Les Enfants du Salève T2 de Mel Eskera : les secrets du passé rattrapent le présent

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Les Enfants du salève Tome 2 - Révélations de Mel Eskera

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Le Salève reprend ses droits

Dans la postface, Mel Eskera révèle que ce roman est né d’un rêve récurrent qui la ramenait obstinément vers un endroit bien réel : le Manoir du Salève, où elle a passé trois étés de sa jeunesse. Cette confidence éclaire d’une lumière particulière la façon dont le décor savoyard habite le récit, non pas comme un simple cadre pittoresque, mais comme une matière vivante, chargée de mémoire et d’affect. Bonnevaux et ses environs ne sont pas décrits, ils sont ressentis. Les couloirs du manoir abandonné, la piscine fantôme, le parc traversé par le vent, tout cela possède une densité sensorielle qui n’appartient qu’aux lieux que l’on a vraiment connus.

Ce tome 2 pousse cet ancrage encore plus loin. Les personnages ne circulent plus seulement dans le paysage savoyard, ils se heurtent à lui, physiquement, comme Jay qui s’introduit de nuit dans le manoir délabré et se retrouve face à une présence massive dans l’obscurité. La montagne cesse d’être un témoin silencieux pour devenir un espace actif, presque dramaturgique, où les vérités enfouies depuis quarante ans refusent de rester enterrées. Eskera a compris, avec une intuition juste, que la géographie peut servir d’architecture narrative : chaque lieu traversé correspond à une strate de l’enquête qui se dévoile.

La précision topographique qui caractérisait déjà le premier volume s’affine ici. Chignin, Sévrier, Lons-le-Saunier, Noisy-le-Grand : l’intrigue se déploie désormais bien au-delà du Salève, mais c’est toujours vers lui que tout converge. Cette expansion géographique traduit à merveille l’idée que les crimes commis dans ce foyer isolé ont eu des répercussions durables, tentaculaires, impossibles à contenir dans les limites d’un seul territoire. Le Salève, manoir hanté par ses propres secrets, exerce une attraction irrésistible sur tous ceux que son histoire a marqués, que ce soit quarante ans plus tôt ou aujourd’hui.

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Jay Banner, de la dérive à la mission

Jay Banner se réveille dans sa voiture, le corps endolori, garé dans une rue jonchée de débris après une tempête, sans trop savoir comment il a atterri là. Cette scène d’ouverture dit tout, avec une économie de moyens remarquable : l’ex-flic est encore un homme qui dérive, porté par des forces qu’il ne maîtrise pas toujours, tiraillé entre l’instinct qui le propulse en avant et les ruines intérieures qui freinent chacun de ses pas. Mel Eskera retrouve son personnage exactement là où elle l’avait laissé, sans le romaniser, sans lui offrir une rédemption facile. Jay est toujours cabossé, mais quelque chose a changé : il a une piste, un fil à tirer, et cette fois il ne le lâchera pas.

Ce qui rend le personnage convaincant dans ce second tome, c’est précisément la cohérence de sa reconstruction. Ses cinquante minutes de jogging matinal, ses douches brûlantes, ses cafés avalés debout devant un ordinateur couvert de dossiers : ces détails quotidiens composent le portrait d’un homme qui se raccroche à la discipline comme à une bouée. Face à Jean-Louis, le vieux jardinier de Bonnevaux au salon figé dans le temps, ou à Marie qui l’héberge à Lons-le-Saunier, Jay se révèle aussi dans ses relations aux autres, dans cette façon qu’il a de faire confiance à ceux que le monde ordinaire a oubliés ou marginalisés. Il y a dans ces rencontres une humanité discrète qui enrichit le personnage bien au-delà de ses seules compétences d’ancien policier.

Sa fausse carte de police retouchée sous Photoshop, sa filature en voiture jusqu’à Sévrier, son escalade nocturne du mur d’une villa : Jay Banner opère en marge des institutions, avec les moyens du bord et une débrouillardise qui le rend attachant sans le rendre invincible. Eskera prend soin de ne jamais le transformer en héros omniscient. Il tâtonne, il se trompe, il ressent la douleur dans ses muscles et la fatigue dans ses yeux rougis. C’est cette vulnérabilité assumée qui fait de lui bien plus qu’un simple moteur narratif : un personnage dont on suit la trajectoire avec une attention soutenue, chapitre après chapitre, en espérant qu’il tiendra jusqu’au bout.

Les fantômes du foyer parlent enfin

Janvier 1984, Le Salève. Un enfant lit en secret un journal intime, assis dans la piscine désaffectée, sous un ciel chargé de nuages. Le Clan des Cherokees se retrouve, comme à son habitude, dans ce bassin fissuré qui sert de quartier général et de refuge contre le monde des adultes. Mais ce tome 2 change quelque chose de fondamental dans ces séquences passées : les enfants ne subissent plus seulement, ils agissent. Ricky a volé les clés de l’intendance, Pawlow coordonne, Marilyn sort du dortoir en pleine nuit, chacun assume un rôle dans une mission collective qui les dépasse mais qu’ils portent avec une détermination touchante. Eskera restitue avec justesse cette façon qu’ont les enfants en institution de créer leurs propres structures de survie, leurs propres codes d’honneur, face à un monde adulte défaillant.

Ce qui frappe dans ces chapitres du passé, c’est la manière dont les voix enfantines sonnent authentiquement juste, sans être infantilisées ni artificiellement héroïsées. Quand Ricky écoute Purple Rain sur son baladeur en faisant semblant de ne rien entendre, quand P’tit Louis propose avec sérieux qu’il ait « électrocufié » quelqu’un, il y a dans ces moments une légèreté qui rend la noirceur environnante encore plus saisissante par contraste. L’auteure tient cet équilibre délicat entre l’insouciance propre à l’enfance et la gravité de ce que ces gamins traversent réellement, sans jamais forcer l’un ou l’autre des registres.

La figure de Sandrine Perrault, orpheline arrivée au foyer en 1983 et disparue un an plus tard, concentre à elle seule toute la puissance thématique de ces retours dans le passé. Quand Jay reconstitue patiemment son dossier depuis son appartement de Noisy-le-Grand, l’enquête présente et la mémoire enfouie du foyer fusionnent en une seule et même question : combien d’enfants ont été réduits au silence, oubliés entre des murs que personne n’a jamais voulu regarder de trop près ? Eskera ne répond pas frontalement, elle laisse les faits s’accumuler, les silences parler, et c’est précisément cette retenue narrative qui confère à ces séquences leur force durable.

Sophie, Nathan et l’insoutenable attente

La place vide dans le lit, le matin, dit tout sans un mot. Nathan est parti tôt, encore une fois, et Sophie reste allongée quelques minutes avant d’affronter une nouvelle journée suspendue entre l’espoir et l’effondrement. Mel Eskera ouvre ce fil narratif avec une sobriété qui frappe juste : pas de scène de crise, pas d’éclat dramatique, juste le froid d’un drap et le silence d’une maison privée de son enfant. Ce couple que la disparition de Tom ronge de l’intérieur n’est jamais montré dans l’excès, mais dans l’accumulation discrète des petits renoncements quotidiens, ces moments où les mots ne franchissent plus les lèvres parce que la souffrance les a scellées.

