« Chaîne de crimes » : Chris Costantini orchestre un thriller psychologique à New York

Chaine de crimes de Chris Costantini

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Quand Manhattan devient le théâtre du crime

Dès les premières lignes, Chris Costantini plonge son lecteur dans une atmosphère électrique où Manhattan devient bien plus qu’un simple décor. L’orage qui s’abat sur la métropole ce 10 juillet inaugure un récit où la ville pulse au rythme du crime. Brooklyn, l’Upper East Side, le Lower East Side : chaque quartier déploie sa géographie propre, ses codes, ses enjeux sociaux. L’auteur ne se contente pas d’évoquer des noms de rues, il cartographie une réalité urbaine complexe où s’entremêlent les destinées, où le Green New Deal côtoie les lumières stroboscopiques des véhicules du NYPD. Cette New York contemporaine porte en elle les cicatrices de son passé – le Times Square sulfureux, les malfrats de Meatpacking District – tout en se projetant vers un avenir plus durable incarné par la victime, Samantha Livingstone.

Le roman s’inscrit résolument dans la tradition du polar américain tout en l’actualisant avec finesse. Costantini convoque les figures tutélaires du genre – la Mustang Fastback, les commissariats, l’arme blanche – sans jamais sombrer dans la nostalgie complaisante. Son narrateur, ancien du NYPD surnommé « The Finest », incarne cette tension entre héritage et modernité. Trois décennies passées à traquer le crime ont façonné son regard, aiguisé ces intuitions « quasi reptiliennes » propres aux détectives de fiction. L’auteur joue habilement avec les codes du genre, tissant un récit où la procédure policière se mêle aux réminiscences personnelles, où le jargon professionnel (calibre .38, Crime Lab, légiste) ponctue une narration à la première personne qui confère au texte son immédiateté.

L’ancrage temporel du récit révèle une ambition narrative particulière : faire dialoguer le présent avec un cold case remontant à 1968. Cette architecture en miroir transforme l’enquête en quête existentielle, où résoudre le meurtre de Samantha devient indissociable de l’affaire non résolue qui hante le protagoniste depuis toujours. Costantini construit ainsi un thriller qui dépasse le simple whodunit pour explorer les méandres de l’obsession et de la mémoire.

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L’art de l’entrée en matière

L’incipit frappe par sa capacité à installer simultanément plusieurs strates narratives. L’orage qui zèbre Manhattan fonctionne comme un présage météorologique, certes convenu, mais que Costantini enrichit d’une réflexion sur les forces naturelles et la condition humaine. Le narrateur contemple les éléments déchaînés depuis son loft de Brooklyn, et cette posture d’observateur attentif révèle d’emblée son tempérament analytique. En quelques phrases, l’auteur esquisse le portrait d’un homme façonné par trente années au sein du NYPD, marqué par une carrière jalonnée d’homicides au point que la métaphore des drapeaux sur une carte suggère l’ampleur de son expérience sans l’alourdir de précisions superflues.

La construction du premier chapitre repose sur un mécanisme de tension progressive remarquablement maîtrisé. Costantini distille les informations avec parcimonie : le cold case de 1968, l’intuition troublante du narrateur, puis ce rendez-vous avec Samantha Livingstone qui devait être un moment de douceur. Le trajet en Mustang à travers les quartiers new-yorkais permet d’introduire la victime avant même sa mort, de décrire son engagement écologiste et social, conférant ainsi au drame à venir une dimension qui dépasse le simple fait divers. L’arrivée devant l’immeuble, avec ses lumières stroboscopiques bleues et la présence des caméras de télévision, marque la bascule narrative. Le lecteur comprend avant le protagoniste ce qui l’attend, créant un effet d’ironie dramatique qui amplifie l’impact émotionnel de la découverte.

Cette ouverture révèle également la voix singulière du narrateur, oscillant entre réflexions philosophiques et observations techniques. Les métaphores maritimes (« les souvenirs agissent comme des gueuses le long d’un fil d’apnée ») côtoient le vocabulaire policier, dessinant le portrait d’un homme cultivé mais ancré dans la réalité prosaïque du terrain. Costantini installe ainsi un équilibre entre introspection et action qui structure l’ensemble du récit.

