Périgueux, automne 1989 : une jeunesse sur le fil
Le roman s’ouvre sur une scène d’une banalité trompeuse : une adolescente qui garde un enfant, lui lit un conte de Perrault avant de le border, puis attend avec impatience une soirée en boîte de nuit. Sèverine Mazières installe son récit dans un automne 1989 restitué avec une précision sensorielle remarquable. Michael Jackson qui résonne dans les baffles du Cotton’s Club, les jeans délavés à ceinture à grosse boucle, les vestes en cuir noir, Depeche Mode et les slows de Scorpions : chaque détail contribue à ancrer le lecteur dans une époque avec une efficacité qui n’a rien d’ostentatoire.
Mais sous ce vernissage nostalgique, le roman glisse vers quelque chose de plus sombre. Cette jeunesse ordinaire, avec ses timidités amoureuses et ses nuits dansantes, porte en elle une fragilité que le texte laisse affleurer discrètement. La jeune Chantal ne sait pas encore ce que lui réserve cette soirée, et c’est précisément dans cet écart entre l’insouciance apparente du moment et ce que le lecteur pressent qui crée une tension narrative dès les premières pages du roman. Mazières joue avec subtilité sur ce registre du quotidien infiltré par le danger, sans jamais forcer le trait ni céder à l’artifice du suspense facile.
Ce prologue temporal, situé quinze ans avant l’enquête centrale, n’est pas un simple dispositif d’exposition. Il constitue la couche souterraine du récit, celle sur laquelle toute la construction dramatique va reposer. En choisissant de faire entrer son lecteur par cette porte-là, l’auteure pose d’emblée la question qui irrigue l’ensemble du roman : que reste-t-il d’une vie interrompue, et comment le passé continue-t-il de peser sur les vivants ? La Dordogne de 1989 n’est pas un simple décor, c’est un espace mémoriel que le roman va progressivement fouiller.
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Le « Tueur de l’heure d’hiver » : une affaire jamais refermée
Au cœur d’Épigone se trouve une figure criminelle que le roman n’exhibe jamais frontalement : le « Tueur de l’heure d’hiver », auteur présumé d’une série de meurtres de jeunes femmes commis entre 1976 et 1989 dans la région de Périgueux. Mazières construit cette ombre avec une économie de moyens redoutable. On ne découvre pas ce personnage par des scènes spectaculaires, mais par accumulation, par strates, à travers les archives de journaux consultées la nuit, les dossiers cartonnés ressortis des placards, les bribes de mémoire d’un enquêteur qui a vécu cette affaire de l’intérieur. Le mythe criminel se reconstitue ainsi en creux, par fragments, ce qui lui confère une présence d’autant plus inquiétante.
Ce qui frappe dans le traitement de cette affaire ancienne, c’est la précision avec laquelle Mazières en restitue la mécanique : le profil des victimes, leur morphotype similaire, la récurrence du changement d’heure comme marqueur temporel, la mise en scène des corps. Ces éléments ne sont jamais déposés en vrac pour impressionner le lecteur ; ils s’agrègent progressivement, au rythme de l’enquête, jusqu’à former un tableau cohérent qui rend l’ensemble crédible et troublant. On sent derrière cette construction un vrai travail de documentation, une attention portée aux rouages réels de l’investigation policière.
Le titre même du roman trouve ici sa pleine résonance. Un épigone, dans son sens littéral, est celui qui imite sans égaler, le successeur médiocre d’un grand prédécesseur. Appliqué au registre criminel, le mot prend une coloration particulièrement glaçante. L’affaire du « Tueur de l’heure d’hiver » n’est pas simplement un arrière-plan historique : elle est la matrice autour de laquelle s’organise toute la tension du présent. Rouvrir ce dossier, c’est pour Émile Briac bien plus qu’une démarche professionnelle, c’est une confrontation intime avec une partie de sa propre histoire, et c’est ce double enjeu, collectif et personnel, qui donne à ce chapitre narratif sa profondeur particulière.
