Châtillon-sur-Seine, de la rue des Cordonniers au quartier Carco
Pour suivre Félipé Caceres Munoz S., il faut laisser derrière soi les grandes métropoles du polar et monter dans le nord de la Côte-d’Or, là où la Seine n’est encore qu’une jeune rivière et où chaque rue a ses rumeurs. Le romancier ne s’y installe pas tout de suite. Il promène d’abord son lecteur dans la zone industrielle de Bléré, en Indre-et-Loire, où un abattoir ronronne derrière une porte marquée « Accès réservé », puis sur la place de la cathédrale Saint-Pierre de Saintes, où un peintre peste contre un jaune trop gras. Ensuite le décor se fixe à Châtillon-sur-Seine : la boucherie-charcuterie de la rue des Cordonniers et sa médaille d’or, le Pont des Grilles où l’on se donne rendez-vous, la Brasserie du Centre face à la mairie, et le numéro 55 de la rue Chalumeau, au cœur du quartier Carco.
Cette petite ville, le roman la regarde depuis le trottoir, avec l’œil d’une commère postée derrière son rideau. La veuve Montigo colle sa tempe au carreau pour ne rien manquer. La coiffeuse du salon « Fesse-Tif » guette l’arrivée des gendarmes. Bonnefond, le préposé au stationnement, se plaint de ne plus s’en sortir depuis que le stationnement est devenu gratuit dans le centre-ville. Les bus du collège avalent puis recrachent leurs écoliers, les trente-huit tonnes forcent le passage entre deux feux, les ralentisseurs secouent tout ce qui roule. Châtillon s’impose comme une présence vivante et bavarde, avec ses habitudes, ses bistrots et sa façon bien à elle de commenter le monde devant une télévision allumée à fond.
Le climat a aussi sa place dans cette géographie. L’auteur sait faire tomber la brume, durcir le gel sur les pavés et appeler les saints de glace, Mamert, Pancrace et Servais, pour expliquer pourquoi tout le monde glisse dans les pentes. Il saisit le silence étrange d’une ville endormie cinquante-cinq jours durant, quand oiseaux et chats s’étonnent ensemble des rues vides, avant que le bruit et les odeurs des hommes reprennent possession des lieux. Cette attention au terroir, à ses rivières, à la source de la Douix comme à ses barres d’immeubles, ancre le délire du récit dans une réalité qu’on reconnaît. Plus le décor est précis, plus l’extravagance qui s’y déploie prend de la saveur.
Les Martar, Noel et Mohamed Michau : une galerie de trognes
Une bonne farce noire tient à ses trognes, et celles de Rillettes sous la Dalle semblent taillées à la serpe. Il y a d’abord les frères Martar, jumeaux serbes qui dirigent l’abattoir de Bléré. Ils se ressemblent tant que plus personne ne se souvient de leurs prénoms : on les appelle le Moins Sympa et l’Autre, et leur voix, écrit l’auteur, berce l’oreille avec la grâce d’un concasseur de pierres. Entre deux torgnoles aux employés, ils expliquent que le stress de l’animal durcit la viande, puis menacent, s’étreignent et se chamaillent. Le duo est d’une drôlerie féroce, capable de passer de la menace à la confidence dans la même réplique.
Face à eux se dresse Noel, un colosse au faciès taillé dans le granit, peu bavard mais la tête pleine de pensées. Ce dur au cœur tendre cite Nietzsche à ses heures et médite sur le hasard, « grand spéculateur des joies et des peines ». Il a pris la place d’un autre auprès d’Aveline, et ce jeu de rôles est l’un des ressorts les plus savoureux du roman. Autour de lui gravite Carlos Vitalez, sourire de fouine et bavardage sans fin, que Noel compare à une diode à courant continu : une lueur faible qui ne s’éteint jamais. Le romancier a la main sûre dans ces portraits express, où une seule image suffit à camper un homme.
Reste Mohamed Michau, sans doute la création la plus singulière du livre. Il a grandi au Carco dans une famille à la généalogie acrobatique, entre un père ancien d’Algérie, une mère qui prie du matin au soir et une tante au rôle inattendu. Il s’est convaincu d’être Jésus revenu sur terre, mais plutôt celui qui chasse les marchands du temple que celui qui tend l’autre joue. Il médite sur le parapet du Pont des Grilles, reçoit des visions, se croise lui-même au bord de l’eau avec vingt ans de plus et fait de chaque incident un signe divin. Autour de lui, Joseph, Monique, Benjamine et les jumelles forment un foyer où le grotesque côtoie une tendresse bourrue, et où l’on règle les problèmes domestiques avec une désinvolture qui laisse pantois.
