelle et les failles du système judiciaire. Sveistrup ne se contente pas de dérouler une enquête linéaire : il interroge les mécanismes qui permettent au mal de prospérer, les angles morts de nos sociétés où se nichent les prédateurs. Cette dimension réflexive enrichit considérablement le propos sans jamais alourdir la lecture par un didactisme déplacé.

La question de la mémoire traverse le roman comme un fil rouge obsédant. Comment se souvenir avec justesse d’événements traumatiques ? Dans quelle mesure nos souvenirs se trouvent-ils déformés par le temps, par la douleur, par nos propres mécanismes de défense psychologique ? L’alternance entre les temporalités illustre cette problématique : le passé surgit fragmenté, incomplet, nécessitant un travail de reconstruction qui n’aboutit jamais à une vérité définitive. Thulin elle-même, avec ses conversations en FaceTime qui révèlent une quête d’équilibre personnel, incarne cette tension entre le désir de tourner la page et l’impossibilité d’échapper complètement aux fantômes du passé. L’auteur suggère ainsi que nous portons tous en nous des zones d’ombre, des épisodes non résolus qui continuent d’exercer leur influence souterraine sur nos existences présentes.

Cette profondeur psychologique s’étend aux motivations des antagonistes eux-mêmes, dont Sveistrup refuse de faire de simples incarnations du mal absolu. Sans jamais verser dans la complaisance ou la justification, le récit s’efforce de comprendre les trajectoires qui mènent certains individus vers l’horreur. Cette approche humaniste, loin d’atténuer la violence des actes commis, leur confère paradoxalement une résonance plus troublante encore. Elle nous confronte à l’inconfortable réalité que les monstres ne surgissent pas d’un vide moral, mais émergent de circonstances, de blessures, de dysfonctionnements qui auraient pu, dans d’autres configurations, être détectés et traités avant qu’il ne soit trop tard.

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Cache-cache, une confirmation du talent de Sveistrup

Avec ce deuxième volet des aventures de Mark Hess et Naia Thulin, Sveistrup démontre qu’il ne s’agissait pas d’un coup d’éclat isolé mais bien d’une voix littéraire affirmée dans le paysage du thriller scandinave. L’auteur évite les pièges du syndrome du second tome en proposant une intrigue qui, tout en s’appuyant sur les fondations posées dans « Octobre », explore des thématiques nouvelles et pousse ses personnages dans des directions inédites. La comptine qui structure le récit apporte une coloration particulière à cet opus, une tonalité qui lui est propre et qui le distingue clairement de son prédécesseur. Cette capacité à renouveler son approche tout en maintenant une cohérence d’ensemble témoigne d’une maturité narrative acquise au fil de décennies passées à construire des histoires pour la télévision et désormais pour la page écrite.

Le passage du scénario au roman n’a manifestement rien fait perdre à Sveistrup de son sens du rythme et de la construction dramatique. Au contraire, le format littéraire lui offre une liberté supplémentaire pour développer les nuances psychologiques de ses protagonistes, pour s’attarder sur les détails atmosphériques qui font basculer une scène du banal vers l’inquiétant. Sa prose, traduite avec soin, conserve cette fluidité qui permet une lecture addictive sans jamais sacrifier la profondeur de l’analyse. Les descriptions d’environnements, qu’il s’agisse de la forêt printanière ou des rues hivernales de Copenhague, possèdent cette qualité cinématographique qui place immédiatement le lecteur au cœur de l’action tout en laissant suffisamment d’espace à l’imagination pour s’épanouir.

« Cache-cache » confirme également la place de Sveistrup parmi les auteurs qui refusent de considérer le thriller comme un simple divertissement. Sans prétendre révolutionner le genre, il en exploite les codes avec intelligence pour délivrer un propos qui résonne au-delà du simple suspense. Le roman interroge nos sociétés, leurs failles, leurs angles morts, tout en offrant ce que l’on attend d’un bon polar : des personnages attachants, une intrigue solidement charpentée, des retournements qui surprennent sans verser dans l’invraisemblable. Cette combinaison d’exigence narrative et de lisibilité place l’auteur danois dans une lignée d’écrivains qui savent que le divertissement et la réflexion ne s’excluent nullement, mais peuvent au contraire se nourrir mutuellement pour produire des œuvres qui marquent durablement leurs lecteurs.

