Un crime étrange à l’ombre du grand cèdre
Sous le vaste cèdre qui veille sur le parc d’une clinique psychiatrique des quartiers ouest de Marseille, le corps de Ninon Gagnier repose dans une étrange paix. Les yeux clos, le visage apaisé, vêtue d’une longue chemise de nuit ornée de broderie anglaise, la victime semble s’être endormie là par hasard, alors qu’une mise en scène glaçante l’attend. Ses deux mains ont été tranchées, l’une avec une précision quasi chirurgicale, l’autre partiellement dévorée. Aucune goutte de sang ne souille l’herbe : un cautère a brûlé les chairs, étouffant toute hémorragie. Caroline Comte plante son décor avec un sens aigu du contraste, faisant cohabiter la douceur d’un matin d’été provençal et la sauvagerie d’un acte aux relents anthropophages.
D’emblée, la singularité du crime impose ses propres questions. Qui pouvait disposer d’un instrument chirurgical aussi spécialisé ? Comment franchir le portail verrouillé d’un jardin clos ? Pourquoi ces dents humaines qui rongent la chair, pourquoi cette main droite escamotée ? L’auteure ne se contente pas d’exhiber l’horreur : elle la dissèque par petites touches, semant les indices, retardant les réponses, installant ce climat d’inquiétante étrangeté qui irrigue les meilleures intrigues criminelles. Chaque détail compte, chaque objet posé dans le décor pèsera plus tard de son poids dans la résolution.
Le procédé séduit parce qu’il refuse les facilités du genre. Le tueur ne signe pas ses méfaits, il les compose comme une œuvre, et c’est dans cette dimension presque cérémonielle que réside la force de l’énigme. Caroline Comte sait faire monter la tension sans recourir à la surenchère ; elle préfère la suggestion à l’épanchement, la précision des termes médicaux à la complaisance morbide. Le lecteur referme le premier acte avec une certitude : l’enquête qui s’annonce ne ressemblera à aucune autre.
Lucrèce Camilleri et Julius Lictor, le retour d’un duo singulier
Les fidèles de Caroline Comte les avaient quittés cinq ans plus tôt, dans le village de Piboulin, au terme d’une enquête provençale qui scella leur étrange complicité. Les retrouver à Marseille, sous la chaleur torride d’un mois de juillet, procure d’emblée le plaisir des fictions sérielles bien menées : on connaît déjà leurs failles, leurs élans, les zones d’ombre qui pèsent entre eux. Lucrèce Camilleri, lieutenant de la PJ niçoise, profileuse titulaire d’un master en sciences criminelles, revient en service après une longue convalescence dont l’auteure laisse affleurer les secrets sans jamais s’y attarder. Julius Lictor, capitaine fraîchement muté à l’Évêché, conserve cette retenue gendarmesque qui le rend si attachant face à l’énigmatique brune aux yeux bleu perlés d’orangé.
Ce qui se joue entre eux excède largement le binôme policier. Une tension amoureuse contenue traverse leurs échanges, ponctuée de regards qui s’attardent, de mains qui hésitent, de propositions polies qui en disent beaucoup. Caroline Comte cultive la pudeur narrative : pas de débordements lyriques, plutôt une chorégraphie discrète où chaque silence pèse autant qu’une phrase. Le tutoiement, négocié dans une chambre d’hôtel marseillaise, prend la valeur d’un petit événement. Le déjeuner partagé à La Pointe Rouge, sous un parasol assorti au décor, devient une parenthèse aussi savoureuse que le vin de Bandol qui accompagne la daurade.
Au-delà de l’idylle latente, leur complémentarité professionnelle constitue le moteur véritable du récit. Là où Julius pilote son équipe, distribue les missions, déplace les pièces avec méthode, Lucrèce explore les marges du raisonnement, sonde les psychés, écoute ce que les indices refusent d’avouer. Cette répartition tacite des rôles évite l’écueil du duo redondant : chacun couvre un territoire que l’autre laisse en friche. On suit leurs allées et venues entre Marseille, Paris et la PJ niçoise avec l’agréable sentiment de retrouver de vieilles connaissances en pleine forme, prêtes à affronter une affaire taillée à la mesure de leurs talents conjugués.
