« Jules Verne et le secret de la tour Eiffel » : Céline Ghys et la dame de fer dans l’ombre des assassins

Jules Verne et le secret de la tour Eiffel de Céline Ghys

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Paris 1887 : Jules Verne entre spleen et renaissance

Céline Ghys choisit d’emblée une entrée en matière fracassante : un meurtre rituel sur le pont au Change, deux minutes avant minuit, sous une lune d’ivoire qui teinte le fleuve de métal. Ce prologue nocturne installe immédiatement l’atmosphère du roman, celle d’un Paris hivernal magnifique et menaçant, où les becs de gaz disputent leur lumière verdâtre aux ténèbres de la Seine. Ce n’est qu’ensuite, par un glissement savant, que l’auteure introduit son personnage central : un Jules Verne mélancolique qui monte dans le train d’Amiens avec sa canne, son plastron de fourrure et le poids écrasant d’une année noire.

Car c’est là l’une des réussites les plus saisissantes du roman : Ghys ne présente pas le génie triomphant des manuels scolaires, mais un homme de cinquante-neuf ans que la vie a sérieusement entamé. La balle logée dans son pied gauche, souvenir d’une tentative d’assassinat perpétrée par son propre neveu, dicte chacun de ses pas. La morphine soulage la douleur physique mais nourrit des cauchemars d’une intensité hallucinatoire. La mort de sa mère, l’absence de son éditeur Pierre-Jules Hetzel emporté par la maladie, un vague à l’âme que Verne appelle lui-même son « spleen » en empruntant l’anglicisme à Baudelaire : autant de blessures que l’écrivain tente de laisser derrière lui en montant dans ce compartiment de première classe. Ce voyage à Paris, officiellement motivé par des obligations éditoriales, est en réalité une fuite en avant, un pari sur le retour à la vie.

Et Paris tient sa promesse. La capitale agit sur Verne comme un révélateur, le confrontant à la fois à la laideur grouillante de la gare du Nord et à la beauté aérée des boulevards haussmanniens, au Paris des miséreux et à celui des ingénieurs visionnaires. Ghys restitue cette traversée urbaine avec une précision quasi sensorielle : les odeurs de suie, le cahot des fiacres sur le pavé, la lumière d’hiver qui efface les contours. C’est dans cet espace de transition, entre l’homme abattu qui a quitté Amiens et celui qui retrouve peu à peu l’étincelle de sa curiosité, que le roman trouve son souffle propre. La renaissance annoncée dans ce premier mouvement ne sera ni rapide ni linéaire, ce qui la rend d’autant plus convaincante.

Un chantier, un noyé et une ville en effervescence

Au Champ-de-Mars éventré par les terrassiers, deux gardiens de nuit patrouillent autour d’un brasero quand la Seine leur restitue un cadavre méconnaissable. Cette scène d’ouverture parallèle au prologue constitue le second pilier sur lequel Ghys édifie son intrigue : le chantier de la future tour Eiffel, rendu avec une précision documentaire qui dépasse le simple souci de couleur locale. Les fondations qu’on creuse dans l’ancien lit du fleuve, les pièces qu’on usine à Levallois avant de les assembler au Champ-de-Mars comme un gigantesque puzzle métallique, les cent terrassiers qui s’activent du lever au coucher du soleil : tout cela n’est pas décor, mais matière vivante qui pulse au rythme du récit.

Le cadavre repêché dans la Seine, dont l’identification mobilise un jeune légiste nommé Félix Ebelmen, devient le fil conducteur qui va tisser ensemble des personnages et des mondes que tout semblait séparer. Une montre à gousset gravée d’initiales, un minuscule papier dissimulé dans le boîtier, un nom griffonné : Ghys construit son engrenage policier avec l’économie de moyens des grands artisans du genre. Ce Paris de 1887 n’est pas une ville tranquille. La polémique fait rage autour du projet d’Eiffel, attaqué dans la presse par quarante-sept personnalités dont Maupassant et Dumas fils, qui signent une pétition dénonçant cette « odieuse colonne de tôle boulonnée ». La ville intellectuelle et la ville industrielle s’affrontent, et c’est précisément dans cette faille que l’auteure loge son intrigue criminelle.

