Un deuil sans fond — Thomas Garneau face à la disparition d’Ana
Le roman s’installe d’emblée dans une atmosphère de douleur brute, sans concession. Les rives du Saint-Laurent fouettées par le vent, les gyrophares bleus sur la tôle froissée d’une Honda Civic repêchée dans les eaux noires, un sachet scellé contenant une bague en argent gravée de lettres cyrilliques : Peter Fardel ancre son récit dans une scène d’ouverture à la fois cinématographique et viscéralement intime. Thomas Garneau, lieutenant de police, découvre ce soir-là qu’il n’est plus un enquêteur devant une scène de crime. Il est un homme dont le monde vient de se fissurer en deux.
Ce qui frappe dans la façon dont Fardel traite ce deuil, c’est la précision psychologique avec laquelle il dépeint un homme qui résiste à s’effondrer. Garneau ne hurle pas, ne s’écroule pas sur le bitume mouillé : il recule d’un pas, heurte une barrière métallique, s’y accroche. Cette retenue n’est pas de la froideur, c’est de la survie. Autour de lui, le fleuve gronde, ses collègues l’observent, et lui porte le poids d’une double identité impossible, celle du père désormais seul et celle du policier que les circonstances réclament. La maison vide au retour, l’écharpe sur le fauteuil, le parfum qui s’attarde dans l’air : l’auteur transforme les objets du quotidien en témoins silencieux d’une absence qui s’installe pour durer.
Mais le deuil de Thomas Garneau n’est pas qu’une blessure sentimentale. Il porte aussi une dimension trouble, un doute qui refuse de mourir malgré les évidences. Quelque chose dans sa mémoire résiste à la version officielle des faits, quelque chose qu’il ne sait pas encore nommer. Fardel tisse ainsi un lien subtil entre le chagrin personnel et l’instinct policier, deux forces qui vont progressivement entrer en collision. Cette tension, présente dès les premières pages, donne au roman sa colonne vertébrale narrative : un homme qui pleure, mais qui, sans le vouloir encore, commence déjà à enquêter.
Les échos du passé — L’enfance d’Ana dans les Balkans en guerre
Parallèlement au présent montréalais, le roman déroule une seconde temporalité, celle d’une petite fille de huit ans assise sur un banc devant sa maison de Priboj, en Serbie, en décembre 1991. Le monde qu’Ana Jovanović observe depuis ce banc est en train de se désagréger, lentement, comme une toile qui se déchire fil à fil. Les affiches politiques lacérées sur les murs de la mairie, les voisins qui détournent les yeux, les mots « purification » et « traîtres » gravés à la pointe des compas sur les bancs d’école : Fardel restitue l’atmosphère d’une époque avec une économie de moyens remarquable. Il n’explique pas la guerre des Balkans, il la fait sentir à travers le regard d’un enfant qui perçoit tout sans encore pouvoir nommer ce qu’elle voit.
Ce qui distingue la jeune Ana des autres figures d’enfants meurtris par l’Histoire, c’est une singularité psychologique posée avec beaucoup de soin. Elle ne pleure pas, ne s’agite pas, n’exprime pas la peur attendue. Sa grand-mère Radmila, figure tutélaire dont la présence irradie ces pages d’une tendresse grave, l’a toujours su différente, sans jamais chercher à la corriger. Cette étrangeté intérieure, Ana la porte comme un secret qu’elle n’a pas encore appris à lire en elle-même. Lorsque Radmila lui glisse au doigt une bague en argent ornée de lettres cyrilliques, transmise de génération en génération, le geste prend une valeur presque testamentaire. C’est à la fois un ancrage identitaire et une promesse faite à une enfant dont l’avenir sera tout sauf ordinaire.
Les chapitres dits « Échos », intercalés tout au long du roman, prolongent cette plongée dans le passé d’Ana à mesure que les années et les pays se succèdent. La Bosnie, Sarajevo, Zenica : autant d’étapes d’un exil intérieur autant que géographique. Fardel construit ainsi un portrait en mosaïque, où chaque fragment du passé éclaire rétrospectivement ce que Thomas Garneau croyait connaître de sa compagne. Ce dispositif narratif, qui alterne passé et présent sans jamais rompre la fluidité de la lecture, constitue l’un des ressorts les plus efficaces du roman.
