Saint-Pétersbourg 1914, la magnificence et la haine dans les mêmes rues
Un éditeur de presse libérale s’affaisse dans la neige des quais de la Moïka, près du pont Politseisky, avec la lenteur d’un homme pris de vertige qui choisirait de s’asseoir un instant pour reprendre ses esprits. Ronan Bennett pose là sa première pierre, et le contraste contenu dans cette image irrigue ensuite tout le livre. Autour du corps, une capitale somptueuse continue de tourner : ses architraves massives, ses géants de bronze conduisant des chevaux aux naseaux dilatés, ses palais de granit finlandais. Sous le vernis impérial affleure autre chose, une nervosité électrique que le romancier saisit sans jamais forcer le trait.
La ville de 1914 se donne ici sur deux registres simultanés. D’un côté, l’Ermitage, le Jardin d’Été, les marchandises exotiques du Gostiny Dvor, la salle de bal de la demeure Sabourov où se joue le prestigieux tournoi d’échecs auquel le tsar lui-même contribue à hauteur de mille roubles. De l’autre, les égouts à ciel ouvert, les usines de métallurgie qui se vident de leurs grévistes, les bannières réclamant du pain et de la liberté, les Centuries noires et leurs expéditions contre les Juifs, la Zone de résidence qui parque tout un peuple à l’ouest de l’Empire. Bennett refuse la carte postale autant que le pamphlet. Il fait sentir comment l’envie, la paranoïa et la cruauté prospèrent dans le même décor que la beauté.
Le travail documentaire qui soutient cette reconstitution mérite d’être signalé, et l’auteur en donne lui-même la mesure dans ses remerciements finaux, où défilent les ouvrages consultés sur l’Okhrana, sur les Juifs de Saint-Pétersbourg, sur le mouvement révolutionnaire, sur l’urbanisme impérial. Le tournoi d’avril-mai 1914 a réellement eu lieu, ses parties furent consignées par Siegbert Tarrasch. Cette érudition ne pèse jamais sur la phrase. Elle circule dans les détails, la marque anglaise gravée en lettres rouge sang sous un roi d’échecs, la toque d’astrakan des faux étudiants révolutionnaires, l’odeur du pain de seigle dans le quartier de Vyborg. Quelques mois avant que l’Europe ne bascule, tout est déjà en place.
Otto Spethmann, un psychanalyste qui se découvre aussi vulnérable que ses patients
Le narrateur de Mat exerce un métier qui consiste à faire remonter ce que les autres enfouissent. Otto Spethmann reçoit dans un cabinet garni d’objets incas et mochicas, il incarne pour sa clientèle le père idéal, attentif, calme, jamais réprobateur, toujours disponible. Il sait parfaitement que cette figure de sagesse est une fabrication. Il l’avoue au lecteur très tôt, avec une lucidité qui donne au récit son timbre particulier : l’homme à qui l’on prête une sérénité surnaturelle reste exposé à l’angoisse, au désir, à la peur, exactement comme ceux qui s’allongent devant lui.
Son histoire personnelle vaut celle de n’importe lequel de ses dossiers. Veuf depuis un an d’Elena dont le portrait encadré veille sur son bureau, il élève seul une fille de bientôt dix-huit ans, Catherine, étudiante à l’université, qui le réclame et lui reproche de l’étouffer dans le même mouvement. Il descend d’un boulanger venu de Dvinsk par Riga, un homme qui a raffiné sa farine à mesure que ses adresses devenaient respectables, qui réprimandait sa femme lorsqu’un mot de yiddish lui échappait, et qui avait fini par trouver à la question juive une réponse d’une simplicité terrible : cesser d’être juif. Bennett laisse cet héritage travailler son narrateur en sourdine, jusqu’à ce qu’une odeur de challah surgie de l’enfance suffise à le démolir.
La force du dispositif tient à ce que le praticien perd peu à peu la distance qui fonde son art. Il transgresse la règle qui interdit de parler de soi, il se laisse déborder par un transfert dont il connaît pourtant tous les mécanismes, il accepte des dettes qu’un homme prudent refuserait. La narration à la première personne, rétrospective, teintée d’une culpabilité qui ne se formule jamais tout à fait, transforme le roman en une longue confession différée. Freud rôde évidemment dans les coulisses, les cas d’Anna O., de Dora et du petit Hans sont cités comme on cite des partitions familières. Mais l’essentiel se joue ailleurs, dans l’écart entre ce que Spethmann comprend des autres et ce qu’il refuse de voir chez lui.