Émile Briac : le poids du passé dans une nouvelle enquête
Émile Briac est un lieutenant de police à la soixantaine bien entamée, les cheveux poivre et sel un peu trop longs, la barbe mal rasée, le regard bleu qui résiste encore à l’usure des années. Mazières le campe avec une économie de traits qui n’exclut pas la nuance : derrière la mine vieillie prématurément et les colères rentrées se devine un homme qui a traversé de longues années difficiles, marqué par un rapport à l’alcool dont une bouteille de cognac Camus XO tenue comme une relique dit plus que de longs développements. Cette sobriété narrative dans la construction du personnage est l’une des réussites du roman : on comprend Émile par ses gestes, ses silences, ses crispations soudaines, bien plus que par des explications psychologiques appuyées.
Ce qui rend ce personnage particulièrement attachant, c’est précisément l’entrelacement entre sa vie intérieure et son investissement professionnel. Quand le corps d’une jeune femme est découvert dans les bois aux abords de Périgueux, Émile ne voit pas seulement une affaire criminelle : il perçoit immédiatement des résonances avec une enquête ancienne qu’il a vécue jeune inspecteur et qui ne l’a jamais vraiment quitté. La remontée de ce passé ne se fait pas sur le mode de la révélation dramatique, mais sur celui d’une reconnaissance progressive, presque viscérale. Mazières écrit avec justesse cette mémoire du corps et de l’instinct policier, cette façon qu’ont certains enquêteurs chevronnés de sentir une piste avant même de pouvoir la formuler.
La relation d’Émile avec Cécile, sa compagne depuis dix-huit ans, apporte au personnage une dimension supplémentaire qui ancre le roman dans une humanité quotidienne bienvenue. Ces scènes domestiques, loin de ralentir le récit, l’enrichissent en révélant les failles et les points d’appui d’un homme qui avance malgré tout. Émile n’est ni le détective torturé au romantisme sombre ni le fonctionnaire désabusé : il occupe un espace plus subtil, celui d’un homme ordinaire confronté à une affaire qui le dépasse un peu, et qui continue d’avancer, avec ses doutes et ses certitudes mélangés.
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L’épigone, ou l’art de brouiller les pistes
Le dispositif narratif central du roman repose sur une question que l’équipe d’Émile met un certain temps à formuler clairement : a-t-on affaire à un tueur qui reproduit les crimes du passé, ou à quelqu’un qui cherche délibérément à imiter pour égarer l’enquête ? Cette distinction, en apparence technique, ouvre en réalité un abîme interprétatif que Mazières exploite avec beaucoup d’habileté. Les similitudes entre les affaires anciennes et le meurtre récent de Marie Faure s’accumulent avec une précision qui force l’attention : le morphotype des victimes, la nuit du changement d’heure, la position du corps, les feuilles couvrant le visage. Chaque coïncidence renforce la suivante, jusqu’à former un faisceau de présomptions que l’on ne peut plus ignorer.
Ce qui rend ce mécanisme particulièrement efficace, c’est que le roman ne tranche pas d’emblée. La commissaire Delaunay elle-même oscille entre scepticisme et adhésion progressive face aux hypothèses d’Émile, et cette hésitation institutionnelle reflète celle du lecteur. Mazières construit une ambiguïté fertile : l’imitation est-elle le signe d’un esprit calculateur qui manipule les enquêteurs, ou celui d’un passage à l’acte opportuniste par quelqu’un qui connaissait les détails de l’affaire originelle ? Les deux pistes coexistent longtemps dans le récit, se nourrissant mutuellement, sans que l’une ne vienne trop tôt écraser l’autre.
Il y a dans cette construction quelque chose qui dit beaucoup sur la nature du crime en général : l’idée que le mal se réinvente rarement de toutes pièces, qu’il emprunte, copie, recycle. Le titre prend alors une dimension presque philosophique. L’épigone criminel n’est pas simplement un imitateur, c’est un révélateur : sa présence oblige les enquêteurs à replonger dans un passé qu’ils croyaient clos, à rouvrir des blessures et des dossiers jugés définitivement classés. C’est dans cet espace de friction entre hier et aujourd’hui que le roman déploie toute sa tension, faisant du présent le miroir déformant d’une histoire qui n’en a pas fini de résonner.
Un duo contrasté : Émile et Léandre face à leurs démons
La relation entre Émile Briac et Léandre constitue l’une des lignes de force les plus vivantes du roman. Tout les oppose en apparence : d’un côté, un lieutenant en fin de carrière, taiseux, rugueux, portant ses cicatrices comme une seconde peau ; de l’autre, un jeune enquêteur brillant, ambitieux, doté d’une intuition redoutable et d’une énergie qui agace autant qu’elle impressionne. Mazières tire un vrai parti dramatique de cette opposition générationnelle, sans jamais la caricaturer. Léandre n’est pas le jeune loup arrogant du roman policier classique, et Émile n’est pas le vieux briscard aigri qui refuse d’évoluer : tous deux sont des personnages travaillés de l’intérieur, porteurs de zones d’ombre que le récit laisse entrevoir par touches successives.