Ce qui distingue le traitement de Sophie et Nathan dans ce second tome, c’est la manière dont l’auteure montre deux façons radicalement différentes d’habiter le même deuil. Nathan sillonne les rues, incapable d’immobilité, tandis que Sophie cherche des indices, suit des pistes, se raccroche à l’action comme à une forme de contrôle sur ce qui lui échappe totalement. Leur couple ne s’effondre pas spectaculairement : il se fissure dans l’intime, dans ces étreintes nocturnes muettes qui remplacent les conversations impossibles. Eskera décrit ces moments suspendus, ces fragments de chaleur partagée dans l’obscurité, avec une sensibilité qui évite soigneusement le sentimentalisme. Il y a là une observation fine des mécanismes du couple sous pression.

Sophie, en particulier, gagne en épaisseur dans ce volume. Lorsqu’elle reçoit un appel de Claire depuis Sévrier, lorsqu’elle part sur une piste à Chignin, elle n’est plus seulement une mère dévastée : elle devient une femme qui agit, qui décide, qui prend des risques. Cette évolution est amenée naturellement, sans rupture de ton, comme si la catastrophe avait lentement révélé des ressources qu’elle ignorait posséder. Mel Eskera traite ses personnages féminins avec un regard qui refuse l’enfermement dans un seul registre émotionnel, et c’est l’une des marques les plus convaincantes de sa maîtrise narrative dans cette duologie.

Léa, Ethan et la mécanique du soupçon

Léa devrait réviser son brevet. Les autoportraits d’écrivains du XVIIIe siècle, l’humour comme satire du monde contemporain, les visions poétiques : tout cela défile sur ses fiches de révision pendant qu’elle pense à autre chose. À Tom. Toujours à Tom. Cette image d’une adolescente tiraillée entre les obligations ordinaires de son âge et l’urgence absolue qui a fracturé sa vie de famille est l’une des plus réussies du roman. Eskera saisit avec précision ce que signifie grandir brutalement, non pas dans un éclat romanesque, mais dans ce décalage permanent entre un monde qui continue de tourner normalement et une réalité intérieure qui, elle, s’est arrêtée net le jour de la disparition de son petit frère.

Le duo qu’elle forme avec Ethan fonctionne parce qu’il repose sur une complémentarité crédible plutôt que sur une complicité de façade. Quand Léa flaire quelque chose de louche et qu’Ethan la traite de paranoïaque en lui rappelant que personne ne connaît leur emploi du temps, leurs échanges sonnent avec la spontanéité naturelle de deux adolescents qui se connaissent bien, qui se chamaillent sans se blesser, et qui avancent ensemble malgré leurs divergences de tempérament. Leur enquête parallèle, menée avec des stylos, des ordinateurs portables et une obstination tranquille, représente une ligne narrative qui injecte une énergie particulière dans le récit, un contrepoint vivant aux investigations plus lourdes des adultes.

Ce qui élève ce fil narratif au-dessus du simple rôle d’adjuvants sympathiques, c’est la façon dont Eskera leur confie des découvertes qui pèsent réellement dans l’économie de l’intrigue. Léa et Ethan ne jouent pas à l’enquête : ils enquêtent, avec des moyens limités mais une intuition souvent juste, et les connexions qu’ils établissent progressivement entre plusieurs affaires constituent des avancées décisives. L’auteure leur accorde cette crédibilité sans forcer le trait, sans en faire des prodiges improbables. Ils tâtonnent, doutent, se trompent parfois, et c’est précisément cette fragilité assumée qui rend leurs découvertes d’autant plus percutantes lorsqu’elles finissent par tomber.

La toile des révélations se resserre

Il y a un moment, dans tout bon thriller, où les fils épars commencent à se nouer avec une rapidité qui oblige à tourner les pages plus vite. Dans ce second tome, ce basculement s’opère avec une netteté remarquable. Les noms qui revenaient comme des échos lointains dans le volume 1 prennent soudain une consistance nouvelle : Destouches, Zerk, Sandrine Perrault, le mystérieux pseudonyme « Cend74 » aperçu sur des pages Facebook liées à des enfants disparus. Chaque élément isolé trouve sa place dans un schéma plus vaste, et Eskera dose ces révélations avec un sens du rythme qui évite l’effet de catalogue. On ne reçoit pas les réponses d’un bloc : elles arrivent par strates, chacune soulevant aussitôt une nouvelle question.

La construction géographique du récit amplifie cet effet de resserrement. Quand Jay enchaîne Bonnevaux, Lons-le-Saunier, Noisy-le-Grand et Chambéry en quelques jours à peine, quand Matt et la BRI se positionnent autour d’une maison de Chignin dans un dispositif d’une précision quasi militaire, le roman change de régime narratif. L’enquête disséminée aux quatre coins de la France se contracte soudain vers un point focal. Les personnages qui évoluaient jusqu’ici sur des trajectoires parallèles commencent à converger, parfois à leur insu, vers les mêmes lieux et les mêmes vérités. Cette mécanique de convergence est l’une des forces structurelles les plus efficaces du roman.

Les intermèdes consacrés à Nathan, enfermé dans l’obscurité, les yeux bandés, les mains ligotées à un tuyau de zinc, fonctionnent dans cette partie du récit comme autant de rappels brutaux de l’enjeu humain derrière l’architecture de l’enquête. L’enfant qui tente de reconstituer mentalement l’espace qui l’entoure à partir de ses seuls sens, qui compte les bruits, qui identifie les odeurs, qui cherche à comprendre sans pouvoir voir : ces passages écrits avec une sobriété chirurgicale maintiennent une tension viscérale que les développements policiers, aussi captivants soient-ils, ne pourraient pas seuls entretenir. Eskera n’oublie jamais que derrière le thriller, il y a un enfant de six ans qui attend.

Un dénouement tendu comme un fil

Les derniers chapitres se déroulent sur une plage temporelle extraordinairement comprimée : tout se joue le lundi 14 mai, à Sévrier, entre 18h et 18h40. Cette précision horaire n’est pas un artifice stylistique, elle traduit une intention narrative claire. Quand le temps se réduit à une poignée de minutes, quand les chapitres successifs reprennent le fil à la même heure depuis des points de vue différents, le lecteur se retrouve projeté au cœur d’une simultanéité haletante. Jay qui escalade un mur dans le noir, Matt et ses hommes qui progressent marche après marche dans un escalier de cave, Martin qui hésite sur le seuil d’une pièce avec des bidons d’essence : trois lignes d’action qui avancent en parallèle vers un même point d’explosion.

