Virginie Lloyd, l’humour noir comme mode d’emploi
Il y a des parcours qui prennent le chemin des écoliers avant d’arriver au polar. Celui de Virginie Lloyd passe d’abord par les salles de montage et les reportages télé : vingt ans de métier comme reporter, avant de se consacrer entièrement à l’écriture. Journaliste puis reporter TV, elle réalisait des sujets pour les JT, des magazines et des films publicitaires, un apprentissage du réel qui transparaît aujourd’hui dans sa façon de saisir les détails minuscules, les tics de langage, les objets qui disent tout d’une époque. Installée près de Toulouse, elle revendique une pratique quotidienne de la lecture poétique avant même de s’asseoir devant son clavier, ce qui en dit long sur le rapport charnel qu’elle entretient avec les mots.
Sa bibliographie refuse les cases avec une constance réjouissante. Après « Quitte à tuer autant le faire dans l’ordre » en 2018, distingué l’année suivante au Salon du livre de Paris, elle publie « Cher bonheur, j’ai pris la liberté de t’écrire », roman feel-good sur la différence récompensé en 2020, puis « La Valse des Éphémères », roman noir consacré à l’enfance et à la justice française du début du XXe siècle, couronné par le Prix Francis Jammes en septembre 2021. Ajoutez à cela des nouvelles, dont l’une finaliste aux Quais du Polar de Lyon, et un recueil de haïkus pour le plaisir de se compliquer la vie. Longtemps figure de l’auto-édition et habituée des salons littéraires, elle a bâti son lectorat livre après livre, rencontre après rencontre.
Le Monde du Polar l’a suivie sur deux titres qui n’en font qu’un, ou presque. La chronique consacrée à Quitte à tuer autant le faire dans l’ordre saluait déjà cette comédie noire ancrée dans une Toulouse sans carte postale, portée par Lily Brooks, rédactrice de notices techniques que le développement personnel entraîne vers des applications pratiques assez radicales. Le roman a connu une seconde vie en mai 2026 aux éditions City sous le titre « Elle a le regard qui tue », réadaptation de cet ouvrage initialement auto-publié, objet de notre chronique sur la tueuse aux Post-its. Détail savoureux que l’auteure confirme volontiers : elle a elle-même exercé le métier de rédactrice de notices, « très strict et solitaire ».
Reste ce ton, impossible à confondre avec un autre. Un thriller qui casse les codes du genre, prévient-elle, où l’humour noir irrigue tout le récit et où la vieillesse, le deuil, la solitude et les traumatismes se glissent entre deux éclats de rire. L’idée serait née à l’écoute d’un podcast de développement personnel : le bonheur, c’est découvrir sa vrai nature ? et si ma vraie nature était criminelle ? La question méritait qu’on aille la poser directement à l’intéressée. Réponses ci-dessous.
L’interview questionnaire de Virginie Lloyd
Vous écrivez à la main ou au clavier ?
Les deux. Lorsque je suis en vadrouille, j’utilise un carnet ou des morceaux de papier volants. Généralement, c’est au clavier que j’écris. C’est beaucoup plus pratique et ordonné.
Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
Lève-tôt ! J’écris à 5h du mat. Loin du monde. À jeun de la foule. (mais l’estomac plein, j’adore les ptit-dèj).
Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
Je suis pipelette, ça doit être ça !
Plus sérieusement, c’est un besoin. C’est comme laisser une trace quelque part. C’est poser des mots sur de grandes questions existentielles comme : la bonté est-elle le secret d’une belle vie ? Pourquoi les hippocampes dansent en nageant ? Pourquoi le monde s’obstine à déraper ? Pourquoi les chats sont fous 15min par jour ? Et enfin, est-ce qu’ils « croivent » existera toujours dans 100 ans ? :o)
À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
Hormis une pause personnelle ces derniers temps, j’écris habituellement un roman par an.
Votre plus belle émotion d’auteur ?
Qu’un gamin me dise : maintenant j’aime lire.
Le livre qui vous a le plus marqué ?
L’annuaire téléphonique. C’est dingue le nombre de personnages si différents et qui pourtant se présentent de la même façon. Bon ! en réalité, ce sont les haïkus (poèmes japonais) qui m’ont bouleversée. J’ai découvert le pouvoir des mots. Celui qui reste dans notre tête même après avoir fermé un livre.
Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
Il y en a plusieurs : la vie du bousier au printemps / Combien de post-it pour faire le tour de la Terre ? / les bébêtes dans les vieux livre, est-ce qu’elles lisent ? Quels outils utilisaient les faiseuses d’anges au 19e siècle ?
Votre lieu de crime idéal ?
Dans un monde parallèle.
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Votre arme du crime préférée ?
Les mots.
Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
Non, pas du tout. L’envie de tuer des gens dans mes romans m’effraie beaucoup plus. ?
Votre pire cauchemar d’auteur ?
Écrire un super passage. Penser que c’est de moi mais se rendre compte que l’inconscient avait planqué ça dans ma mémoire et que c’était en fait les mots d’un autre. Une sorte de plagiat involontaire. L’horreur !
Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Tous les métiers sont bons pour ça.
Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
PQ.
Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
Poésie. Oui, je sais c’est ringard. C’est l’enfant maudite de la littérature. Mais bon, never give up ! Qui sait un jour, tout le monde parlera en alexandrin et la vie sera plus belle.
Le livre dont vous êtes le plus fier ?
La Valse des Éphémères.
Où vous sentez-vous chez vous ?
Partout. Au milieu de la foule, dans le silence. Au rayon supermarché. À la montagne. En famille.
Je n’aime pas être ailleurs qu’entourée de bonheur. Si je me sens mal quelque part, je pars.
Donc, je me sens généralement bien où je suis.
Le dernier polar dont vous avez parlé à quelqu’un ?
Seul le silence, de R.J Ellory. J’ai adoré. C’est magnifique.
En guise de conclusion, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ? Une actualité, un nouveau projet qui vous passionne, une œuvre à paraître ou un événement spécial que vous souhaiteriez mettre en lumière, un prix reçu, une dédicace ou un salon ?
Soyez heureux ! Et si vous avez envie qu’on soit heureux ensemble, un ptit moment, venez à mes prochaines dédicaces ?.
Plus d’infos sur Instagram : virginie.lloyd.ecrivain
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.

