La clinique du lendemain, un huis clos sous haute tension
L’établissement qui donne son nom au roman se divise en deux ailes aux symboliques tranchées. Côté rose, les patients en phase de stabilisation, accessibles, presque sortables ; côté blanc, les profils dangereux, enfermés derrière alarmes et caméras, susceptibles de tenter une fuite à la moindre faille. Cette dualité architecturale dessine d’emblée un théâtre idéal pour le polar : un microcosme refermé sur lui-même, où chaque pensionnaire devient un suspect potentiel, où le personnel soignant côtoie quotidiennement le crime virtuel. Caroline Comte exploite finement cette topographie, faisant circuler ses enquêteurs d’une aile à l’autre, jouant des contrastes entre la quiétude apparente du jardin et les zones plus sombres du bâtiment.
Les figures qui peuplent la clinique constituent une galerie aussi inquiétante que fascinante. Le docteur Čachtice, psychiatre au sourire onctueux, ne se sépare jamais de son angora turc baptisé Carabas, qu’il considère comme un précieux outil thérapeutique. Greta, salariée bouleversée par les événements, livre des observations dont la valeur reste à mesurer. Jacky, le jardinier poète et peintre raté, soigne ses plantations comme on peint une nature morte, citant Voltaire avec une familiarité touchante. Enzo Comillard, apprenti charcutier interné, ponctue ses propos d’onomatopées plurilingues et de chansonnettes inquiétantes qui font dévier les interrogatoires vers des terrains imprévus. Chaque personnage offre un visage et un mystère, et l’auteure prend soin de leur donner épaisseur sans jamais surligner.
La force du dispositif tient à cette ambiance feutrée où les normes du dehors n’ont plus cours. Le mot « normal », comme le souligne Jacky lui-même, perd ici son sens. Les enquêteurs doivent réapprendre à interpréter la parole, à distinguer le délire du témoignage, l’ironie du trouble. Cette défamiliarisation du discours donne au roman une texture particulière, où chaque dialogue exige une seconde lecture. Caroline Comte parvient à rendre cette atmosphère pesante sans verser dans la caricature de l’asile gothique : sa clinique reste un lieu de soin avant d’être un théâtre du crime, et c’est précisément ce réalisme nuancé qui rend le huis clos si efficace.
Profilage criminel et perceptions extra-sensorielles
L’originalité majeure du roman réside sans doute dans la double grille de lecture qu’il propose face au mystère. D’un côté, Lucrèce mobilise les outils classiques du profilage criminel, héritage assumé des grandes figures du FBI : John Douglas, dont les enseignements ouvrent la fiction en exergue, sert de boussole méthodologique tout au long de l’enquête. La profileuse passe en revue les antécédents célèbres de l’anthropophagie criminelle, étudie modes opératoires et signatures, croise les hypothèses psychiatriques avec la pratique de terrain. Cette assise scientifique ancre le récit dans une crédibilité bienvenue, témoignant d’un travail documentaire visiblement sérieux.
De l’autre, Lucrèce a développé depuis sa convalescence des facultés médiumniques qui bousculent les codes habituels du polar. Elle dialogue avec Calpurnia, l’épouse de Jules César dont la prémonition tragique nourrit ici une étrange fraternité d’âmes. Le pendule remplace parfois la déduction, la clairaudience supplée à l’interrogatoire, des transes furtives projettent l’enquêtrice sur la scène du crime avec une intensité quasi cinématographique. Cette dimension paranormale aurait pu décrédibiliser l’ensemble ; Caroline Comte évite l’écueil en plaçant son personnage dans une lucidité permanente. Lucrèce s’interroge sur ses propres visions, les soumet à vérification, refuse de leur accorder une confiance aveugle. Ses dons ne lui donnent pas les réponses : ils orientent, suggèrent, désignent des pistes que la raison devra ensuite valider.
Cette articulation entre rationnel et surnaturel constitue le pari le plus audacieux du livre. L’auteure refuse de trancher en faveur de l’un ou de l’autre, préférant les laisser dialoguer, se compléter, parfois se contredire. Julius incarne le scepticisme bienveillant face aux intuitions de sa partenaire, ce qui maintient la balance et empêche le glissement vers le fantastique pur. Le résultat séduit par sa subtilité : on assiste à une enquête à deux étages, l’un mené sur le terrain des indices matériels, l’autre dans les marges où l’esprit humain capte ce que la science ignore encore. Une formule rare dans le paysage du polar francophone contemporain.
Les contes de Grimm en filigrane de l’intrigue
Voici sans doute la trouvaille la plus singulière du roman : utiliser le corpus des contes de Grimm comme grille de lecture pour décoder une intrigue criminelle. Un puzzle trouvé dans l’appartement de la victime, composé de trente-trois pièces et intitulé Les contes de Grimm, devient pour Lucrèce un objet d’attention méticuleuse. Les images de Blanche-Neige, de Cendrillon, du Petit Chaperon rouge, de La Belle au bois dormant s’agencent en un dispositif symbolique dont le sens ne se livre que progressivement. Un conte plus rare, La jeune fille sans mains, vient projeter sa lumière sinistre sur certains détails du crime, sans pour autant tout expliquer.
