Un polar ancré dans l’histoire canadienne
Bernard Gustau situe son récit au cœur de la Saskatchewan, cette province des Grandes Plaines canadiennes où les immensités glacées côtoient une histoire encore vive et douloureuse. Dès les premières pages, le lecteur découvre Regina et ses environs, notamment le petit village de Piapot, des lieux qui ne sont pas de simples décors mais des territoires chargés de mémoire. L’intrigue prend racine dans un incendie criminel survenu à la Pépinière d’entreprises Regina Horizons, un bâtiment qui dissimule un passé bien plus sombre : celui de l’ancien pensionnat Saint-Joseph, institution active de 1912 à 1997. Cette strate historique confère au roman une profondeur particulière, inscrivant le polar dans la lignée des œuvres qui interrogent le passé colonial du Canada.
L’auteur intègre avec justesse la question des pensionnats autochtones, ces établissements où des milliers d’enfants des Premières Nations ont été arrachés à leurs familles et soumis à des politiques d’assimilation forcée. Sans transformer son roman en essai historique, Gustau parvient à tisser cette réalité dans la trame narrative, permettant au lecteur de comprendre comment les traumatismes du passé continuent de hanter le présent. Les communautés Cree de la région, notamment autour de Piapot et de Maple Creek, sont présentes dans le récit à travers des personnages qui portent cet héritage. Le choix de placer l’enquête dans un contexte où se mêlent Gendarmerie Royale du Canada, archives diocésaines et témoignages de survivants donne au roman une dimension documentaire qui enrichit la lecture.
Cette inscription dans l’histoire canadienne récente offre au polar une résonance qui dépasse le simple divertissement. Gustau ne se contente pas d’emprunter un cadre exotique : il construit son intrigue sur les fondations d’un passé qui refuse de se taire. Le pensionnat Saint-Joseph devient ainsi le fil conducteur d’une investigation qui révèle les zones d’ombre d’une société confrontée à ses démons. En choisissant la Saskatchewan comme territoire narratif, l’auteur ancre son œuvre dans une géographie à la fois physique et mémorielle, où chaque lieu raconte une part de vérité longtemps enfouie.
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La Saskatchewan, territoire de mémoire
Dès l’ouverture du roman, le ciel de la Saskatchewan s’impose avec une présence presque tangible. Bernard Gustau travaille l’espace des Grandes Plaines avec une attention particulière aux éléments naturels qui façonnent l’atmosphère du récit. Le vent glacial, les flocons de neige qui s’écrasent sur le bitume, le ciel bas et gris qui pèse sur les toits comme un couvercle : autant de détails qui transforment le décor en force narrative. Cette province canadienne n’est pas un simple arrière-plan mais une entité qui influence les actions des personnages et amplifie la tension dramatique. Les immensités silencieuses, les rues désertes où résonnent les pas des enquêteurs, créent un sentiment d’isolement qui renforce le poids des secrets enfouis.
L’auteur exploite habilement les contrastes propres à ce territoire. D’un côté, les espaces vastes et ouverts qui évoquent la liberté ; de l’autre, l’enfermement des institutions, des archives poussiéreuses, des bureaux où se trament les mensonges. La Saskatchewan devient ainsi le théâtre d’une confrontation entre ce qui cherche à rester caché et ce qui finit toujours par ressurgir. Les descriptions météorologiques ne sont jamais gratuites : le froid mordant accompagne la découverte de vérités glaciales, les tempêtes de neige font écho aux tourmentes intérieures des victimes. Cette osmose entre climat et intrigue confère au roman une dimension sensorielle qui immerge le lecteur dans l’univers oppressant de l’enquête.
Le petit village de Piapot incarne particulièrement cette relation entre géographie et mémoire collective. Dans ces communautés où tout le monde se connaît, où les non-dits pèsent lourd dans les silences, Gustau révèle comment l’espace rural peut devenir le gardien de secrets inavouables. Les cafés d’angle aux devantures vieillies, les routes qui mènent vers les réserves, les bâtiments abandonnés qui portent encore les stigmates du passé : chaque lieu raconte une histoire que les mots peinent parfois à exprimer. La Saskatchewan devient ainsi un personnage muet mais éloquent, dont la présence constante rappelle que certaines terres conservent la mémoire de ce qui s’y est déroulé.