Ce qui rend cette séquence finale particulièrement réussie, c’est qu’Eskera n’abandonne pas ses personnages à la pure mécanique de l’action. Même dans l’urgence la plus extrême, les voix intérieures restent présentes. Martin, face aux bidons d’essence et aux deux innocents ligotés, traverse une crise morale authentique. Sa confrontation avec Ricky révèle la fissure qui s’est creusée entre deux hommes que quarante ans de complicité n’auront pas suffi à maintenir sur le même chemin. Ces instants de doute au bord du précipice donnent au dénouement une densité humaine qui dépasse le simple compte à rebours.

La villa de Sévrier, avec son parc soigné, ses massifs d’hortensias et sa bibliothèque qui va servir de combustible, concentre dans ses murs toutes les strates de l’intrigue : la vengeance des enfants du foyer devenus adultes, les secrets que certains ont tenté d’effacer à n’importe quel prix, et la question de Tom qui flotte au-dessus de tout comme une urgence absolue. Eskera tient tous ces fils simultanément sans en laisser échapper aucun, et referme cette partie du récit avec la précision de quelqu’un qui sait exactement ce qu’elle fait. Le lecteur retient son souffle, et c’est là, peut-être, la marque la plus simple et la plus honnête d’un thriller qui a pleinement atteint son objectif.

Une duologie accomplie, une auteure confirmée

Dans sa postface, Mel Eskera confie que l’écriture ne permet pas d’anéantir la violence, mais offre au moins un espace pour la dénoncer. Cette phrase résume mieux que n’importe quelle analyse ce qui distingue cette duologie d’un thriller ordinaire. Les Enfants du Salève n’est pas une série construite sur la seule mécanique du suspense : c’est une œuvre qui porte une intention, celle de rendre la parole à ceux que le monde a réduits au silence. Jordan, Marilyn, Sandrine, Tom : ces noms résonnent différemment une fois le livre refermé, parce qu’ils ont été traités avec une responsabilité narrative que l’on sent à chaque page.

Ce second tome confirme ce que le premier laissait entrevoir : Mel Eskera a progressé. La construction s’est resserrée, les personnages ont gagné en profondeur, et la gestion des temporalités croisées, qui demandait encore quelques ajustements dans le volume 1, fonctionne ici avec une fluidité naturelle. L’auteure s’est libérée d’une certaine prudence de premier roman pour laisser davantage parler sa propre voix, celle qui sait alterner la noirceur et l’humour tendre des adolescents, la violence sourde des adultes et la fragilité lumineuse des enfants. Cette voix singulière, ancrée dans une connaissance intime de son territoire et de ses thématiques, est l’actif le plus précieux qu’elle emporte de cette aventure éditoriale.

Refermer Les Enfants du Salève, c’est quitter un univers qui a pris le temps de s’installer, de respirer, de construire ses personnages avec soin plutôt que de les consommer. Dans un paysage du thriller francophone souvent dominé par la surenchère, cette duologie choisit une autre voie : celle de l’émotion juste, du détail signifiant, du lieu habité plutôt que simplement décrit. Mel Eskera a tenu la promesse de son premier volume et livré une conclusion à la hauteur de l’attente qu’elle avait suscitée. Pour les lecteurs qui l’ont suivie depuis le début, et pour ceux qui la découvriront par ce tome 2, une chose est certaine : cette auteure mérite d’être suivie dans la suite de son parcours.

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Mots-clés : Thriller savoyard, disparition d’enfant, foyer pour mineurs, enquête policière, double temporalité, polar francophone, Haute-Savoie


Extrait Première Page du livre

« 1

Janvier 1984, Le Salève

« 2 décembre 1980,

ça a recommencé. Il ne m’a pas attrapé dans les couloirs cette fois. D’ailleurs, il ne peut plus le faire, car j’ai pris mes précautions maintenant. Je m’arrange pour ne plus être seul. Je me déplace toujours avec trois ou quatre autres gars. Comme ça, il ne peut rien tenter.

Mais il m’a quand même eu.

C’est arrivé hier après-midi, à l’heure de la sieste des petits. Je jouais au ping-pong dehors, sous les marronniers. Destouches s’est approché, l’air menaçant. Il m’a demandé de le suivre. Je pensais qu’il allait me passer une rouste parce que j’avais sûrement encore fait quelque chose de mal. Comme la fois où il m’avait pincé le gras du bras, jusqu’à tordre ma chair, en prétextant je ne sais plus quelle excuse à la con, alors que j’aidais simplement Maurice à ramasser les tontes de pelouse dans la remorque. Ce salopard m’avait marqué d’un hématome violet qui a mis des semaines à disparaître.

Bref, le toubib avait l’air en colère. Et donc, je ne me suis pas méfié. Je l’ai suivi. Il est rentré dans le manoir. Il ne disait rien et continuait d’avancer tout droit, en direction de la salle des fêtes. Lorsqu’il se retournait de temps en temps, sûrement pour vérifier que j’étais bien derrière lui, je pouvais apercevoir des éclairs dans ses yeux. J’en menais pas large… On a traversé la grande pièce, monté les petites marches sur le côté de la scène de théâtre, puis on s’est retrouvé dans les coulisses. Je ne comprenais pas pourquoi on était venu ici. J’ai commencé à avoir peur. Et puis, il a brandi mon bulletin de notes du premier trimestre, en l’agitant au-dessus de sa tête. Et là, j’ai poussé un soupir de soulagement. J’allais me faire engueuler à cause de mes mauvais résultats scolaires, j’allais juste me faire engueuler ! Je me prendrai peut-être une baffe au passage, mais il ne se passerait rien d’autre. J’étais tellement content que j’ai commencé à sourire. Mais ça ne lui a pas plu. Alors j’ai fait mine d’être honteux, j’ai baissé la tête et j’ai trituré mes doigts. Il a rouspété et m’a sorti tout un discours comme quoi aucune famille ne voudra jamais m’accueillir si je n’améliore pas mes résultats (bon, c’est vrai qu’on ne peut pas dire que je sois une flèche à l’école), qu’avoir de bonnes notes c’est un sésame pour avoir un métier correct, il n’y a qu’à voir comment lui, il a réussi, bla bla bla…

Moi, j’attendais que ça passe. Je jetais de temps en temps un œil en coin vers les marches, espérant apercevoir quelqu’un qui mettrait fin à ce sermon. Quand il m’a vu faire, il m’a attrapé le menton de sa main et m’a obligé à le regarder. Il m’a dit que j’allais devoir me faire pardonner si je voulais qu’il m’aide à trouver une bonne famille d’accueil. Que si je me montrais gentil et obéissant, il en parlerait peut-être au directeur pour accélérer exceptionnellement la procédure d’adoption.