Charlotte et les secrets de Dostoïevski
Il y a dans ce roman une figure qu’on n’attendait pas aussi centrale, et qui pourtant s’impose page après page avec une évidence troublante : Charlotte, onze ans, fille de Thomas et d’Ana. Tandis que son père erre entre le poste de police et le fond d’une bouteille de whisky, c’est elle qui, seule dans le salon en l’absence de son père, s’approche de la bibliothèque maternelle comme on pénètre dans un territoire interdit. Un vieux Dostoïevski à la couverture jaunie, « Crime et Châtiment », retient son attention, non pas pour ce qu’il contient, mais pour ce qu’Ana y a laissé. Des annotations manuscrites dans les marges, une enveloppe glissée entre les pages, deux photographies dont une montre sa mère adolescente aux côtés d’un homme en uniforme au regard de pierre.
Fardel réussit quelque chose de délicat avec ce personnage : rendre crédible la curiosité d’une enfant sans jamais la transformer en petit détective de pacotille. Charlotte ne joue pas à l’enquêtrice, elle cherche sa mère, avec ses propres outils, ses propres doutes, sa propre sensibilité. Le chat Domino le Second, présence féline récurrente dont le regard impassible ponctue les scènes intérieures de la fillette avec une ironie douce, contribue à donner à ces moments une légèreté bienvenue, sans désamorcer leur charge émotionnelle. L’écriture sait alterner le grave et le tendre, maintenir l’enfant dans son âge tout en lui accordant une profondeur peu commune.
Ce que Charlotte dénoue progressivement, à travers ses trouvailles et les questions qu’elle pose à son père, ce sont moins des révélations sur Ana que des révélations sur le silence lui-même, sur ce que les adultes enfouissent pour protéger ceux qu’ils aiment. La question qu’elle chuchote à la fin d’une scène particulièrement prenante, « Maman, qui étais-tu, qu’est-ce que tu cachais ? », résonne bien au-delà de sa chambre d’enfant. Elle formule, avec une innocence désarmante, ce que le roman tout entier cherche à explorer : la part d’ombre que chacun emporte avec soi, et que les vivants laissent parfois en héritage à ceux qui restent.
Une enquête dans l’enquête — Le meurtre de Léon Reynaud
Un mois après l’enterrement d’Ana, Thomas Garneau reprend du service. L’inspectrice-chef Élise Delcourt lui confie un dossier : Léon Reynaud, journaliste indépendant, retrouvé assassiné chez lui d’un coup précis à la gorge. Une mort propre, méthodique, sans témoin. Sa sœur Gabrielle, venue de France avec un pressentiment qui s’est avéré juste, attend dans la salle d’attente du poste rue Berri. C’est elle que Thomas doit rencontrer en premier, lui dont le deuil est encore à vif, lui qu’Élise Delcourt choisit précisément parce qu’il sait, mieux que quiconque en ce moment, ce que signifie perdre quelqu’un brutalement. Cette rencontre entre deux êtres fracturés par le même type de perte constitue l’un des nœuds dramatiques les plus sobrement écrits du roman.
Ce qui rend l’affaire Reynaud particulièrement saisissante, c’est l’épaisseur que le journaliste mort conserve tout au long du récit. À travers les documents compilés sur son ordinateur, ses notes de terrain, ses recoupements obstinés, Léon Reynaud se dessine en creux comme un personnage à part entière : un homme qui avait flairé quelque chose que personne ne voulait voir, une série de meurtres de sans-abri entre 2006 et 2013, classés sans suite, oubliés par tous sauf par lui. Fardel utilise ce matériau avec intelligence, faisant de l’enquête du journaliste une sorte de chemin balisé que la brigade de Garneau va devoir reprendre, pièce par pièce, en sachant que ce chemin a déjà coûté la vie à celui qui l’avait tracé.
L’entrée de Gabrielle Reynaud dans l’histoire modifie subtilement l’équilibre du récit. Elle n’est pas simplement la sœur éplorée venue réclamer justice : c’est une femme dotée de compétences propres, d’une intelligence analytique qui va progressivement trouver sa place aux côtés de l’équipe, avec la bénédiction d’une Delcourt dont la souplesse inhabituelle ne manque pas d’intriguer. Entre Thomas et Gabrielle, une connexion s’établit, faite de deuils parallèles et de silences partagés, sans que Fardel ne force jamais le trait. Le roman laisse cette relation respirer à son propre rythme, ce qui lui confère une authenticité bienvenue.
