Interview de Stéphane Ledien auteur Québecois

Interview de Stéphane Ledien auteur Québecois

Stéphane Ledien, un Parisien devenu passeur du polar québécois

Né en région parisienne en 1973, l’année du premier choc pétrolier, Stéphane Ledien a traversé l’Atlantique en 2010 pour s’établir au Québec. Installé dans la ville de Québec, il est devenu un Québecois d’adoption sans jamais renier ses racines françaises. Cette double appartenance façonne son regard d’écrivain : une familiarité intime avec la France, une connaissance fine de la société québécoise, et une curiosité pour l’Amérique du Nord qui traverse ses romans, entre admiration et lucidité.

Le polar, chez lui, relève à la fois de la passion et de l’expertise. Docteur en études littéraires de l’Université Laval, il a consacré ses recherches doctorales au roman noir, publié des articles scientifiques sur le sujet et créé dans cette même université le cours Écriture du roman policier. Défenseur convaincu d’un genre que le milieu universitaire a longtemps regardé de haut, il cite volontiers parmi ses références Dominique Manotti, Antoine Chainas et Elsa Marpeau. Il est aussi un passeur infatigable : chroniqueur littéraire dans l’émission Le Cochaux show et dans la revue Lettres québécoises, critique de cinéma sur les ondes de CKRL 89,1, il anime également des rencontres avec des auteurs, dont Pierre Lemaitre.

Son parcours de romancier s’ouvre en 2012 avec Un Parisien au pays des pingouins. Suivent Bleu tout-puissant en 2014, puis, en 2015, Sur ses gardes, premier volet du cycle Les phalanges d’Eddy Barcot, consacré à un ancien champion du monde de boxe reconverti dans la sécurité et au caractère bien trempé. En 2017, il publie Des trains y passent encore chez Lévesque éditeur, un recueil de douze nouvelles réunies autour du Tracel, le grand viaduc ferroviaire qui enjambe la vallée de la rivière du Cap Rouge. La critique y a salué une véritable inventivité formelle, mêlant les codes du conte, du suspense et du roman noir.

Avec Les corps sur la neige, paru en 2024 chez Robert Laffont Québec et né de sa thèse en recherche-création, Stéphane Ledien franchit un cap. Ce roman noir plonge dans la corruption de l’industrie de la construction au Québec, sur fond de Commission Charbonneau, de mafia et de connivences politiques. En octobre 2026, il retrouve Eddy Barcot dans Que la vérité tombe, toujours chez Robert Laffont Québec : un thriller d’espionnage qui envoie son boxeur à New York, dans les jours qui suivent les attentats du 11 septembre 2001, au cœur d’une ville sous les cendres où la raison d’État dicte sa loi.

Le Monde du Polar suit son travail de près, puisque j’ai déjà eu le plaisir de chroniquer deux de ses romans : Les corps sur la neige et Que la vérité tombe. L’occasion était trop belle de lui donner la parole, pour parler de boxe, de roman noir, de Québec et de New York.

L’interview questionnaire de Stéphane Ledien

Vous écrivez à la main ou au clavier ?
J’écris avec un revolver, dans le bureau et sans l’aide du colonel moutarde.

Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
L’important, c’est que mes lectrices et lecteurs se couchent beaucoup plus tard que prévu parce qu’elles et ils n’ont pas réussi à refermer l’un de mes livres !

Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
Je n’ai pas le choix : mes personnages me mettent un pistolet sur la tempe. Toutes ces voix, qui ne demandent qu’à sortir…

Comment naît un nouveau livre : une idée, une image, une fin ?
Je me fais des films, dans ma tête. Et puis je les couche sur papier.

À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
Pas assez vite au goût de mes personnages. Bon, mais sinon, j’écris quand mes étudiants en littérature me le permettent, après les corrections et les préparations de cours. Quant au mystère des sept ans qui se sont écoulés entre mon recueil Des trains y passent encore et mon roman Les corps sur la neige, eh bien… Ce sont des années à passer à enquêter… pour le compte de la littérature ! (Mon doctorat.)

Votre plus belle émotion d’auteur ?
C’est le jour où on (lectrices et lecteurs, journalistes, chroniqueurs) m’a demandé si j’avais vraiment été au cœur des faits que mes polars relatent. Un public qui y croit, c’est fort !

Le livre, ou le film, qui vous a donné envie d’écrire ?
The Long Goodbye, de Chandler. Ah, cette fin. « Je ne revis […] personne de toute cette bande… sinon les flics. On n’a pas encore inventé le moyen de s’en débarrasser, de cette engeance-là. »

Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
Pour mon roman Que la vérité tombe, j’ai voulu savoir si des tortures et exécutions particulièrement cruelles avaient été perpétrées par la mafia russe. Vous, vous ne voulez pas savoir, croyez-moi !

Votre lieu de crime idéal ?
Un lieu public. Au milieu d’une foule.

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Votre arme du crime préférée, d’époque de préférence ?
Dans mes romans, il y a tôt ou tard des échanges de coups de feu. Sinon, j’aime bien jouer avec des objets létaux typiques de l’âge d’or du roman noir américain : le pic à glace, la batte de base-ball. La clé anglaise, aussi, une fois…

Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
C’est la réalité qui me fait peur ! Elle est souvent bien pire que la fiction.

Votre pire cauchemar d’auteur ?
À part le fait qu’on se fasse voler nos textes par les milliardaires de la tech qui les abandonnent à la voracité de leurs IA ? Que les livres disparaissent, et le lectorat avec eux.

Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Un bon méchant a du pouvoir, politique ou financier. Si j’étais le méchant, je ne travaillerais pas : je ferais bosser les autres. Bref, ce que je viens de décrire, c’est le quotidien d’un chef de gang ou de clan mafieux, non ? À moins que ce ne soit celui d’un milliardaire mégalomane. Quelle différence ?

Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
Le rayon boucherie. Je suis végane.

Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
Je ne choisis pas un genre : c’est le genre qui me choisit.

Le livre dont vous êtes le plus fier ?
Hum. C’est comme demander à un parent quel enfant il préfère.

Où vous sentez-vous chez vous ?
Dans mes romans. Quelque part entre l’Europe et l’Amérique.

Le dernier polar dont vous avez parlé à quelqu’un ?
En tant que critique, j’en recommande beaucoup. Mes deux plus récents coups de cœur québécois : Sous les herbes sauvages, de Guy Roussel, qui se déroule dans le Sud profond des États-Unis, et, plus feutré et intimiste, Pourquoi tu pars ?, de Laurence La Palme, qui suit de près une pirate informatique et une indépendantiste catalane à Montréal à la fin des années 1980.


En guise de conclusion, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ? Une actualité, un nouveau projet qui vous passionne, une œuvre à paraître ou un événement spécial que vous souhaiteriez mettre en lumière, un prix reçu, une dédicace ou un salon ?

Je suis en train de corriger et d’enrichir un essai sur le film policier français des années 1970 ; un éditeur m’a déjà signifié son intérêt. Côté fiction, j’ai des tonnes de documentation pour la suite des Corps sur la neige. J’ai hâte de faire revenir Riley Lewis !

Plus d’infos sur Instagram : @stephane.ledien

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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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