C’est là que ses yeux ont changé. Son regard ne portait plus aucune trace de colère. J’y ai vu la même chose que l’autre fois dans le couloir. De l’envie. De la folie. De la noirceur aussi. J’ai essayé de crier, mais il a aussitôt mis sa main sur ma bouche, m’a retourné et plaqué contre le panneau en bois qui sert à entreposer les décors. Il a baissé mon pantalon. Et il a recommencé. »


  • Titre : Les Enfants du Salève Tome 2 – Révélation
  • Auteur : Mel Eskera
  • Éditeur : Auto-édition
  • Nationalité : France
  • Date de sortie : 2026

Page officielle : meleskera.com

Résumé

Annecy, 2020. Tom, six ans, a disparu. Ses parents Sophie et Nathan s’épuisent dans une attente insupportable, tandis que Jay Banner, ex-flic hanté par ses propres démons, remonte une piste qui le conduit jusqu’aux ruines d’un manoir abandonné sur le Salève. Quarante ans plus tôt, dans ce même foyer, des enfants placés tentaient de survivre en silence à des adultes malveillants.
Dans ce second tome, les deux temporalités convergent enfin vers des révélations que l’auteure a distillées avec patience et précision. Les secrets du foyer, longtemps enfouis, refont surface avec une violence sourde, entraînant tous les protagonistes vers un dénouement aussi tendu qu’inévitable.

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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


14 réflexions au sujet de “Les Enfants du Salève T2 de Mel Eskera : les secrets du passé rattrapent le présent”

  1. Quand Manuel m’a annoncé qu’il allait chroniquer le tome 2 des « Enfants du Salève », j’ai eu le réflexe classique de l’autrice auto-éditée : sourire en façade, panique intérieure. Parce qu’on a beau avoir confiance en son travail, on sait aussi ce que ça coûte de l’avoir écrit, et on redoute toujours que quelqu’un d’autre regarde l’intérieur de la machine et ne voie que les boulons qui grincent.
    Alors lire cette chronique a été un moment vraiment à part pour moi.

    Non pas parce qu’elle est élogieuse — même si je m’en réjouis et que, depuis que je l’ai découverte, un sourire idiot ne cesse d’étirer les lèvres. Mais parce qu’elle dit des choses que je n’avais jamais formulées moi-même aussi clairement, et que pourtant je reconnais comme vraies. Quand Manuel écrit que le Salève « cesse d’être un témoin silencieux pour devenir un espace actif, presque dramaturgique », je me suis arrêtée. J’ai relu. Parce que c’est exactement ce que j’avais essayé de faire, sans avoir jamais trouvé les mots pour le dire. Il les a trouvés à ma place. C’est un des cadeaux étranges que font les bons chroniqueurs : ils vous révèlent votre propre livre.

    Le Salève, justement. Je vais commencer par là parce que c’est le socle de tout.

    Ce manoir n’est pas un décor de convention. Ce n’est pas le « château inquiétant » qu’on plante dans un thriller pour créer une atmosphère pesante et factice. C’est un lieu que j’ai habité, physiquement, pendant trois étés. J’en connais la lumière à six heures du matin, la façon dont les couloirs résonnent, le bruit particulier du vent dans le parc quand il vient du nord. Quand j’écris une scène dans ce manoir, je n’invente pas : je me souviens. Et ce souvenir charnel est, je crois, ce qui fait que les lecteurs parlent d’une atmosphère « sensorielle » sans forcément comprendre d’où elle vient. Elle vient de là : d’une mémoire du corps, pas d’une recherche documentaire.

    Dans ce second volume, quelque chose s’est dénoué. Je ne saurais pas dire exactement quoi, ni quand cela s’est produit (peut-être au moment où j’ai arrêté de vérifier en permanence si « l’histoire tenait » pour me concentrer uniquement sur ce que je voulais raconter). Cela concerne, je pense, mes personnages : ils n’étaient plus des hypothèses, ils étaient devenus des personnes à part entière que je fréquentais depuis des mois, et que je commençais à connaître par cœur.

    Jay Banner, par exemple. Manuel observe que sa vulnérabilité est « assumée », et je veux m’arrêter sur ce mot parce qu’il touche à quelque chose d’important pour moi. J’aurais pu faire de Jay un ex-flic classique : taiseux, efficace, traumatisé juste ce qu’il faut pour être intéressant. Ce profil existe, il fonctionne, les lecteurs l’aiment. Mais ce n’est pas l’homme que je voulais écrire. Jay est quelqu’un qui dérive, qui tâtonne, qui a mal dans ses muscles et qui se raccroche à des rituels minuscules (le jogging, le café debout, les dossiers couvrant la table) parce que c’est la seule façon qu’il a trouvée de ne pas couler. Ce n’est pas un héros. C’est quelqu’un qui fait de son mieux avec ce qu’il lui reste. Je trouve ça plus honnête, et en fin de compte plus tendu, qu’un personnage qui maîtrise tout.

    La remarque sur Sophie m’a également touchée. Parce que Sophie est le personnage dont j’ai le plus redouté le traitement. La mère dont l’enfant a disparu, c’est un archétype dangereux. On peut si facilement la réduire à sa douleur, en faire une figure fonctionnelle dont le seul rôle est d’incarner le chagrin que le lecteur doit ressentir par procuration. Je voulais absolument éviter ça. Sophie a une vie intérieure qui ne se résume pas à Tom. Elle a des réflexes, des colères, une façon de se lever quand même le matin. Et surtout, elle agit. Le fait que Manuel note cette évolution (« elle n’est plus seulement une mère dévastée, elle devient une femme qui décide, qui prend des risques ») me confirme que ce choix a fonctionné.

    Je veux dire aussi un mot sur les enfants du foyer, les séquences de 1984, parce que ce sont les pages qui m’ont coûté le plus. Pas techniquement, mais émotionnellement. Ricky, Marilyn, Pawlow, les autres, ces gamins qui créent leurs propres codes d’honneur pour survivre dans un monde adulte qui a failli à toutes ses promesses envers eux. Je les ai décrits avec une attention que je ne savais pas nommer pendant que je travaillais. Je sais maintenant comment l’appeler : c’est de la responsabilité. Ces histoires-là existent pour de vrai. Ces enfants-là ont existé. Pas ces personnages précis, mais des enfants comme eux, dans des foyers comme celui-là, avec des adultes comme ceux qu’ils affrontent dans mon roman. Je ne pouvais pas me permettre de les écrire à la légère. Chaque détail (le baladeur, Purple Rain, la ficelle, la piscine vide) devait sonner juste parce que la réalité qu’ils traversent, elle, n’est pas de la fiction.

    Manuel cite ma postface, et je vais la reprendre ici parce qu’elle dit ce que je voudrais que ce roman laisse, une fois ses pages refermées : l’écriture ne permet pas d’anéantir la violence. Elle ne la répare pas, elle ne la console pas. Mais elle peut, au moins, témoigner. Donner de la visibilité. Refuser le silence que certains lui ont imposé. C’est pour ça que j’ai écrit cette duologie. Pas pour le suspense, même si j’espère qu’il est là. Pas pour le décor, même si j’aime profondément ce territoire. Mais pour tous ceux qui ont été réduits au silence et qui méritent qu’on se souvienne d’eux.

