« Un escroc dans les klongs » ou l’enquête comme voyage initiatique

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Un escroc dans les klongs de Alain Tardits

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Un détective au parcours atypique

Frédéric Taquin incarne une figure singulière dans le paysage du roman policier contemporain. Loin des enquêteurs brillants et infaillibles qui peuplent habituellement le genre, Alain Tardits nous présente un protagoniste aux failles assumées, dont la trajectoire professionnelle zigzague entre échecs et reconversions. Ex-militaire devenu plongeur industriel puis policier avant de se muer en détective privé, Taquin porte en lui les cicatrices d’un parcours chaotique qui forge sa personnalité complexe. Cette accumulation d’expériences diverses, plutôt que de l’affaiblir, confère au personnage une épaisseur humaine rare dans la littérature policière.

La psychologie du détective se révèle particulièrement finement ciselée à travers ses relations avec autrui. Sa complicité professionnelle avec Estelle, sa secrétaire, dessine les contours d’une masculinité fragile qui se cherche encore. Taquin navigue entre tentatives de séduction maladroites et moments d’introspection douloureuse, révélant un homme en quête de reconnaissance autant que de vérité. Son divorce avec Sylvia, qui continue paradoxalement de lui confier des missions, illustre cette incapacité chronique à construire des relations durables, transformant sa solitude en moteur narratif.

L’originalité du personnage réside également dans sa dimension anti-héroïque savamment orchestrée. Tardits évite le piège de la glorification en présentant un enquêteur qui doute, se trompe, et dont les intuitions ne se révèlent pas toujours justes. Cette humanité imparfaite, loin de desservir le récit, l’ancre dans une réalité tangible où les victoires se méritent et les découvertes surgissent souvent du hasard autant que de la déduction. Le lecteur accompagne ainsi un homme ordinaire confronté à l’extraordinaire, ce qui renforce l’identification et l’immersion dans l’intrigue.

L’expertise technique du protagoniste, acquise lors de ses multiples vies antérieures, s’avère être l’un des atouts majeurs de la construction narrative. Ses connaissances en plongée, cruciales pour l’enquête sicilienne, ne relèvent pas du hasard scénaristique mais s’inscrivent logiquement dans son passé. Cette cohérence biographique permet à Tardits de justifier naturellement les compétences de son héros sans recourir aux artifices du genre, créant un personnage crédible dont l’expertise se révèle organiquement liée à son histoire personnelle.

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Un escroc dans les klongs Alain Tardits
Un escroc dans les klongs Alain Tardits
Un escroc dans les klongs Alain Tardits

Entre réalisme et exotisme : l’art du dépaysement

La géographie narrative d’Alain Tardits dessine une cartographie du contraste saisissant, où les eaux turquoise de Syracuse cèdent progressivement la place aux canaux boueux de Bangkok. Cette translation géographique ne relève pas du simple artifice exotique mais s’impose comme une nécessité dramaturgique qui métamorphose l’enquête en odyssée contemporaine. L’auteur manie avec habileté les codes du dépaysement sans jamais verser dans le pittoresque de surface, préférant sonder les réalités sociales et culturelles qui se cachent derrière les décors de carte postale.

L’immersion thaïlandaise révèle toute la maestria de Tardits dans l’art de la description ethnographique. Les klongs de Bangkok ne servent pas uniquement de toile de fond colorée mais deviennent un véritable laboratoire d’observation sociale où se côtoient touristes perdus, expatriés en quête de sens et populations locales luttant pour leur survie quotidienne. Cette mosaïque humaine permet à l’auteur d’explorer les rapports de domination économique et culturelle avec une acuité particulière, transformant le polar en chronique sociologique de la mondialisation sauvage.

Le contraste entre l’Europe méditerranéenne et l’Asie du Sud-Est fonctionne comme un révélateur des fragilités du protagoniste. Si Taquin navigue avec une relative aisance dans l’univers sicilien, son déracinement asiatique expose crûment ses limites d’homme occidental confronté à l’altérité radicale. Tardits exploite intelligemment ce décalage culturel pour approfondir la psychologie de son héros, montrant comment l’exil géographique peut devenir introspection forcée et comment l’enquête policière se mue en quête identitaire.

