De la routine policière à la fresque historique
Dès les premières pages, Marcello Fois déjoue les attentes du lecteur familier du genre policier. Si l’apparence respecte les codes établis – un inspecteur convoqué par son supérieur, une disparition mystérieuse à élucider –, la mécanique narrative emprunte rapidement des chemins inattendus. L’intrigue se déploie dans une Rome des années 1990, en pleine campagne électorale de Silvio Berlusconi, où l’inspecteur Ruben Massei reçoit deux dossiers apparemment sans lien : la disparition de Luce Ancona, figure respectée de la communauté juive, et celle de trois jeunes skinheads néonazis. Cette juxtaposition crée d’emblée une tension particulière, bien au-delà du simple mystère criminel. L’auteur sarde instille dans son récit une dimension sociale et historique qui transcende la simple enquête de routine.
Le cadre romain devient ici bien plus qu’un décor pittoresque. Fois orchestre une chorégraphie urbaine où les quartiers populaires côtoient les demeures bourgeoises, où la synagogue dialogue silencieusement avec les repaires néonazis. Cette géographie symbolique dessine les fractures d’une société italienne en mutation, traversée par des courants politiques contradictoires. L’écriture capte l’atmosphère électrique d’une ville prise entre son passé glorieux et ses démons contemporains, entre mémoire collective et amnésie volontaire.
Ce qui distingue véritablement Sheol des productions policières conventionnelles réside dans son refus de la linéarité rassurante. Là où d’autres se contentent d’aligner les indices jusqu’à la résolution finale, Fois tisse une toile complexe où chaque fil narratif en appelle un autre, où chaque réponse soulève de nouvelles interrogations. Le roman appartient à cette veine du noir italien héritière des maîtres français, celle qui fait du polar un instrument d’exploration sociale et politique. L’auteur y insuffle cette « autre chose » dont parle Carlo Lucarelli dans sa préface, cette capacité à révéler, sous le vernis d’une enquête criminelle, les strates enfouies d’une conscience collective troublée.
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L’inspecteur Ruben Massei : portrait d’un enquêteur tourmenté
Ruben Massei incarne une figure de policier aux antipodes des héros flamboyants du polar classique. Maniaque de l’ordre, obsédé par la précision de son environnement de travail, il érige son bureau en sanctuaire méthodique où chaque objet possède sa place immuable. Ce cendrier qui ne doit jamais servir, ces dossiers rangés selon un alphabet rigoureux deviennent les symptômes d’une personnalité en quête perpétuelle de contrôle face à un monde fondamentalement chaotique. Derrière cette façade organisée se cache un homme de cinquante et un ans habité par une angoisse sourde, celle d’un enfant arraché à ses origines dès ses premiers jours d’existence. Fois construit son protagoniste par touches successives, révélant progressivement les blessures enfouies sous l’apparence professionnelle.
L’identité juive de Massei constitue le nœud central de sa construction psychologique. Sauvé de la déportation en 1943 grâce à des parents adoptifs qui l’ont fait passer pour leur fils, non circoncis pour échapper aux contrôles nazis, il incarne cette génération de survivants malgré eux. Son grand-père rescapé des camps, avec ce numéro tatoué sur l’avant-bras que l’enfant questionnait sans obtenir de réponse, hante encore sa mémoire d’adulte. Cette filiation brisée puis reconstituée artificiellement explique son rapport distant à la synagogue, sa méfiance instinctive envers les situations trop claires. L’inspecteur confesse lui-même vivre dans la hantise permanente de prendre le mauvais train, métaphore transparente d’une existence placée sous le signe de l’incertitude fondamentale.
Face aux symboles néonazis découverts dans l’appartement des skinheads disparus – le drapeau à croix gammée, les portraits de Hitler et Mussolini –, Massei ressent ce frisson venu « de la nuit des temps », cette angoisse primitive qui remonte du ventre et réveille les fantômes familiaux. Son acharnement à établir un lien entre les deux affaires dépasse largement le cadre d’une enquête ordinaire. Il s’agit d’une quête personnelle, presque obsessionnelle, qui met en péril sa carrière et exaspère sa hiérarchie. L’homme qui avoue avoir laissé partir un homosexuel à Ostie dans les années 1960, par empathie envers ceux contraints de dissimuler leur véritable nature, révèle une sensibilité à fleur de peau forgée par l’histoire.