Une enquête policière aux ramifications multiples
L’incendie qui ouvre le roman n’est que la partie visible d’un système tentaculaire. Bernard Gustau construit son intrigue en multipliant les strates de l’enquête, révélant progressivement comment différentes formes de criminalité s’entremêlent autour du passé du pensionnat Saint-Joseph. Le lieutenant Yves McCoy et l’inspectrice Wenonah se heurtent rapidement à une réalité bien plus complexe qu’un simple meurtre : trafic d’artefacts autochtones, réseaux d’exploitation déguisés en stages professionnels, détournements de fonds, malversations institutionnelles. Chaque piste explorée ouvre sur de nouvelles zones d’ombre, obligeant l’équipe d’enquêteurs à démultiplier leurs efforts. Le sergent Morton fouille les archives pour remonter la piste de l’argent, Tom l’analyste informatique décrypte des comptabilités parallèles, tandis que les interrogatoires révèlent des secrets enfouis depuis des décennies.
Ce qui aurait pu devenir confus grâce à cette multiplication des fils narratifs trouve sa cohérence dans la manière dont Gustau orchestre les découvertes. Les différentes branches de l’enquête finissent par converger vers un nœud central : l’exploitation systématique de populations vulnérables, hier comme aujourd’hui. Le réseau de prostitution codé « PX » dans les registres comptables, le trafic d’objets culturels volés sur le site de l’ancien pensionnat, les expérimentations médicales non consenties évoquées dans les archives : autant de manifestations d’une même logique de prédation. L’auteur évite l’écueil du polar encyclopédique en maintenant un rythme soutenu, alternant les scènes d’action et les moments de réflexion où les enquêteurs tentent de reconstituer le puzzle.
La force du roman réside également dans sa capacité à montrer comment ces crimes s’inscrivent dans la durée. Morton découvre que les méthodes d’assimilation et de contrôle des pensionnats ont simplement changé de cadre après leur fermeture officielle, se perpétuant dans des institutions privées sous d’autres formes. Cette continuité historique transforme l’enquête en une exploration de la manière dont certaines violences institutionnelles survivent en se camouflant. Gustau ne se contente pas d’aligner des rebondissements : il construit une réflexion sur les mécanismes de dissimulation et sur la nécessité de remonter aux racines du mal pour espérer l’éradiquer.
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Les pensionnats autochtones au cœur de l’intrigue
Bernard Gustau aborde frontalement l’une des pages les plus sombres de l’histoire canadienne. Le pensionnat Saint-Joseph, actif de 1912 à 1997, n’est pas un simple élément de décor mais le noyau dur du récit, le lieu où se nouent toutes les violences du roman. À travers les découvertes de l’autopsie qui révèlent des cicatrices de biopsie sur le corps de la victime, le lecteur comprend que des expérimentations médicales ont été menées sur des enfants autochtones. Les archives exhumées par le sergent Morton dévoilent progressivement un système organisé d’exploitation et de maltraitance qui a survécu bien au-delà de la fermeture officielle de l’institution. Gustau ne cherche pas à choquer gratuitement : il documente, il montre comment les mécanismes de dissimulation ont permis que ces horreurs restent enfouies pendant des décennies.
Les témoignages de Chumani Evans et Eyota Maxwell constituent des moments particulièrement forts du roman. Ces deux jeunes femmes autochtones, anciennes « stagiaires » dans des clubs nocturnes, racontent comment elles ont été piégées dans un réseau d’exploitation sexuelle qui reproduit les logiques de contrôle des pensionnats. Leurs paroles, retranscrites avec retenue mais sans édulcoration, donnent chair à ce qui pourrait rester abstrait. Wenonah, l’inspectrice qui recueille leurs récits, incarne cette écoute patiente et respectueuse nécessaire pour que les victimes puissent enfin parler. Gustau évite l’écueil du voyeurisme en maintenant une distance narrative qui protège la dignité de ces femmes tout en permettant au lecteur de mesurer l’ampleur des traumatismes.
Le roman démontre avec force comment les pratiques d’assimilation forcée et de brisement psychologique n’ont pas disparu avec la fermeture des pensionnats en 1996-1997, mais se sont recyclées dans d’autres institutions. Les enfants « prêtés » ou « loués » évoqués par Mme Rozier, les disparitions inexpliquées, les stages professionnels qui masquent de la prostitution : autant de continuités historiques que Morton met au jour dans ses recherches. Cette dimension mémorielle transforme le polar en acte de reconnaissance. En plaçant les victimes autochtones au centre de son intrigue, Gustau leur restitue une parole et une visibilité que l’histoire leur a longtemps refusées. Le roman devient ainsi un outil de transmission qui permet de comprendre comment certaines violences coloniales continuent d’opérer dans le présent.