Ce qui impressionne dans ce deuxième mouvement du roman, c’est la façon dont Ghys fait coexister plusieurs temporalités et plusieurs registres sans que la couture ne se voie jamais. La chronique historique de la construction de la tour, documentée avec rigueur, se mêle naturellement à la noirceur du fait divers, tandis que la vie quotidienne des petites gens, les deux gardiens picard et nordiste avec leurs répliques savoureuses en patois, apporte une chaleur humaine qui contrebalance l’horreur des crimes. Paris n’est pas une toile de fond : c’est un organisme complexe, traversé de tensions sociales et intellectuelles, que le meurtre vient soudainement révéler dans toute sa fébrilité.

Le trio improbable : Verne, Ebelmen et Valentine Eiffel

Trois personnages que rien ne prédestinait à se croiser se retrouvent réunis autour d’une même énigme criminelle, et c’est dans la dynamique qui les unit que le roman révèle peut-être sa plus grande inventivité. Jules Verne d’abord, l’écrivain boiteux et mélancolique qui retrouve instinctivement ses réflexes d’observateur dès que l’enquête s’impose à lui. Félix Ebelmen ensuite, jeune légiste lillois au visage criblé de taches de rousseur, grand et sec, qui dissimule derrière une rigueur scientifique affichée un drame personnel enfoui. Valentine Eiffel enfin, dix-sept ans, blonde, les yeux verts, qui conduit seule son cabriolet dans les rues de Paris et ne supporte ni l’inaction ni qu’on lui rappelle son âge. Ghys a l’art de camper ses personnages en quelques traits physiques et psychologiques suffisamment précis pour qu’ils deviennent immédiatement réels.

Ce qui rend ce trio particulièrement vivant, c’est la friction permanente qui l’anime. Entre Félix et Valentine, les joutes verbales au café Les Deux Magots tiennent autant de la comédie que de l’escrime : elle le provoque, il se raidit, et tous deux ignorent obstinément ce que le lecteur commence à percevoir bien avant eux. Jules Verne, lui, occupe la position du sage légèrement amusé, tutoie bientôt le jeune légiste avec la tendresse d’un père de substitution, et tente vainement de jouer les arbitres. Cette triangulation affective, loin d’alourdir le rythme policier, lui apporte une respiration humaine qui enrichit considérablement l’expérience de lecture. Ghys dose avec justesse les moments de tension dramatique et les échanges plus légers, évitant la mécanique froide que certains romans du genre peuvent parfois dégager.

Derrière ces caractères bien trempés, l’auteure esquisse avec subtilité des trajectoires intérieures que le lecteur suit avec une attention croissante. Félix Ebelmen, notamment, est habité par une blessure ancienne qui explique son acharnement à identifier les morts et à rendre aux familles la vérité qu’elles méritent. Valentine, quant à elle, incarne une modernité féminine qui bouscule les conventions de l’époque sans jamais tomber dans l’anachronisme. Et Verne, entre deux cauchemars induits par la morphine et des éclairs de lucidité analytique, se découvre une raison de vivre dans cet improbable équipage. Le roman leur appartient autant qu’à l’Histoire.

La tour Eiffel au cœur de la tempête

Gustave Eiffel entre en scène à Levallois-Perret un dimanche matin, dans une maison bourgeoise enclavée au milieu de ses propres usines, et la rencontre entre l’ingénieur et l’écrivain produit l’une des séquences les plus réussies du roman. Ghys restitue avec précision la réalité historique de cette période : la tour n’est encore qu’un chantier de fondations et une maquette de bureau, mais elle cristallise déjà toutes les passions. La pétition des quarante-sept, la querelle entre anciens et modernes, la rivalité avec Jules Bourdais et son projet de colonne en granit, la cabale menée dans les salons : l’auteure intègre ces faits documentés dans le tissu narratif avec une fluidité qui n’a rien du cours magistral. On apprend au passage, par la bouche d’Eiffel lui-même, que l’idée de la tour n’est pas la sienne mais celle de ses ingénieurs Koechlin et Nouguier, détail historique savoureux que Ghys exploite avec malice.