Quand passé et présent se télescopent
L’architecture temporelle de Sheol repose sur un dialogue constant entre deux époques que tout semble séparer mais que l’histoire intime relie inexorablement. Fois instaure un système de va-et-vient entre la Rome occupée de septembre 1943 et celle des années 1990, créant ainsi une structure narrative en miroir où les échos se répondent par-delà les décennies. Les chapitres historiques surgissent comme des éclats de mémoire refoulée, fragments d’un passé qui refuse de rester enterré. Cette alternance n’a rien d’artificiel : elle matérialise la permanence du traumatisme, la façon dont les crimes d’hier continuent d’irriguer le présent de leur violence sourde.
Dans les séquences situées en 1943, le lecteur découvre l’univers de la famille Ancona réfugiée dans sa villa, observée depuis les fourrés par le jeune Luigi. Ce regard voyeur, presque innocent dans sa curiosité enfantine, capte la progressive descente aux enfers d’une famille juive confrontée aux lois raciales. Les lumières qui s’éteignent une à une, les visages qui se creusent, les cheveux qui blanchissent : autant de signes d’une déshumanisation programmée. L’auteur distille ces scènes avec une économie de moyens remarquable, laissant transparaître l’horreur par petites touches plutôt que par grandes démonstrations. La tension monte insidieusement, portée par le point de vue de cet adolescent fasciné qui ne comprend pas encore la mécanique génocidaire à l’œuvre.
Ce dispositif temporel trouve sa justification profonde dans l’enquête menée par Massei. Chaque avancée dans l’investigation contemporaine fait ressurgir une pièce du puzzle historique, comme si les morts réclamaient leur part de vérité. La villa Ancona devient ainsi le point de convergence symbolique où se cristallisent les deux temporalités. Le saccage contemporain répond mystérieusement aux événements de 1943, établissant une continuité troublante entre la barbarie nazie et les violences néonazies. Fois démontre avec subtilité que l’histoire ne se répète jamais à l’identique, mais qu’elle hante le présent de ses rémanences toxiques, que les non-dits se transmettent de génération en génération jusqu’à l’explosion finale.
La mémoire juive au cœur de l’intrigue
Marcello Fois ne se contente pas d’utiliser la judéité comme simple toile de fond : il en fait le moteur narratif et émotionnel de son récit. La communauté juive romaine apparaît dans toute sa complexité, loin des représentations univoques, incarnée notamment par le personnage de Daniele Foa qui guide Massei dans son exploration des textes bibliques. La scène où l’inspecteur pénètre pour la première fois dans la synagogue revêt une charge symbolique puissante, marquant le retour d’un fils prodigue vers une identité longtemps tenue à distance. Le silence qui l’accueille contraste avec le vacarme extérieur qu’il n’avait même pas perçu, métaphore d’un espace intérieur qu’il s’était toujours refusé à habiter pleinement.
L’auteur tisse savamment les références culturelles et religieuses sans jamais basculer dans la lourdeur didactique. Le message biblique glissé dans la voiture de Massei, tiré du livre d’Isaïe, ouvre une dimension herméneutique fascinante où l’enquête policière se double d’une quête spirituelle. Le sheol, ce royaume des morts de la tradition hébraïque, devient bien plus qu’un titre évocateur : il désigne cet espace liminal où errent ceux qui ne peuvent accéder au repos, condamnés à hanter les vivants tant que justice ne leur sera pas rendue. Cette conception de la mort comme état provisoire irrigue l’ensemble du roman, conférant aux disparus une présence spectrale qui réclame réparation.
Les séquences historiques montrant la préparation de la bar-mitzvah d’Isacco en 1943, dans un bureau de notaire transformé en shtibl de fortune, illustrent avec justesse la résistance culturelle face à l’anéantissement programmé. La déception du jeune garçon devant cette cérémonie improvisée, loin de la magnificence espérée de la synagogue, capte l’impossibilité de perpétuer normalement les rituels dans un monde devenu fou. Fois saisit ces moments où l’ordinaire du sacré bascule dans l’extraordinaire de la survie, où maintenir les traditions devient un acte de résistance silencieuse. Cette attention portée aux détails de la vie religieuse confère au roman une authenticité qui transcende le cadre du polar pour toucher à une forme de chronique mémorielle, où chaque geste rituel préservé constitue une victoire dérisoire mais essentielle contre l’oubli.