Mots-clés : Thriller scandinave, Suspense psychologique, Comptine enfantine, Enquête policière, Mark Hess, Naia Thulin, Søren Sveistrup, Atmosphère danoise


Extrait Première Page du livre

 » PREMIÈRE PARTIE

MAI 1992

1
Le bus vient à peine de quitter la chaleur de la route pour s’engager sur le chemin de terre sillonnant la forêt que déjà, à l’ombre des arbres, il fait plus frais. Le sous-bois est comme moucheté par la lumière du soleil brillant à travers les feuilles d’un vert tendre, les insectes batifolent dans la poussière nonchalante de ses rayons et, dans la canopée, les oiseaux volent avec entrain à la recherche d’une compagne ou d’une brindille. Bien qu’on ne soit encore qu’au mois de mai et qu’il ne soit qu’un peu plus de 10 heures du matin, Bjarke Venø, 25 ans, professeur de biologie, sent déjà qu’il fera aussi beau qu’un jour d’été et il jette un regard satisfait à sa collègue Ann-Louise, une femme entre deux âges, qui a pris le volant, comme chaque fois qu’ils partent en expédition avec les enfants du centre. Conductrice chevronnée, elle manœuvre habilement dans les ornières du sentier cahoteux, tout en chantant en chœur avec les élèves :

Not’ chauffeur sait pas conduire, pas conduire, pas conduire…

Le chant se mêle aux rires des petits passagers et Bjarke sourit en lançant un coup d’œil à leurs visages heureux dans le grand rétroviseur du bus. Puis son regard s’échappe à nouveau. De l’autre côté des vitres, la nature se montre sous son meilleur jour. Partout la vie renaît dans la tiédeur printanière. Surtout chez les oiseaux. Dès les premiers jours du mois de mai, la période de reproduction reprend. Les oiseaux s’accouplent, bâtissent leurs nids, pondent leurs œufs, et Bjarke espère de tout son cœur qu’il pourra faire vivre aux enfants l’expérience extraordinaire que lui-même a vécue enfant, quand il partait explorer les marais de la côte ouest. Il a au creux du ventre la sensation que cette expédition a quelque chose de vraiment spécial, peut-être parce que ces enfants-là portent de si lourds fardeaux. C’est le même sentiment qui l’a poussé, il y a bientôt trois mois, à se présenter à ce poste de remplaçant au foyer d’Aggersminde. Tout juste diplômé, il ignorait que le foyer possédait sa propre école et son équipe d’enseignants titulaires, et quand il avait vu l’annonce dans la revue professionnelle, il avait aussitôt posé sa candidature. Très nerveux, il s’était rendu à Jyllinge quelques semaines plus tard pour un entretien avec le directeur. Il avait obtenu le poste et eu droit à une visite des locaux. Il se souvient encore à quel point il était impatient de mettre en pratique les idées qui fourmillaient dans son cerveau quant à l’enseignement qu’il envisageait de dispenser à ses élèves. « 


  • Titre : Cache-cache
  • Titre original : Tælle til en, tælle til to
  • Auteur : Søren Sveistrup
  • Éditeur : Éditions Albin Michel
  • Traduction : Caroline Berg
  • Nationalité : Danemark
  • Date de sortie en France : 2025
  • Date de sortie en Danemark : 2024

Page officielle : www.nordinagency.se/clients/fiction/soren-sveistrup

Résumé

Une comptine enfantine apparemment innocente – « Un, deux, on va jouer à un jeu / Trois quatre, je vais te battre comme plâtre / Cinq, six, il faut que le jeu finisse » – devient le fil conducteur d’une série d’événements tragiques qui plongent les enquêteurs Mark Hess et Naia Thulin dans l’une des affaires les plus complexes de leur carrière. Entre une sortie scolaire printanière en forêt et les rues hivernales de Copenhague, l’intrigue alterne les temporalités pour révéler progressivement comment le passé vient hanter le présent de manière sanglante.
Naia Thulin, désormais au département de cybercriminalité, et son ancien partenaire Mark Hess doivent démêler les fils d’une enquête où chaque indice ramène à des souvenirs enfouis et à des secrets longtemps dissimulés. Tandis que la comptine résonne comme un compte à rebours inquiétant, les deux enquêteurs découvrent que derrière les apparences les plus banales du quotidien danois se cache une vérité autrement plus sombre, qui les confrontera à leurs propres démons tout en mettant au jour les failles d’un système censé protéger les plus vulnérables.


Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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