Fractures du réel » : Fabrice Mannucci fissure le réel en sept novellas

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Fractures du réel de Fabrice Mannucci

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Entre thriller et fantastique : les zones grises de Fractures du réel

Fabrice Mannucci construit Fractures du réel comme un édifice à sept chambres, chacune renfermant son propre cauchemar. Le recueil s’ouvre sur une adresse directe au lecteur, un seuil où l’auteur pose les règles du jeu : nous voilà prévenus que la surface du quotidien va craquer sous nos pieds. Cette entrée en matière, loin d’être un simple préambule, fonctionne comme un pacte narratif. Mannucci y dévoile la cartographie de son territoire littéraire : sept novellas qui explorent autant de fissures dans le réel. De NecroWatts, dystopie écologique glaçante, à Bestseller, où la création artistique devient meurtrière, l’architecture narrative dessine une progression vers des zones d’instabilité croissante. Le choix du format novella permet à l’auteur d’éviter les longueurs tout en offrant suffisamment d’espace pour installer une atmosphère dérangeante et développer des personnages confrontés à l’inacceptable.

La structure du recueil révèle une intelligence compositionnelle certaine. Chaque récit fonctionne comme une entité autonome, avec son propre registre et ses codes génériques – du thriller scientifique au fantastique psychologique. Pourtant, des fils invisibles relient ces sept univers : la question de la transformation, qu’elle soit technologique, génétique ou métaphysique, traverse l’ensemble. Mannucci alterne habilement entre récits ancrés dans un futur proche et narrations où le surnaturel surgit du banal. Cette alternance crée un rythme particulier, une respiration qui empêche le lecteur de s’installer dans une zone de confort. Le passage d’une novella à l’autre produit un effet de déstabilisation renouvelée, chaque texte réinitialisant les coordonnées de la peur.

L’auteur assume pleinement l’hybridation générique, refusant d’enfermer son propos dans une case unique. Le sous-titre « Thrillers / Fantastiques » annonce cette double allégeance, mais la réalité textuelle va plus loin. Science-fiction, horreur, drame psychologique : les frontières deviennent poreuses, à l’image de ces fractures du réel que le titre évoque. Cette porosité n’est pas un défaut de maîtrise mais bien un parti pris esthétique. Mannucci explore les zones grises où la réalité vacille, ces moments de bascule où l’impossible devient tangible. La construction du recueil mime ainsi son propos : le réel n’est jamais un bloc monolithique, mais une surface fragile, criblée de failles par lesquelles remonte l’innommable.

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Fractures du réel Fabrice Mannucci
Fractures du réel Fabrice Mannucci
Fractures du réel Fabrice Mannucci

Les dystopies technologiques et leurs dérives

Avec NecroWatts, Mannucci plonge d’emblée dans les eaux troubles d’un futur écologique perverti. L’idée de départ frappe par sa simplicité glaçante : transformer les cadavres humains en source d’énergie renouvelable. Ce qui pourrait n’être qu’un simple exercice de science-fiction horrifique devient sous sa plume une réflexion acerbe sur nos obsessions contemporaines. L’auteur s’empare des discours marketing du développement durable, de cette rhétorique lisse qui promet un monde plus vert, pour en révéler la face obscure. Les slogans publicitaires qui ouvrent le récit sonnent comme des échos déformés de notre présent, cette familiarité troublante installe immédiatement un malaise. Mannucci excelle à montrer comment les meilleures intentions peuvent engendrer l’abomination lorsqu’elles rencontrent la logique du profit et l’aveuglement collectif.

Dans Homo Homini Lupus, la manipulation génétique prend le relais pour explorer d’autres territoires anxiogènes. Le titre latin, emprunté à Hobbes et Plaute, annonce la couleur : l’homme demeure un loup pour l’homme, surtout quand la science lui offre de nouveaux crocs. L’auteur y développe une intrigue où les modifications génétiques transforment des individus en bombes à retardement, questionnant ainsi les limites éthiques de nos ambitions prométhéennes. La force du propos tient moins dans les rebondissements que dans l’atmosphère oppressante qui se dégage de cette quête scientifique dévoyée. Mannucci sait doser l’information, distiller progressivement les implications morales sans jamais verser dans la démonstration didactique.