La visite de l’atelier de Levallois, guidée par Valentine, est l’occasion d’une immersion sensorielle dans le monde industriel de l’époque : le grondement du fer sous les marteaux, les gerbes d’étincelles, les contremaîtres à leur pupitre qui surveillent l’assemblage des pièces destinées au Champ-de-Mars. Jules Verne observe tout cela avec l’émerveillement d’un homme qui a passé sa vie à imaginer ce que d’autres construisent. La symétrie entre les deux hommes est finement travaillée : tous deux de la même taille, les cheveux gris, l’œil bleu, le même goût vestimentaire, et surtout cette conviction partagée que le progrès est la forme la plus haute de l’aventure humaine. Leur dialogue autour de la maquette, où Verne presse Eiffel de questions techniques sur la résistance au vent, au poids, à la rouille, sonne comme une conversation entre deux esprits accordés sur l’essentiel.

Mais la tour n’est pas seulement un symbole du progrès dans ce roman : elle est une cible. Les crimes qui se nouent autour de son chantier en font un enjeu narratif à part entière, transformant ce monument en devenir en théâtre d’une violence souterraine que les autorités peinent à saisir. Ghys réussit ce tour de force de rendre la construction de la dame de fer à la fois grandiose et inquiétante, objet de fascination et de haine, prétexte à la fois à l’éloge du génie humain et au dévoilement de ce que les sociétés fabriquent de plus sombre.

Le Cercle de Minuit : une société secrète dans l’ombre de Paris

Des silhouettes encapuchonnées surgissant du brouillard, des crécelles qui claquent dans la nuit, des victimes marquées d’une croix taillée dans la chair avant d’être jetées dans la Seine : le Cercle de Minuit s’impose progressivement comme l’antagoniste collectif du roman, une entité à la fois archaïque et calculatrice dont Ghys distille la révélation avec un sens aigu de la tension narrative. L’expression elle-même, recueillie par Félix auprès des deux gardiens terrorisés du chantier, ouvre un abîme d’interrogations. Un cercle : le mot désigne des personnes réunies dans un but délibéré, des gens lettrés, fait aussitôt remarquer Jules Verne. Minuit : l’heure des exécutions, mais peut-être aussi un nom, celui d’un meneur. Cette double lecture, que l’écrivain formule à voix haute avec la méthode d’un analyste, est caractéristique de la façon dont Ghys construit son enquête, par déductions successives ancrées dans l’observation du réel.

C’est précisément une scène de beuverie estudiantine aux Deux Magots qui déclenche le déclic : le vacarme rituel des étudiants frappant leurs verres en cadence fait soudainement résonner dans l’esprit de Verne le bruit des crécelles entendues cette nuit-là sur le chantier. La thèse qui émerge alors, celle d’une fraternité universitaire dévoyée pratiquant des rites d’initiation qui ont basculé dans la violence meurtrière, est développée par l’écrivain avec une érudition qui convoque Platon, les Spartiates, les béjaunes médiévaux de la Sorbonne et les fraternités d’Heidelberg. Ghys transforme ici son personnage en véritable analyste de la psychologie des groupes, lui prêtant une réflexion sur la mécanique de la meute et la désindividualisation de la conscience qui dépasse largement le cadre du simple roman policier.