Une galerie de personnages au service de la vérité
Bernard Gustau peuple son roman d’une équipe d’enquêteurs dont la complémentarité structure l’ensemble du récit. Le lieutenant Yves McCoy et l’inspectrice Wenonah forment un binôme efficace où se mêlent intuition et rigueur méthodique. McCoy, avec son approche instinctive et son empressement à se rendre sur le terrain, contraste avec la minutie de Wenonah qui fouille les dossiers et recueille les témoignages avec une patience infinie. Le sergent Morton apporte une dimension plus archivistique à l’investigation, plongeant dans les méandres administratifs pour exhumer les preuves d’un passé que beaucoup voudraient garder enseveli. Tom, l’analyste informatique, décrypte quant à lui les comptabilités parallèles et les systèmes de codage qui masquent les activités criminelles. Le surintendant Lonan orchestre l’ensemble avec une autorité qui n’exclut pas la prudence face aux implications politiques de l’affaire.
Au-delà de l’équipe policière, Gustau accorde une attention particulière aux témoins et aux victimes qui permettent à l’enquête d’avancer. Mme Rozier, la vieille femme qui a travaillé au pensionnat, incarne ces consciences rongées par le silence imposé pendant des décennies. Chumani Evans et Eyota Maxwell, les deux jeunes femmes autochtones, apportent leurs récits avec une vulnérabilité qui rend leur courage d’autant plus palpable. Leurs hésitations, leur méfiance initiale envers les autorités, leur difficulté à trouver les mots pour dire l’indicible : tout cela est rendu avec une justesse qui évite la caricature. L’auteur ne fait pas de ses personnages des héros parfaits mais des individus porteurs d’une histoire plus grande qu’eux, engagés dans une quête de justice qui les dépasse.
Les antagonistes du roman ne sont pas davantage réduits à des figures unidimensionnelles. Le Dr Baskerville, initialement suspecté de trafic d’artefacts, révèle une complexité qui oblige les enquêteurs à réviser leurs hypothèses. Jérôme Malbec, Eddy Cocrane et les autres gestionnaires de clubs nocturnes incarnent différentes facettes d’un système criminel organisé. Gustau évite le manichéisme en montrant comment ces personnages s’insèrent dans des réseaux où la culpabilité se dilue entre complices et commanditaires. Cette galerie humaine, diversifiée dans ses fonctions et ses motivations, permet au roman de déployer toute la complexité d’une enquête où chaque acteur détient une pièce du puzzle sans nécessairement en comprendre la place dans l’ensemble.
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L’entrelacement des temporalités et des secrets
Le récit de Bernard Gustau fonctionne selon une logique d’excavation temporelle. L’incendie de 2025 fait remonter à la surface des événements qui remontent aux années 1980, voire à la création du pensionnat en 1912. Cette stratification temporelle structure l’enquête elle-même : chaque découverte dans le présent ouvre une brèche vers le passé, et chaque archive exhumée éclaire d’un jour nouveau les crimes contemporains. Morton, plongé dans les registres poussiéreux et les documents où certaines pages manquent ou ont été modifiées, reconstitue patiemment une histoire que d’autres ont tenté d’effacer. Les cicatrices de biopsie découvertes sur le corps de Garcia racontent une enfance volée dans les années 1980, tandis que les témoignages de Mme Rozier sur les enfants « prêtés » ou « loués » révèlent des pratiques qui traversent les décennies. Gustau ne se contente pas de juxtaposer différentes époques : il montre comment elles se répondent et se contaminent mutuellement.
Les secrets enfouis constituent le moteur narratif du roman. Chaque personnage détient une part de vérité qu’il a appris à dissimuler, que ce soit par peur, par honte ou par complicité forcée. Le Dr Librevert, confrontée aux preuves de ses expérimentations médicales, incarne ces consciences qui ont choisi le silence pendant quarante ans. Garcia lui-même, avant d’être assassiné, représente cette figure ambiguë : ancien enfant victime devenu adulte menaçant, il fait chanter ceux qui connaissent les secrets du pensionnat. Les archives du diocèse, les comptabilités parallèles, les dossiers modifiés ou lacunaires tissent un réseau de dissimulation qui s’étend sur plusieurs générations. Gustau orchestre habilement la révélation progressive de ces vérités cachées, maintenant le suspense sans jamais perdre le fil de la cohérence historique.