Ce qui rend ce duo particulièrement intéressant, c’est la dynamique de reconnaissance mutuelle qui s’installe progressivement entre eux. Léandre perçoit derrière la façade abrupte d’Émile un policier d’exception, quelqu’un qui a payé le prix fort pour en arriver là où il en est. Émile, de son côté, reconnaît dans le jeune homme une ténacité et une façon de ne jamais lâcher une piste qui lui rappelle ce qu’il était lui-même, des années auparavant. Cette connivence naissante ne se dit pas frontalement : elle transparaît dans les échanges vifs, les piques, les silences partagés sur le siège passager d’une voiture de service. Mazières écrit les dialogues de ce duo avec un sens du rythme et de la répartie qui donne au roman une respiration naturelle, presque théâtrale.
Derrière la mécanique du binôme enquêteur, le roman pose aussi une question plus discrète sur la transmission. Qu’est-ce qu’un policier chevronné transmet à celui qui le suit, au-delà des techniques et des procédures ? Quel héritage passe entre deux hommes que tout distingue mais qu’une même affaire réunit ? Sans jamais l’énoncer explicitement, Épigone laisse cette interrogation infuser dans le rapport entre les deux personnages, lui donnant une épaisseur qui dépasse largement le cadre fonctionnel du duo d’enquêteurs.
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La Dordogne comme décor : un ancrage provincial assumé
Périgueux n’est pas un décor de fond dans Épigone : c’est un territoire habité, traversé, ressenti. Mazières connaît manifestement cette géographie intime, et cela se sent à la précision des noms de lieux qui jalonnent le récit, le chemin de La Monzie, le bac de Campniac au bord de l’Isle, la route d’Agonac, Château-l’Évêque, le quartier du Toulon. Ces références ne sont pas là pour faire couleur locale à bon marché ; elles ancrent chaque scène dans un espace concret, donnant au lecteur le sentiment de parcourir une ville réelle plutôt qu’un décor générique de roman policier. La Dordogne rurale et périurbaine, avec ses bois silencieux, ses chemins étroits que seuls les locaux empruntent et ses maisons isolées, devient progressivement un paysage mental autant que physique.
L’automne périgourdin imprègne le roman de sa lumière particulière et de son humidité tenace. Le crachin qui s’obstine, la boue collante des sous-bois, les arbres dressés dans la brume nocturne, le froid qui s’infiltre dans les vêtements : Mazières convoque une météorologie qui n’est jamais gratuite. Elle participe à l’atmosphère du récit, renforçant l’impression d’un monde où les secrets s’enkystent dans la terre et où les pistes se brouillent aussi facilement que la visibilité sur ces routes de campagne. Le cadre naturel et climatique fonctionne ainsi comme une caisse de résonance émotionnelle, accordée aux états intérieurs des personnages.
Ce choix d’une province française comme terrain d’investigation mérite d’être souligné. Le roman policier français a longtemps entretenu une relation quasi exclusive avec Paris ou les grandes métropoles. En situant son intrigue résolument du côté de Périgueux et de sa périphérie, Mazières s’inscrit dans un courant plus récent qui revendique la richesse des territoires ordinaires, ces villes moyennes où les gens se connaissent, où les rumeurs circulent vite et où une affaire criminelle prend une résonance communautaire particulière. Cette provincialité assumée n’est pas une limitation du roman : elle en est l’une des caractéristiques les plus singulières.
Les fils entremêlés : victimes, secrets et héritages
L’une des ambitions narratives d’Épigone est de ne pas réduire les victimes à leur seul statut de corps retrouvés. Mazières prend soin de leur restituer une épaisseur humaine, une existence antérieure à leur mort, des liens, des fragilités, des choix qui ont tracé leur chemin jusqu’à cette fin tragique. Marie Faure, la jeune femme découverte dans les bois, n’est pas qu’un point de départ commode pour déclencher l’intrigue : elle est porteuse d’un secret qui complexifie considérablement l’enquête et oblige les policiers à regarder au-delà des apparences immédiates. Ce souci de donner de l’épaisseur aux victimes plutôt que de les instrumentaliser est l’un des choix les plus justes du roman.