Montréal sous la neige — L’équipe Garneau entre ombre et lumière
Montréal n’est pas un simple décor dans ce roman. La ville respire, change de visage au fil des semaines, accompagne les personnages comme un cinquième membre de l’équipe. L’automne qui vire à l’hiver précoce, les pavés du Vieux-Montréal luisants d’humidité, les flocons épais qui absorbent les bruits de la ville, le froid métallique qui mord les joues rue Berri : Fardel ancre son intrigue dans une géographie précise et sensible, où chaque quartier porte sa propre charge émotionnelle. L’Oasis, ce bar de la rue Sainte-Catherine où Thomas avait jadis rencontré Ana, acquiert progressivement une signification nouvelle, celle d’un lieu familier qui recèle peut-être une part d’ombre insoupçonnée.
Au cœur de cette ville hivernale, l’équipe du lieutenant Garneau fonctionne comme un organisme vivant, fait de frictions et de solidarités. Michel Bergeron, le colosse au chewing-gum perpétuel, incarne une loyauté tranquille et sans effusion. Leïla Diawara, vive et sarcastique, dont le scepticisme affiché cache une rigueur redoutable, forme avec Franck Tremblay, le blondinet aux blagues idiotes et au regard plus acéré qu’il n’y paraît, un duo dont les échanges apportent au roman une légèreté salutaire. Ces personnages secondaires ne sont jamais de simples faire-valoir : chacun possède ses contradictions, ses petites lâchetés et ses élans, et leurs interactions donnent à la brigade une texture humaine convaincante.
Ce qui unit ces personnages au-delà du cadre professionnel, c’est une façon commune d’avancer malgré ce qui résiste, de chercher la vérité dans un dossier dont les pièces semblent fuir entre les doigts. Thomas Garneau dirige cette équipe depuis un endroit fragile, celui d’un homme qui boit trop le soir et se force à tenir debout le matin, et ses collègues le savent sans jamais le nommer franchement. Cette pudeur collective, cette manière de se soutenir en silence plutôt qu’en discours, donne au groupe une crédibilité que les scènes de bureau auraient pu facilement effacer. Fardel sait écrire la camaraderie sans la sentimentaliser, ce qui n’est pas le moindre de ses atouts narratifs.
La clé du casier de Berri-UQAM
Une petite clé métallique portant l’inscription manuscrite « IML-96 », trouvée par Charlotte dans les affaires de sa mère, va modifier l’angle de toute l’histoire. Ce détail en apparence anodin, ce bout de métal qu’une enfant de onze ans sort de sa poche devant ses camarades de classe, déclenche une chaîne de découvertes dont la portée dépasse largement ce que quiconque pouvait anticiper. Fardel a le talent de faire porter aux objets un poids narratif considérable sans jamais forcer la symbolique : la clé n’est pas un artifice de polar classique, elle est avant tout le geste d’une mère qui a voulu, d’une façon ou d’une autre, laisser une trace accessible à ceux qu’elle aimait.
C’est Léo, garçon discret et malingre gravitant en marge du groupe d’amies de Charlotte, qui reconnaît le type de clé et oriente les recherches vers les casiers de la station Berri-UQAM. La scène qui suit, Gabrielle accompagnant Charlotte dans les couloirs labyrinthiques d’un bâtiment en travaux, cherchant une salle reculée où des casiers oubliés attendent depuis des années, possède une tension douce et efficace. Deux générations unies par le même besoin de comprendre, avançant ensemble vers une vérité que ni l’une ni l’autre ne mesure encore tout à fait. Fardel joue avec cette attente sans l’étirer inutilement, et l’ouverture du casier produit l’effet exact qu’il visait : non pas une explosion dramatique, mais un silence lourd, celui de deux personnes face à quelque chose qui change tout.
Ce qui rend cette séquence particulièrement réussie, c’est la façon dont elle redistribue les cartes émotionnelles du récit. Charlotte, jusqu’ici spectatrice du deuil de son père, devient malgré elle une actrice de l’enquête, portant un fardeau qui dépasse son âge sans que le roman ne la victimise pour autant. Sa question, « Pourquoi ça me donne l’impression qu’elle me mentait ? », adressée à Gabrielle dans la pénombre de cette salle reculée, est l’une des plus justes du livre. Elle dit, en quelques mots d’enfant, ce que des pages entières de psychologie adulte n’auraient pas exprimé aussi simplement : la trahison et l’amour peuvent coexister, et c’est précisément cela qui fait si mal.