Ces deux novellas dessinent en creux une inquiétude majeure de notre époque : celle d’un progrès technique déconnecté de toute considération humaniste. L’auteur ne se contente pas de pointer du doigt les dangers de la technologie ; il explore les mécanismes d’acceptation sociale qui permettent l’impensable de devenir banal. Ses personnages évoluent dans des univers où la normalisation de l’horreur s’opère par petites touches, par glissements successifs. Cette approche confère à ses dystopies une résonance particulière : elles ne semblent jamais totalement étrangères à notre réalité. Mannucci construit des mondes suffisamment proches du nôtre pour que l’angoisse qu’ils suscitent ne s’évapore pas à la dernière page.

Objets maudits et réalités parallèles

Le Tableau ouvre une brèche vers le fantastique pur, abandonnant les dystopies technologiques pour investir un territoire plus ancestral : celui de l’objet possédé. Mannucci y explore la vie secrète des choses, cette idée troublante qu’un artefact puisse contenir davantage qu’une simple matière inerte. L’œuvre d’art devient ici un vecteur de malédiction, un portail vers des forces incompréhensibles. L’auteur manie les codes du récit gothique avec une certaine aisance, insufflant à son texte cette atmosphère oppressante propre aux meilleures histoires d’objets hantés. Le tableau cesse d’être un simple décor pour devenir protagoniste, entité agissante dont les murmures déchirent le voile du réel. Cette novella démontre la capacité de Mannucci à naviguer entre registres, passant du thriller scientifique à l’horreur surnaturelle sans perdre son fil conducteur : l’effondrement des certitudes.

Avec Madame Sherrington, le recueil bascule vers des dimensions encore plus vertigineuses. Un écrivain raciste et aigri se retrouve projeté dans un univers parallèle, confronté à une réalité qui défie toute logique rationnelle. Mannucci joue ici sur les frontières poreuses entre mondes, interrogeant la nature même de ce que nous appelons réel. Le protagoniste, personnage volontairement détestable, devient l’instrument d’une exploration métaphysique : que se passe-t-il quand nos repères s’effondrent totalement ? L’auteur construit un labyrinthe narratif où chaque couloir mène vers de nouvelles interrogations. Cette plongée dans l’altérité radicale permet d’aborder des thématiques plus larges : la transformation forcée, la remise en question des préjugés, l’impossibilité de fuir ses propres démons même dans un autre monde.

Ces deux récits partagent une fascination pour les seuils et les passages. Mannucci semble captivé par ces moments de transition où la réalité vacille, où l’impossible se faufile dans les interstices du quotidien. Le tableau et l’univers parallèle fonctionnent comme des révélateurs, forçant les personnages à affronter ce qu’ils refusaient de voir. L’auteur déploie une écriture qui sait ménager le mystère sans tomber dans l’hermétisme, distillant suffisamment d’indices pour maintenir l’adhésion tout en préservant une part d’inexplicable. Cette zone d’ombre assumée confère aux textes leur puissance d’évocation, laissant au lecteur l’espace nécessaire pour projeter ses propres angoisses.

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Génétique, manipulation et zones d’ombre morales

Au-delà de la simple exploration technologique, Mannucci s’attaque aux dilemmes éthiques qui naissent lorsque l’humain acquiert le pouvoir de remodeler sa propre nature. Homo Homini Lupus plonge au cœur de cette zone grise où la science côtoie l’hubris, où les ambitions thérapeutiques dérapent vers l’innommable. L’auteur ne se contente pas d’agiter l’épouvantail de la génétique folle : il construit une réflexion sur le prix de nos choix. Ses personnages ne sont pas de simples marionnettes au service d’une thèse, mais des êtres pris dans l’engrenage de décisions aux conséquences imprévisibles. Cette attention portée aux motivations humaines, même les plus contestables, donne chair à une intrigue qui pourrait autrement verser dans la simple démonstration.