Pichet l’inventaire, Dominianni le Colombo
Pour les forces de l’ordre, Félipé Caceres Munoz S. a composé un tandem qui vaut à lui seul le détour. Le lieutenant John Pichet, chef de la brigade de Châtillon, aborde chaque scène de crime avec la minutie d’un huissier qui dresse un état des lieux. Il compte les cadres accrochés au mur, déclare qu’un vaisselier est « sûrement du noyer » et dicte le contenu des tiroirs à l’agent Pasqualetto, dont le petit carnet se remplit de fautes d’orthographe délectables. Pendant ce temps, le brigadier Assitoila tente désespérément de ramener son chef à l’essentiel. Vexé à la moindre remarque, prompt à bondir de sa chaise, Pichet exige surtout qu’on prononce correctement son nom : « Pit ! Tchett ! »
En face arrive le capitaine Dominianni, de la section de recherches de Dijon, précédé d’une réputation flatteuse. Il a résolu toutes ses affaires, dont la plus célèbre : un meurtrier qui avait copié un épisode de Colombo, et à qui il a servi mot pour mot les répliques de Peter Falk. Ce fin limier cite Galilée, distingue la Calliphora vicina de la Calliphora vomitoria et observe la comédie qui se joue devant lui avec un mélange de patience et de consternation. Quand Pichet confond Le Silence des agneaux avec Le Seigneur des anneaux, l’échange atteint un sommet comique, chaque réplique relançant la suivante comme une balle de ping-pong.
Ce duel entre l’enquêteur méthodique et le gradé brouillon occupe une large part du roman, et l’auteur prend soin de ne jamais réduire Dominianni au simple faire-valoir intelligent. Son agacement grandit, ses certitudes vacillent, et ses monologues intérieurs trahissent la lassitude d’un homme tombé dans « ce bled de tarés » où rien ne tourne rond. Autour d’eux viennent s’ajouter des renforts à l’ego chatouilleux, des pompiers que personne n’a pensé à appeler et une procureure qui hurle au téléphone. Cette gendarmerie en roue libre s’inscrit dans la tradition des comédies policières françaises, tout en posant un regard ironique et mordant sur les rouages de l’institution. Le rire naît ici de la mécanique, de la répétition et de l’escalade.
Français concassé, gouaille et envolées philosophiques : une langue à plusieurs étages
Le vrai moteur du livre, c’est sa langue, ou plutôt ses langues, empilées comme les étages d’une pièce montée un peu bancale. Au rez-de-chaussée, il y a le français concassé des Martar, qui conjuguent tous les verbes à l’infinitif et parsèment leurs menaces de mots serbes traduits entre parenthèses : « doneti ziv », ramener vivant, « budalo », imbécile, ou cette « ugodno petite ville » qui revient comme une ritournelle. Ce parler cabossé n’a rien d’une caricature gratuite. Il produit des répliques irrésistibles, comme lorsqu’un des frères affirme avoir « pognon sur rue », ou lorsqu’un préfet affolé écorche un mot sur deux en parlant de « crinimels » et d’une opération « farpaite ».
Un étage plus haut, la gouaille des Michau, des gendarmes et des habitués de bistrot claque comme un coup de torchon sur le zinc. L’auteur manie l’argot avec gourmandise et trouve des comparaisons qui font mouche, comme cet importun comparé à une chambre treize dans un hôtel des Carpates, vue cimetière. Il n’hésite pas non plus à intervenir dans le récit, signalant qu’un cri vient de déchirer le plafond « et même cette page du livre ». Sa phrase se fait tantôt nominale, sèche comme un télégramme, tantôt ample et rythmée par des anaphores, où « Et que je te tambourine » répond à « Et que je te prends sur moi ».
Tout en haut se nichent des envolées philosophiques inattendues. Mohamed disserte sur le temps, « la plus formidable escroquerie de tous les temps », sur la mort bannie des campagnes aseptisées, sur la loi du mouvement qu’il oppose à celle du temps. Noel médite sur le doute, « cette chose étrange, à la fois étouffante et salutaire ». Le narrateur glisse du latin, horresco referens, abyssus abyssum invocat, et convoque Homère et l’hospitalité sacrée d’Alcinoos pour décrire un accueil des plus musclés. Ce mélange des registres, du trivial au métaphysique, entretient un vertige comique permanent et donne au texte une densité qu’on n’attendait pas forcément d’un polar aussi rigolard.
Du COPIL de la mairie aux salons de l’Élysée, une satire en plein confinement
Sous ses airs de farce, le roman règle quelques comptes avec la France administrative, et il le fait avec un plaisir communicatif. La réunion du comité de pilotage de la Mission sécurité en Pays châtillonnais, dans la salle des Banquets de la mairie, est une séquence d’anthologie. Un maire réclame qu’on réduise les horaires du barbecue des gendarmes, un autre s’inquiète des vols de grappes de raisin par les randonneurs, une adjointe milite pour étendre le « Trente » d’un bourg à l’autre, et le sous-préfet invite à penser « en bassin de vie ». Tout se termine au buffet, où le boucher-traiteur se régale par les deux bouts : payé comme fournisseur, puis nourri comme invité.
