« Le goût du sang » de Gianni Biondillo : Milan noir sous la neige

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Le goût du sang de Gianni Biondillo

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Un polar milanais aux racines profondes

Gianni Biondillo ancre Le goût du sang dans un terreau littéraire aussi riche que complexe, où se mêlent tradition du polar italien et renouvellement du genre. L’auteur milanais puise dans l’héritage du giallo pour tisser une intrigue qui transcende les codes habituels du roman policier. Cette filiation assume pleinement ses racines tout en proposant une vision contemporaine du crime urbain, où la violence n’est jamais gratuite mais toujours révélatrice des tensions sociales qui traversent la métropole lombarde.

L’architecture narrative révèle une maîtrise certaine des ressorts du suspense, Biondillo orchestrant avec habileté la convergence de ses personnages vers un dénouement qui surprend sans jamais trahir la logique interne du récit. La construction alterne les points de vue et les temporalités, créant un effet de kaléidoscope qui restitue la complexité d’un Milan en perpétuelle mutation. Cette approche polyphonique permet à l’auteur d’explorer les différentes strates de la société milanaise, des quartiers populaires aux zones en voie de gentrification.

Le roman s’inscrit dans une tradition du polar social qui refuse l’exotisme facile pour privilégier l’exploration minutieuse d’un microcosme urbain. Biondillo évite l’écueil du régionalisme pour proposer une vision universelle des mécanismes qui régissent le crime organisé et ses ramifications dans le tissu social. Cette dimension sociologique confère à l’œuvre une profondeur qui dépasse largement le cadre du simple divertissement, sans pour autant sacrifier l’efficacité narrative propre au genre policier.

L’auteur démontre ainsi sa capacité à conjuguer exigence littéraire et accessibilité, proposant un récit qui satisfait aussi bien l’amateur de polars confirmé que le lecteur en quête d’une photographie sociale de l’Italie contemporaine. Cette double ambition, loin de diluer la force du propos, enrichit considérablement la portée de l’œuvre et confirme la vitalité du polar italien dans le paysage littéraire européen.

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L’art du portrait : entre passé et présent

La galerie de personnages que déploie Biondillo dans Le goût du sang témoigne d’une remarquable acuité psychologique, chaque figure étant ciselée avec la précision d’un orfèvre. L’auteur excelle particulièrement dans la peinture de Sasà Procopio, ce criminel aux multiples facettes dont les motivations s’enracinent dans un passé douloureux qui affleure constamment à la surface du présent. Cette construction en profondeur évite l’écueil du manichéisme pour offrir un protagoniste complexe, ni héros ni antihéros absolu, mais homme de chair traversé par des contradictions qui le rendent singulièrement humain.

Le traitement des personnages secondaires révèle une égale attention aux détails caractérisants, Biondillo parvenant à donner vie et épaisseur à des figures qui auraient pu n’être que de simples utilités narratives. L’inspecteur Ferraro incarne cette réussite, portraituré avec ses failles et ses interrogations existentielles qui en font bien davantage qu’un simple enquêteur de polar. Sa relation complexe à un métier qu’il exerce avec une forme de résignation désabusée dessine les contours d’un homme confronté aux désillusions de la maturité.

La dimension temporelle enrichit considérablement ces portraits, l’auteur tissant habilement les liens entre le passé criminel de ses personnages et leurs choix présents. Cette approche diachronique permet d’éclairer les motivations profondes qui animent les protagonistes, conférant une crédibilité psychologique rare à leurs actions. Biondillo démontre ainsi que comprendre un crime suppose de remonter aux sources, d’explorer les blessures anciennes qui conditionnent les violences contemporaines.

L’écriture des femmes mérite une mention particulière, l’auteur évitant les stéréotypes pour proposer des figures féminines complexes et autonomes. Anna et Chiara, chacune à leur manière, incarnent cette volonté de dépasser les archétypes du genre pour offrir des personnages dotés d’une véritable densité dramatique, dont les destins s’entremêlent avec ceux des hommes sans jamais être réductibles à de simples faire-valoir.