L’authenticité documentaire transparaît dans chaque détail ethnographique, depuis les rituels du marché chinois jusqu’aux codes vestimentaires des quartiers chauds de Patpong. Cette précision descriptive, fruit d’une observation minutieuse, évite l’écueil de l’orientalisme facile pour livrer un portrait nuancé d’une société en mutation. L’exotisme chez Tardits ne flatte jamais l’œil occidental mais questionne plutôt nos représentations, faisant du voyage une expérience de décentrement authentique qui enrichit tant le récit que sa dimension réflexive.

La construction d’une enquête moderne

L’architecture narrative de Tardits repose sur une sophistication remarquable qui transcende les conventions traditionnelles du polar. L’enquête ne débute pas par un meurtre classique mais par la disparition mystérieuse d’un plongeur sicilien, prétendument dévoré par un requin blanc en Méditerranée. Cette prémisse audacieuse permet à l’auteur de jouer avec les attentes du lecteur tout en installant d’emblée une atmosphère d’invraisemblance calculée. La véritable force du récit réside dans cette capacité à transformer un fait divers spectaculaire en point de départ d’une investigation complexe qui interroge les mécanismes de la vérité et du mensonge.

La progression de l’enquête obéit à une logique de dévoilement progressif particulièrement maîtrisée. Tardits distille les indices avec parcimonie, évitant l’accumulation gratuite d’éléments mystérieux au profit d’une construction rigoureuse où chaque découverte éclaire rétrospectivement les zones d’ombre précédentes. L’investigation sicilienne, menée en binôme avec Estelle, établit les fondements factuels nécessaires avant que l’aventure asiatique ne vienne bouleverser les certitudes acquises. Cette bipolarité géographique structure intelligemment la révélation, créant un effet de miroir entre deux univers apparemment incompatibles.

L’originalité de la démarche investigative tient également dans sa dimension collaborative et internationale. L’enquête mobilise un réseau de contacts hétéroclites, depuis les assureurs napolitains jusqu’aux expatriés de Bangkok, en passant par les témoins siciliens et les informateurs locaux. Cette multiplicité des sources reflète la complexité des enjeux contemporains où la criminalité transcende les frontières nationales. Tardits évite ainsi l’écueil du détective omniscient pour privilégier une approche collective où l’information circule, se recoupe et parfois se contredit, mimant la réalité des enquêtes modernes.

La dimension technique de l’investigation révèle une documentation solide qui confère au récit sa crédibilité. Les séquences de plongée sous-marine, les procédures d’assurance internationale ou les mécanismes de faux papiers sont traités avec une précision qui témoigne d’un travail de recherche approfondi. Cette rigueur documentaire sert le suspense en ancrant l’extraordinaire dans le plausible, permettant au lecteur d’adhérer pleinement aux développements les plus inattendus. L’enquête moderne selon Tardits conjugue ainsi expertise technique et intuition humaine dans un équilibre savamment orchestré.

Dialogues et caractérisation des personnages

La palette des voix que déploie Tardits révèle une oreille particulièrement aiguisée pour les nuances du langage parlé. Chaque personnage possède sa propre musicalité linguistique, depuis l’italien teinté d’accent piémontais de Bernardo Bernardi jusqu’aux anglicismes approximatifs des Thaïlandais en passant par la précision chirurgicale d’Estelle. Cette polyphonie ne relève pas de la simple prouesse technique mais sert véritablement la caractérisation, révélant à travers les mots les origines sociales, les ambitions cachées et les fragilités de chacun. L’auteur évite l’écueil de la caricature dialectale pour privilégier une approche subtile où l’accent devient révélateur psychologique.

La relation dialoguée entre Taquin et Estelle illustre parfaitement cette maîtrise de l’écriture conversationnelle. Leurs échanges oscillent entre complicité professionnelle et tension sous-jacente, révélant une dynamique complexe où l’non-dit pèse autant que les mots prononcés. Estelle, loin d’être cantonnée au rôle de faire-valoir, s’impose comme une interlocutrice de poids dont l’intelligence analytique rivalise avec celle du détective. Leurs joutes verbales, empreintes d’ironie et de sous-entendus, donnent chair à une collaboration qui transcende le simple rapport hiérarchique pour devenir véritable partenariat intellectuel.