Un roman orchestré comme une partition

Le roman déploie une structure à double temporalité qui enrichit considérablement la trame policière. Costantini orchestre avec habileté la collision entre deux enquêtes : celle, brûlante, du meurtre de Samantha Livingstone, et celle, fantomatique, de l’affaire de 1968 qui ronge le protagoniste depuis des décennies. Cette construction en miroir n’est pas un simple artifice stylistique mais le moteur même du récit. Les chapitres alternent entre l’urgence de l’investigation présente – avec ses scènes de crime méticuleusement décrites, ses confrontations avec le procureur Selfridge, ses analyses d’indices – et les plongées dans le passé qui éclairent progressivement les motivations profondes du narrateur. L’auteur évite ainsi le piège de la linéarité tout en maintenant une progression narrative cohérente.

La gestion du rythme témoigne d’une compréhension fine des mécanismes du suspense. Les vingt et un chapitres qui composent l’ouvrage varient en intensité et en longueur, créant une respiration narrative bienvenue. Certains moments concentrent l’action dans des séquences haletantes – la découverte du corps, les premiers interrogatoires, l’examen de la scène de crime – tandis que d’autres privilégient l’introspection ou les échanges avec des personnages secondaires comme Joséphine, la jeune étudiante qui apporte une touche de légèreté au récit. Cette alternance entre tension et relâchement empêche la saturation émotionnelle du lecteur tout en approfondissant la caractérisation des protagonistes. Les dialogues, vifs et naturels, dynamisent l’ensemble sans jamais sacrifier la crédibilité des situations.

Costantini travaille également par strates d’information, distillant les révélations avec parcimonie. Le lecteur progresse aux côtés du narrateur, découvrant les éléments au fur et à mesure de l’enquête : le portable disparu, les cheveux retrouvés sur la scène de crime, les vidéos de surveillance. Cette technique maintient l’attention sans recourir à des procédés sensationnalistes, privilégiant la construction minutieuse du puzzle investigatif à l’esbroufe narrative.

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Manhattan comme personnage central

La métropole new-yorkaise ne se limite pas à un simple arrière-plan dans ce récit : elle en constitue véritablement le tissu conjonctif. Costantini déploie une cartographie sensible de la ville, où chaque quartier possède son identité, sa respiration propre. Le Brooklyn de Gowanus d’où part le narrateur contraste avec l’Upper East Side policé où réside Samantha, tandis que le Lower East Side et Midtown scandent le trajet qui mène au drame. Cette géographie n’est jamais gratuite : elle raconte les clivages sociaux, les dynamiques urbaines, les territoires du crime. Les références à Times Square, Meatpacking District, Koreatown ou Hunts Point dans le Bronx dessinent une carte mentale des zones chaudes où se concentrent désormais les malfrats, loin du quartier résidentiel devenu scène de meurtre.

L’auteur excelle particulièrement dans l’évocation des atmosphères urbaines. Les reflets stroboscopiques des gyrophares sur le sol pavé de flaques, les ombres des voitures qui s’étirent dans un chuintement de pneus, les arbres épuisés après l’orage : autant de notations qui confèrent au décor une présence presque tactile. La vue depuis l’appartement de Samantha sur Lenox Hill, l’East River et Roosevelt Island rappelle que cette ville stratifiée offre des perspectives contrastées selon la position sociale qu’on y occupe. Le pont de Brooklyn, traversé au volant de la Mustang, devient le passage symbolique d’un monde à l’autre, d’une existence à une autre. Cette topographie chargée de sens dialogue constamment avec l’intrigue, enrichissant la dimension sociale du roman.

Costantini intègre également les enjeux contemporains de la métropole à travers le personnage de Samantha et son engagement dans le plan OneNYC. Le Green New Deal new-yorkais, avec ses objectifs de développement durable et de réduction des inégalités, inscrit le récit dans une actualité brûlante. Cette dimension écologique et politique n’est pas plaquée artificiellement : elle constitue un mobile potentiel du crime, suggérant que les intérêts financiers contrariés par ces nouvelles normes environnementales pourraient avoir généré des tensions fatales.

Entre enquête policière et quête personnelle

Le meurtre de Samantha Livingstone agit comme un catalyseur qui réveille chez le narrateur des fantômes enfouis depuis des décennies. L’affaire non résolue de Laura, sa sœur assassinée en 1968, innerve tout le récit et transforme l’investigation présente en une occasion de confronter enfin ce traumatisme originel. Costantini tisse avec subtilité les échos entre les deux crimes : même date anniversaire du 10 juillet, usage d’une arme blanche similaire, similitudes troublantes dans les circonstances. Cette superposition temporelle confère au roman une profondeur psychologique qui dépasse le cadre du simple thriller procédural. Le protagoniste ne mène pas seulement une enquête criminelle, il affronte ses démons intérieurs et tente de colmater une blessure qui a déterminé l’ensemble de sa trajectoire professionnelle et existentielle.