L’architecture narrative : entre 1943 et aujourd’hui
La construction du roman obéit à une logique de stratification temporelle qui évoque les fouilles archéologiques. Fois alterne les chapitres contemporains et historiques selon un rythme qui épouse les découvertes progressives de l’enquête, chaque révélation dans le présent appelant un éclairage du passé. Cette organisation n’a rien de mécanique : les transitions s’opèrent avec une fluidité organique, comme si la narration elle-même accomplissait un travail de mémoire, exhumant couche après couche les secrets enfouis. Le lecteur se trouve ainsi placé dans une position de découverte simultanée, assemblant les pièces d’un puzzle où chaque époque éclaire l’autre d’une lumière crue.
Les séquences de 1943 introduisent le personnage énigmatique de Luigi, cet adolescent fasciné par la famille Ancona qu’il épie depuis son refuge végétal. Son point de vue adolescent, mélange trouble de curiosité innocente et d’envie sociale, permet à l’auteur d’aborder la question de la collaboration et de l’indifférence sous un angle inédit. Luigi incarne cette zone grise de l’histoire, ni héros ni monstre, simplement un être ordinaire pris dans l’engrenage d’une époque extraordinaire. Les dates qui ponctuent ces chapitres historiques – « 4 septembre », « Chesvan » – ancrent le récit dans une chronologie précise qui contraste avec la temporalité plus floue de l’enquête contemporaine.
Cette dualité temporelle culmine dans la villa Ancona, lieu chargé d’histoire qui sert de pont entre les deux époques. L’espace devient palimpseste où se superposent les violences passées et présentes, où le saccage récent réveille les crimes anciens. Fois manipule avec habileté les codes du suspense en retardant systématiquement les révélations capitales, jouant sur l’attente et la frustration calculée du lecteur. Les ellipses narratives dans les séquences de 1943, notamment autour de la nuit du massacre, créent des zones d’ombre que l’investigation contemporaine devra éclairer. Cette interdépendance des deux lignes narratives transforme la lecture en une expérience immersive où passé et présent dialoguent constamment, chacun révélant les non-dits de l’autre dans une chorégraphie narrative maîtrisée.
Sheol : symboles et résonances bibliques
Le titre du roman puise directement dans la cosmologie hébraïque pour désigner ce lieu souterrain où séjournent les morts, cet entre-deux métaphysique distinct du paradis comme de l’enfer chrétien. Lorsque Daniele Foa explique à Massei la signification du verset d’Isaïe glissé anonymement dans sa voiture, il révèle une prière adressée au royaume des morts qui « s’ébranle » et « réveille les trépassés ». Cette image du sheol en mouvement, refusant de laisser reposer ceux qui l’habitent, irrigue l’ensemble du récit d’une dimension prophétique. Les morts ne peuvent trouver la paix tant que leurs assassins demeurent impunis, tant que la vérité reste ensevelie sous les mensonges et l’oubli volontaire.
Fois exploite cette symbolique avec une intelligence qui dépasse la simple référence érudite. Le sheol devient métaphore active de la mémoire collective, ce réservoir de fantômes qui hantent la conscience italienne d’après-guerre. Les fosses creusées dans le parc de la villa en 1943 constituent une incarnation littérale de ce royaume souterrain où gisent les victimes, tandis que les vivants continuent leur existence en surface dans une ignorance coupable. La citation talmudique en exergue du roman – « Pour un mort, les vers sont aussi difficiles à supporter qu’une aiguille dans la chair d’un vivant » – établit d’emblée cette continuité entre les souffrances d’outre-tombe et les douleurs terrestres, suggérant que la mort ne met pas fin au tourment lorsque l’injustice persiste.
L’auteur tisse également des parallèles subtils avec la tradition prophétique biblique, Massei endossant malgré lui le rôle de celui qui doit faire entendre la voix des disparus. Le message crypté qui le met sur la piste fonctionne comme un appel venu des profondeurs, une injonction à descendre dans les strates enfouies de l’histoire pour en exhumer les cadavres symboliques. Cette dimension eschatologique confère au polar une profondeur métaphysique rare dans le genre, transformant l’enquête policière en quête quasi-religieuse de rédemption. Le roman interroge ainsi notre responsabilité envers les morts, notre devoir de mémoire face aux crimes que l’histoire préférerait voir disparaître dans les oubliettes du temps.