Immanences prolonge cette interrogation morale en l’ancrant dans l’intimité d’une relation toxique. Roxanne, adolescente naïve et vulnérable, devient le jouet de forces qui la dépassent. Mannucci explore ici les zones d’ombre de l’âme humaine, cette propension à l’emprise et à la manipulation qui n’a pas besoin de laboratoire pour s’exercer. L’amour se transforme en piège, la confiance en instrument de destruction. L’auteur manie avec habileté les ressorts psychologiques, montrant comment la jeunesse et l’innocence peuvent devenir des failles exploitables. Le récit évite l’écueil du voyeurisme tout en ne détournant jamais le regard de la noirceur qu’il dépeint. Cette tension entre protection du personnage et nécessité narrative témoigne d’une conscience aiguë des responsabilités de l’écrivain face à ses créatures.

Ces deux novellas révèlent une préoccupation centrale du recueil : la question du consentement et du libre arbitre face aux déterminismes. Qu’ils soient génétiques ou psychologiques, ces déterminismes écrasent les individus, réduisent leur marge de manœuvre jusqu’au point de rupture. Mannucci dessine des trajectoires où les choix semblent toujours déjà compromis, où la liberté n’est qu’une illusion que viennent déchirer des forces supérieures. L’auteur refuse cependant le fatalisme absolu : même acculés, ses personnages cherchent des issues, tentent de reprendre prise sur leur destin. Cette oscillation entre détermination et résistance insuffle une tension narrative qui maintient l’attention jusqu’aux dénouements, souvent ambigus, jamais totalement apaisants.

Figures humaines aux frontières de l’effondrement

Mannucci peuple son recueil de personnages qui vacillent au bord du gouffre, êtres ordinaires confrontés à l’extraordinaire violence d’un instant décisif. La Chute de Tom Woodford incarne parfaitement cette fragilité constitutive de l’existence humaine. Un détail, une seconde d’inattention, et l’édifice patiemment construit s’écroule comme un château de cartes. L’auteur capte avec acuité ces moments de bascule où le destin se joue dans un battement de cils. Tom Woodford incarne cette figure archétypale de l’homme qui découvre que rien n’est jamais acquis, que le contrôle n’est qu’une fiction rassurante. Le récit se déploie comme une descente aux enfers où chaque tentative de reprise en main ne fait qu’enfoncer davantage le protagoniste dans l’abîme. Mannucci excelle à dépeindre cette spirale, cet enchaînement implacable qui transforme une vie banale en cauchemar éveillé.

L’écrivain raciste de Madame Sherrington et Lucas, le romancier de Bestseller, constituent deux autres variations sur cette thématique de la désintégration psychique. Le premier se voit arraché à ses certitudes nauséabondes pour être plongé dans un univers qui pulvérise ses repères identitaires. Le second découvre que ses mots ont acquis un pouvoir mortifère qu’il ne peut plus maîtriser. Dans les deux cas, Mannucci explore la dissolution du sujet, cette perte progressive de ce qui définissait l’individu. Ces personnages ne sont pas nécessairement sympathiques – l’auteur se garde bien de chercher l’adhésion systématique du lecteur – mais leur trajectoire fascine par sa radicalité. Ils incarnent différentes modalités de l’effondrement : mental, moral, existentiel.

Ce qui frappe dans le traitement de ces figures humaines, c’est le refus du manichéisme facile. Mannucci ne distribue ni bons ni mauvais points. Ses personnages portent leurs contradictions, leurs lâchetés, leurs élans vers quelque chose qui les dépasse. Roxanne dans Immanences, malgré sa naïveté dangereuse, n’est jamais réduite à une simple victime passive. Les protagonistes des dystopies technologiques naviguent entre complicité et résistance face aux systèmes qui les broient. Cette complexité psychologique évite l’écueil des archétypes creux. L’auteur construit des individualités suffisamment nuancées pour que leur chute nous atteigne, pour que leur souffrance résonne au-delà de la page.

