Interview de Gilbert Gallerne auteur

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Gilbert Gallerne : maître du thriller et explorateur des ténèbres

Gilbert Gallerne, né en 1954 à Poissy, est un romancier français aux multiples facettes qui a exploré avec brio le polar, le thriller, l’horreur, le fantastique et la science-fiction. Sa carrière littéraire prolifique lui a valu de prestigieuses récompenses, notamment le Prix du Quai des Orfèvres 2010 pour son roman « Au pays des ombres », le Prix du Roman Noir 2019 des Bibliothèques et Médiathèques de Grand Cognac pour « Mauvaise main », et plus récemment le Prix du Roman d’Espionnage 2025 pour « Nos chers alliés ». Ayant effectué toute sa carrière professionnelle dans le secteur bancaire, il a su mener de front cette activité avec sa passion pour l’écriture.

Au-delà de ses talents de romancier, Gilbert Gallerne s’est également distingué comme traducteur de best-sellers américains, dont « Danse avec les loups » de Michael Blake et la novélisation de « Basic Instinct ». Il a longtemps utilisé divers pseudonymes pour explorer différents registres : Gilles Bergal pour ses romans d’horreur au Fleuve Noir, Milan pour ses œuvres de science-fiction. Cette multiplicité d’identités littéraires témoigne de sa curiosité et de sa versatilité créative, avant qu’il ne décide de publier exclusivement sous son véritable nom.

Passionné par la transmission de son savoir-faire, Gilbert Gallerne a collaboré à la revue « Écrire Aujourd’hui » où il tenait une chronique intitulée « Écrire, tout simplement », prodiguant ses conseils aux auteurs débutants. Ces articles ont été réunis dans un manuel pratique, « Je suis un écrivain : guide de l’auteur professionnel », publié en 1998. Avec une bibliographie riche de plusieurs dizaines d’ouvrages, Gilbert Gallerne s’est imposé comme une figure incontournable du roman de genre français contemporain.

L’interview questionnaire de Gilbert Gallerne

Vous écrivez à la main ou au clavier ?
Je tape directement sur l’ordinateur. J’ai toujours pratiqué via le clavier depuis mon adolescence, en commençant par une machine à écrire portative. Ensuite j’imprime le premier jet, je reporte des corrections à la main, que je réintègre dans le texte sur l’ordinateur, puis je réimprime, je corrige à nouveau, etc. Cela pouvait aller jusqu’à huit versions successives, mais, depuis quelques années, je corrige beaucoup moins, j’essaie d’obtenir un texte correct du premier jet. Donc, je suis à deux ou trois versions maintenant.

Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
Lève-tôt et couche-tôt. Je peux me lever à cinq heures, mais en revanche, je me couche de bonne heure, je lis pendant une heure ou deux et j’éteins vers 22 h ou 23 h si je suis emporté par un roman. Dernier en date : La croisière de l’angoisse d’Eric Ambler qui m’a emmené jusqu’à près de minuit pour le finir.

Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
Un besoin vital. Quand je n’écris pas pendant quelques jours, je commence à ressentir un manque. J’ai besoin d’écrire comme j’ai besoin de respirer, quand je n’écris pas, je suis comme un poisson hors de l’eau.

À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
Je publie un ou deux titres par an, donc, par définition, c’est également mon rythme d’écriture, mais un roman peut prendre des années avant d’arriver à maturation et que je commence à coucher les premières lignes sur le papier. Pour « Sous terre, personne ne vous entend crier », j’ai commencé à stocker de la documentation en 1981, le livre est sorti en 2018. Il m’a fallu des années pour trouver l’histoire que je savais vouloir écrire sur les sous-sols de Paris. Pour « L’ombre de Claudia », c’est pareil : j’avais l’idée de base, ce personnage imaginaire inventé par quatre adolescentes et qui se matérialise pour les tuer dix ans plus tard. J’ai mis quatre ans à trouver l’articulation et à définir « qui » était Claudia, sachant que je ne voulais pas céder à la facilité en racontant une histoire de fantôme (ce que c’était au tout début de ma réflexion : j’étais parti sur une expérience « authentique » de parapsychologie américaine où les chercheurs disaient avoir pu « créer » un fantôme).
Après, l’écriture et les réécritures se passent assez vite : en en une petite année c’est bouclé.

Votre plus belle émotion d’auteur ?
Sans conteste la remise du Prix du Quai des Orfèvres par Alain Delon. J’étais tellement impressionné par ce monument du cinéma que je n’ai pas ouvert la bouche durant tout le repas qui a suivi, laissant les autres convives l’accaparer.