L’introduction de Nuntiato Maroto apporte une dimension supplémentaire à l’art du dialogue chez Tardits. Ce personnage de Calabrais prétentieux permet à l’auteur d’explorer les codes de la masculinité italienne avec un mélange de tendresse et d’ironie. Ses fanfaronnades, sa coquetterie excessive et ses tentatives de séduction maladroites se révèlent à travers des répliques qui sonnent juste, évitant la charge excessive tout en croquant un type social reconnaissable. La confrontation verbale entre Taquin et Maroto génère un comique de situation naturel qui allège la tension narrative sans nuire à la crédibilité des personnages.

Les rencontres asiatiques offrent à Tardits l’occasion de jouer avec les malentendus linguistiques et culturels de manière particulièrement habile. Les dialogues avec les personnages locaux, souvent marqués par l’approximation de l’anglais international, créent des situations où l’incompréhension devient moteur dramatique. L’auteur exploite ces décalages pour révéler l’isolement croissant de son protagoniste tout en peignant avec justesse les rapports de force qui s’établissent entre voyageurs occidentaux et populations locales. Cette dimension sociolinguistique enrichit considérablement la texture narrative sans jamais tomber dans l’exposition didactique.

Bangkok, protagoniste urbain d’un polar moderne

Bangkok s’impose dans le récit de Tardits comme une entité vivante aux multiples visages, tour à tour accueillante et hostile, fascinante et repoussante. La ville ne constitue pas un simple décor exotique mais fonctionne véritablement comme un protagoniste à part entière, avec ses humeurs, ses pièges et ses révélations. L’auteur parvient à saisir cette métropole tentaculaire dans toute sa complexité contradictoire, des quartiers touristiques de Khaosan Road aux bidonvilles aquatiques des klongs. Cette géographie urbaine mouvante reflète l’état psychologique du détective, créant un parallélisme subtil entre déambulation physique et errance mentale.

La sensorialité de l’écriture transforme chaque description en expérience immersive où les odeurs de curry se mêlent aux effluves putrides des canaux, où la chaleur moite colle aux vêtements et où les sons de la circulation urbaine créent une symphonie cacophonique permanente. Tardits excelle dans cet art de la synesthésie littéraire qui permet au lecteur de ressentir physiquement l’oppression climatique et l’épuisement du protagoniste. Cette approche sensorielle évite l’écueil de la description touristique pour livrer un portrait authentique d’une ville qui agresse autant qu’elle séduit.

Les rencontres humaines dans cet environnement révèlent la stratification sociale complexe de la société thaïlandaise contemporaine. Tardits navigue avec intelligence entre les différentes communautés, des prostituées de Patpong aux expatriés en quête d’aventure, en passant par les commerçants chinois et les religieux bouddhistes. Chaque groupe social incarne une facette particulière de cette modernité asiatique en mutation, où traditions ancestrales et capitalisme sauvage cohabitent dans un équilibre précaire. L’auteur évite les simplifications manichéennes pour proposer un tableau nuancé des rapports de domination économique et culturelle.

L’eau omniprésente, des canaux de Bangkok aux fonds marins siciliens, tisse un réseau symbolique qui unifie la géographie narrative. Les klongs deviennent métaphore d’un univers souterrain où se cachent les vérités inavouables, miroir aquatique des profondeurs psychologiques que l’enquête révèle progressivement. Cette dimension symbolique s’enrichit de la maîtrise technique de l’auteur qui décrit avec précision les réalités hydrologiques de la capitale thaïlandaise. Bangkok fluviale s’impose ainsi comme un labyrinthe liquide où le détective occidental perd ses repères habituels, transformant la poursuite criminelle en initiation forcée à l’altérité radicale.

Tension narrative et rythme du récit

L’orchestration temporelle chez Tardits révèle une maîtrise consommée de l’alternance entre accélération et décélération narrative. L’auteur joue habilement avec les codes du suspense classique en instaurant des phases de latence contemplative qui précèdent les moments d’action pure. Cette respiration narrative permet d’approfondir la psychologie des personnages tout en maintenant une tension sous-jacente constante. Les séquences siciliennes, marquées par la méticulosité de l’enquête de terrain, contrastent avec l’urgence fiévreuse des pérégrinations bangkokiennes, créant un effet de montage cinématographique particulièrement efficace.