Une écriture au service de la tension dramatique
Le style de Marcello Fois se distingue par une économie de moyens qui n’exclut jamais la précision psychologique. Les phrases courtes alternent avec des périodes plus amples, créant un rythme syncopé qui épouse les pulsations de l’enquête. L’auteur excelle particulièrement dans l’art du détail révélateur : ce cendrier immaculé que Massei refuse de voir souillé devient emblème de sa quête obsessionnelle d’ordre face au chaos, tandis que les objets inventoriés dans l’appartement des skinheads – drapeaux nazis, revues extrémistes, disques de propagande – dressent un portrait glaçant par simple accumulation. Cette capacité à faire parler les choses, à transformer l’inventaire en révélation, témoigne d’une maîtrise narrative certaine.
Les dialogues ciselés servent autant la progression de l’intrigue que la caractérisation des personnages. Les échanges entre Massei et le commissaire Centi oscillent entre tension professionnelle et sollicitude paternelle, révélant les rapports de force au sein de l’institution policière. La traductrice Catherine Pitiot restitue avec finesse ces joutes verbales où les non-dits pèsent autant que les paroles prononcées. L’irruption de monologues intérieurs dans le flux narratif permet d’accéder aux tourments de Massei sans recourir aux lourdeurs de l’introspection démonstrative. Ces moments de repli mental fonctionnent comme des respirations dans la mécanique haletante de l’enquête.
Fois déploie également une sensibilité particulière dans le traitement des scènes historiques, où la violence affleure sans jamais verser dans le voyeurisme gratuit. La séquence nocturne où Luigi observe la villa désertée mêle innocence enfantine et pressentiment tragique dans une prose qui suggère plus qu’elle ne montre. L’horreur du massacre de 1943 se devine par touches impressionnistes – le bruit sourd des corps tombant dans la fosse, la terre qui recouvre les victimes – sans que l’auteur ne complaise dans la description morbide. Cette retenue stylistique renforce paradoxalement l’impact émotionnel, laissant l’imagination du lecteur combler les espaces laissés volontairement vides. Le roman prouve ainsi qu’on peut évoquer l’indicible sans le dénaturer, que la litote possède parfois plus de force que l’hyperbole.
La portée universelle d’un roman singulier
Au-delà de son ancrage italien spécifique, Sheol interroge des questions qui résonnent bien au-delà des frontières géographiques et temporelles. Le roman explore la transmission transgénérationnelle du traumatisme, cette façon dont les blessures historiques se transmettent en sourdine d’une génération à l’autre, même lorsque les victimes directes ont disparu. Massei incarne cette mémoire orpheline, privée de récit familial structurant, contrainte de reconstituer son identité à partir de fragments épars et de silences éloquents. Cette problématique dépasse largement le cadre de la Shoah pour toucher à l’expérience humaine universelle de la filiation brisée et de la quête identitaire.
L’œuvre questionne également notre rapport collectif au passé, particulièrement lorsque celui-ci charrie des pages sombres que les sociétés préféreraient oublier. La citation de Stefano Levi Della Torre placée en exergue – rappelant que nous ne connaissons que les Juifs qui ont rencontré la solidarité, les autres n’ayant pas survécu – pointe avec acuité les biais de la mémoire collective. Fois démontre comment le silence institutionnel et les arrangements avec la vérité permettent aux crimes d’hier de féconder les violences d’aujourd’hui. La résurgence des groupuscules néonazis dans l’Italie des années 1990 trouve ses racines dans cette amnésie volontaire, dans le refus de regarder en face les responsabilités historiques. Le roman devient ainsi méditation politique sur le devoir de mémoire et ses implications contemporaines.
La dimension humaine du récit transcende finalement les considérations historiques et politiques. Massei, avec ses manies obsessionnelles et ses angoisses existentielles, incarne une solitude profondément contemporaine, celle de l’individu confronté à des héritages qui le dépassent. Ses errances nocturnes, ses insomnies, sa difficulté à établir des liens authentiques dessinent le portrait d’un homme empêché, prisonnier d’une histoire qu’il n’a pas choisie mais qu’il doit néanmoins affronter pour accéder à lui-même. Sheol s’impose ainsi comme bien plus qu’un polar habile : il constitue une réflexion sensible sur la manière dont l’histoire s’inscrit dans les chairs et les consciences, façonnant nos existences individuelles à notre insu. Ce roman prouve que la littérature de genre, lorsqu’elle est portée par une ambition littéraire véritable, peut atteindre une profondeur d’analyse comparable aux œuvres les plus exigeantes.