Cette construction temporelle permet au roman d’interroger la transmission du trauma et la perpétuation des violences. Le faux accident de voiture de Danny Jonathy en 2011, sa réapparition sous une fausse identité en 2019 pour agresser Garcia à Vancouver, puis sa présence finale sur la scène du meurtre en 2025 : cette trajectoire illustre comment les victimes du passé deviennent parfois les acteurs d’une vengeance qui s’inscrit dans la durée. Les « stagiaires » des clubs nocturnes reproduisent, dans un autre contexte, l’exploitation que subissaient les enfants des pensionnats. En entremêlant constamment passé et présent, secrets individuels et dissimulations institutionnelles, Gustau construit un polar qui est aussi une méditation sur la manière dont l’histoire refuse de rester enterrée et finit toujours par exiger des comptes.
Entre polar social et thriller historique
« Les cendres du pensionnat » se situe à la croisée de plusieurs traditions littéraires. Bernard Gustau emprunte au polar classique sa structure d’enquête, ses interrogatoires, ses scènes de perquisition et ses révélations progressives. L’incendie criminel, le corps carbonisé, les suspects multiples, les alibis à vérifier : tous les codes du genre policier sont mobilisés avec efficacité. Mais le roman dépasse rapidement ce cadre pour embrasser une dimension sociale qui en fait bien davantage qu’un simple whodunit. La question n’est pas seulement de savoir qui a tué Garcia, mais de comprendre pourquoi ce meurtre s’inscrit dans une chaîne de violences qui traverse l’histoire canadienne. Les réseaux d’exploitation des femmes autochtones, le trafic d’artefacts culturels, les malversations financières : autant de ramifications qui transforment l’enquête en radiographie d’une société aux prises avec son passé colonial.
Le roman s’apparente également au thriller historique par sa manière de faire ressurgir des crimes institutionnels longtemps occultés. Les expérimentations médicales sur les enfants autochtones, révélées par l’autopsie de Garcia, inscrivent le récit dans la lignée des œuvres qui documentent les abus des pensionnats canadiens. Gustau ne se contente pas d’évoquer ces faits : il les intègre à la mécanique narrative, montrant comment ils continuent de produire des effets dans le présent. Le suspense ne naît pas seulement de l’identité du meurtrier mais de la découverte progressive de l’ampleur du système criminel. Chaque chapitre apporte son lot de révélations qui élargissent le cadre de l’enquête, passant du crime individuel à la mise au jour d’un réseau tentaculaire qui implique des figures politiques, des médecins, des gestionnaires de clubs et d’anciens responsables religieux.
Cette hybridité générique permet à Gustau de toucher un large lectorat tout en portant un propos engagé. Les amateurs de polars y trouveront leur compte avec une intrigue solidement construite, des rebondissements bien dosés et une résolution qui ne déçoit pas les attentes du genre. Ceux qui recherchent une littérature plus réflexive apprécieront la dimension historique et mémorielle du récit, sa capacité à documenter des réalités sociales contemporaines tout en éclairant les zones d’ombre du passé. Le roman prouve qu’il est possible de conjuguer exigence narrative et engagement sans que l’un ne nuise à l’autre. L’enquête policière devient alors un vecteur pour explorer des questions de justice sociale, de réparation historique et de responsabilité collective.
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La portée mémorielle du récit
Au-delà de ses qualités intrinsèques de roman policier, « Les cendres du pensionnat » assume une fonction mémorielle qui confère à l’œuvre une portée dépassant le simple divertissement. Bernard Gustau inscrit son récit dans un contexte où la société canadienne se confronte encore à l’héritage des pensionnats autochtones, ces institutions qui ont fonctionné jusqu’à la fin du XXe siècle et dont les conséquences continuent de marquer les communautés des Premières Nations. En choisissant de placer cette histoire au cœur de son intrigue, l’auteur participe à un travail de mémoire collective nécessaire. Le roman donne une visibilité littéraire à des réalités historiques que les archives officielles ont souvent édulcorées ou occultées. Les témoignages de Chumani et Eyota, les découvertes de Morton dans les dossiers modifiés, les révélations sur les expérimentations médicales : autant d’éléments qui font du polar un outil de transmission et de reconnaissance.
Cette dimension mémorielle ne se limite pas à un simple rappel historique. Gustau montre avec acuité comment les traumatismes du passé se répercutent sur plusieurs générations et comment les structures d’exploitation se perpétuent en changeant simplement de forme. Le personnage de Garcia, ancien enfant victime devenu adulte prédateur, illustre cette transmission complexe du trauma qui peut transformer les victimes en bourreaux. Les « stagiaires » des clubs nocturnes rappellent que les logiques d’assimilation forcée et de contrôle des populations autochtones n’ont pas disparu avec la fermeture officielle des pensionnats. Le roman devient ainsi un espace où les voix longtemps réduites au silence peuvent enfin se faire entendre, où les mécanismes de dissimulation institutionnelle sont mis au jour, où la continuité des violences coloniales est documentée avec précision.