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Le fantastique comme révélateur du réel

Mannucci utilise le fantastique non comme une simple échappatoire vers l’irrationnel, mais comme un scalpel pour disséquer notre rapport au monde. L’irruption du surnaturel dans ses récits fonctionne toujours comme un amplificateur des tensions souterraines qui traversent le quotidien. Lorsqu’un tableau se met à murmurer ou qu’un univers parallèle s’ouvre sous les pieds d’un personnage, ce n’est jamais gratuit : ces phénomènes extraordinaires révèlent ce qui couvait déjà dans les replis du banal. L’auteur rejoint ainsi une longue tradition littéraire où le fantastique sert de miroir déformant au réel, en exacerbant ses failles et ses non-dits. Dans Bestseller, la créature qui prend vie à travers les mots de Lucas matérialise cette puissance dévorante de la création artistique, cette part incontrôlable qui échappe toujours à son créateur.

Les frontières entre réalisme et surnaturel deviennent délibérément floues sous la plume de Mannucci. Cette indécision générique n’est pas une faiblesse mais un choix esthétique assumé. Le lecteur se retrouve dans la position inconfortable du personnage qui doute de ses perceptions, qui ne sait plus distinguer hallucination et vérité tangible. Cette hésitation fantastique, au sens todorovien du terme, imprègne plusieurs novellas où la rationalisation reste possible jusqu’à un certain point avant que le réel ne cède définitivement. L’auteur exploite cette zone d’incertitude pour maintenir une tension narrative qui ne relâche jamais son emprise. Le doute devient alors un outil narratif aussi efficace que l’horreur explicite.

À travers ces expérimentations fantastiques, Mannucci interroge finalement la solidité même du réel. Son titre prend ici tout son sens : les fractures qu’il explore ne sont pas seulement celles provoquées par l’intrusion du surnaturel, mais celles qui préexistent dans notre rapport au monde. Le fantastique met simplement en lumière ce que nous refusons ordinairement de voir. Les univers parallèles, les objets maudits, les créatures nées de l’imaginaire deviennent autant de métaphores des fêlures psychiques et sociales. L’auteur propose ainsi une lecture du fantastique qui dépasse le simple frisson pour toucher à des questionnements philosophiques sur la nature de la réalité et nos modes de perception.

L’écriture de l’angoisse et du basculement

Mannucci déploie une écriture qui sait domestiquer l’inquiétude, la faire monter par strates successives jusqu’au point de rupture. Son style privilégie la précision clinique pour décrire l’horreur, évitant les effets de manche au profit d’une objectivité qui rend le malaise plus prégnant encore. Cette économie de moyens se révèle particulièrement efficace dans les scènes de basculement, ces instants où la normalité se fissure pour laisser place à l’innommable. L’auteur comprend qu’en matière d’angoisse, la suggestion vaut souvent mieux que l’exposition frontale. Il distille les détails troublants avec parcimonie, laissant l’imagination du lecteur compléter les zones d’ombre. Les dialogues sonnent juste, débarrassés des lourdeurs explicatives qui alourdiraient inutilement le propos.

La temporalité narrative joue un rôle central dans la construction de cette atmosphère oppressante. Mannucci maîtrise l’art du suspense, sachant doser ralentissements contemplatifs et accélérations brutales. Certaines séquences s’étirent volontairement, installant une tension qui devient presque insupportable avant la déflagration. D’autres segments filent à toute allure, emportant le lecteur dans un tourbillon d’événements qui ne laisse aucun répit. Cette alternance rythmique évite la monotonie tout en maintenant une pression constante. L’auteur sait également ménager des respirations trompeuses, ces moments de calme apparent qui ne sont que le prélude à de nouveaux cauchemars. Le format novella l’oblige à une certaine densité narrative qui sert admirablement son propos : pas de temps mort, chaque scène contribue à l’édification de l’angoisse.