L’auteur développe cette dimension autobiographique à travers des flashbacks soigneusement dosés qui reconstituent le parcours du narrateur. L’enfant de sept ans qui perd sa grande sœur rebelle et engagée, le fils témoin de la déchéance de ses parents – la mère sombrant dans une dépression silencieuse, le père dans l’alcool –, puis le jeune homme qui intègre l’académie de police à dix-huit ans avec une motivation unique : venger Laura. Cette croisade personnelle a façonné son identité de flic, aiguisé ses intuitions « quasi reptiliennes », nourri cette obsession qui le distingue de ses collègues. Les cartons étiquetés « Laura » qu’il remonte de sa cave, le tableau de liège où il épingle méthodiquement photos et indices, matérialisent cette impossibilité à faire le deuil. Costantini évite néanmoins le pathos en maintenant un ton mesuré, laissant transparaître l’émotion sans jamais la surjouer.

Cette quête personnelle entre en tension avec les exigences de l’enquête officielle menée par le procureur Selfridge et l’équipe du NYPD. Le narrateur, désormais retraité, doit composer avec son statut d’ancien, sa proximité avec la victime qui fait de lui un témoin privilégié mais aussi un suspect potentiel, et son besoin viscéral de comprendre. Cette position ambiguë génère des frictions narratives fécondes qui alimentent la dynamique du récit.

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La dimension psychologique des protagonistes

Costantini excelle dans l’art du portrait en creux, révélant la complexité de ses personnages à travers leurs interactions et leurs contradictions. Le narrateur, Thelonious Avogaddro, incarne cette figure du détective hanté dont la lucidité professionnelle coexiste avec une vulnérabilité émotionnelle palpable. Face au corps de Samantha, il oscille entre le réflexe du flic chevronné qui analyse méthodiquement la scène de crime et l’ami dévasté qui refuse de regarder le cadavre pour préserver un peu plus longtemps l’illusion de la vie. Cette dualité se manifeste dans sa capacité à repérer le détail révélateur – l’aspirateur rangé du mauvais côté, les reflets sur le tapis – tout en étant submergé par l’émotion au point de claquer violemment la porte du frigidaire devant le repas que Samantha ne servira jamais. L’auteur saisit avec justesse ces moments où la carapace professionnelle se fissure sans jamais se briser complètement.

Le procureur Sherman Selfridge constitue un antagoniste parfaitement calibré, incarnation d’une ambition froide et calculatrice. Costantini le campe en quelques traits acérés : un mètre quatre-vingt-dix tout en os et muscles filiformes, cette posture affectée avec l’index sur la lèvre inférieure, cette voix aiguë contrastant avec son apparence métallique. Tout chez lui respire l’arrivisme et le cynisme, de sa manie de s’enorgueillir dans les médias à sa réputation de requin naviguant dans les eaux troubles du pouvoir. La maxime paternelle que cite le narrateur – « il y avait deux sortes de types, ceux avec lesquels on pouvait aller à la guerre, et les autres qui vous tiraient dans le dos » – résume parfaitement ce personnage. Selfridge n’est pas simplement un obstacle bureaucratique : il représente une vision utilitariste de la justice où le crime devient une opportunité électorale, un chiffre dans les statistiques de la lutte contre la criminalité.

Alex Leonard offre quant à lui un contrepoint intéressant, incarnant la loyauté tempérée par l’ambition. Ce lieutenant au physique de cow-boy urbain – santiags, chemises à carreaux, chevelure gominée – demeure fidèle à son ancien mentor tout en étant conscient des contraintes hiérarchiques. L’acceptation du pacte secret avec le narrateur révèle cette tension entre la fraternité policière et les impératifs de carrière. Même les personnages secondaires comme Joséphine, l’étudiante militante aux allures de rebelle contemporaine, sont croqués avec suffisamment de relief pour échapper à la caricature, contribuant à densifier l’univers romanesque.