Les vies d’Ana — Identités multiples, vérités fracturées
Ana Jovanović. Ana Delacroix. Ana Petrović. Trois noms, trois identités portées par une seule femme, et autant de couches superposées sur une existence que Thomas Garneau croyait connaître dans ses moindres recoins. Quand les documents sortent un à un de la chemise cartonnée posée sur la table basse, le lieutenant tient entre ses mains non pas des preuves d’un mensonge, mais les fragments d’une vie reconstruite de toutes pièces, avec une précision et une détermination qui forcent autant l’admiration que le vertige. Fardel ne livre pas ces révélations comme un coup de théâtre facile : elles arrivent progressivement, chaque pièce en appelant une autre, jusqu’à former un tableau dont la cohérence est aussi troublante que les zones d’ombre qui subsistent.
Ce portrait en négatif d’Ana, reconstitué depuis sa mort à travers les yeux de ceux qui l’ont aimée, est l’un des paris les plus audacieux du roman. La femme que le lecteur découvre n’est ni une héroïne ni une traîtresse : elle est quelqu’un qui a survécu, qui a navigué entre des mondes que la guerre, l’exil et les nécessités de la vie ont rendus incompatibles, et qui a tracé son chemin avec les outils à sa disposition. Les chapitres « Échos » prennent alors une résonance nouvelle, chaque scène du passé serbe ou bosnien s’éclairant rétrospectivement d’une lumière différente. La petite fille de Priboj qui apprenait à feindre les émotions pour se fondre parmi les autres, l’adolescente du foyer de Zenica qui observait le monde avec une lucidité froide : tout cela converge vers la femme que Thomas aimait sans jamais vraiment saisir.
Ce que Fardel réussit avec une rare économie de moyens, c’est de maintenir l’empathie du lecteur envers Ana malgré la complexité de ce qui se dévoile. Rien dans le roman ne pousse à juger, à trancher, à classer. La voix d’Ana qui s’élève depuis un vieux Nokia lors d’une scène particulièrement poignante, quelques mots en serbe adressés à une personne chère, suffit à rappeler que derrière les identités multiples et les circuits financiers opaques, il y avait une femme qui aimait, qui protégeait, qui portait seule un passé trop lourd pour être partagé.
Ce que l’échiquier laisse en suspens : bilan d’une narration à double fond
Le titre du roman mérite qu’on s’y arrête. Un échiquier, des absentes : l’image convoque à la fois la stratégie, le jeu sur plusieurs coups d’avance, et le vide laissé par celles qui ne sont plus là ou qui n’ont jamais été tout à fait présentes telles qu’on les croyait. Ana est absente, bien sûr, mais elle structure chaque mouvement du récit depuis sa disparition, comme une pièce maîtresse retirée du plateau dont l’absence recompose entièrement la partie. Peter Fardel a construit son roman sur cette logique d’un échiquier où les cases vides parlent autant que les cases occupées, où le silence d’une femme morte pèse plus lourd que tous les aveux des vivants.
Ce qui caractérise l’architecture narrative de ce livre, c’est sa capacité à maintenir plusieurs niveaux de lecture en tension simultanée. Il y a le polar, avec son enquête, ses suspects, ses fausses pistes et ses scènes de confrontation bien menées. Il y a le roman familial, avec Thomas et Charlotte qui tentent de recoller les morceaux d’une vie fracturée. Il y a le roman historique en filigrane, celui de la Yougoslavie qui se disloque et des enfants que la guerre disperse aux quatre vents. Et il y a, traversant tout cela, quelque chose de plus difficile à nommer, une réflexion sur l’identité, sur ce que signifie se reconstruire quand le socle originel a été détruit. Ces strates coexistent sans se gêner, chacune alimentant les autres dans un équilibre que l’auteur tient avec une constance méritoire.
Parvenu aux dernières pages disponibles, le lecteur se retrouve dans la position exacte que le titre promettait : face à un échiquier dont toutes les pièces ne sont pas encore révélées. Les questions ouvertes ne frustrent pas, elles appellent. Qui était vraiment Ana ? Qui l’a fait taire, et pourquoi ? Qu’est-ce que Thomas Garneau va choisir de faire de ce qu’il sait désormais ? « L’échiquier des absentes » est le genre de roman qui continue d’exister après qu’on a refermé la dernière page, parce qu’il a eu l’intelligence de ne pas tout résoudre, de laisser ses personnages debout au bord du précipice, vivants, incertains, et terriblement humains.