Le livre qui vous a le plus marqué ?
J’ai lu tellement de livres qu’il est difficile d’en citer un qui se détache nettement des autres. Parlons plutôt d’auteurs : Stephen King, dans ma période fantastique/horreur, James Ellroy, Hemingway, Philippe Djian, Michael Connelly quand il écrivait des romans mettant en scène Harry Bosch et uniquement Harry Bosch… Et depuis quelque temps, John le Carré, Eric Ambler, Joseph Kanon… les grands du roman d’espionnage.

Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
Ne sachant pas qui regarde ce que je fais de l’autre côté de l’écran, je limite mes recherches sur Google à des sujets raisonnables. Si j’ai besoin de données techniques un peu spéciales, je m’arrange autrement. Il m’est arrivé de demander à mon médecin comment assassiner un cardiaque, pour « Le prix de l’angoisse ».

Votre lieu de crime idéal ?
Il n’y a pas de lieu idéal. Dans le cadre d’un roman, c’est le lieu qui permettra d’écrire la plus belle scène, soit pour le meurtre, soit pour l’enquête. Dans ce registre, j’ai particulièrement apprécié l’écriture de « Sous terre, personne ne vous entend crier » qui se passe sous Paris, des catacombes au métro en passant par les égouts. Un milieu rarement exploité et pourtant fascinant.

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Votre arme du crime préférée ?
Là aussi, ça dépend des circonstances. On n’utilise pas la même arme si on écrit un roman rural (« Mauvaise main » : meurtre à mains nues, schlitte, scie circulaire, fusil de chasse…) un roman d’espionnage (« Nos chers alliés » : Walther PPK, Beretta 92…), un polar/enquête (Le Cercle des crucifiées : pistolets de service de la gendarmerie et de la police, meurtres à coups de poings)…

Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
Plus maintenant. Lorsque j’écrivais de l’horreur, je cherchais avant tout à me faire peur, sachant que, si j’y parvenais c’était déjà à moitié gagné face au lecteur. Mais, dans le thriller policier, on ne peut pas parler de peur. D’inquiétude, certainement.

Votre pire cauchemar d’auteur ?
Perdre tout mon historique. C’est pourquoi je fais plusieurs copies de mes manuscrits, notamment sur des clés USB que je trimballe en permanence sur moi, et surtout des copies papier de toutes mes versions ! Je ne suis tranquille qu’une fois le livre imprimé.

Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Le plus anodin possible. Un bon méchant doit savoir se fondre dans le décor pour ne pas se faire prendre. Regardez tous les serials killers : livreur de pizza, employé modèle, infirmier (ou infirmière !), homme à tout faire… Edward Gein était considéré comme l’idiot du village.

Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
La boucherie. Plus facile pour nettoyer et personne ne s’étonne de découvrir des traces de sang.

Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
L’horreur, le fantastique. J’ai de temps en temps des envies d’y revenir, mais le marché est tellement étroit que ce n’est pas viable. Mes anciens titres sont disponibles si les lecteurs veulent les trouver, c’est le principal.

Le livre dont vous êtes le plus fier ?
Mon dernier : « Nos chers alliés ». C’est ma première incursion dans le roman d’espionnage, et il a obtenu le Prix du Roman d’Espionnage 2025 décerné par l’Amicale des Anciens des Services Spéciaux, donc des gens qui savent de quoi il retourne exactement. Le fait qu’ils aient jugé que mon roman méritait le prix me prouve que j’ai bien rempli ma mission : mon roman est réaliste. Et les événements récents montrent que j’ai tapé juste, à commencer par les inquiétudes des heureux propriétaires de F35 qui se demandent si les Américains ne cloueront pas leurs avions au sol au cas où ils devraient les utiliser contre des gens que les États-Unis préfèrent caresser dans le sens du poil.

Où vous sentez-vous chez vous ?
Dans mon bureau.


En guise de conclusion, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ? Une actualité, un nouveau projet qui vous passionne, une œuvre à paraître ou un événement spécial que vous souhaiteriez mettre en lumière, un prix reçu, une dédicace ou un salon ?

Mon actualité, c’est bien sûr le Prix du Roman d’Espionnage 2025 décerné à « Nos chers alliés » publié par les éditions Konfident. J’ai beaucoup aimé écrire ce roman et ce prix m’incite à poursuivre dans cette voie. Je vais donc m’orienter vers l’espionnage pour les mois ou années qui s’annoncent. J’espère que les lecteurs seront toujours au rendez-vous, en tout cas j’essaierai de leur présenter à chaque fois un roman digne du précédent sans pour autant faire un copié-collé du dernier qui a marché. Je travaille actuellement sur trois projets de romans, totalement différents les uns des autres, mais dont le point commun est qu’il s’agit d’histoire d’espionnage. Rendez-vous dans les mois qui viennent !

Plus d’infos sur Instagram de @gilbertgallerne

Page officielle : www.gilbert-gallerne.com

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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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