Scène de lecture : Extrait du livre AnoNîmes de Mehdi Tahenni

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« Bienvenue dans Scène de lecture, le podcast du Monde du Polar à voix haute. Dans cet épisode, j’ai le plaisir de vous lire un extrait du roman, « AnoNîmes » de Mehdi Tahenni. Quelques minutes de lecture, quelques pages arrachées à l’histoire. Je vous souhaite une bonne écoute. »


L’extrait du livre AnoNîmes de Mehdi Tahenni

La bodega sur le boulevard Victor-Hugo vomissait sa clientèle. Des grappes humaines titubantes, recrachées par ses portes dans un flot continu de transpiration, d’alcool et de vacarme.

Le tueur était assis à un comptoir, casquette enfoncée sur le crâne. Un bandana rouge tentait de couvrir tant bien que mal le bas de son visage, comme des centaines d’autres bambocheurs autour de lui.

Trop de bruit. Trop de mouvement. Trop de témoins potentiels.

Mais il devait rester là. Sa proie – celle qu’il suivait depuis des jours, des nuits – était accoudée au bar, à trois mètres. Son Polo Lacoste suintait de sueur. Il enchaînait les verres, comme un incendie avale les seaux d’eau – de plus en plus fort, de plus en plus vite.

Le tueur avait corsé son cocktail. Du GHB. Il y avait déjà trois verres. Quatre. Discret. Efficace.

Patience.

Il observa l’homme qui titubait de plus en plus, les paupières lourdes. Les effets commençaient. Encore dix minutes, peut-être quinze.

Enfin, sa proie se leva, manqua de renverser son tabouret. Quelques rires autour. Un type bourré de plus. Rien d’inhabituel en cette féria 2002.

Le tueur attendit quelques secondes, puis le suivit.

La rue Émile Jamais était moins fréquentée. L’homme s’arrêta contre un mur, une main plaquée sur le crépi, désorienté. Sa tête basculait d’avant en arrière, cherchait un équilibre qui lui échappait.
Le tueur s’approcha avec une expression de sollicitude.

— Ça va, mon pote ?

L’homme leva des yeux vitreux vers lui.
— Je… je me sens bizarre…
— T’as trop forcé sur la sangria, dit le tueur avec un petit rire complice.
— Ma… ma caisse. Faut qu’j’aille à ma caisse.

Le tueur feignit la sévérité.
— Tu vas pas conduire dans cet état, quand même ?
— Non, non… pour dormir. Juste… dormir.

Le tueur hocha la tête.
— OK. Je t’aide à la rejoindre. Elle est où ?
— Sur le Jean-Jaurès.

Le tueur resserra sa prise sur l’épaule de l’homme et l’entraîna vers une petite rue adjacente.
— Hé… tu vas où ? C’est pas là…
— T’inquiète, on va prendre ma voiture. Je suis garé dans la rue Porte-de-France. Juste là.

L’homme cligna, tenta de se concentrer sur la direction qu’ils prenaient.
— Ah… OK.

Sa voix s’étiolait déjà. Le GHB agissait.
Le tueur soutenait sa proie, au petit soin comme un ami dévoué. Ils remontèrent la rue. Quelques passants les croisèrent sans s’arrêter.
— Attends… je… j’te connais. Ta tête…

Le tueur sentit une pointe d’adrénaline. Il resserra légèrement sa prise.
— Non, tu me connais pas.
— Si… si…

Le tueur murmura à son oreille :
— Avec tout le GHB que t’as dans l’sang, tu reconnaîtrais même pas ta mère.

L’homme voulut réagir, se débattre, mais ses jambes refusaient de répondre. Son corps était de plomb. Ils passèrent derrière l’église Saint-Paul. Le parking de la rue Porte-de-France se nichait dans un renfoncement sombre entre deux bâtiments, à peine éclairé. Quelques voitures garées côte à côte achevaient de créer une zone d’ombre parfaite.

Le tueur traîna l’homme entre un mur et un véhicule. Le cala délicatement contre une portière.
— Pourquoi…

Le tueur ne répondit pas. Sa main plongea sous son tee-shirt, dégaina une puntilla.

Vengeance.

Il attrapa l’homme par les cheveux, tira sa tête en arrière. La gorge exposée, blanche sous la lune. La lame courte, affûtée, conçue pour achever les taureaux, trancha d’un mouvement net, profond.
Un gargouillis monta, du sang jaillit en cascade sombre. L’homme s’effondra. Glissa contre la carrosserie.

Au loin, les tambours de la féria résonnaient. Des cris de joie. Une explosion de rires.

Le tueur s’agenouilla, sortit sa bombe de peinture. Sur le mur le plus proche, d’un geste assuré, il traça son message.

« JUSTICE ».

Il se releva, contempla son œuvre. Le corps inerte, le sang qui se répandait sur le bitume, formait une mare noire.

Les yeux du mort le fixaient avec une expression figée entre incompréhension et terreur.

Qu’il était beau désormais, ce regard marron et bleu glacier.

CONCLUSION

« C’était Scène de lecture, le podcast du Monde du Polar à voix haute. Si cet extrait vous a donné envie, retrouvez la chronique complète de « AnoNîmes » de Mehdi Tahenni sur lemondedupolar.com. À très bientôt pour une nouvelle lecture. »

Extrait lu par Dalcan Hitary : Chaîne Youtube


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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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