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Mots-clés : roman noir, polar québécois, guerre des Balkans, identité, deuil, secrets de famille, Peter Fardel
Extrait Première Page du livre
« PROLOGUE
(Serbie, région de Priboj, décembre 1991)
Elle n’avait que huit ans et le monde commençait déjà à s’éteindre. En ce matin de décembre, la neige tissait un linceul sur le village endormi. Des flocons abondants s’accrochaient aux gouttières, y dessinant des dentelles éphémères. Le vent s’insinuait entre les cheminées, d’où s’échappaient d’épaisses volutes de fumée. La cloche de l’église Saint-Nicolas résonnait avec une solennité qui annonçait la fin d’une ère. Tout paraissait suspendu, figé dans un moment qui ne voulait ni commencer, ni finir.
Assise sur le banc à proximité de leur maison, Ana Jovanović rêvassait. Devant, quelques badauds arpentaient encore la rue principale, emmitouflés dans des manteaux épais. Ce jour-là semblait inhabituel. Il flottait dans l’air une tension que son esprit, bien qu’encore naïf, percevait avec acuité.
Sa grand-mère, Radmila, l’observait depuis la fenêtre de la cuisine, ses mains usées reposant sur le rebord. Ses yeux clairs, à la fois tendres et perçants, suivaient chacun de ses gestes. Elle savait que sa petite-fille était différente d’Ivana, celle qui irradiait le monde de sa lumière. Contrairement à son aînée, Ana restait systématiquement en retrait, indifférente à tout ce qui l’entourait. La matriarche ne voyait pas cette impassibilité comme une faiblesse. Pour elle, cette enfant était simplement née différente. Et cette différence, la vieille femme l’acceptait, comme on admettait les caprices du temps. Elle ne demandait jamais à la fillette pourquoi elle ne pleurait pas, pourquoi elle semblait toujours si détachée. Elle posait simplement la main sur la sienne en la regardant comme si l’enfant était faite d’une matière qu’elle connaissait sans pouvoir la nommer.
Ivana ne se préoccupait pas des ombres qui rôdaient. Elle dansait encore dans la cour enneigée, insouciante. Elle n’entendait pas les chuchotements, ne percevait pas les regards fuyants. Peut-être choisissait-elle de les ignorer tout simplement… Son éclat fascinait Ana autant qu’il la repoussait. Il ne s’agissait pas de jalousie, la benjamine était à mille lieues d’éprouver ce sentiment. Elle avait compris depuis longtemps que sa grande sœur était ce que le monde attendait d’elle : souriante, chaleureuse et aimante. »
- Titre : L’échiquier des absentes
- Auteur Peter Fardel
- Éditeur : Éditions Flag
- Nationalité : France
- Date de sortie : 2026
Résumé
Montréal, septembre 2015. Le lieutenant Thomas Garneau apprend la mort de sa compagne Ana dans un accident de voiture aux abords du Saint-Laurent. Rongé par le deuil, il reprend malgré tout du service et se voit confier l’enquête sur le meurtre d’un journaliste indépendant, Léon Reynaud, assassiné après avoir creusé une affaire de meurtres non élucidés. Pendant ce temps, sa fille Charlotte, onze ans, fouille en secret les affaires de sa mère et découvre des indices troublants sur un passé soigneusement effacé.
Car Ana n’était pas celle qu’elle prétendait être. Née en Serbie en 1983, ballottée par les guerres qui ont déchiré la Yougoslavie, elle a traversé la Bosnie, les foyers pour réfugiés et plusieurs identités avant de reconstruire une vie au Québec. À mesure que Thomas et Charlotte déroulent les fils de ce passé caché, une vérité bien plus sombre que le simple deuil commence à prendre forme, quelque chose que certains auraient voulu enterrer avec elle.

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.























Un immense merci à Manuel pour le temps qu’il a consacré à la lecture de L’échiquier des absentes, et pour cette chronique à la fois juste et profondément touchante. Ses mots résonnent particulièrement pour moi, car ce livre est né dans une période où le corps vacillait, mais où l’esprit, lui, refusait de céder — trouvant dans l’écriture une forme de refuge, et peut-être même d’élan. Savoir que ce travail, dans lequel j’ai tout donné, a été compris et ressenti de cette manière est une véritable récompense.
Peter
Superbe roman très bien écrit, on a beaucoup de mal à le lâcher une fois qu’on l’a commencé. L’intrigue vous tient jusqu’au bout avec un dénouement inattendu et incroyable.
Je ne vous en dirai pas plus 🤫
Mais je vous le conseille vivement.
Très bonne lecture à tous.
Très bon policier. Un premier roman au style concis qui nous tient en haleine. De surprises en rebondissements, on est surpris d’arriver déjà à la fin du livre et on regrette d’avoir à le fermer.