    Alors merci, Manuel. Merci au Monde du Polar pour cette chronique qui a su lire le livre au-delà de l’intrigue. Merci pour la précision, pour l’honnêteté sur le chemin parcouru entre le tome 1 et le tome 2, et pour avoir traité mes personnages — y compris les plus jeunes — avec le même soin que celui que j’ai essayé de leur accorder en les écrivant.

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    • Mel, lire ces mots ce matin m’a laissé sans voix — et pour quelqu’un qui vit de l’écrit, c’est assez rare pour être souligné.
      Ce que tu décris, cette « mémoire du corps » qui nourrit le Salève, je l’avais senti dans chaque page sans pouvoir en identifier la source. Maintenant je sais. Et c’est exactement ce qui fait la différence entre un décor construit et un lieu habité.
      Tu soulèves quelque chose d’important sur les chroniques : elles ne devraient pas se contenter de résumer ou d’évaluer. Elles devraient, au mieux, entrer en dialogue avec l’intention de l’auteur. Si j’ai réussi ça avec ton livre, c’est parce que ton livre le permettait — parce que l’intention y était lisible, profonde, et honnête.
      Merci pour cette générosité, et surtout merci pour avoir écrit ces enfants avec la responsabilité qu’ils méritaient. C’est ce genre de roman dont on a besoin.
      À très bientôt, j’espère, pour la suite de ton travail.
      Manuel / Le Monde du Polar

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  2. Lectrice passionnée de polars et de thrillers depuis plus de trente-cinq ans, je pensais avoir déjà exploré une grande partie du genre. Pourtant, le premier roman de Mel Eskera m’a réellement tenue en haleine. Dès les premières pages de Les Enfants du Salève, j’ai été happée par l’intrigue, au point de n’avoir qu’une seule envie : poursuivre l’histoire. J’attendais donc le second tome avec impatience, et il a pleinement répondu à mes attentes.

    Le fait que l’intrigue soit liée à des enfants issus de l’aide sociale à l’enfance apporte, pour moi, un intérêt supplémentaire et une dimension particulièrement touchante. Ce thème, rarement abordé dans les thrillers, donne une profondeur humaine au récit et renforce l’attachement que l’on peut ressentir pour certains personnages.

    Dans cette duologie, on retrouve un suspense constant et une construction d’intrigue efficace qui rappelle les grandes signatures du polar nordique, comme Camilla Läckberg ou Emelie Schepp. L’écriture est fluide, accessible et très rythmée, ce qui permet d’entrer immédiatement dans l’histoire. À l’image des romans de Freida McFadden, les pages se tournent presque toutes seules tant l’envie de connaître la suite est forte.

    Ce qui rend cette duologie particulièrement marquante, c’est la complexité morale des personnages. Les frontières entre victimes et coupables deviennent floues et troublantes. On se surprend parfois à éprouver de l’empathie pour ceux que l’on pensait être des bourreaux, avant de comprendre que la réalité est bien plus nuancée qu’elle n’y paraît. L’histoire aborde avec finesse des thèmes sensibles : les accusations, les apparences trompeuses, les blessures du passé et les mécanismes de la vengeance. Lorsque celle-ci finit par dépasser son objectif initial et entraîne tout le monde dans une spirale incontrôlable, le thriller prend une dimension encore plus intense.

    Le final est particulièrement réussi : rien n’est totalement prévisible, mais tout se met en place progressivement, pièce après pièce, jusqu’à une conclusion qui prend tout son sens et laisse une impression durable.

    Enfin, le décor joue un rôle essentiel dans l’atmosphère du récit. La région du Salève, et plus largement les paysages alpins, offrent un cadre à la fois majestueux et inquiétant, parfaitement adapté à des intrigues sombres et captivantes. Ces montagnes semblent encore receler bien des secrets et pourraient inspirer de nombreuses autres histoires.

    J’espère sincèrement que Mel Eskera continuera à nous faire voyager dans cet univers, car les Alpes constituent un terrain idéal pour de futurs thrillers tout aussi prenants.

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    • Merci pour ce retour d’une lectrice qui connaît vraiment le genre, et c’est précisément ce qui le rend si précieux ! Trente-cinq ans de polars et de thrillers, ça signifie que vous avez des points de comparaison solides, que vous êtes difficile à impressionner, et que, quand vous dites qu’un livre vous a tenue en haleine, ce n’est pas une formule. Je reçois ce compliment avec beaucoup de gratitude.
      La comparaison avec Camilla Läckberg, Emelie Schepp et Freida McFadden me touche sincèrement. Ces autrices font partie de celles que j’admire et qui ont, d’une façon ou d’une autre, nourri mon écriture. Lire que quelque chose de leur univers résonne dans le mien, c’est l’un de ces retours qu’on garde.
      Vous mettez le doigt sur quelque chose d’important en évoquant la thématique de l’aide sociale à l’enfance. C’est un sujet qui me tient à cœur et que j’ai voulu traiter avec soin, précisément parce qu’il est rarement abordé dans le genre. Ces enfants-là portent des blessures particulières, et elles façonnent les adultes qu’ils deviennent d’une manière qui méritait d’être racontée. Je suis heureuse que cette dimension vous ait touchée.
      Ce que vous écrivez sur la complexité morale des personnages, les frontières floues entre victimes et coupables, la spirale de la vengeance qui dépasse son propre objectif, c’est le cœur de ce que je voulais explorer. Un thriller où l’on sait dès le départ qui sont les bons et qui sont les mauvais ne m’intéresse pas vraiment. La vraie tension, pour moi, c’est celle qui naît du doute.
      Et merci pour vos derniers mots. Les Alpes ont encore beaucoup de secrets à livrer, c’est vrai. Je ne promets rien, mais je ne dis pas non non plus.

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  3. Après avoir lu le tome 1, j’ai attendu le tome 2 avec impatience……
    Presque 7 mois plus tard enfin quel bonheur de retrouver cette bande d’ado au Salève ou 40 ans plus tard. J’avais imaginé la suite, essayé de trouver l’intrigue ou simplement dans l’attente d’essayer de me faire une suite à cette histoire.
    Enfin dimanche 08 mars 08h30 je commence la lecture en me disant que je ferai tout pour le finir 48h00 après 🤔🤔🤔
    Je commence les premiers chapitres et me replonge immédiatement dans cette belle histoire. Ce que j’ai pu imaginé pendant cette attente de plus de 6 mois.
    Repas sieste et suite.
    Enfin je vais connaître la fin. Et de 1,2,3 etc… comme des mouches ils tombent tous 1 par 1 wahou je ne m’attendais pas à ça.
    Mais continuons est ce que Tom va être sauvé ou n’était il plus ????
    Repas 🤬🤬🤬🤬
    Je continue et là une claque dans la g……
    22 heures Enfin fini et je me pose la question de savoir si j’aimerai une suite ou si cette histoire doit prendre fin. Tellement impatient, chamboulé, ravi d’avoir partagé cette aventure hors du commun.
    MERCI MEL. Merci mille fois d’avoir un esprit aussi imaginatif et cinglant pour nous avoir créé cette aventure.
    A mettre entre toutes les mains, lecteur non lecteur, fan de polar ou pas. Moi je met un 21/20.
    Merci merci merci 😘😘😘😘