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Mots-clés : Polar italien, Shoah, Mémoire historique, Rome 1943, Enquête policière, Identité juive, Thriller psychologique
Extrait Première Page du livre
» I
Il y avait quelque chose…
Il y avait quelque chose qui le rendait furieux. Une chose qui pouvait le pousser jusqu’à en oublier les principes de civilisation les plus élémentaires : lorsqu’on écrasait un mégot dans son cendrier. Pour Ruben Massei, inspecteur de la brigade mobile du commissariat central de Rome, ce cendrier avait une valeur uniquement décorative. C’était un élément de l’espace, indispensable à la cosmogonie particulière de son bureau, mais totalement dépourvu des fonctions liées au tabac. En outre, Ruben Massei détestait le tabac.
Et puis les gens sont différents, chacun organise son espace comme il l’entend. S’aventurer sur le bureau de certains de ses collègues aurait été comme mettre le nez dans les secrets d’Ustica. Chaque fois que le téléphone sonnait sur le bureau de l’inspecteur Pittalis par exemple, il fallait partir à la chasse au téléphone.
Alors, de temps en temps, ses collègues s’amusaient à troubler l’ordre qui régnait dans ses affaires : ils déplaçaient son bloc-notes ; ils mélangeaient les dossiers rangés selon un ordre alphabétique rigoureux en haut à droite du plan de travail ; ou, comme maintenant ils éteignaient leur mégot dans son cendrier immaculé.
L’agent fut obligé de lui taper sur l’épaule pour qu’il s’aperçoive de sa présence : « Le commissaire Centi », dit-il en s’éclaircissant la voix.
L’inspecteur Massei fit un bond, comme quelqu’un qui se réveille en sursaut. « Oui ? » demanda-t-il en voyant pour la première fois le jeune homme en uniforme à ses côtés.
« Le commissaire Centi, répéta-t-il, dit qu’il peut vous recevoir maintenant. Il a essayé de vous appeler sur votre ligne intérieure mais c’était toujours occupé », se justifia-t-il, embarrassé par l’absence de réaction de l’inspecteur.
Ruben Massei se redressa sur sa chaise. « Occupé ? » se demanda-t-il à lui-même en tournant la tête vers le téléphone. En décrochant le combiné, il vit l’épaisseur sous la poignée qui, en l’empêchant de se remettre en place, bloquait la ligne. Il regarda autour de lui, le visage renfrogné, ses collègues qui semblaient tous très occupés à faire quelque chose. « Très amusant ! hurla-t-il, vraiment je suis mort de rire ! » ajouta-t-il en réponse aux rires étouffés qui s’entendaient dans la pièce. «
- Titre : Sheol
- Auteur : Marcello Fois
- Éditeur : TRAM’éditions
- Traduction : Catherine Pitiot
- Nationalité : Italie
- Date de sortie en France : 1999
- Date de sortie en Italie : 1997
Résumé
L’inspecteur Ruben Massei, policier méticuleux de la brigade mobile de Rome, se voit confier deux affaires apparemment sans lien : la disparition de Luce Ancona, figure respectée de la communauté juive, et celle de trois jeunes skinheads néonazis. Convaincu qu’un fil invisible relie ces deux enquêtes, Massei s’obstine malgré les pressions de sa hiérarchie, poussé par une intuition qui touche à son histoire personnelle. Enfant juif sauvé de la déportation en 1943, élevé par des parents adoptifs, l’inspecteur se trouve confronté aux fantômes de son passé.
Le roman alterne entre la Rome contemporaine des années 90, en pleine campagne électorale, et celle de septembre 1943, sous l’occupation nazie. À travers la villa Ancona, théâtre d’événements tragiques durant la guerre, passé et présent se télescopent dans une quête qui dépasse largement le cadre d’une simple investigation criminelle. Massei découvre progressivement que certains secrets, même enfouis depuis cinquante ans, refusent de rester dans le sheol, ce royaume des morts de la tradition hébraïque.

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.






