La construction en diptyque géographique génère une dynamique narrative sophistiquée où chaque partie enrichit rétrospectivement la précédente. L’investigation européenne établit les fondements logiques nécessaires à la compréhension while l’aventure asiatique en bouleverse les certitudes acquises. Tardits évite l’écueil de la répétition en variant les registres : enquête méthodique d’un côté, cavale improvisée de l’autre. Cette bipolarité rythmique maintient l’attention du lecteur en renouvelant constamment les enjeux dramatiques sans jamais rompre la cohérence de l’intrigue principale.

Les ellipses temporelles et les changements de perspective contribuent significativement à la densité narrative de l’ensemble. L’auteur intercale judicieusement des séquences parallèles – les tribulations d’Estelle à Paris, les réflexions de Bernardo à Naples – qui enrichissent la trame principale sans la ralentir. Ces incursions dans l’intimité des personnages secondaires créent un effet de polyphonie narrative qui démultiplie les angles d’approche de l’histoire centrale. La technique du montage alterné, empruntée au cinéma, confère au récit une modernité formelle qui renouvelle les codes traditionnels du polar.

L’intensification progressive du danger, depuis les premiers soupçons siciliens jusqu’aux menaces concrètes de Bangkok, obéit à une gradation savamment calculée. Tardits distille l’angoisse par touches successives, transformant l’enquête policière en thriller psychologique où la paranoia du protagoniste contamine progressivement le lecteur. Cette montée en puissance s’appuie sur une précision documentaire qui rend crédibles les situations les plus tendues. L’art de Tardits consiste à maintenir cette tension sans jamais verser dans l’excès mélodramatique, préservant jusqu’au bout la vraisemblance psychologique de son héros confronté à l’escalade des événements.

Style et écriture : entre polar et récit de voyage

La prose de Tardits navigue avec aisance entre les exigences du roman policier et les libertés du récit d’aventures, créant une hybridation générique particulièrement réussie. Son écriture emprunte au polar sa précision factuelle et son économie de moyens tout en s’enrichissant des digressions ethnographiques et des descriptions sensorielles propres à la littérature de voyage. Cette synthèse stylistique évite l’écueil de la dispersion en maintenant constamment le fil conducteur de l’enquête comme colonne vertébrale narrative. L’auteur parvient ainsi à satisfaire simultanément l’amateur de suspense et le lecteur en quête d’évasion géographique.

L’humour distillé tout au long du récit constitue l’une des signatures les plus reconnaissables du style tarditsien. Cette veine comique, jamais gratuite, naît naturellement des situations rocambolesques et des décalages culturels auxquels se trouve confronté le protagoniste. L’autodérision de Taquin face à ses échecs répétés, les portraits caustiques des personnages secondaires ou encore les quiproquos linguistiques génèrent un comique de situation authentique qui allège la tension sans nuire à la crédibilité narrative. Cette tonalité humoristique distingue avantageusement l’œuvre des codes souvent rigides du néo-polar français.

La richesse lexicale déployée révèle une culture littéraire solide mise au service d’une narration accessible. Tardits puise dans des registres variés – technique maritime, vocabulaire policier, expressions dialectales – sans jamais sombrer dans la pédanterie ou l’hermétisme. Cette diversité linguistique reflète la multiplicité des univers traversés par l’enquête tout en traduisant l’érudition discrète de l’auteur. Le style demeure constamment au service du récit, évitant les effets gratuits pour privilégier l’efficacité narrative et la justesse du trait.

La temporalité de l’écriture mérite une attention particulière tant elle contribue à l’originalité de l’ensemble. L’alternance entre présent de narration et retours en arrière crée une polyrythmie qui épouse les méandres de la mémoire et de l’enquête. Les analepses ne constituent jamais de simples artifices techniques mais participent organiquement à la révélation progressive de la vérité. Cette maîtrise de la chronologie narrative, associée à une langue vivante et imagée, confère au récit une modernité formelle qui renouvelle les codes du genre policier traditionnel sans les trahir.