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    • Merci pour ce retour qui m’a fait sourire du début à la fin, mais qui m’a surtout touchée profondément.
      Vous avez commencé à 8h30 un dimanche matin avec l’intention de finir 48 heures plus tard. Le fait que vous soyez arrivé à 22 heures le même jour en dit long ! Je ne sais pas si je dois m’excuser pour la sieste écourtée et les repas expédiés, ou si je dois juste être heureuse que le livre n’ait pas supporté qu’on le pose.
      Ce que vous décrivez (avoir imaginé la suite pendant six mois, construit votre propre version de l’histoire, puis tout voir s’effondrer chapitre après chapitre), c’est exactement le contrat que j’essaie de passer avec le lecteur : vous emmener là où vous ne vous attendiez pas. Pas pour trahir, mais pour surprendre, vraiment. La claque que vous mentionnez à 22 heures… je ne dirai pas que je l’avais préparée avec soin, mais je ne démentirai pas non plus.
      Votre 21/20 et vos trois « merci » valent toutes les critiques littéraires du monde. Parce qu’ils viennent de quelqu’un qui a vraiment vécu le livre, heure par heure, repas par repas. C’est pour ça qu’on écrit.

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  4. Lire Les enfants du Salève, c’est entrer dans une histoire qui vous attrape dès les premières pages et ne vous lâche plus vraiment. Il y a des romans qui prennent leur temps, qui s’installent doucement avant de trouver leur rythme. Ici, non. Dès le début, l’autrice nous plonge dans un univers qui intrigue et nous invite à suivre des personnages dont on pressent immédiatement que leurs trajectoires vont compter. On tourne les pages avec cette sensation familière des livres qui savent captiver : celle de vouloir comprendre ce qui va arriver ensuite.

    Au fil du récit, la tension se construit progressivement. L’autrice maîtrise l’art de distiller les informations, d’ouvrir des pistes, de laisser apparaître des zones d’ombre qui attisent la curiosité. Chaque chapitre apporte une nouvelle pièce au puzzle, sans jamais donner l’impression de tout dévoiler. C’est précisément ce jeu entre révélation et mystère qui donne au roman son souffle et son rythme.

    L’une des grandes forces du livre réside dans ses personnages. Ils sont nombreux, et pourtant chacun possède une présence singulière. Certains nous touchent par leur fragilité, d’autres par leur complexité. Il y a ceux qui avancent avec des certitudes, et ceux qui doutent. Certains agissent par instinct, d’autres par réflexion. Mais tous semblent profondément humains, avec leurs contradictions, leurs élans et leurs failles.

    On s’attache à eux presque malgré nous. Peut-être parce qu’ils ne sont jamais figés dans un rôle unique. Les personnages évoluent, se transforment, se découvrent eux-mêmes au fil des événements. L’autrice prend le temps de montrer leurs hésitations, leurs colères, leurs enthousiasmes. Cette profondeur psychologique donne au récit une dimension particulièrement immersive : on ne se contente pas d’observer ces vies, on les accompagne.

    Le roman nous entraîne également dans une diversité de lieux et d’époques qui participent à la richesse de l’histoire. Les décors changent, les atmosphères aussi. Mais ce qui marque peut-être le plus dans Les enfants du Salève, c’est la manière dont le récit traverse les âges de la vie et où chaque expérience laisse une empreinte durable. L’autrice montre avec finesse que l’adulte ne se construit jamais à partir de rien : il est le résultat d’un chemin fait de découvertes, de blessures, de rencontres et de souvenirs.

    La lecture provoque également toute une palette d’émotions. Il y a des moments de tension, où l’on sent que quelque chose d’important est sur le point de se produire. Des instants de peur, lorsque les personnages se retrouvent confrontés à l’inconnu ou au danger. Mais il y a aussi des respirations, des passages plus légers, où l’humour ou la tendresse viennent relâcher la pression.

    On rit parfois, on s’inquiète souvent, on est toujours à l’affût. Cette tension permanente est l’un des moteurs du livre. Même dans les passages plus calmes, on sent qu’un fil invisible relie les événements, que quelque chose se prépare. C’est ce qui donne envie de poursuivre la lecture, chapitre après chapitre.

    L’univers du roman possède également une identité très particulière. L’autrice parvient à créer une atmosphère qui lui est propre, à la fois familière et singulière. On a parfois l’impression de voir les scènes se dérouler sous nos yeux. Ce sentiment d’immersion est renforcé par l’écriture, fluide et accessible, qui permet de se laisser porter facilement par l’histoire. Les pages s’enchaînent sans effort, et l’on avance dans le livre avec une curiosité constante.

    Lorsque l’on referme le livre, on garde en mémoire certains personnages, certaines scènes, certaines questions aussi. C’est souvent le signe d’une lecture réussie : celle qui continue d’exister un peu dans nos pensées une fois la dernière page tournée.

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    • Merci pour ce texte. Je dis « texte » à dessein, parce que ce que vous avez écrit dépasse le simple retour de lecture ; c’est une lecture attentive, construite, qui prend le roman au sérieux. Et ça, ça compte.

      Vous mettez des mots sur des intentions que j’ai eu du mal à formuler moi-même pendant l’écriture. Ce jeu entre révélation et mystère, que vous décrivez avec une telle précision, c’est effectivement le moteur du récit, mais aussi sa contrainte la plus exigeante. Doser ce qu’on montre, ce qu’on retient, ce qu’on laisse en suspens juste assez longtemps pour que le lecteur reste suspendu lui aussi. Savoir que ce rythme-là a été perçu et apprécié, c’est un soulèvement discret mais réel.

      Ce que vous dites des personnages me touche particulièrement. Qu’ils ne soient jamais figés dans un rôle unique, qu’ils se transforment, qu’ils se découvrent eux-mêmes. C’était le cœur du projet. Je voulais des personnages qui ne savent pas encore tout à fait qui ils sont au début du récit, et qui le découvrent en même temps que le lecteur. Cette idée que l’adulte est toujours le résultat d’un chemin (de blessures, de rencontres, de choses qu’on n’a pas choisies), c’est le fil qui traverse toute la duologie. Je suis heureuse qu’il soit visible sans être pesant.

      Vous parlez aussi des respirations, des passages plus légers où l’humour ou la tendresse relâchent la pression. C’est un équilibre auquel je tiens énormément. Un thriller qui ne laisse jamais respirer finit par épuiser le lecteur. Ces moments-là ne sont pas des pauses, ils font partie de la tension, à leur manière.

      Et votre dernière phrase, « une lecture qui continue d’exister un peu dans nos pensées une fois la dernière page tournée », c’est exactement ce qu’on cherche quand on écrit. Pas à occuper toutes les pensées, juste à laisser quelque chose. Merci de m’avoir dit que c’était le cas.