Avrom Rozental, le génie du shtetl et la mouche qui le poursuit
Il arrive au cabinet en s’excusant d’exister, persuadé d’être insupportable à ses semblables. Avrom Chilowicz Rozental parle un russe du ghetto presque courant, avec un accent guttural, et laisse parfois échapper un nu yiddish qu’il regrette aussitôt. Trente-deux ans, cadet d’une famille pauvre de douze enfants née à Choroszcz, un village perdu de Pologne, il a parlé hébreu et yiddish jusqu’à sa vingtième année. Le contraste avec sa légende est vertigineux. Ce Juif taciturne et mal à l’aise dans un fauteuil est aussi celui que les princes convient dans leurs palais et que les hôtesses les plus élégantes s’arrachent de Berlin à Buenos Aires.
Sa carrière justifie l’engouement. Vainqueur de Lasker en 1909, de Capablanca en 1911, auteur d’une année 1912 triomphale à San Sebastián, Bad Pistyan, Breslau et Varsovie, il aborde le tournoi de Saint-Pétersbourg en grand favori, à un pas de réclamer le droit de disputer la couronne mondiale. Spethmann, amateur passionné, avait étudié sa partie contre Rotlewi à Lodz en 1907 avec le même sérieux que les grands cas cliniques, et il en parle comme d’un objet d’art, quelque part entre la simplicité du concerto pour clarinette de Mozart et le vol profilé du cygne chanteur au-dessus du lac Ladoga. Les amateurs d’échecs reconnaîtront sans peine le maître réel dont Bennett s’inspire, et il précise lui-même en fin de volume qu’aucun Rozental n’a jamais figuré au tableau de 1914.
Reste la mouche. Rozental se lacère le crâne des ongles des deux mains, jour et nuit, poursuivi par un insecte que personne d’autre ne perçoit. La scène du miroir tenu à la manière d’un barbier, pour lui prouver qu’il n’y a rien, compte parmi les plus délicates du roman. Bennett tire de cette obsession, dont il indique devoir l’interprétation à un article du grand maître Nigel Davies, un portrait d’une justesse rare : celui d’une intelligence prodigieuse rongée par la honte de ses origines, et d’un homme dont la fragilité intéresse beaucoup de gens pour de très mauvaises raisons.
Anna Petrovna et la semaine effacée du voyage à Kazan
Elle apparaît lors d’une réception donnée à l’ambassade d’Allemagne, au printemps 1913, dans une atmosphère déjà lourde de la guerre qui vient. Trente-sept ans, teint clair, grands yeux couleur miel, une chevelure noire implantée très bas et une incisive légèrement oblique qui rompt la symétrie du visage. Spethmann s’attarde sur ce défaut minuscule et devine derrière lui une propension au secret. Anna Petrovna Ziatdinov compte parmi les beautés célèbres de la capitale, elle résiste avec amusement aux assauts du violoniste Kopelzon, et elle deviendra la patiente la plus fascinante du docteur, tournoi et grand maître compris.
Ce qui l’amène sur le divan tient en un cauchemar récurrent : une maison immense et délabrée, différente en tout point de celle où elle a séjourné enfant. L’analyse remonte vers un voyage en train jusqu’à Kazan, effectué à treize ans et deux mois, en compagnie de son père et de personne d’autre. La précision de la date intrigue le praticien, la patiente en donne la raison, puis la mémoire se referme. Une semaine devait être passée là-bas, une semaine dont il ne subsiste presque rien, sinon une femme en manteau bleu dans le wagon, un officier de cavalerie hautain, une cuisine exiguë et un fourneau à pétrole. Bennett construit ces séances avec une patience remarquable, laissant la résistance monter phrase après phrase, jusqu’à ces mains posées en rideau sur le visage.
Le père complique tout. Piotr Arseneievitch Zinnourov, surnommé la Montagne, figure parmi les industriels les plus riches de la ville, on le soupçonne de financer les Centuries noires, et sa fille unique a rompu avec lui pour des motifs qu’elle garde sous clé. Le romancier fait ainsi de la cure un moteur d’intrigue à part entière, où chaque souvenir déterré déplace un rapport de force. Il ose par ailleurs une sensualité franche, écrite sans afféterie ni gêne, qui rappelle que ce psychanalyste-là ne travaille plus depuis longtemps dans les conditions de son art.
L’inspecteur Lychev, l’Okhrana et le vertige des loyautés
Un homme chétif d’environ trente-cinq ans attend dans l’antichambre, son chapeau devant lui, une frange noire hirsute lui tombant sur les yeux, la voix fluette et légèrement nasale. L’inspecteur Lychev pèse une pièce du jeu d’échecs anglais, admire le dessin du Staunton, juge nos modèles russes moins purs, s’informe des chances de Rozental au tournoi, puis annonce d’un ton météorologique qu’un étudiant retrouvé dans un canal a été assassiné avec la carte de visite du docteur en poche. Cette entrée en matière donne le ton d’un adversaire qui ne hausse jamais la voix et n’oublie rien. Sa réplique d’adieu, devant l’échiquier, appartient à la meilleure veine du roman.