L’arrière-plan sanitaire de 2020 donne à cette satire une résonance particulière. Félipé Caceres Munoz S. fait revivre l’atmosphère de mars, les rayons dévalisés, les prédictions de comptoir à la Brasserie du Centre, et ce président « ni beau, ni moche, ni grand, ni petit » qui annonce la guerre contre un ennemi invisible devant des barnums militaires. Les gestes barrières mal intégrés, la gendarmerie qui fonctionne « en mode dégradé » (Pichet croit qu’on menace son grade), les restaurants fermés par décret mais pas pour tout le monde : chaque détail sonne juste pour qui a traversé cette période, et le rire prend la saveur d’un souvenir partagé.
La satire monte ensuite les échelons jusqu’au sommet de l’État. Préfet, généraux, ministres et président se réunissent sous les dorures d’un salon bleu roi, où l’on parle stratégie de communication pendant que deux généraux échangent des rictus de vainqueurs au rami. Dans une scène mémorable, un général vante, comme un vendeur de grand magasin, les mérites comparés d’une valise Delsey « imaginée chez nous », d’un sac de sport Adidas et d’un djembé. L’auteur glisse même une note de bas de page estampillée « Véridique », manière discrète de rappeler que la réalité fournit parfois aux romanciers des matériaux plus extravagants que leur imagination. Le burlesque devient alors un miroir grossissant tendu à ceux qui nous gouvernent.
Divona, la source qui se tait : les intermèdes d’un récit à toute allure
Au milieu de ce tourbillon de répliques et de coups de théâtre surgissent, de loin en loin, quelques pages d’une tout autre facture. Elles commencent presque toutes par la même formule incantatoire : « Ex-voto, culte celtique, réseau karstique ». On y croise Divona, divinité gauloise protectrice des eaux, menacée par Orion, le fléau, et réfugiée dans les rues de Châtillon. Les vouivres transmettent l’alerte aux truites, les sylphes aux mésanges, les arbres aux bûcherons, mais les bûcherons n’écoutent pas. Écrits dans une prose poétique et elliptique, ces courts chapitres font un contrepoint saisissant à la verve rabelaisienne du reste du livre.
Ils sont bien plus qu’un ornement. Ancrés dans la mythologie locale, de l’Ource à la Seine en passant par la source de la Douix, ils racontent en filigrane une autre histoire : celle d’une insouciance collective qui prépare le désastre, d’eaux qui se tarissent, d’une nature qui recule dès que le bruit des hommes revient. Sans jamais asséner de message, l’auteur fait entendre une inquiétude écologique sourde, une fable sur l’aveuglement des « héritiers de l’insouciance ». Ces respirations offrent une pause au lecteur. Elles fonctionnent comme un chœur antique qui commenterait de loin la comédie humaine, avec une gravité qui fait résonner plus fort le rire tout autour.
Le contraste est d’autant plus net que le reste du récit file à toute allure. Découpé en soixante-quatre chapitres souvent brefs, le roman avance en montage alterné. Il saute de l’abattoir au salon des Michau, de la caserne à la chambre d’hôtel, avec des transitions sèches comme « Au même moment » ou de simples astérisques. Le mot « Coupe. » interrompt les dialogues à la manière d’une indication de scénario, certaines séquences passent au présent avec un horodatage minute par minute, et les fins de chapitres tombent comme des chutes de sketch. Cette construction presque cinématographique entretient une tension constante, et les apparitions de Divona en marquent le tempo, comme les mouvements lents d’une partition endiablée.
Un pot de rillettes sous l’épigraphe de Camus
En exergue, une phrase d’Albert Camus : « Le monde lui-même n’est pas raisonnable, c’est ce qui est absurde. » Le choix n’a rien d’anodin. Rillettes sous la Dalle met en scène un univers où la logique déraille à chaque carrefour, où les menaces les plus sinistres virent au quiproquo, et où les institutions censées remettre de l’ordre ajoutent au chaos. Face à cet absurde, Félipé Caceres Munoz S. ne choisit ni la révolte ni le désespoir, mais l’éclat de rire. C’est un rire noir, parfois franchement trash, qui assume ses excès et en fait une méthode. Le lecteur doit accepter quelques scènes corsées, servies avec une désinvolture parfaitement maîtrisée.