Quand le polar français s’ouvre au monde

« Un escroc dans les klongs » s’inscrit dans une démarche de renouvellement du roman policier français qui mérite d’être soulignée. Tardits parvient à conjuguer respect des fondamentaux du genre et audace créatrice, proposant une formule originale qui échappe aux classifications habituelles. L’œuvre transcende la dichotomie classique entre polar urbain et roman d’aventures exotiques en créant un troisième voie narrative où l’enquête criminelle devient prétexte à l’exploration des mutations contemporaines. Cette approche hybride témoigne d’une maturité littéraire qui assume pleinement ses influences tout en traçant sa propre voie.

L’internationalisation de l’intrigue reflète une conscience aiguë des enjeux géopolitiques contemporains qui dépasse largement le cadre traditionnel du crime hexagonal. En déplaçant son action de la Sicile vers la Thaïlande, l’auteur interroge les nouveaux circuits de la criminalité globalisée tout en questionnant la pertinence des méthodes d’investigation occidentales face à l’altérité culturelle. Cette dimension géostratégique confère au récit une ampleur inédite dans le paysage du polar français, généralement cantonné aux frontières nationales. Tardits anticipe ainsi les évolutions du genre vers une criminalité sans frontières qui caractérise notre époque.

La psychologie complexe du protagoniste constitue peut-être l’apport le plus significatif de l’œuvre au renouvellement des codes établis. Taquin incarne une nouvelle génération d’enquêteurs marqués par l’incertitude existentielle plutôt que par la certitude morale. Cette fragilité assumée contraste avec l’héroïsme traditionnel des détectives de fiction pour proposer une figure plus humaine, plus accessible, dont les doutes résonnent avec les interrogations contemporaines. L’auteur évite ainsi l’écueil du surhomme investigateur pour privilégier un anti-héros attachant dont les failles constituent paradoxalement la principale force narrative.

L’équilibre final de l’œuvre révèle une ambition littéraire qui dépasse les seuls enjeux du divertissement policier. Tardits réussit le pari délicat de concilier exigence stylistique et efficacité narrative, profondeur psychologique et rythme soutenu, réalisme documentaire et imagination romanesque. Cette synthèse harmonieuse place « Un escroc dans les klongs » dans la lignée des œuvres qui marquent l’évolution d’un genre en perpétuelle mutation. Sans révolutionner radicalement les codes du polar, l’auteur les enrichit suffisamment pour proposer une expérience de lecture singulière qui satisfait autant l’amateur de suspense que le lecteur exigeant en quête de renouveau narratif.

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Mots-clés : Polar international, Détective privé, Thaïlande, Enquête, Dépaysement, Anti-héros, Suspense


Extrait Première Page du livre

 » INQUIÉTUDE
Je donnais un tour de clé à molette sur l’embout du radiateur quand le téléphone sonna. Au moment où Estelle, ma secrétaire, décrocha, je sentis la catastrophe arriver. D’abord en tant que plombier, ensuite en tant que flic. Un mini geyser se mit à rugir, que la voix pourtant perçante d’Estelle eut du mal à couvrir.
— Pour toi.
Elle prononça ces mots d’une voix froide et me tendit le combiné d’une main ferme. Son visage n’exprimait rien, ce qui était inhabituel.
Mes yeux passèrent du radiateur au combiné, le reste de mon corps ne bougea pas, une bouffée de chaleur m’envahit subitement. Réparer un embout rouillé avec un outil mal adapté m’apparaissait comme un risque grossier, résultat : le joint trop serré avait pété, mais ce n’était pas pour cette raison que la sueur commençait à perler dans mon dos. Depuis que j’avais lu cet article sur cette sale histoire à Syracuse, j’appréhendais un coup tordu du destin. Le matin, je traînais avant de relever le courrier dans la boîte à lettres, osant à peine regarder l’origine des timbres sur les enveloppes. Quant au téléphone, sa sonnerie me donnait des picotements. D’un autre côté, quelque chose en moi attendait secrètement cet appel lointain et les jours passant, le poids de l’angoisse augmentait. Pas de nouvelles, bonnes nouvelles. N’étant pas optimiste de nature, ce dicton simpliste ne me rassurait guère. Chez moi ça donnait : pas de nouvelles, attends le retour de manivelle.
Dans mon immeuble, qui compte sept étages avec cinq appartements par palier, plus une loge de gardien, j’étais le seul à ne pas avoir de télévision. Le gardien avait fait un rapide calcul et en avait conclu que j’étais un original, ce qui l’amusait et le rendait presque fier ; il hébergeait un individu hors du commun. J’étais aussi le seul à utiliser mon appartement comme un local commercial, ce qui est interdit. Étant détective privé et pesant dans les quatre-vingt-dix kilos en slip, à jeun, le matin, avec un nez de travers et une mâchoire carrée, personne n’osait me chatouiller la plante des pieds à ce sujet.
Ma secrétaire et moi découvrions les infos à la radio et bien sûr dans les journaux. Or on ne lisait pas les mêmes. Sans savoir de quoi il retournait, ma secrétaire comprenait que je ne tournais pas rond depuis plusieurs semaines, qu’un événement me turlupinait dont nous ne parlions pas. Un truc préoccupant qui faisait que tout le reste m’emmerdait ferme. Et m’emmerder, j’en connais pourtant un long bout.
À la base, cet entrefilet sur une vilaine affaire dans le port de Syracuse, je ne l’avais parcouru qu’une seule fois, lors de mon dernier job, assis dans le noir sur un mince muret râpeux dans un parking désert. Mes poils s’étaient dressés sur tout le corps, comme un chat qui se hérisse devant un animal menaçant plus gros que lui. « 