Ce que le Cercle de Minuit révèle en creux, c’est la capacité de l’auteure à faire du crime le révélateur d’une époque. Ces assassinats rituels commis à l’ombre d’un chantier emblématique ne sont pas le fruit d’une folie isolée : ils s’enracinent dans des structures sociales bien réelles, celles des grandes écoles, des fraternités masculines, des hiérarchies silencieuses qui fabriquent les élites en broyant les faibles. En choisissant ce type d’antagoniste plutôt qu’un tueur solitaire et génial, Ghys prend le parti d’une noirceur collective, plus sourde et plus inquiétante que le mal incarné par un seul individu.

Un Paris en mutation : du Quartier latin aux ateliers de Levallois

Il y a dans ce roman une géographie morale de Paris que Ghys trace avec une cohérence remarquable. La ville n’est jamais abstraite : elle se décompose en territoires contrastés dont chacun porte une charge sociale et émotionnelle précise. Le Paris haussmannien des grandes artères aérées et des façades claires, où Jules Verne respire mieux dès que son fiacre franchit la Seine, s’oppose aux ruelles pentues et lépreuses de l’ancien Paris, où Félix Ebelmen loge dans une cave humide qui sent la champignonnière. Entre les deux, Levallois-Perret étale ses cheminées de briques et ses usines bourdonnantes, cette « ruche des temps modernes » où l’on fabrique aussi bien les pièces de la tour Eiffel que le parfum d’Honorine. Ghys fait de cette topographie urbaine un outil narratif à part entière : savoir où vit un personnage, par où il passe, ce qu’il sent et entend en chemin, en dit autant sur lui que ses propres paroles.

Le café Les Deux Magots, ouvert depuis quelques mois seulement à l’enseigne de ses deux bonshommes asiatiques hérités d’un ancien magasin de soieries, devient le quartier général improvisé du trio d’enquêteurs. Ce choix de lieu n’est pas anodin : Ghys ancre délibérément son récit dans un établissement réel qui allait devenir, quelques décennies plus tard, le sanctuaire des intellectuels parisiens. En 1887, on y croise encore des étudiants de l’École des ponts qui s’enivrent à l’absinthe plutôt que Verlaine ou Rimbaud. Ce décalage temporel entre ce que le lieu est et ce qu’il deviendra ajoute une couche supplémentaire de saveur pour le lecteur qui connaît la suite de l’Histoire, sans jamais nuire à la cohérence de l’époque reconstituée.

Ce portrait de Paris en chantier, au sens propre comme au sens figuré, fonctionne comme un miroir tendu à une société française traversée de profondes contradictions. La morgue du quai de l’Archevêché ouverte au public comme une attraction, les percherons de la compagnie d’omnibus entassés dans des écuries insalubres dont s’indigne Valentine, les grèves des ouvriers selliers mentionnées dans les journaux que feuillette Verne : autant de détails qui tissent en arrière-plan un tableau social dense, sans jamais alourdir le rythme d’une intrigue qui conserve jusqu’au bout son élan.

Antisémitisme, progrès et injustices : les thèmes du siècle

Céline Ghys ne se contente pas de reconstituer une époque avec exactitude : elle en sonde les fractures avec une acuité qui donne au roman une résonance bien au-delà du divertissement historique. La figure d’Édouard Drumont, journaliste dont le pamphlet La France juive rencontre alors un succès inquiétant dans les salons, surgit dans le récit comme un signal d’alarme. Il s’en prend à Gustave Eiffel en l’appelant « le Juif Bönickhausen », persuadé que l’ingénieur dissimule des origines étrangères derrière un patronyme francisé. Cette scène permet à Ghys d’aborder frontalement la montée de l’antisémitisme dans la France des années 1880, cette vague de haine que Jules Verne lui-même qualifie d’inquiétante et dont il perçoit la dangerosité des deux côtés de l’échiquier politique, avec une lucidité qui force le respect.

