Paris écrasé par une canicule qui ne retombe jamais
Il y a des romans qui choisissent leur décor, et d’autres qui s’y noient volontairement. Thilliez appartient à la seconde catégorie. La capitale de Deuils de miel transpire, suffoque, se pailleté de baigneurs inconscients dans une Seine interdite, et cette chaleur d’étuve ne desserre son étau ni le jour ni la nuit. Le lecteur avance en permanence avec une chemise collée au dos. Ce n’est pas un simple habillage atmosphérique : la fournaise conditionne l’enquête, les corps, les humeurs, la lucidité même des enquêteurs. On boit avec eux, on cherche l’ombre avec eux, on maudit avec eux ces fenêtres ouvertes qui ne brassent plus que des salves de moustiques.
Le romancier tire de cette météo une intelligence narrative remarquable. La chaleur n’est pas un caprice de calendrier, elle devient un paramètre biologique du récit, une condition favorable à des choses que le lecteur découvrira progressivement. Eaux stagnantes, humidité, températures élevées : le trio se met en place sous nos yeux sans que l’on comprenne immédiatement où il nous conduit. Cette manière d’inscrire l’intrigue dans une réalité physique mesurable, plutôt que dans un décor purement esthétique, donne au livre une densité peu commune dans le thriller français de cette période.
Autour de ce noyau brûlant gravite une géographie précise et parfaitement tenue. Issy-les-Moulineaux et son église en rénovation, la campagne assoupie de Chaume-en-Brie, le blanc aveuglant d’une carrière de craie du côté de Meaux, les collines de Verrières-le-Buisson où se blottit une miellerie, les souterrains de Belleville, les hauteurs alpines de Grenoble. Thilliez arpente cette carte avec une gourmandise de marcheur, chaque lieu portant sa lumière propre, son odeur, sa température. On sent l’auteur attaché à ce que le lecteur puisse situer les choses, poser des repères, mesurer les distances. Cette rigueur topographique renforce l’impression de vraisemblance et transforme la région parisienne en un territoire qu’on croit reconnaître, jusque dans ses angles morts. Le Paris de Deuils de miel prend corps par accumulation de détails concrets, et la ville finit par respirer aussi fort que celui qui la traverse.
Franck Sharko, un commissaire qui entend encore les siennes
Le commissaire Franck Sharko fait partie de ces figures que l’on n’oublie pas, et Deuils de miel constitue une étape essentielle de sa construction. Thilliez le présente ici comme un homme reconstruit à moitié, revenu au 36 après des années d’éloignement, réintégré grâce à l’appui d’un divisionnaire nommé Leclerc qui l’estime autant qu’il le redoute. La machine Sharko fonctionne, l’intuition est intacte, le flair impressionne ses collègues. Mais l’homme derrière le flic porte des blessures qu’aucune reprise de service ne referme.
Ce qui frappe, c’est la délicatesse avec laquelle l’auteur traite ces fêlures. Suzanne et Eloïse, sa femme et sa fille, occupent une place immense dans le livre sans jamais y apparaître autrement que par la mémoire, les rêves et ces voix qui reviennent le harceler dès que le silence s’installe. D’où cette manie de laisser la radio allumée, la télévision en marche, les trains électriques en mouvement, tout ce vacarme domestique destiné à couvrir des présences qu’il n’ose plus nommer. Le réseau ferroviaire miniature qu’il entretient dans son salon, avec ses figurines de plâtre à peindre et ses locomotives à vapeur, devient l’un des motifs les plus émouvants du roman : un homme qui fabrique patiemment un bonheur de 1930 parce que le sien s’est arrêté sur une bordure de nationale.
Thilliez ne cède jamais à la facilité du flic torturé décoratif. Les tremblements de Sharko, les comprimés avalés à contrecœur, les absences que ses supérieurs repèrent, les colères qui lui échappent : tout cela s’articule à la conduite de l’enquête et pèse concrètement sur elle. L’auteur ose montrer un enquêteur qui commet des erreurs, franchit des lignes, subit des interrogatoires internes, et il l’accompagne sans complaisance ni jugement. Face à lui, la commissaire Del Piero, rousse, méthodique, fraîchement arrivée de Lyon, offre un contrepoint d’une justesse notable, et leur relation évolue par touches successives, loin des rapports de force convenus. Le duo fonctionne parce que chacun garde son épaisseur propre.
Un confessionnal, sept papillons et une inscription à dix mètres du sol
L’enquête démarre sur un tableau que le lecteur n’est pas près d’effacer. Dans une église d’Issy-les-Moulineaux, une femme d’une cinquantaine d’années, crâne rasé, chevilles entravées, agenouillée dans la loge des pénitents d’un confessionnal, l’index tendu vers un point précis. Sur sa tête, sept papillons vivants, des sphinx tête de mort reconnaissables au dessin macabre imprimé sur leur thorax, capables de pousser un couinement quand on cherche à les capturer. Aucune blessure apparente, aucune trace de strangulation, rien qui explique le décès. Le légiste Van de Veld, militaire dans l’allure et chirurgical dans le propos, avoue son embarras.