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  5. On l’attendait avec impatience ce tome 2…on avait supputé des similitudes entre les enfants d’autrefois et les adultes d’aujourd’hui.. on s’était posé beaucoup de questions tellement l’intrigue est complexe et les situations intenses et dramatiques parfois.
    Certains lecteurs se demandaient s’il ne faudrait pas relire le tome1 avant de se lancer dans le tome 2. Des détails et informations essentiels ne se seraient-ils pas évaporés, nuisant à la compréhension de l’enquête ?
    En tous cas, c’est le conseil que je donnerais pour en avoir fait l’expérience.
    La deuxième lecture est encore plus savoureuse que la première car au-delà de l’intrigue générant le suspense, on se laisse encore plus imprégner par les ambiances et les émotions, et certains détails émergent tout à coup, qui nous avaient échappé la première fois. Ce à quoi on reconnaît la richesse d’une écriture…
    Et nous voilà prêts pour plonger à nouveau dans ces récits qui nous réservent encore bien des surprises malgré les rapprochements qu’on avait déjà imaginés.
    Vers quel destin ces personnages vont-ils se fracasser ?
    Le petit Tom va-t-il enfin réapparaître?
    Jay va-t-il réussir à résoudre les énigmes nées du passé ?
    Autant de situations qui vont, sans répit, nous emmener dans différents lieux et nous faire vivre encore de grandes émotions.
    J’ai réellement tremblé avec Ethan et Léa lors de leur escapade de nuit en vespa, à la recherche du petit Tom, dans la forêt au-dessus d’Annecy, dans cette nature hostile particulièrement bien décrite.
    L’échange musclé entre Martin et Eric est bouleversant, lorsque ce dernier envoie valser le pilier de leur amitié sur lequel Martin s’est appuyé toute sa vie …
    Je voudrais souligner la pertinence et l’originalité des intermèdes qui apportent une valeur supplémentaire au récit, du fait de leur part de mystère.
    Et quand on pense que tout a trouvé une fin, voici qu’arrive encore un personnage inattendu qui éclaire des scènes qui nous avaient semblées mystérieuses, en tous cas sans rapport avec les meurtres…
    Bravo à l’auteure pour avoir réussi ce travail énorme d’engrenage entre les époques et les personnages, le tout raconté avec une grande délicatesse malgré la noirceur des situations

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    • Merci pour ce retour d’une rare générosité ! Vous êtes allée au fond des choses, et ça se sent à chaque ligne.

      Votre conseil de relire le tome 1 avant de se lancer dans le tome 2, je le trouve juste et honnête. Ce n’est pas une duologie qu’on peut aborder à la légère, les fils sont nombreux, les époques s’entremêlent et certains détails du premier tome prennent tout leur sens dans le second. Le fait que la deuxième lecture soit encore plus savoureuse que la première, c’est quelque chose que j’espérais sans oser y croire vraiment ! Écrire un récit qui résiste à une double lecture, où certains détails émergent seulement la deuxième fois, c’est un pari énorme. Vous venez de me confirmer qu’il a tenu.

      L’escapade nocturne d’Ethan et Léa en vespa dans la forêt au-dessus d’Annecy… c’est une scène qui m’a coûté quelques nuits. Je voulais que le lecteur sente la nuit, l’inquiétude, la nature qui n’est pas de leur côté. Que vous ayez tremblé avec eux, c’est exactement là où je voulais vous emmener.

      Quant à l’échange entre Martin et Éric, cette scène m’a longtemps résisté. Deux hommes, une amitié de toute une vie, et quelques mots qui font tout s’effondrer. Le faire sonner juste sans en faire trop, c’était le défi. Je suis touchée qu’il vous ait bouleversée.

      Vous soulignez les intermèdes, leur part de mystère, leur valeur dans le récit, et c’est quelque chose que peu de lecteurs mentionnent. Ces passages-là, je les ai écrits avec beaucoup de soin, précisément parce qu’ils fonctionnent autrement, en dehors du flux narratif principal. Savoir qu’ils ont été reçus comme je les avais conçus me touche profondément.

      Merci pour le mot « délicatesse ». Dans un récit aussi sombre, c’est le mot qui compte le plus. La noirceur n’exclut pas la nuance, c’est même souvent là que se joue l’essentiel. Merci de l’avoir vu.

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  6. J’avais hâte de découvrir le dénouement de cette sombre histoire. Le tome 1 m’avait laissée avec beaucoup de questions. Le tome 2 reprend exactement là où l’on s’était arrêtés et apporte progressivement des réponses aux nombreuses interrogations laissées en suspens.

    Ce que j’ai particulièrement apprécié dans cette duologie, c’est la manière dont l’histoire est construite. Les différentes chronologies et les différents personnages que l’on suit rendent la lecture très addictive. On passe d’un point de vue à un autre, d’une période à une autre, et cela donne constamment envie de continuer pour comprendre comment tout s’imbrique.
    Les personnages sont bien travaillés et chacun apporte une pièce supplémentaire au puzzle. Les descriptions sont très visuelles, ce qui permet d’imaginer facilement les scènes et de s’immerger dans l’ambiance de l’histoire.

    L’écriture est fluide et captivante, ce qui rend la lecture très agréable. On se laisse facilement emporter par le récit et les révélations qui arrivent au fil des pages. La fin est surprenante.

    Je ne connaissais pas vraiment ce genre littéraire auparavant, mais cette lecture m’a donné envie de le découvrir davantage. Merci pour cette belle découverte.

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    • Merci pour ce retour aussi généreux que détaillé ! Je l’ai lu plusieurs fois, parce que ce genre de commentaire, c’est ce qui donne envie de continuer à écrire.

      Vous touchez quelque chose d’important quand vous parlez de la construction. La structure en puzzle de cette duologie, avec ses chronologies croisées et ses points de vue multiples, c’est ce qui m’a le plus occupée (et parfois le plus tourmentée) pendant l’écriture. L’enjeu, c’était que chaque personnage apporte sa pièce sans que le lecteur se sente perdu, mais qu’il reste quand même avec cette légère frustration de ne pas encore tout voir. Ce fragile équilibre entre révéler et retenir. Savoir qu’il a fonctionné pour vous, que vous avez eu envie de continuer pour comprendre comment tout s’imbrique, c’est exactement la sensation que je cherchais à créer.

      Les descriptions visuelles, c’est une obsession chez moi. Je travaille beaucoup les décors parce que, dans un thriller psychologique, l’ambiance ne s’installe pas uniquement dans la tête des personnages. Elle habite aussi les lieux, la lumière, les détails qui semblent anodins et qui ne le sont jamais vraiment. Le Salève, ses paysages, ses secrets enfouis dans la montagne… tout cela devait peser sur le récit autant que les personnages eux-mêmes. Je suis heureuse que vous ayez réussi à vous y immerger.