La question traverse également le personnage de Félix Ebelmen, dont le nom à consonance germanique et la mère de confession juive lui ont valu des humiliations pendant ses études de médecine. Sa réplique cinglante, glissée entre deux tasses de café aux Deux Magots, selon laquelle ses patients sont désormais morts et ne se plaignent plus de son patronyme, dit en une phrase ce que d’autres romans mettraient un chapitre à développer. Ghys a cette économie du détail révélateur : plutôt que de plaquer un discours sur ses personnages, elle laisse leurs expériences personnelles incarner les injustices de l’époque. La double marginalité de Félix, ni tout à fait catholique ni tout à fait juif, fils d’une union que les deux familles ont rejetée, en fait un observateur privilégié des mécanismes d’exclusion qui gangrènent la société de son temps.

En contrepoint de cette noirceur, le roman célèbre le progrès comme une forme de résistance et d’espoir. La foi partagée de Jules Verne et de Gustave Eiffel dans le génie humain, leur conviction que la science et l’innovation peuvent affranchir l’homme de sa condition, constitue le versant lumineux d’un récit qui ne cède jamais au pessimisme. Cette dialectique entre les forces d’obscurantisme et les élans de modernité, entre la haine qui cherche à détruire et l’ambition qui s’obstine à construire, est précisément celle qui donne à Jules Verne et le secret de la tour Eiffel sa profondeur thématique et son ancrage dans une vérité humaine qui transcende largement le XIXe siècle.

Céline Ghys ou l’art de faire vivre l’Histoire

Avec ce troisième volet de sa série vernienne, Céline Ghys confirme une maîtrise du roman policier historique qui ne doit plus rien au hasard. Son écriture a cette qualité rare de rendre le passé immédiatement tangible sans jamais l’encombrer de la poussière des musées. Les détails d’époque, qu’il s’agisse du thermomètre accroché à la croisée de la fenêtre chez Hetzel, du tramway tiré par des chevaux rue Bonaparte, ou des cartonnages colorés des Voyages extraordinaires exposés dans la vitrine de la librairie de la rue Jacob, s’intègrent au flux narratif avec une naturalité qui est la marque d’un vrai travail documentaire digéré, transformé, rendu invisible. On ne sent jamais le labeur de la recherche derrière la légèreté apparente de la prose.

Ce qui distingue Ghys dans le paysage du polar historique français, c’est également sa capacité à renouveler son dispositif d’un roman à l’autre tout en conservant les fondations qui font le succès de la série. Jules Verne reste le personnage central, mais il évolue : l’homme de ce troisième opus n’est plus tout à fait celui d’Amiens de 1882 ni le notable accusé de 1883. Il porte les stigmates de l’attentat de son neveu, il boite, il doute, il rêve mal. Cette continuité biographique entre les volumes donne à la série une cohérence romanesque rare, celle d’un personnage qui vieillit vraiment et dont les épreuves s’accumulent de façon crédible. Les lecteurs des tomes précédents reconnaîtront avec plaisir les références aux aventures passées, tandis que les nouveaux venus n’auront aucune difficulté à s’approprier ce Verne-là dès les premières pages.

Au fond, ce que Céline Ghys réussit avec constance, c’est de réconcilier deux ambitions que l’on croit souvent incompatibles : le plaisir pur du roman d’enquête, avec ses rebondissements, ses fausses pistes et sa résolution satisfaisante, et la profondeur d’un récit qui interroge son époque avec honnêteté. Jules Verne et le secret de la tour Eiffel ne cherche pas à livrer un message, mais il en porte plusieurs, portés par des personnages suffisamment vivants pour qu’on les quitte à regret. C’est peut-être la définition la plus simple d’un bon roman : celui dont on referme la dernière page en pensant déjà au suivant.

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Mots-clés : Jules Verne, tour Eiffel, polar historique, Paris 1887, Céline Ghys, société secrète, roman policier historique


Extrait Première Page du livre

« • 1 •

JEUDI 27 JANVIER 1887

PARIS, Ier ARRONDISSEMENT

DEUX MINUTES AVANT MINUIT

Hubert de Saint-Croizier ordonna au cocher de s’arrêter à l’angle du boulevard du Palais et du quai de l’Horloge. Il avait besoin de prendre une bouffée d’air et de s’extraire de l’odeur de tabac froid qui avait imprégné le beau velours de sa redingote. Les effluves des cigares fumés tout au long de la soirée envahissaient l’habitacle du fiacre, rendant son atmosphère irrespirable.