Les secrets, dans Épigone, ne sont pas de simples ressorts dramatiques distribués pour entretenir le suspense. Ils s’inscrivent dans des histoires familiales, des silences transmis de génération en génération, des héritages empoisonnés que les vivants portent sans toujours en mesurer le poids. Thomas Conti, fils du brocanteur soupçonné d’être le « Tueur de l’heure d’hiver », en est l’illustration la plus saisissante : revenu en Dordogne pour accompagner sa mère mourante, il incarne cette figure du descendant condamné à porter un nom devenu synonyme d’horreur. La brocante vandalisée, les tags insultants sur les murs, les fenêtres brisées, tout ce que Mazières décrit de ce lieu dévasté dit la durée et la brutalité avec lesquelles une communauté peut stigmatiser une lignée.
Ce réseau de secrets et d’héritages confère au roman une densité qui déborde largement le cadre de l’enquête policière stricto sensu. On y parle, en filigrane, de culpabilité par association, de la difficulté à se reconstruire lorsqu’on porte l’ombre d’un autre, de ce que signifie hériter d’un passé que l’on n’a pas choisi. Ces questions traversent le récit sans jamais s’y substituer, maintenant un équilibre délicat entre thriller et réflexion sur la mémoire collective. C’est dans cet entrelacement que le roman révèle sa véritable ambition : raconter non seulement un crime, mais les ondulations que ce crime continue de propager, longtemps après, dans les vies de ceux qui gravitent autour de lui.
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« Épigone » : un premier roman qui installe une voix singulière dans le polar français
Ce qui frappe, au moment de refermer Épigone, c’est la maîtrise avec laquelle Sèverine Mazières orchestre les différentes composantes de son récit. Un premier roman porte souvent les traces de ses efforts de construction, les coutures visibles d’une architecture encore incertaine. Ce n’est pas le cas ici. La chronologie duale, le va-et-vient entre passé et présent, la gestion des points de vue, le dosage de l’information : tout cela fonctionne avec une cohérence qui témoigne d’un vrai sens de la narration. Mazières écrit avec une assurance tranquille, sans chercher à en faire trop, ce qui est précisément la marque d’une plume qui sait ce qu’elle veut raconter et comment le raconter.
La voix qui se dégage de ce roman est reconnaissable à plusieurs de ses traits distinctifs : un réalisme social attentif aux détails du quotidien, un sens du dialogue qui caractérise les personnages plus sûrement que n’importe quelle description, et une façon de traiter la violence criminelle sans sensationnalisme, en maintenant toujours une distance pudique qui rend les faits d’autant plus troublants. On pense parfois, dans certaines scènes d’enquête collective au commissariat, à ce polar français de terroir qui a su trouver ses lettres de noblesse ces dernières années, mais la comparaison s’arrête là où commence la singularité de Mazières, dans ce rapport particulier au temps long, aux cicatrices qui ne se referment pas, aux affaires que l’on croit closes et qui respirent encore.
Épigone s’inscrit dans le paysage du polar français avec suffisamment de personnalité pour retenir l’attention et suffisamment d’ouvertures narratives pour laisser espérer une suite. Émile Briac, Léandre et leur équipe forment un collectif de personnages dont on n’a pas fini de vouloir suivre les trajectoires. Au-delà du plaisir de lecture immédiat, ce roman pose les fondations d’une œuvre qui mérite d’être suivie, parce qu’il prouve que son auteure a quelque chose à dire sur la manière dont le passé habite les vivants, et qu’elle a trouvé la forme juste pour le dire.
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Mots-clés : polar français, Dordogne, tueur en série, enquête policière, premier roman, mémoire criminelle, Périgueux
Extrait Première Page du livre
» Chapitre 1
23 septembre 1989
« La jeune demoiselle ne s’ennuyait point et oublia ce que sa marraine lui avait recommandé ; de sorte qu’elle entendit sonner le premier coup de minuit, lorsqu’elle ne croyait point qu’il fût encore onze heures : elle se leva, et s’enfuit aussi légèrement qu’aurait fait une biche.