Quand la neige révèle l’âme milanaise

Milan surgit dans Le goût du sang avec la force d’un protagoniste à part entière, loin de se contenter d’un simple rôle de décor. Biondillo sculpte sa ville natale avec la minutie d’un topographe amoureux, révélant les strates géologiques d’une métropole en perpétuelle métamorphose. De Quarto Oggiaro aux gratte-ciel de CityLife, l’auteur cartographie un territoire urbain où chaque quartier porte la mémoire de ses transformations, créant une géographie émotionnelle qui guide le lecteur dans les méandres de l’intrigue.

L’évocation de NoLo illustre parfaitement cette capacité à saisir les mutations contemporaines de la capitale lombarde. Biondillo observe avec finesse comment un quartier populaire se mue en zone branchée, analysant les mécanismes de gentrification sans céder à la nostalgie facile ni au mépris de classe. Cette transformation devient métaphore d’une ville qui se réinvente constamment, effaçant certaines traces du passé tout en en conservant d’autres dans les plis secrets de ses rues.

La neige qui s’abat sur Milan tout au long du récit fonctionne comme un révélateur, transformant la physionomie urbaine habituelle et créant une atmosphère d’étrangeté propice au déploiement du suspense. Cette blancheur inattendue agit tel un filtre qui modifie la perception des lieux familiers, conférant une dimension presque fantastique à des espaces ordinairement prosaïques. L’auteur tire parti de cette météorologie exceptionnelle pour intensifier la tension narrative et souligner l’isolement croissant de ses personnages.

L’architecture sociale de la ville transparaît également dans cette géographie romanesque, Biondillo dessinant avec précision les lignes de fracture qui traversent l’espace milanais. Des quartiers périphériques aux centres de pouvoir, des salles de sport populaires aux appartements de standing, chaque lieu choisi révèle un aspect des inégalités urbaines sans jamais verser dans le didactisme. Cette cartographie sensible fait de Milan un véritable laboratoire social où s’observent les tensions contemporaines de la société italienne.

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La construction narrative et les voix multiples

Biondillo orchestre dans Le goût du sang une symphonie narrative où les voix se répondent et s’entremêlent selon une partition savamment composée. L’auteur abandonne la linéarité classique du polar pour privilégier une structure en mosaïque, alternant les perspectives et les temporalités avec une fluidité qui évite l’écueil de la confusion. Cette polyphonie narrative permet d’éclairer l’action sous différents angles, révélant progressivement la complexité des enjeux qui se nouent autour de la libération de Sasà Procopio.

La technique du point de vue multiple trouve ici une application particulièrement efficace, chaque personnage apportant sa propre couleur au récit sans que l’ensemble perde en cohérence. Biondillo maîtrise l’art délicat de passer d’une conscience à l’autre, respectant la spécificité de chaque voix tout en maintenant l’unité stylistique de l’œuvre. Cette approche chorale enrichit considérablement la compréhension des événements, permettant au lecteur de saisir les ramifications multiples d’une intrigue qui dépasse largement le cadre d’une simple enquête policière.

Les analepses qui jalonnent le récit fonctionnent comme autant de pièces d’un puzzle temporel que l’auteur reconstitue avec habileté. Ces retours vers le passé ne relèvent jamais de l’artifice gratuit mais éclairent toujours les motivations présentes des protagonistes, créant un réseau de correspondances qui donne sa profondeur au roman. Biondillo évite ainsi le piège de l’exposition laborieuse en intégrant organiquement l’histoire personnelle de ses personnages dans le déroulement de l’action contemporaine.

Cette architecture narrative sophistiquée ne nuit jamais à la lisibilité du récit, l’auteur parvenant à maintenir un rythme soutenu malgré la complexité de sa construction. La maîtrise technique se met au service de l’efficacité dramatique, chaque changement de focale apportant de nouveaux éléments tout en préservant la tension narrative. Cette réussite formelle témoigne d’une maturité littéraire qui place Biondillo parmi les artisans les plus habiles du polar contemporain.