Le poids du passé dans le présent

L’histoire de Laura, la sœur du narrateur assassinée en 1968, fonctionne comme une blessure ouverte qui irrigue l’ensemble du récit. Costantini orchestre avec habileté la résurgence de ce trauma à travers des détails qui se révèlent progressivement. La mention d’un couteau Matsushita comme arme du crime agit tel un déclencheur : soudain, le meurtre de Samantha et celui de Laura se télescopent dans l’esprit du protagoniste. Les trois cartons étiquetés « Laura » au feutre, conservés dans la cave parmi un capharnaüm de souvenirs, matérialisent cette impossibilité à tourner la page. Le rituel qui suit – la remontée des cartons, l’installation du tableau de liège, l’épinglage méthodique des indices – révèle un homme qui n’a jamais cessé de traquer ce fantôme. La photographie familiale devant le Golden Gate, aux couleurs passées, fige un instant de bonheur illusoire avant la catastrophe, ce moment où l’enfant inquiet qu’il était ne savait pas encore qu’il perdrait sa sœur rebelle aux cheveux teints et aux robes hippies.

Le portrait de Laura dessine en filigrane toute une époque, celle d’une Amérique en ébullition où les combats contre la guerre du Vietnam et pour les droits des femmes déchiraient les familles. Cette jeune fille de dix-huit ans qui plaque tout pour défendre les prostituées exploitées du Times Square incarne une génération sacrifiée sur l’autel de ses idéaux. Costantini évite l’écueil de l’idéalisation : Laura n’est pas qu’une martyre, elle est aussi source de conflits avec ce père au « caractère rigoriste et patriarcal », elle provoque des « engueulades répétées », elle refuse de voir ses parents avant de finalement céder. Cette complexité rend le personnage plus tangible, et sa mort d’autant plus déchirante. La description des méthodes policières de l’époque – absence d’ADN, de profilage, de base de données informatique, fichiers d’empreintes épluchés à la loupe – souligne l’impuissance face au crime, cet « open bar des prédateurs » qu’était le New York des années soixante.

Le parallèle entre les deux enquêtes ne relève pas du simple artifice narratif mais d’une nécessité psychologique pour le protagoniste. En élucidant le meurtre de Samantha, c’est une part de lui-même qu’il tente de racheter, cette partie brisée le jour où « une âme d’adulte vint planter d’un seul coup ses crocs sur ses frêles épaules d’enfant ». Le passé n’est jamais vraiment passé chez Costantini : il pulse sous la surface du présent, prêt à resurgir au moindre indice troublant.

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Un art d’écrire qui maintient en haleine

L’écriture de Costantini se distingue par sa capacité à maintenir une tension narrative constante sans jamais forcer le trait. Les phrases s’ajustent au rythme de l’action : amples et contemplatives lorsque le narrateur observe l’orage depuis son loft de Brooklyn, sèches et percutantes lors des moments critiques. « L’étage de Samantha. Mon corps se raidit. » Cette économie de mots dans les instants clés crée un effet d’urgence palpable. L’auteur sait également quand ralentir la cadence, déployant des descriptions sensorielles qui ancrent le lecteur dans l’instant présent – ce « subtil mélange de bergamote, d’épices et de bois », ces « reflets stroboscopiques de lumières bleues sur le sol pavé de flaques ». Le vocabulaire technique s’intègre naturellement au flux narratif sans jamais peser : calibre .38, Crime Lab, Scene View apparaissent comme des éléments organiques du monde décrit plutôt que comme des insertions didactiques.

Le recours à la première personne confère au texte une immédiateté remarquable. Le lecteur épouse le regard du narrateur, partage ses observations, ressent ses intuitions « quasi reptiliennes ». Cette voix narrative possède une couleur propre, oscillant entre autodérision – cette métaphore des drapeaux plantés sur une carte qui ne laisseraient « pas beaucoup d’espaces libres, même pour un acupuncteur de talent » – et gravité existentielle. Les réflexions philosophiques ponctuent le récit sans l’alourdir : « On ne sait souvent pas pourquoi on aime, mais on sait toujours pourquoi on admire » ou encore « les souvenirs agissent comme des gueuses le long d’un fil d’apnée qui vous tirent vers le fond ». Ces sentences révèlent un narrateur capable de prendre du recul sur son propre vécu, conférant une profondeur littéraire au polar.

Les dialogues servent l’efficacité narrative avec une authenticité bienvenue. Les échanges entre le narrateur et Alex Leonard sonnent juste, portés par cette complicité d’anciens coéquipiers qui n’ont pas besoin de tout expliciter. Les répliques courtes, les non-dits, les silences éloquents construisent une dramaturgie sobre où chaque mot compte. Costantini maîtrise également l’art de la description indirecte : plutôt que d’asséner des informations, il les distille à travers le regard du protagoniste qui détaille l’appartement de Samantha, inventoriant ses objets comme autant de traces d’une vie brutalement interrompue. Cette approche narrative permet au suspense de s’installer durablement, préparant le terrain pour les révélations à venir dans les parties ultérieures du roman.