Le conducteur obéit aussitôt à son injonction et immobilisa le véhicule. En ouvrant la portière, le notable jeta un coup d’œil inquiet à l’horloge du palais de la Cité qui égrenait l’heure inlassablement depuis le Moyen Âge. Ses aiguilles indiquaient deux minutes avant minuit. La réunion de la Société géologique de France qu’il avait présidée s’était prolongée bien plus tard qu’à l’accoutumée. Son épouse risquait de lui en faire la remarque si, par malchance, elle n’était pas déjà dans les bras de Morphée.

— Voilà pour vous, mon brave. Soyez à l’heure demain, recommanda-t-il tout en sortant une pièce d’argent de sa poche.

Ce dernier acquiesça d’un signe de tête.

En effet, Saint-Croizier donnait un cours matinal tous les vendre-dis et exigeait que ce patachon aguerri de la Compagnie des petites voitures se chargeât toujours de son transport.

Le vent froid, qui s’était levé en ce début de nuit, avait chassé les promeneurs des quais. Seuls quelques véhicules pressés circulaient encore à cette heure tardive sur les boulevards. »


  • Titre : Jules Verne et le secret de la tour Eiffel
  • Auteur : Céline Ghys
  • Éditeur : Fayard
  • ISBN : 9782213734910
  • Format : Broché
  • Nationalité : France
  • Langue : Français
  • Date de publication : 29/04/2026
  • Nombre de pages : 320 pages
  • Genre : Policier historique

Résumé

Paris, janvier 1887. Un géologue est retrouvé égorgé et jeté dans la Seine, marqué d’une croix taillée dans la chair. Quelques semaines plus tard, Jules Verne débarque dans la capitale pour rendre visite à son nouvel éditeur, hanté par ses deuils et sa blessure à la jambe. Quand un jeune légiste lillois, Félix Ebelmen, relie la mort du noyé à la maison Hetzel, l’écrivain se retrouve mêlé à une enquête qui le conduit jusqu’aux ateliers de Gustave Eiffel, dont la tour en construction cristallise toutes les passions et toutes les haines.
Aux côtés de Félix et de Valentine Eiffel, jeune femme de dix-sept ans aussi déterminée qu’impertinente, Jules Verne remonte la piste d’une organisation secrète baptisée le Cercle de Minuit, dont les membres encapuchonnés frappent à l’heure fatidique et semblent vouloir porter atteinte au projet de la dame de fer. Dans ce Paris en mutation, entre antisémitisme montant, querelles d’intellectuels et révolution industrielle, Céline Ghys tisse une intrigue où l’Histoire et la fiction s’entrelacent jusqu’au dénouement final.

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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


2 réflexions au sujet de “« Jules Verne et le secret de la tour Eiffel » : Céline Ghys et la dame de fer dans l’ombre des assassins”

  1. Je suis percée à jour. Toutes les intentions de mon roman sont disséquées avec une précision quasi chirurgicale par Manuel. Je suis toujours scotchée par cette acuité, cet oeil d’ expert, qui voit tout. Bref, je me régale à lire la chronique.
    C’est un des retours que j’attends toujours avec impatience, à chaque nouveau livre. Longue vie au monde du polar. De loin le meilleur blog qui existe.

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    • Merci, Céline, pour ce commentaire qui fait vraiment chaud au coeur. « Percée à jour »… c’est exactement l’effet que j’espère produire, celui d’une lecture qui ne se contente pas de la surface mais cherche à comprendre ce qui se joue vraiment dans un roman. Savoir que la chronique est attendue à chaque nouveau livre, c’est une forme de confiance qui oblige, dans le bon sens du terme. Alors merci pour vos romans qui donnent matière à creuser, et rendez-vous pour le prochain.
      Amicalement,
      Manuel

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