L’enquête au cœur des transformations urbaines

L’investigation menée par Ferraro et ses collègues se déploie dans une Milan en pleine mutation, où les enquêteurs doivent constamment réajuster leurs repères face à une ville qui se transforme plus vite que leurs habitudes. Biondillo exploite cette instabilité urbaine pour créer un sentiment d’inquiétante étrangeté, les policiers évoluant dans des quartiers qu’ils croyaient connaître mais qui leur échappent désormais. Cette dimension métamorphique de la métropole lombarde devient un élément narratif à part entière, compliquant le travail d’enquête et révélant les fractures sociales contemporaines.

La gentrification de certains secteurs milanais offre à l’auteur un terrain d’observation privilégié des tensions qui traversent la société urbaine. Les investigations révèlent comment les transformations architecturales et démographiques modifient les équilibres criminels établis, obligeant les organisations mafieuses à s’adapter aux nouveaux visages de la ville. Biondillo montre avec finesse comment le crime organisé évolue en symbiose avec son environnement, s’installant dans les interstices laissés par les mutations économiques et sociales.

L’enquête devient ainsi le prétexte à une exploration sociologique approfondie, Ferraro et son équipe découvrant les mécanismes cachés qui régissent la coexistence entre légalité et illégalité dans l’espace urbain. Les salles de sport, les bars, les nouveaux quartiers résidentiels deviennent autant de laboratoires où s’observent les recompositions du pouvoir criminel. Cette approche confère une dimension documentaire au récit, sans jamais sacrifier la dynamique policière aux considérations analytiques.

La neige qui paralyse progressivement la ville agit comme un révélateur de ces transformations, figeant temporairement un paysage urbain en perpétuel mouvement et permettant aux enquêteurs comme aux lecteurs de mieux saisir les enjeux cachés. Biondillo utilise cette météorologie exceptionnelle pour intensifier le sentiment d’urgence tout en créant un cadre propice à l’introspection de ses personnages. Cette cristallisation momentanée de Milan offre un contrepoint poétique à la violence de l’intrigue, révélant la beauté fragile d’une métropole surprise par les éléments.

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Les codes du polar italien réinventés

Biondillo puise dans l’héritage du giallo tout en s’en affranchissant avec une audace mesurée, proposant une relecture contemporaine des codes du polar italien. L’auteur conserve la dimension sociale caractéristique du genre, cette capacité à radiographier les dysfonctionnements de la société, mais l’enrichit d’une complexité psychologique qui dépasse les archétypes traditionnels. Cette évolution se manifeste particulièrement dans le traitement de la violence, jamais complaisante mais toujours significative, révélatrice des traumatismes individuels et collectifs qui marquent l’Italie contemporaine.

La figure du mafieux subit ici une transformation notable, Biondillo évitant l’exotisme romantique souvent associé au crime organisé pour proposer une vision plus prosaïque et, paradoxalement, plus inquiétante. Sasà Procopio n’incarne ni le parrain charismatique ni le tueur sans âme des représentations habituelles, mais un homme ordinaire happé par une mécanique criminelle qui le dépasse. Cette humanisation du criminel, loin de l’excuser, révèle les rouages sociaux qui peuvent transformer n’importe qui en instrument de violence.

L’enquête policière elle-même échappe aux schémas convenus du polar procédural, Ferraro incarnant un policier désabusé mais non cynique, traversé par des doutes existentiels qui enrichissent sa dimension humaine. Biondillo refuse le modèle du détective omniscient pour privilégier un investigateur faillible, confronté aux limites de son métier et aux contradictions de sa société. Cette approche confère une authenticité remarquable aux scènes d’enquête, dépourvues de tout artifice spectaculaire mais d’autant plus efficaces dans leur sobriété.

L’innovation principale réside peut-être dans cette capacité à conjuguer tradition et modernité sans rupture brutale, l’auteur démontrant que le renouvellement d’un genre passe davantage par l’approfondissement que par la révolution. Cette fidélité créative permet à Le goût du sang de s’inscrire naturellement dans la lignée du polar italien tout en apportant sa contribution originale à l’évolution du genre. Biondillo prouve ainsi qu’il est possible de respecter un héritage littéraire tout en l’enrichissant de perspectives nouvelles.