Caroline Comte exploite ici la part sombre de ces récits si longtemps dévolus à l’enfance. Sous leurs atours colorés, ces fables charrient des cruautés inouïes : mutilations consenties, sacrifices parentaux, dévorations cannibales, marâtres infanticides, ogres affamés. L’auteure rappelle, par la voix de sa profileuse, combien ces histoires ont pu marquer durablement les imaginations fragiles, infusant des motifs de violence dans des esprits que les épreuves de la vie viendraient ensuite réveiller. Le conte n’est plus seulement un ornement narratif : il devient un outil heuristique, une clé permettant de comprendre la mécanique mentale du tueur. Le mode opératoire emprunte aux fables, la signature s’y enracine, et l’enquêtrice progresse en lisant son adversaire comme on relit un texte d’enfance.
Le procédé pourrait sentir l’artifice ; il fonctionne grâce à la cohérence avec laquelle l’auteure le déploie. Chaque conte évoqué résonne avec un élément de l’intrigue, chaque allusion enrichit la compréhension sans jamais l’épuiser. Le chat Carabas trouve son écho dans Le chat botté, La Belle au bois dormant fait écho à l’image troublante de Ninon endormie pour l’éternité, La jeune fille sans mains projette son ombre sur la victime mutilée. Cette intertextualité permanente confère au roman une épaisseur culturelle réjouissante, qui transforme la traque du coupable en exercice de décryptage symbolique. Le lecteur enquête lui aussi, à sa manière, dans le vaste catalogue de son enfance.
Marseille, entre mer, lumière et atmosphère méditerranéenne
La cité phocéenne irradie chaque page du roman avec une présence qui dépasse le simple cadre géographique. Caroline Comte la traverse en connaisseuse, conduisant ses enquêteurs du Vieux-Port à l’Évêché, de la Pointe Rouge à l’hôpital de la Timone, du quartier des Baumettes aux ruelles populaires où le pastis embaume les terrasses. Les noms de lieux ne sont pas de simples toponymes décoratifs : ils dessinent une géographie sensible, où chaque coin de rue convoque une atmosphère, une couleur, un fumet. La cathédrale byzantine de la Major, la silhouette des bateaux balancés sur le quai des Belges, le bleu méditerranéen accentué par le mistral, tout participe à cette présence palpable qui imprègne la fiction.
L’auteure excelle dans l’art de faire respirer son décor par les sens. Les soupes de poisson en cours de cuisson, les arômes anisés du pastis, le fumet de la daurade grillée arrosée d’un blanc de Bandol, les parfums du ciste, du genêt, de la lavande dans le jardin de la clinique : la chronique olfactive accompagne en permanence le récit, conférant au texte une dimension presque tactile. Les couleurs, elles aussi, occupent une place centrale. Le bleu profond du ciel, les jaunes éclatants du soleil, les reflets bigarrés des coques qui évoquent à Julius certains tableaux de Cézanne : l’écriture peint autant qu’elle raconte, et la palette méditerranéenne contraste savamment avec la noirceur du crime à élucider.
Cette Marseille de Caroline Comte se distingue par son refus du cliché. Le « parler marseillais », le mot « fada » prononcé avec affection, les bouchons légendaires de la circulation urbaine, les terrasses du Vieux-Port à La Samaritaine, tous ces éléments locaux trouvent leur juste place sans jamais verser dans la carte postale folklorique. La ville respire, vibre, accompagne les humeurs des enquêteurs, leur offre des havres de douceur entre deux confrontations avec l’horreur. Elle constitue un contrepoint lumineux à la sauvagerie du crime, et cette tension entre la beauté du dehors et le glaçant du dedans nourrit puissamment l’atmosphère du roman.
Une écriture nourrie de références littéraires et cinématographiques
L’épigraphe empruntée à Mindhunter donne le ton dès le seuil du livre : Caroline Comte assume une intertextualité riche, où la criminologie côtoie la grande culture sans hiérarchie ostentatoire. Les figures historiques du serial killing peuplent les méditations de Lucrèce, de Jeffrey Dahmer à Ed Gein, d’Ed Kemper au sinistre docteur Harold Shipman surnommé Docteur Death, sans oublier l’ombre lointaine et glaçante de la comtesse Élisabeth Báthory, dont le village d’origine slovaque ouvre des résonances inattendues dans le roman. Cette galerie nourrit la réflexion sur le profil du tueur sans jamais alourdir le récit, et l’auteure tisse ses références avec la fluidité d’une conversation érudite entre amis.