Le prince la suivit, mais il ne put l’attraper. Elle laissa tomber une de ses pantoufles de verre, que le prince ramassa bien soigneusement. »
— Chantal, tu lis pas la vraie histoire, là ! Cendrillon, elle parle pas comme ça d’habitude. C’est quoi ce livre qui dit que des bêtises ?
Chantal interrompit sa lecture, ferma le livre qu’elle tenait et le déposa sur le lit de l’enfant. Elle aimait bien Nicolas, qu’elle avait l’habitude de garder au moins une fois par mois depuis qu’il allait à l’école. Sa mère était une collègue de travail de ses parents, ils lui faisaient confiance. Elle n’avait que seize ans la première fois, mais tout s’était toujours bien passé.
— C’est peut-être pas les mots que tu connais, mais c’est la vraie histoire de Perrault, tu sais. Allez, Nicolas, c’est l’heure de dormir. Tes parents vont rentrer tout à l’heure, et si tu ne dors pas, je vais me faire disputer.
— La prochaine fois, tu me liras Barbe Bleue, d’accord ? J’aime bien quand Anne découvre toutes les têtes des femmes mortes.
— Ne dis pas de bêtises. Si tes parents savaient que je te lis ça, ils ne voudraient plus que je revienne te garder.
— Ouais, mais ce serait dix mille fois plus drôle que Cendrillon !
Chantal se pencha sur le front du petit garçon, qui l’attrapa par le cou pour l’embrasser. Il s’y attarda quelques secondes, il aimait bien le parfum que la jeune fille portait quand elle sortait après l’avoir gardé. Elle borda la couverture et le drap et sortit de la chambre en prenant soin de ne pas fermer tout à fait la porte. Elle retourna dans le salon et s’installa de nouveau sur le canapé avec son bouquin de droit, Introduction au droit privé et au droit civil de Lucienne Topor. Elle parcourut quelques minutes le livre et bâilla deux ou trois fois d’ennui. Sa deuxième année, qui débutait à peine, lui pesait. Elle préférait songer à la soirée qui l’attendait. Sa meilleure amie devait passer la chercher en voiture dans deux heures, selon ce qu’indiquait la pendule murale. Elle pensait aussi à Christophe. Elle voulait lui plaire. Elle en pinçait pour le jeune homme depuis des mois et se languissait qu’il la remarque enfin. Elle s’était apprêtée pour l’occasion : son jean délavé préféré avec sa ceinture à grosse boucle brillante, son T-shirt bariolé au ras du nombril et le bandeau assorti pour retenir ses cheveux bruns, frisés. Sa veste en jean siglée « L.A. » parachevait un look tendance. «
- Titre : Épigone
- Auteur : Sèverine Mazières
- Éditeur : Éditions Alter Réal
- Nationalité : France
- Date de sortie : 2024
Résumé
À Périgueux, à l’automne, le corps d’une jeune femme est découvert dans les bois. Pour Émile Briac, lieutenant de police à la soixantaine fatiguée, cette mort éveille immédiatement un écho douloureux : les similitudes avec une série de meurtres non élucidés commis entre 1976 et 1989, ceux du tristement célèbre « Tueur de l’heure d’hiver », sont trop précises pour être fortuites. Épaulé par Léandre, un jeune enquêteur aussi tenace qu’intuitif, il va rouvrir une blessure que le temps n’avait qu’à peine cicatrisée.
Mais à mesure que l’enquête progresse, une question s’impose : a-t-on affaire à un véritable successeur du tueur disparu, ou à quelqu’un qui imite délibérément pour brouiller les pistes ? Entre secrets de famille, héritages empoisonnés et vérités enfouies depuis des décennies, Épigone tisse une intrigue où le passé et le présent se répondent sans répit, dans une Dordogne rurale et brumeuse qui n’a pas fini de livrer ses ombres.

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


































Merci beaucoup pour cette super chronique ! C’est vraiment très complet et plaisant à lire. Mon prochain roman, Rémanence, sortira le 18 juin. Avis aux amateurs…
Merci à vous, Sèverine ! C’est un vrai plaisir de chroniquer des romans qui donnent autant matière à écrire. Épigone m’a vraiment marqué, et c’est exactement ce qu’on cherche ici.
Rémanence le 18 juin, c’est noté dans l’agenda ! Les amateurs de polar sont prévenus, et on sera là pour en parler.
Manuel