      Ce qui me touche le plus dans votre message, c’est la dernière phrase. Vous ne connaissiez pas vraiment le genre, et cette lecture vous a donné envie de le découvrir davantage. C’est sans doute le plus beau compliment qu’on puisse faire à un livre. Quelque chose a commencé avec ces deux tomes, et maintenant, vous allez vous retrouver à explorer des romans qui jouent avec vos nerfs, vos certitudes, votre confiance en vos propres perceptions. Bienvenue dans cet univers un peu tordu que nous, les auteurs de thriller psychologique, habitons avec un plaisir que nous assumons totalement.

      Merci d’avoir pris le temps d’écrire ce retour et de l’avoir partagé ici. Ces mots comptent vraiment.

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  7. J’ai adoré cette duologie qui nous plonge dans l’horreur toujours plus profondément jusqu’à la fin. La galerie de personnages variés apporte une touche humaine où la psychologie des protagonistes est dépeinte avec beaucoup de précision et de réalisme. C’est bien écrit et surtout prenant. On a du mal à le lâcher. Et quand il est finit l’histoire résonne encore. Surtout que certains éléments ne sont pas expliqués et laissent place à notre imagination. Bravo pour ce premier roman très réussi.

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    • Merci pour ce commentaire qui m’a arrêtée net en le lisant.
      Pas parce qu’il est élogieux, même si je mentirais en disant que ça ne compte pas. Mais parce qu’il touche exactement ce que j’espérais, sans vraiment oser y croire pendant cinq ans d’écriture. Cinq ans. C’est long. C’est le temps qu’il a fallu pour que cette histoire, qui n’était au départ destinée à personne d’autre qu’à moi, devienne quelque chose qu’une lectrice tient entre ses mains et ne parvient pas à poser.
      Vous écrivez qu’on a du mal à le lâcher. Je vais vous confier quelque chose : je l’ai écrit avec exactement ce mot dans la tête. Pas « beau ». Pas « littéraire ». Lâcher. Je voulais que ce soit le genre de lecture qui fait rater un arrêt de bus, qui repousse l’heure du coucher, qui rend légèrement asocial le temps de quelques jours (c’est d’ailleurs les mots exacts d’une lectrice de Clisson, « asocial »).
      Vous parlez de l’horreur qui s’installe progressivement, qui va toujours plus profond jusqu’à la fin. C’est précisément la construction que j’ai cherché à tenir sur les deux tomes. Une descente. Pas une explosion soudaine, pas un retournement de situation spectaculaire sorti de nulle part, mais une descente. Lente. Presque insidieuse. Comme la façon dont les choses se passent vraiment dans la vie, dans les familles, dans les institutions. On ne réalise pas tout de suite qu’on est en train de s’enfoncer. Et puis un jour on regarde en arrière et on comprend que ça faisait longtemps, en fait. Que les signaux étaient là.
      Les enfants en 1983. La disparition de Tom en 2020. Deux époques, deux abîmes, un même fil souterrain. Écrire sur la maltraitance institutionnelle sans tomber dans le documentaire, sur les cicatrices invisibles de l’enfance sans verser dans le pathos… C’était l’équilibre le plus difficile à trouver. J’y ai pensé à chaque scène. Est-ce que je suis juste ? Est-ce que je suis honnête ? Est-ce que je respecte ce que ces enfants-là (les vrais, ceux qui ont vécu dans des foyers comme celui que j’ai imaginé) auraient droit d’attendre d’un roman qui les met en scène ?
      La psychologie des personnages, vous dites qu’elle est dépeinte avec précision et réalisme. Ce compliment-là, je le reçois différemment des autres. Parce que c’est le plus difficile à obtenir. N’importe qui peut écrire une intrigue. Les rebondissements, les chapitres courts qui s’enchaînent, le rythme qui s’emballe — ça s’apprend, ça se construit techniquement. Mais un personnage qui sonne vrai… c’est autre chose. C’est quelque chose qui échappe en partie à l’auteur lui-même. Les personnages arrivent avec leur propre logique, leur propre cohérence interne, et le travail de l’écrivaine c’est surtout de ne pas les trahir. De ne pas leur faire dire ou faire quelque chose pour les besoins de l’intrigue si ça ne leur ressemble pas.
      Certains personnages des Enfants du Salève m’ont résistée. Je les entendais me dire non. Pas comme ça. Pas moi. J’ai dû retravailler des scènes entières parce que je les avais forcés dans une direction qui n’était pas la leur. Et à chaque fois que je les laissais reprendre le contrôle, le texte gagnait en densité, en vérité. C’est une leçon que j’aurais du mal à expliquer à quelqu’un qui n’écrit pas. Mais vous, en lisant, vous l’avez perçue. C’est ça qui me touche dans votre commentaire.
      Et puis il y a cette phrase, la dernière avant le bravo, celle qui me fait le plus de bien et le plus peur en même temps : certains éléments ne sont pas expliqués et laissent place à notre imagination.
      Peur, parce qu’on m’a reproché ça. Pas souvent, mais assez pour que je l’entende. Des lecteurs qui voulaient tout savoir, tout comprendre, tout refermer proprement. L’histoire close. Les comptes réglés. Je comprends cette attente. Après des centaines de pages d’investissement émotionnel, on a envie de tout recevoir.
      Mais je ne pouvais pas. Parce que ce serait mentir. La résilience, ce n’est pas la guérison totale. Les cicatrices invisibles de l’enfance ne s’expliquent pas intégralement, ne se résolvent pas proprement. Il reste toujours des zones d’ombre. Des questions sans réponse. Des comportements adultes dont l’origine se perd dans une enfance que personne n’a vue, que personne ne peut entièrement reconstituer. J’ai voulu que le roman respecte ça. Que la vie des personnages continue au-delà de la dernière page avec ses zones grises intactes.
      Vous avez compris ça. Vous ne l’avez pas vécu comme un manque mais comme une ouverture. L’histoire résonne encore, écrivez-vous. C’est le mot que je préfère dans votre commentaire. Résonner. Pas l’histoire qui impressionne, pas celle qui surprend, mais celle qui résonne. Qui continue à travailler après qu’on a tourné la dernière page, dans les jours qui suivent, peut-être dans certaines actualités qu’on lit et qu’on regarde autrement.
      C’est pour ça que j’écris, au fond. Pas pour divertir, même si j’espère que c’est prenant. Pas pour choquer, même si certaines scènes sont dures. Mais pour que quelque chose reste. Pour que la montagne et ses secrets, le Salève et son ancien orphelinat, la piscine vide où des enfants ont grandi dans le silence et la peur, ne disparaissent pas simplement parce qu’on a fermé le livre.
      Je vous remercie d’avoir pris le temps de laisser ce commentaire ici, sur Le Monde du Polar. Vous ne savez peut-être pas ce que ça représente pour une autrice en autoédition de lire des mots pareils dans un espace comme celui-ci. Chaque commentaire est une preuve que le texte a voyagé, qu’il a trouvé quelqu’un, qu’il a existé ailleurs que dans ma tête et sur mes pages.
      Les Enfants du Salève a mis cinq ans à naître. Il continue à exister grâce à des lectrices comme vous.

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