Le vocabulaire choisi témoigne d’une attention particulière portée à la matérialité des sensations. Mannucci ne se contente pas de raconter l’horreur, il la fait éprouver physiquement au lecteur. Les descriptions sensorielles abondent, créant une impression d’immersion dans des univers où chaque détail compte. L’odeur, le toucher, les sons deviennent autant de vecteurs d’inquiétude. Cette dimension sensorielle ancre le fantastique dans une corporéité qui empêche toute distance confortable. L’écriture épouse les états psychiques des personnages sans jamais sombrer dans l’introspection bavarde, privilégiant les manifestations concrètes de la peur et du désarroi. Cette approche confère aux récits une urgence qui persiste bien après la lecture.

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Un kaléidoscope des failles contemporaines

Fractures du réel s’impose finalement comme un portrait éclaté de nos angoisses collectives. Mannucci capte l’air du temps à travers sept prismes différents, chacun révélant une facette de nos inquiétudes contemporaines. L’obsession écologique qui vire au cauchemar totalitaire, la manipulation génétique aux conséquences imprévisibles, la vulnérabilité des jeunes générations face aux prédateurs, l’effondrement des certitudes identitaires : autant de thématiques qui résonnent avec une actualité brûlante. L’auteur ne prétend pas offrir de réponses, encore moins de solutions. Son ambition se situe ailleurs, dans cette capacité à cristalliser nos malaises diffus en récits qui leur donnent forme et consistance. Le recueil fonctionne comme un diagnostic littéraire de notre époque, un instantané de ce qui nous hante sans que nous sachions toujours le nommer.

La diversité des approches narratives enrichit considérablement la portée de l’ensemble. Mannucci refuse de s’enfermer dans une formule unique, préférant explorer différentes modalités d’expression de l’angoisse. Cette variété pourrait mener à la dispersion, mais l’unité thématique profonde maintient la cohérence du projet. Les sept novellas dialoguent entre elles par-delà leurs différences de ton et de registre. Elles composent une mosaïque où chaque pièce éclaire les autres d’un jour nouveau. Le lecteur découvre progressivement que toutes ces histoires parlent au fond de la même chose : notre difficulté à habiter un monde qui se dérobe sous nos certitudes, qui mute plus vite que notre capacité à le comprendre.

Au terme de ce parcours dans les zones d’ombre, Fractures du réel laisse une empreinte durable. Mannucci signe un recueil qui témoigne d’une vraie maîtrise des codes du thriller et du fantastique, tout en y insufflant une réflexion qui dépasse le simple divertissement. Les novellas fonctionnent aussi bien comme objets littéraires autonomes que comme fragments d’une vision d’ensemble. L’auteur démontre qu’il est possible d’allier efficacité narrative et ambition thématique, suspense et profondeur. Son écriture, au service d’une imagination fertile, parvient à donner corps à nos peurs les plus sourdes. Ce premier recueil marque l’émergence d’une voix singulière dans le paysage du thriller francophone contemporain, une voix qui mérite l’attention des amateurs du genre.

Mots-clés : Thriller français contemporain, Recueil de novellas fantastiques, Dystopie technologique, Littérature d’angoisse, Fiction spéculative, Fantastique psychologique, Failles du réel


Extrait Première Page du livre

 » NECROWATTS

Empêché de se représenter en 2027 par les limites imposées par la Constitution, Emmanuel Macron avait soigneusement préparé son départ. L’homme choisi pour lui succéder avait été formé dans l’ombre, façonné par une armée de communicants en une figure idéale, prête à prolonger l’héritage du système, sous la supervision attentive du président sur le départ. Comme son mentor, il affichait une vision implacable du pouvoir et une indifférence assumée aux attentes populaires. Cette transition calculée et orchestrée dans le plus grand secret s’était mise en marche un an avant l’échéance, avec une précision presque chirurgicale. Un détail leur avait échappé : l’homme nourrissait un projet caché.