Le cinéma et la chanson populaire infusent eux aussi le texte avec une jolie liberté. Hitchcock pointe son nez le temps d’une scène d’attente angoissée, Basic Instinct surgit dans une remémoration troublante, Les choses de la vie de Sautet ressurgit dans un moment de bascule, l’ordinateur HAL 9000 de 2001 l’Odyssée de l’espace traverse une conscience en péril. Du côté musical, les chansonnettes ponctuent l’enquête avec un effet de respiration tantôt comique, tantôt poignant : Il était un petit navire échappé d’une bouche fragile, Le lion est mort ce soir scandé par une voix intérieure, La vie en rose distillée en sourdine sur un téléphone portable. Caroline Comte joue de ces madeleines auditives avec un sens consommé de l’effet et de la nostalgie.
La grande littérature n’est pas en reste. Voltaire et son Candide affleurent dans la bouche du jardinier philosophe, Shakespeare et son Jules César nourrissent la dimension paranormale du récit, le poète épicurien Horace conclut certaines pages par un Carpe diem aux résonances apaisantes, et Cézanne offre ses paysages mentaux à un capitaine sensible. Cette densité culturelle pourrait peser ; elle allège au contraire, parce que l’auteure n’en fait jamais étalage. Chaque référence sert l’intrigue ou éclaire un personnage, et le lecteur cultivé y trouvera autant de plaisirs latéraux que l’amateur de polar pur sucre.
Caroline Comte, ou l’art de mêler polar et surnaturel
Au terme de cette enquête menée entre Marseille, Paris et les territoires invisibles du paranormal, Caroline Comte signe un roman aux résonances singulières dans le paysage du polar francophone. La clinique du lendemain confirme une voix littéraire qui revendique sa liberté face aux codes établis du genre. Là où le polar contemporain se cantonne souvent à la mécanique implacable de l’enquête procédurale, l’auteure ose le mélange des registres, faisant cohabiter rigueur de l’investigation criminelle, méditation sur la maladie mentale, exploration des phénomènes médiumniques, érudition culturelle et tendresse amoureuse. Cette polyphonie aurait pu produire un objet bancal ; elle accouche au contraire d’un récit dont la cohérence ne se dément jamais.
Plusieurs choix narratifs méritent d’être salués. La pudeur avec laquelle est traitée la dimension sentimentale, la subtilité de l’articulation entre rationnel et surnaturel, la justesse des notations sensorielles qui irriguent les pages marseillaises, l’élégance des références qui ne pèsent pas leur poids documentaire, tout cela témoigne d’une écriture maîtrisée, attentive à l’équilibre entre divertissement et profondeur. Lucrèce Camilleri s’impose comme une figure d’enquêtrice complexe, à la fois cérébrale et intuitive, fragile et tenace, dont les facultés extra-sensorielles enrichissent le portrait sans jamais le caricaturer. Le tandem qu’elle forme avec Julius Lictor possède cette alchimie particulière que les amateurs de séries policières apprécieront immédiatement.
Reste cette dernière impression, peut-être la plus durable : Caroline Comte écrit le polar comme on compose une partition, attentive aux silences autant qu’aux fortissimi, soucieuse de laisser au lecteur l’espace pour sa propre rêverie. Les contes de l’enfance reviennent murmurer leur part d’ombre, les fantômes antiques dialoguent avec les profileurs modernes, la lumière provençale éclaire les plus sombres recoins de l’âme humaine. C’est cette capacité à orchestrer les contraires, à faire chanter ensemble le profane et le mystérieux, qui distingue ce roman des productions formatées du genre. Une enquête qui se savoure lentement, pour les lectrices et lecteurs prêts à se laisser emporter ailleurs que dans les sentiers attendus.