Une langue vivante au service de l’authenticité

La prose de Biondillo frappe d’emblée par sa capacité à épouser naturellement les registres de langage de ses personnages, créant une polyphonie linguistique qui restitue fidèlement la diversité sociale de Milan contemporain. L’auteur manie avec dextérité les variations stylistiques, passant du parler populaire de Quarto Oggiaro aux formulations plus policées des quartiers bourgeois sans jamais céder à la caricature. Cette justesse dans le rendu des voix confère une crédibilité immédiate aux dialogues et permet au lecteur de s’immerger totalement dans l’univers du roman.

L’intégration d’expressions dialectales calabraises dans les moments de tension émotionnelle révèle une compréhension fine des mécanismes psycholinguistiques, Biondillo montrant comment le stress fait resurgir la langue maternelle chez ses personnages d’origine méridionale. Ces incursions dans le dialecte ne relèvent jamais du pittoresque gratuit mais éclairent les tensions identitaires qui traversent les protagonistes, pris entre leurs racines et leur intégration dans la société milanaise. Cette dimension sociolinguistique enrichit considérablement la caractérisation des personnages.

La description des espaces urbains bénéficie d’une écriture précise et évocatrice, capable de saisir l’atmosphère particulière de chaque quartier sans tomber dans l’inventaire touristique. Biondillo possède cette rare qualité de pouvoir faire sentir l’âme d’un lieu à travers quelques détails choisis, créant une géographie sensible qui guide efficacement l’imagination du lecteur. Sa connaissance intime de Milan transparaît dans chaque évocation, conférant une authenticité palpable aux déambulations de ses personnages.

L’équilibre entre narratif et descriptif témoigne d’une maîtrise technique certaine, l’auteur sachant doser les temps forts et les respirations sans jamais ralentir excessivement le rythme de l’intrigue. Cette économie stylistique, caractéristique des meilleurs romans policiers, permet de maintenir l’attention du lecteur tout en développant la profondeur psychologique des situations. Biondillo démontre ainsi qu’efficacité narrative et richesse littéraire ne sont nullement incompatibles.

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Biondillo et les mutations de l’Italie contemporaine

Le goût du sang s’impose comme un roman profondément inscrit dans les préoccupations de l’Italie du XXIe siècle, Biondillo saisissant avec acuité les mutations sociales qui redessinent le visage de la péninsule. L’auteur évite l’écueil de l’actualité plaquée pour intégrer organiquement les enjeux contemporains dans la trame narrative, qu’il s’agisse des transformations urbaines, des nouvelles formes de criminalité ou des bouleversements technologiques qui modifient les rapports humains. Cette dimension sociologique confère au roman une résonance particulière, le hissant au-delà du simple divertissement pour en faire un témoignage littéraire sur l’époque.

Les références à l’univers numérique et aux réseaux sociaux ponctuent le récit sans jamais paraître artificielles, révélant comment ces outils redéfinissent les stratégies criminelles et les méthodes d’investigation. Biondillo montre finement comment la technologie transforme les codes traditionnels du milieu tout en créant de nouvelles vulnérabilités, les criminels d’aujourd’hui devant composer avec la traçabilité numérique de leurs actions. Cette modernité assumée évite la nostalgie d’un âge d’or mythique pour embrasser pleinement les complexités du présent.

La crise économique et ses répercussions sociales transparaissent en filigrane dans les motivations des personnages, l’auteur dépeignant une société où la précarité pousse certains vers des choix extrêmes. Cette toile de fond économique ne verse jamais dans le misérabilisme mais éclaire les mécanismes qui peuvent transformer des citoyens ordinaires en acteurs de la violence urbaine. Biondillo révèle ainsi comment les dysfonctionnements sociétaux nourrissent les organisations criminelles, créant un cercle vicieux particulièrement révélateur de l’époque contemporaine.

L’œuvre parvient finalement à capturer l’esprit d’un temps troublé sans céder au pessimisme facile ni à l’optimisme béat, proposant une vision nuancée d’une société en mutation. Cette lucidité sans complaisance fait de Le goût du sang un roman qui dépasse largement les frontières du genre policier pour offrir une réflexion plus large sur les défis de la modernité italienne. Biondillo démontre ainsi que le polar contemporain peut être à la fois divertissant et éclairant, conjuguant plaisir de lecture et pertinence sociologique avec une rare réussite.