Mots-clés : Polar new-yorkais, thriller psychologique, cold case, enquête policière, Manhattan, quête personnelle, suspense


Extrait Première Page du livre

 » Chapitre 1

Ce devait être un magnifique 10 juillet aux dires des météorologistes. Pourtant des nuages menaçants s’amon- celaient au-dessus de Manhattan. C’était souvent le cas lorsqu’un vent frais venu des Appalaches se fracassait sur les courants plus chauds en provenance du golfe du Mexique.

Le visage collé à la vitre de mon loft de Brooklyn, j’admi rais la puissance des éléments qui permettait de mieux comprendre pourquoi nos ancêtres Homo sapiens s’en étaient remis aux dieux.

Une gerbe d’éclairs et des vrombissements de tonnerre déchirèrent soudain l’horizon. Puis ce fut une déferlante de trombes d’eau.

À force de les avoir ratissés pendant trois décennies comme flic au NYPD, aucun recoin de ma ville d’adoption ne m’était inconnu. Des années intenses à pourchasser le crime au point de ne plus pouvoir me souvenir du nombre de cas d’homicides auxquels j’avais été confronté. Si l’on m’avait demandé de planter un petit drapeau pour chacun sur une carte de Big Apple, il n’y aurait pas eu beaucoup d’espaces libres, même pour un acupuncteur de talent.

J’en avais résolu un certain nombre, ce qui m’avait valu le surnom The Finest chez les flics ou Sniky Bastard dans le milieu. Tout cela était bien loin et une autre motivation m’animait. Les souvenirs agissent comme des gueuses le long d’un fil d’apnée qui vous tirent vers le fond. Quant aux échecs, j’avais appris qu’il ne servait à rien de les res- sasser. Seul comptait le présent.

À une exception près, laquelle demeurait gravée à jamais dans ma mémoire.

Tous les détectives sur Terre ont un jour connu une affaire qui leur a échappé pour une raison ou une autre, qui les hante et les dévore au point de devenir l’obsession de leur carrière. En ce qui me concernait, il s’agissait d’un assassinat commis bien des années auparavant, en 1968, un 10 juillet justement.

Un cold case auquel j’avais attribué l’humeur maussade qui m’avait saisi dès le réveil. Un ressenti inconfortable, impalpable et diffus, annonciateur d’un changement de situation à venir. Une de ces intuitions quasi reptiliennes propres à tout enquêteur et particulièrement développées chez moi.

Les heures suivantes s’écoulèrent pourtant sereinement, ce malaise s’étant dissipé au fur et à mesure qu’approchait le dîner avec Samantha Livingstone, une amie de toujours. « 


  • Titre : Chaîne de crimes
  • Auteur : Chris Costantini
  • Éditeur : Éditions Istya
  • Nationalité : France
  • Date de sortie : 2025

Résumé

Thelonious Avogaddro, ancien détective du NYPD surnommé « The Finest », s’apprête à dîner avec son amie Samantha Livingstone lorsqu’il découvre qu’elle a été assassinée dans son appartement de l’Upper East Side. Ce meurtre à l’arme blanche réveille immédiatement en lui le souvenir douloureux d’un cold case qui le hante depuis 1968 : l’assassinat non résolu de sa sœur Laura, tuée dans des circonstances troublantes. Des similitudes inquiétantes entre les deux crimes le poussent à mener sa propre enquête parallèle, malgré les obstacles dressés par le procureur ambitieux Sherman Selfridge.
Entre New York contemporain et plongées dans le passé, le narrateur remonte le fil de ses souvenirs tout en traquant l’assassin de Samantha. Les cartons étiquetés « Laura » qu’il conserve depuis des décennies refont surface, révélant l’histoire d’une jeune rebelle engagée pour les droits des femmes dans le New York bouillonnant des années soixante. Aidé par son ancien coéquipier Alex Leonard, Thelonious s’engage dans une quête qui dépasse la simple résolution d’un crime : il s’agit de confronter enfin le trauma originel qui a déterminé toute sa vie et de rendre justice aux deux femmes qui ont compté pour lui.


Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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Les avis

Merci Chris !

janvier 22, 2026

Merci Chris ! Ce fut un plaisir de découvrir et partager votre travail.

Avatar de Manuel
Manuel

Merci

janvier 21, 2026

Quelle excellente chronique

Un grand merci pour cette mise en avant

Avatar de Bourgois Costantini
Bourgois Costantini