En conclusion, « Les cendres du pensionnat » s’impose comme une œuvre qui conjugue habilement les exigences du genre policier et un engagement mémoriel fort. Bernard Gustau réussit le pari difficile de proposer un roman accessible, rythmé et prenant, tout en portant un regard lucide sur des questions historiques et sociales sensibles. La Saskatchewan, ses immensités glacées et ses secrets enfouis, offre un cadre saisissant à une intrigue qui interroge la capacité d’une société à faire face à son passé. Sans jamais perdre de vue le plaisir de lecture, l’auteur construit un récit qui invite à la réflexion sur la justice, la mémoire et la réparation. Le roman rappelle que certaines vérités, aussi douloureuses soient-elles, méritent d’être exhumées pour que l’histoire cesse de se répéter sous d’autres formes.
Mots-clés : Polar canadien, Pensionnats autochtones, Saskatchewan, Enquête policière, Mémoire historique, Thriller social, Communautés des Premières Nations
Extrait Première Page du livre
» L’INCENDIE
Le ciel de la Saskatchewan s’étend, immense et teinté de gris sous les volutes de fumée noire qui s’élèvent en colonnes sinistres. Les flammes lèchent les murs du bâtiment avec une voracité presque animale, projetant des langues incandescentes qui crépitent et s’élancent, attisées par un vent glacial. Des sirènes retentissent au loin, déchirant le silence de la province canadienne. Quelques flocons de neige s’écrasent sur le bitume, se mêlant à l’eau des lances qui pulvérisent le brasier sans parvenir à le dompter.
Des silhouettes s’agitent dans la pénombre rougeoyante, leurs ombres démesurées dansant sur la neige souillée. Un panneau à demi-consumé affiche en lettres épaisses : « Pépinière d’entreprises Regina Horizons ».
Le chef des pompiers, le visage luisant de sueur malgré le froid mordant, serre son mégaphone d’une main crispée. Ses épaules tendues trahissent l’urgence de la situation tandis qu’il crie, sa voix éraillée par la fumée âcre :
— Évacuez le périmètre immédiatement ! On a besoin de plus de pression sur la ligne principale ! Faites sortir tout le monde, bon sang ! Le bâtiment peut s’effondrer à tout moment !
Il fait un geste brusque vers l’arrière, son corps tout entier exprimant l’urgence.
À quelques mètres de là, un jeune pompier, les yeux rivés sur les flammes et les mains tremblantes crispées sur la lance d’incendie, secoue la tête avec désespoir. Ses pupilles dilatées reflètent la danse macabre du feu.
— Bordel, ça prend pas…
Les dents serrées, il resserre sa prise sur la lance, les veines de ses avant-bras saillant sous l’effort.
— Ça prend pas ! «
- Titre : Les cendres du pensionnat
- Auteur : Bernard Gustau
- Éditeur : Librinova
- Nationalité : France
- Date de sortie : 2025
Page officielle : bernardgustau.com
Résumé
Un incendie dévastateur, une atmosphère de tension extrême et des pompiers luttant contre un brasier indomptable plongent d’emblée le lecteur dans un suspense haletant, où chaque seconde compte et chaque geste peut sauver une vie ou précipiter une tragédie. Au coeur de ce chaos, un meurtre mystérieux se dévoile : la victime, un homme au passé trouble, porte en lui les cicatrices d’expériences secrètes menées sur des enfants autochtones dans les pensionnats canadiens, révélant une histoire d’horreurs enfouies et de secrets institutionnels.
L’enquête, menée par des policiers déterminés et humains, remonte la piste d’un réseau tentaculaire mêlant exploitation, chantage politique, trafic d’artefacts sacrés et complicités silencieuses, où chaque découverte bouleverse les certitudes et expose les failles du système. Des personnages complexes, marqués par la violence du passé et la quête de justice, se croisent dans une fresque où la mémoire collective, la honte et la peur s’affrontent, donnant une voix bouleversante aux victimes oubliées. Ce texte, à la fois polar social, drame humain et plongée dans l’histoire occultée du Canada, captive par sa puissance narrative, son réalisme poignant et son appel à lever le voile sur les fantômes du passé – impossible de le refermer sans vouloir connaître toute la vérité.

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.
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