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Mots-clés : Milan, Polar italien, Criminalité organisée, Transformation urbaine, Enquête policière, Giallo contemporain, Société italienne


Extrait Première Page du livre

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Un drap étendu entre les toits et les cimaises, ponctué de faîtes, de conduits de fumée, de merles gibelins, gonflé, lourd, pâle, strié de suie, oppressant, un drap sale, brumeux, prêt à craquer, à s’abattre sur la tête des passants, un suaire infect, exténuant, qui faisait battre les tempes, coupait le souffle, bouchait l’horizon.

Ce fut la première sensation de Sasà dès qu’il eut franchi la porte du bâtiment. Le ciel comme une couverture, un plafond, au-dessus de la place Filangieri. Puis le chantier du nouveau métro, à quelques mètres de la prison. La ville qui change, qui se hausse, qui creuse, qui construit, qui ne s’arrête jamais. Quatre ans de prison et je vais finir par ne même plus réussir à retrouver mon chemin. Et enfin le froid. Il avait les oreilles gelées. La droite, et ce qui restait de la gauche. Il remonta la capuche de son sweat-shirt trop léger, fait pour le printemps. Il n’avait pas eu le temps de se faire apporter un blouson chaud. Pas plus mal, personne ne doit savoir que je respire à l’air libre. Tant qu’on me croit en cage, j’ai tout le temps qu’il me faut, il suffit seulement de bien l’employer. Pas de conneries, se disait-il. Il avait un plan, il l’avait étudié pendant les nuits d’insomnie, les matins dans sa cellule du quartier numéro 4, pendant les heures de promenade. Pas de conneries et tout se passera comme ça doit se passer.

Il décida de partir à pied, au moins jusqu’au terminus de la ligne 57. Il regarda à gauche et reconnut la coupole de San Vittore. Il longea le mur de la prison et, à l’angle de la rue Vico, il cracha par terre en direction de la guérite. Adieu, bande de merdes, oubliez bien ma gueule. Il marchait en bas du trottoir, éprouvant sous ses pieds les pavés qui enserraient les voies du tram. La ville bourgeoise lui faisait face, austère, pénitentielle, borromaïque1 . Au feu, il tourna à droite. Assis sur un ralentisseur en pierre, un putain de nègre de plus de deux mètres semblait l’attendre depuis des heures.

– Cigarette, mon ami ? lui dit-il en mimant le geste de fumer.

Sasà s’arrêta deux secondes pour réfléchir. En cabane, il l’aurait envoyé chier. En taule, les cigarettes sont une monnaie d’échange. Mais là, il pouvait se montrer généreux. Il sortit un paquet froissé de la poche de son sweat-shirt.

– T’as du feu ? demanda-t-il.

L’Africain acquiesça en montrant un briquet orangeâtre.

– C’est bien, t’es un bon gars, dit Sasà en lui tendant la cigarette. « 


  • Titre : Le goût du sang
  • Titre original : Il sapore del sangue
  • Auteur : Gianni Biondillo
  • Éditeur : Éditions Métailié
  • Traduction : Anne Echenoz
  • Nationalité : Italie
  • Date de sortie en France : 2025
  • Date de sortie en Italie : 2025

Résumé

Un matin gelé, un homme sort de prison. Personne ne l’attend, il est seul. Il s’appelle Sasà, il regarde le ciel de Milan, libre, enfin. Il a un plan, il doit rentrer chez lui, chercher l’argent qu’il avait caché, retrouver sa femme et sa fille, et se volatiliser avant que quelqu’un – à commencer sans doute par son meilleur « ami » – le fasse disparaître. Dans son passé, du trafic entre Naples et l’Allemagne, des assassinats pour la ‘Ndrangheta… Comment a-t-il pu de sortir de taule au bout de 5 ans alors que sa peine était de 30 ? Le commissaire Ferraro mène l’enquête de façon peu ordinaire, entre les églises baroques et les nouveaux gratte-ciel de Milan, entre la femme de Sasà, qui aurait voulu l’oublier, et sa fille, qui veut s’en sortir dans un ring de boxe. Est-ce que vérité rime toujours avec justice ? Des rebondissements, une ville prenante, des personnages attachants.

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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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