  • Titre : Un escroc dans les klongs
  • Auteur : Alain Tardits
  • Éditeur : Phare et Lampions Éditions
  • Nationalité : France
  • Date de sortie : 2025

Résumé

Paris été 1983, les affaires ne vont pas fort pour Frédéric Taquin. Son agence de détective privé prend l’eau, le comble pour un ancien plongeur professionnel. Il accepte n’importe quel boulot, à n’importe quel prix.
Jusqu’au jour où un inconnu l’appelle pour enquêter sur la mort suspecte d’un ouvrier dans le port de Syracuse, un drame qui a défrayé la chronique. Notre enquêteur se met aussitôt à rêver de gloire. Sa secrétaire, plus futée, préférerait qu’il demande un bon paquet de pognon.
Piqué au vif et prêt à en découdre, Taquin se précipite en Italie pour sonder les fonds marins. Là, il découvre un faisceau d’indices dignes d’une escroquerie signée La Pieuvre.
Imprévus et dangers s’invitent au bal : il se retrouve propulsé dans les bas-fonds de Bangkok, en pleine mousson, sans argent et affublé d’un coéquipier incompétent.
Bref, aucun conducteur de tuk-tuk ne miserait un baht sur lui.
Heureusement, sa secrétaire décide de s’en mêler…

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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


2 réflexions au sujet de “« Un escroc dans les klongs » ou l’enquête comme voyage initiatique”

  1. Bravo pour cet article très fouillé et cette analyse détaillée.
    En tant qu’éditeur, lorsqu’on a aimé un auteur au point de le publier, on a toujours l’interrogation de savoir si notre engouement sera partagé. On reste dans l’incertitude jusqu’aux premiers retours des lecteurs et des chroniqueurs.
    Cet article fait partie des premiers retours et à ce titre il est très important.
    Merci d’avoir aimé cette enquête aventureuse et de nous en avoir fait part.

    E. Achkar pour Phare & Lampions

    Répondre
    • Merci infiniment pour ce retour si touchant ! Vos mots me vont droit au cœur et me rappellent combien le travail de chroniqueur est important dans l’écosystème littéraire.
      Je comprends parfaitement cette interrogation légitime que vous exprimez : quand on croit en un auteur et en son œuvre, on espère que cette conviction sera partagée. Avec ‘Un escroc dans les klongs’, Frédéric Taquin a créé quelque chose de vraiment captivant – cette enquête aventureuse m’a littéralement emportée !
      C’est un honneur de faire partie de ces premiers retours qui comptent tant pour vous. Votre passion éditoriale transparaît dans vos choix, et j’espère sincèrement que ce livre trouvera le lectorat qu’il mérite.
      Merci de nous offrir de telles pépites littéraires !
      Manuel

      Répondre

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