Derrière lui se déploie tout un continent souterrain. La police secrète achète, retourne, fabrique des convictions et des dévouements. Bennett en démonte la mécanique avec une froideur clinique : à chaque traître, un besoin qui l’a rendu disponible, l’argent pour les uns, l’effacement d’un passé pour les autres, un sentiment d’importance pour ceux qui n’étaient personne, une vengeance pour ceux qui avaient des ennemis. Le tribun bolchevique Grigori Petrov, orateur électrisant capable de faire se dresser les cheveux sur la nuque, incarne à lui seul cette ambivalence, et le romancier reconnaît volontiers sa dette envers le parcours du militant Roman Malinowski.
Le récit refuse tout partage confortable entre camps. Les révolutionnaires torturent et exécutent leurs propres camarades sur simple décision d’un comité, la police fabrique ses complots autant qu’elle les déjoue, les industriels patriotes trempent dans le pogrom. Et pendant que ces forces s’ajustent, une génération plus jeune s’engage avec un absolutisme qui glace le narrateur, sa fille en tête, prête à tenir parole même lorsque tenir parole coûte tout. Cette pression exercée sur les liens familiaux constitue peut-être la ligne la plus tendue du livre, celle où l’Histoire cesse d’être un décor pour venir chercher les gens dans leur cuisine.
Zugzwang, quand chaque coup joué aggrave la position
Le titre original du roman est Zugzwang, terme forgé de l’allemand Zug et Zwang, qui désigne cette situation où un joueur reste obligé de jouer alors que chaque coup disponible détériore sa position. Difficile d’imaginer meilleure définition de ce qui attend Otto Spethmann. Le mot n’est pas un ornement plaqué, il gouverne la mécanique entière du livre. À chaque étape, le narrateur choisit entre plusieurs options mauvaises, avance parce qu’il faut avancer, et découvre après coup qu’il a servi les intérêts de quelqu’un d’autre.
L’analogie se prolonge dans la construction même. Une partie par correspondance oppose Spethmann à son vieil ami Kopelzon depuis des mois, et Bennett en fait figurer les diagrammes au fil des pages, avec la liste des coups joués, comme autant de haltes réflexives. Ces intermèdes fonctionnent moins comme des devinettes pour spécialistes que comme des respirations, des moments où la question posée sur l’échiquier redouble en silence la question posée dans la vie. Le narrateur relève lui-même la parenté des trois métiers convoqués ici : le psychanalyste, le policier et le joueur d’échecs travaillent tous à faire apparaître ce qui reste dissimulé, la différence tenant à la nature de la dissimulation. Quant au sort réservé aux innocents dans une machination bien conduite, le romancier le formule d’entrée par une image que l’on n’oublie pas, celle du maître qui échange sans état d’âme les pions gênant son jeu.
Cette architecture doit sans doute quelque chose à la publication initiale du texte, feuilleton hebdomadaire conçu avec le concours de connaisseurs du jeu. Les chapitres sont brefs, chacun apporte son déplacement, et la tension se recharge à intervalles réguliers. Précision utile pour qui hésiterait : aucune connaissance des échecs n’est requise. Les diagrammes se laissent traverser sans dommage, et le lecteur qui les ignore ne perd rien de l’intrigue, tandis que celui qui les déchiffre y trouve un plaisir supplémentaire.
Une poignée de pièces en buis et en ébène sur soixante-quatre cases
Spethmann prévient très tôt que tout se jouera à travers une demi-douzaine de combinaisons, quelques figurines sculptées posées sur une planche à damier. La formule paraît d’abord relever de la coquetterie de joueur. Elle se révèle d’une exactitude implacable. Mat raconte comment des existences entières se trouvent réorganisées par des calculs auxquels elles n’ont pris aucune part, comment un talent hors du commun devient une ressource stratégique entre des mains qui ne l’aiment pas, et comment un homme instruit, prospère et bien intentionné peut se retrouver à jouer une partie dont il ignore les enjeux réels, sur un échiquier dont il ne voit qu’un angle.
Ronan Bennett réussit une combinaison peu commune : le thriller historique documenté jusqu’à l’ongle, le roman d’analyse au sens le plus freudien, la chronique d’une communauté juive prise en tenaille entre l’assimilation honteuse et la répression brutale, le tout maintenu dans une même coulée narrative que la traduction française restitue avec une belle netteté. Le livre avance vite sans jamais sacrifier ses zones d’ombre, et il conserve une qualité rare chez les romans à mécanique : ses figures continuent d’exister en dehors de leur fonction. Rozental et sa mouche, Anna et sa maison de cauchemar, Lychev et sa frange noire survivent longtemps à la dernière page.