Théophile de Rochebouvier s’était d’abord fait connaître dans le milieu rural et sur des stations locales, avant de conquérir les studios des radios alternatives, puis les matinales des grandes chaînes, jusqu’à s’imposer comme une figure habituelle du JT de 20 heures sur TF1. Son allure stricte et austère, ses cheveux gominés avec soin et ses lunettes à montures d’écailles lui conféraient une élégance discrète, mais marquante. Doué d’une éloquence rare, il enchaînait les punchlines ciselées qui déstabilisaient ses interviewers au point de les faire bégayer de frustration. Sur les réseaux sociaux, sa popularité déferlait comme une vague sans précédent, reléguant toutes les autres formations politiques au rang de concurrents sans aura.

La France avait enfin trouvé son sauveur. Comme prévu, le peuple l’avait élu avec 74,5 % des voix dès le premier tour, un score historique depuis l’instauration du suffrage universel en 1965. Prudent et calculateur, il refusait de se positionner sur l’échiquier politique, dénonçant avec une même énergie cynique ceux qui cherchaient à l’associer à une idéologie et ceux qui le rejetaient. Son génie résidait dans sa capacité à puiser sans scrupule dans chaque courant de pensée, de la modération aux extrêmes, pour créer un ensemble cohérent où chaque valeur convergeait vers un seul et même objectif : le progrès. L’ancien « En même temps » avait laissé place à une nouvelle norme : « Sobriété, Efficacité, Évolution ». « 


  • Titre : Fractures du réel
  • Auteur : Fabrice Mannucci
  • Éditeur : Amazon
  • Nationalité : France
  • Date de sortie : 2025

Résumé

« Fractures du réel » réunit sept novellas où Fabrice Mannucci explore les zones où notre réalité vacille et se fissure. De NecroWatts, dystopie écologique pervertie, à Bestseller, où la création littéraire devient meurtrière, chaque récit interroge nos peurs contemporaines. Entre manipulation génétique, objets maudits, univers parallèles et relations toxiques, l’auteur déploie un éventail de cauchemars qui résonnent avec notre époque.
Mêlant thriller, science-fiction et fantastique, Mannucci construit une œuvre hybride où des personnages ordinaires basculent dans l’extraordinaire. Son écriture précise et nerveuse capte l’angoisse par touches successives, transformant chaque novella en une expérience immersive. Un recueil qui témoigne d’une vraie maîtrise des codes du genre tout en portant une réflexion sur les failles de notre monde contemporain.


Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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2 réflexions au sujet de “Fractures du réel » : Fabrice Mannucci fissure le réel en sept novellas”

  1. Bonjour Manuel,
    Merci pour cette chronique littéraire dithyrambique. Je ne m’y attendais pas.
    Nous, les auteurs, vivons souvent « le syndrome de l’imposteur » lorsque brutalement quelqu’un semble apprécier nos œuvres.
    En France, le format novella est rejeté par les éditeurs, mais paradoxalement, les mêmes seraient prêts à vendre leur âme pour publier un recueil de S. King ! Ils oublient que derrière une célébrité se trouvait au départ un inconnu !
    Puisse ton article élogieux donner envie à tous(tes) tes abonné(es) de découvrir mon univers torturé !
    Amicalement,
    Fabrice.

    • Bonjour Fabrice,
      Merci pour ce retour touchant ! Ton univers torturé mérite amplement cet éclairage. Le syndrome de l’imposteur n’a pas sa place ici : Fractures du réel est une œuvre puissante qui parle d’elle-même. Tu as raison sur le paradoxe français autour de la novella – un format injustement sous-estimé alors qu’il permet une intensité narrative remarquable.
      J’espère sincèrement que cette chronique donnera envie à mes lecteurs de plonger dans ton univers singulier.
      Amicalement,
      Manuel

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