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Mots-clés : Polar, profilage, médiumnité, clinique psychiatrique, contes de Grimm, Marseille, enquête criminelle
Extrait Première Page du livre
« 1 – Tout commence à l’Évêché
Julius Lictor était préoccupé. Depuis sa mutation à l’Hôtel de police de la ville de Marseille, quelques mois auparavant, il n’avait pas encore été impliqué dans une affaire criminelle d’envergure. Le moment était venu. Il se remémora le contenu de la convocation urgente qu’il venait de recevoir : un crime avait été commis à La clinique du lendemain, dans les quartiers ouest de Marseille. On lui pour lui une agréable façon de se détendre avant d’entrer en territoire dangereux, il s’achemina vers le Vieux-Port. Là, il ne serait plus très loin de l’Hôtel de police où l’on devait l’attendre. Tout en marchant d’un bon pas, sur le quai des Belges, il admira les bateaux scintillant de mille feux sous le soleil déjà torride de cette matinée de juillet, sagement alignés, balancés au rythme du doux clapotis des vaguelettes estivales, leurs reflets bigarrés créant ainsi une harmonie polychrome lui rappelant certains tableaux du peintre aixois Paul Cézanne. Julius Lictor était très sensible aux odeurs, et les fumets de soupes de poisson en cours de cuisson dans les restaurants, se mêlant aux arômes anisés du pastis savourés par les vacanciers attablés aux bars, l’enivrèrent.
Julius Lictor était préoccupé. Depuis sa mutation à l’Hôtel de police de la ville de Marseille, quelques mois auparavant, il n’avait pas encore été impliqué dans une affaire criminelle d’envergure. Le moment était venu. Il se remémora le contenu de la convocation urgente qu’il venait de recevoir : un crime avait été commis à La clinique du lendemain, dans les quartiers ouest de Marseille. On lui pour lui une agréable façon de se détendre avant d’entrer en territoire dangereux, il s’achemina vers le Vieux-Port. Là, il ne serait plus très loin de l’Hôtel de police où l’on devait l’attendre. Tout en marchant d’un bon pas, sur le quai des Belges, il admira les bateaux scintillant de mille feux sous le soleil déjà torride de cette matinée de juillet, sagement alignés, balancés au rythme du doux clapotis des vaguelettes estivales, leurs reflets bigarrés créant ainsi une harmonie polychrome lui rappelant certains tableaux du peintre aixois Paul Cézanne. Julius Lictor était très sensible aux odeurs, et les fumets de soupes de poisson en cours de cuisson dans les restaurants, se mêlant aux arômes anisés du pastis savourés par les vacanciers attablés aux bars, l’enivrèrent.
Enfin, au bout d’une dizaine de minutes, la Major, cette magnifique cathédrale byzantine, s’imposa devant lui : il arrivait à l’Évêché, le commissariat central de la cité phocéenne : à chaque fois qu’il franchissait le seuil de ce bel édifice, Julius se persuadait de devoir se documenter sur communiqués. La main droite avait disparu, coupée au niveau du poignet cautérisé, ne laissant suinter aucune goutte de sang ! La main gauche semblait avoir été en partie dévorée. Des phalanges bien nettoyées de leur chair, comme rongées, gisaient sur le sol, et la paume de la main n’était plus qu’un lambeau de chair morte où la trace de dents dessinait une auréole rose. »
- Titre : La clinique du lendemain
- Auteur : Caroline Comte
- Éditeur : Auto-édition
- ISBN : 9798257646768
- Format : Broché
- Nationalité : France
- Langue : Français
- Date de publication : 16/04/2026
- Nombre de pages : 210 pages
- Genre : Roman policier, polar à dimension paranormale
- Sujets traités : Enquête criminelle, profilage, clinique psychiatrique, maladie mentale, anthropophagie, médiumnité, contes de Grimm, Marseille
Page officielle : www.carolinecomte.com
Résumé
Lorsqu’une patiente de La clinique du lendemain est retrouvée morte dans le parc de l’établissement, sous un grand cèdre, les deux mains tranchées et l’une partiellement dévorée, l’enquête s’annonce hors normes. Le capitaine Julius Lictor, fraîchement muté à l’Hôtel de police de Marseille, fait appel à Lucrèce Camilleri, profileuse de la PJ niçoise rencontrée cinq ans plus tôt en Provence. Le tandem se reforme dans la chaleur estivale de la cité phocéenne, entre Vieux-Port, Évêché et Pointe Rouge.
Pour démêler les fils de cette affaire qui semble emprunter aussi bien à la criminologie réelle qu’aux contes de fées, Lucrèce mobilise les outils classiques du profilage criminel mais aussi de nouvelles facultés médiumniques, en dialoguant avec l’esprit de Calpurnia, épouse de Jules César. Au cœur d’une clinique psychiatrique aux deux ailes contrastées, peuplée de figures aussi inquiétantes que fascinantes, l’enquête devient un exercice de décryptage symbolique où chaque indice peut renvoyer à une cruauté familière de l’enfance.
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.



