Reste l’écho de la date. Avril 1914, quelques semaines avant que le continent ne s’embrase, dans une capitale où les métallurgistes défilent déjà derrière leurs banderoles et où l’on croise l’ombre du procès Beilis. Le lecteur possède un avantage que les protagonistes n’ont pas, il connaît la suite de la partie mondiale, et cette asymétrie confère au dénouement une résonance particulière. Les pièces de buis et d’ébène finissent toujours par retourner dans leur boîte. La question que pose Bennett, avec une élégance qui ne se paie jamais de discours, porte plutôt sur ce qu’il reste d’un homme quand la partie est terminée.
À lire aussi
Mots-clés : Ronan Bennett, Mat, Zugzwang, thriller historique, Saint-Pétersbourg 1914, psychanalyse, échecs
Extrait Première Page du livre
« 1
Saint-Pétersbourg, mars 1914
Par un matin glacial d’avril, sur les quais de la Moïka près du pont Politseisky, deux hommes abordèrent l’honorable éditeur de presse libérale O.V. Goulko. Des témoins racontèrent par la suite à la police que le plus grand des deux s’en était pris violemment à Goulko, et que celui-ci, sous la menace, avait cherché à se soustraire à ses adversaires. Le plus jeune avait alors sorti un couteau, tandis que son comparse braquait un revolver. Un coup de feu avait retenti.
Goulko ne s’effondra pas sur-le-champ, mais, toujours selon le même témoin, s’affaissa lentement jusqu’à se retrouver sur son séant, comme quelqu’un qui, pris de vertige, s’assied quelques instants sur le sol pour reprendre ses esprits – sauf que, dans ce cas précis, une grande tache était apparue sur son ventre et que du sang coulait sur la neige glacée autour de lui.
L’assaillant au revolver s’enfuit en courant, sa mission peut-être accomplie ou, plus probablement, son sang-froid instantanément disparu. Si c’était le cas, son compagnon paraissait d’une tout autre trempe, en tout cas infiniment moins sensible. Il portait des bottes d’ouvrier, un long manteau de cuir et une toque en astrakan – l’uniforme adopté par certains étudiants qui aimaient se donner une allure révolutionnaire. Se remettant à peine de la scène à laquelle ils venaient d’assister, des passants voulurent venir en aide à l’homme blessé, mais avant qu’ils aient pu intervenir, son agresseur lui porta plusieurs coups puis s’enfuit, servi par sa jeunesse, son physique athlétique, la foule qui se massait sur la perspective Nevsky et la nature timorée de l’être humain en pareilles circonstances.
La tenue bien particulière des meurtriers donna à penser que Goulko avait été assassiné par l’une des soi-disant brigades combattantes du parti socialiste-révolutionnaire. Mais, alors, pourquoi ? Les brigades combattantes étaient sans aucun doute actives et difficilement prévisibles, mais pour quelle raison ces esprits fanatiques auraient-ils pris Goulko pour cible, lui qui n’était nullement partisan de l’autocratie, la tenant pour un ennemi à châtier au même titre que l’Amalécite[1]. Les soupçons se portèrent aussi sur cet autre mouvement également imprévisible et fanatique, les Centuries noires ; mais Goulko avait beau être juif, il n’en faisait pas grand cas, comme moi-même. »
- Titre : Mat
- Titre original : Zugzwa
- Auteur : Ronan Bennett
- Éditeur : Sonatine Éditions
- ISBN : 9782266189583
- Format : Broché
- Nationalité : Irlande
- Langue : Français
- Traduction : Danièle Mazingarbe
- Date de publication : 07/03/2013
- Nombre de pages : 347 pages
- Genre : Thriller historique
- Sujets traités : Saint-Pétersbourg 1914, psychanalyse, échecs, complot politique, antisémitisme, police secrète tsariste, mouvement révolutionnaire russe, mémoire refoulée
Résumé
Saint-Pétersbourg, printemps 1914. Un éditeur de presse libérale est assassiné en pleine rue par deux hommes vêtus comme des étudiants révolutionnaires, sans que personne ne parvienne à établir de mobile. Quelques jours plus tard, un inspecteur de police se présente au cabinet du docteur Otto Spethmann, psychanalyste réputé de la capitale : la carte de visite du praticien a été retrouvée sur le corps d’un jeune homme repêché dans un canal. Spethmann affirme ne rien savoir. On ne le croit pas.
Le médecin traite alors deux patients hors du commun : Anna Petrovna Ziatdinov, fille d’un des industriels les plus redoutés de Russie, tourmentée par un cauchemar récurrent dont la clé se cache dans un voyage d’enfance, et Avrom Rozental, grand maître d’échecs promis au titre mondial mais menacé d’effondrement à quelques semaines du tournoi le plus important de sa carrière. Entre police secrète, cellules clandestines et intérêts contradictoires, le psychanalyste va découvrir que ses propres coups servent une partie dont il ignore tout.

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


