Au centre de cette mécanique trône un objet modeste : le pot de rillettes. Celles de Greto, médaillées d’or année après année, se tartinent en trois couches sur une tranche de pain, accompagnent le quart de rouge et suscitent conversations et convoitises jusque dans les rangs des gendarmes. Ce produit du terroir devient le fil rouge d’une intrigue dont il vaut mieux découvrir la recette par soi-même, et l’emblème d’une France qui aime ses traditions charcutières autant que ses rumeurs. Une réplique de Noel résume la poétique du livre : « Plus c’est gros, plus ça passe. » Le romancier l’applique avec une constance réjouissante, en poussant chaque situation un cran plus loin que la précédente.
Ce roman s’adresse aux amateurs de polar qui aiment voir le genre bousculé, à ceux qui gardent une tendresse pour la veine de San-Antonio, les dialogues d’Audiard ou les comédies policières à la française, mais aussi aux lecteurs curieux d’une satire bien ancrée dans son époque. Derrière les gueulantes des Martar, les inventaires de Pichet et les prophéties de Mohamed Michau, on trouve une vraie réflexion sur le hasard, le temps et la place de chacun dans un monde qui tourne de travers. Comme ce Michau persuadé de s’être croisé lui-même avec vingt ans de plus, le lecteur ressort du livre avec l’étrange sentiment d’avoir aperçu, dans un miroir déformant, un reflet assez fidèle de notre société.
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Mots-clés : Rillettes sous la Dalle, Félipé Caceres Munoz S., roman noir burlesque, polar humoristique, Châtillon-sur-Seine, satire, confinement 2020
Extrait Première Page du livre
« [1]
Vendredi 28 décembre, 18 h 45.
Zone industrielle de Bléré, en Indre-et-Loire.
Noël s’achève. Une année de plus s’éteint dans l’agonie. La nuit mêle le froid à l’humidité. Chacun rentre chez soi. Certains pour rejoindre leur famille, autour d’un feu de cheminée, d’autres pour retrouver un petit chauffage en marche. Et la télévision.
Désert de gel.
Renards à l’approche.
L’un d’eux flaira un grabuge. Derrière l’abattoir, une porte marquée « Accès réservé » s’ouvrit. Les canidés roux marquèrent l’arrêt. Plus rien ne bougea. Sauf quelques retardataires, plongeant dans des terriers même pas à eux. Couillons de mulots. Pour un peu, ils goûtaient aux crocs.
Deux hommes surgirent : les Martar, frères jumeaux qui administraient les lieux.
Le premier interrogea :
― Qu’est-ce qu’il fabrique ce imbécile ?
Le second :
― Allez, dépêcher !
Leur voix berçait l’oreille avec autant de grâce qu’un concasseur de pierres.
Un troisième homme apparut, retenant la porte, traînant la jambe. Les autres lui beuglaient dessus :
― Je te prévenir ! Tu intérêt tout faire entrer dans ordre, sinon nous casser deuxième genou !
― Et puis bras ! compléta le double en secouant les siens.
Oui, bras aussi ! Et après…
― Après casser tête !
― Tu bien entendu ? !
― Oh ! Noel ! Tu bien entendu ? !
Noel, un énorme gaillard, le faciès taillé dans le granit, opina du chef sans un mot. Avec des louftingues pareils, mieux valait donner un signal. Ça, il l’avait bien compris. Mais de là à causer… fallait pas pousser. »
- Titre : Rillettes sous la Dalle
- Auteur : Félipé Caceres Munoz S.
- Éditeur : Auto-édition
- ISBN : 9782322635511
- Format : Broché
- Nationalité : France
- Langue : Français
- Date de publication : 28/10/2026
- Nombre de pages : 496 pages
- Genre : Roman noir burlesque, polar humoristique
- Sujets traités : Châtillon-sur-Seine, enquête de gendarmerie, usurpation d’identité, satire politique et administrative, confinement de 2020, mysticisme, absurde, terroir bourguignon
Résumé
À Bléré, en Indre-et-Loire, les jumeaux Martar, deux Serbes aussi brutaux qu’indiscernables, règnent sur un abattoir et cherchent depuis longtemps un certain Berti Bontoupon. Mais à Saintes, c’est Noel, un colosse taciturne, qui a pris sa place auprès d’Aveline. Les ennuis remontent bientôt jusqu’à Châtillon-sur-Seine, où vivent Mohamed Michau, persuadé d’être Jésus revenu sur terre, et son cousin Greto, boucher célèbre pour ses rillettes médaillées d’or.
Quand une découverte macabre secoue la rue des Cordonniers, le lieutenant Pichet et sa brigade se lancent dans une enquête aussi minutieuse que brouillonne, avant que le capitaine Dominianni, de la section de recherches de Dijon, ne vienne en prendre la direction. Alors que la France bascule dans le confinement de 2020, la petite ville de Côte-d’Or s’enfonce dans une spirale d’événements de plus en plus incontrôlables.

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.