La force de cette ouverture tient à la qualité du dialogue entre Sharko et le lieutenant Sibersky, qui décortiquent la scène pièce par pièce. Pourquoi cette nudité, pourquoi ce rasage intégral, pourquoi les mains libérées quand les pieds restent liés ? Le commissaire refuse l’explication paresseuse du fantasme sexuel et propose une lecture plus élaborée, ancrée dans la symbolique du lieu, la nudité originelle, la cérémonie. Thilliez fait ici la démonstration de son goût pour le raisonnement construit, celui qui progresse par hypothèses successives et par lectures croisées d’un même indice.
Puis vient l’idée qui fait basculer la scène dans une autre dimension : le doigt du cadavre ne désigne pas quelque chose au sol, mais quelque chose en hauteur. Gravé au sommet d’une colonne restaurée, à plus de dix mètres, un texte attend depuis des mois qu’on daigne lever les yeux. L’assassin a préparé son affaire durant tout un trimestre, profitant des échafaudages d’un chantier de rénovation pour inscrire dans la pierre un avertissement que les fidèles ont contemplé sans le voir. Cette image d’un message exposé au regard de tous et pourtant invisible constitue l’une des plus belles trouvailles du livre. Elle donne le ton d’une intrigue conçue comme un jeu de piste où chaque étape en révèle une autre, où le criminel dicte le rythme et où les enquêteurs avancent exactement à l’allure qu’il leur accorde.
L’Apocalypse selon saint Jean comme fil conducteur
Le texte gravé dans la pierre parle d’une Courtisane et de son tympan, d’un abîme aux eaux noires, d’une Moitié tuée par le Méritant, d’une trompette annonçant un fléau, d’un déluge et d’un mauvais air. Charabia mystique pour qui le lit à froid, système cohérent pour qui possède les clés. C’est là qu’intervient Paul Legendre, docteur en théologie protestante, ami de longue date du commissaire, fumeur de pipe installé en lisière de forêt, qui reçoit Sharko en pleine nuit avec un brandy et une érudition réjouissante. Les pages consacrées à leurs échanges comptent parmi les plus stimulantes du roman.
Legendre déplie patiemment la symbolique : le Christ époux de l’Église, l’Église corrompue assimilée à une courtisane infidèle, le tympan comme sculpture d’accueil au fronton des édifices romans, les sept trompettes annonçant sept fléaux aux sept Églises d’Asie Mineure, le sept comme chiffre de la perfection divine opposé au six de la Bête. Chaque explication éclaire un fragment de l’énigme tout en en épaississant une autre, et le théologien prévient lui-même son ami qu’il ne lui livrera pas le coupable sur un plateau. Cette progression maîtrisée évite l’écueil du décryptage explicatif où un expert résoudrait l’affaire en trois répliques.
Le pari religieux de Deuils de miel aurait pu tourner à l’ésotérisme de bazar. Thilliez s’en préserve par une double précaution. D’abord la précision documentaire, palpable dans chaque référence biblique convoquée. Ensuite le regard de Sharko lui-même, athée revendiqué depuis la mort des siennes, qui écoute sans adhérer et traduit ces symboles en pistes opérationnelles. L’assassin, lui, croit sincèrement, et cette sincérité fait toute la différence : Thilliez construit une logique interne assez solide pour que le lecteur en perçoive la cohérence sans jamais la partager. La prophétie n’est pas un décorum, elle constitue la charpente de l’intrigue, et chaque terme du message trouvera son équivalent concret dans le monde réel. Le plaisir de lecture naît de cette conversion permanente du verbe biblique en matière policière.
Anophèles, propolis et vivariums, la documentation au service du récit
Il y a chez Thilliez un appétit de savoir qui devient ici une signature. Deuils de miel déploie une culture entomologique et parasitologique impressionnante, sans jamais l’exhiber gratuitement. Le professeur Diamond, spécialiste en parasitologie, explique le cycle du Plasmodium falciparum avec des images qui restent en tête, cette forme de bague de fiançailles qui lui permet de se glisser dans les vaisseaux les plus fins, cette incubation silencieuse dans le foie où le parasite se démultiplie hors de portée de tout microscope. Calypso Bras, ingénieure sénégalaise du pôle informatique d’un laboratoire P3, guide Sharko dans un insectarium souterrain où des capucins voisinent avec des nuées d’insectes porteurs de fièvre jaune, de dengue et d’encéphalite japonaise.
L’auteur ne se contente pas d’aligner des connaissances : il les rend opératoires. La propolis récoltée par les abeilles, ses propriétés antiseptiques supérieures à la novocaïne, son usage ancien pour embaumer les momies et couler dans les plaies pendant les guerres hivernales, tout cela nourrit directement la traque. L’acide lactique contenu dans le miel frais, qui traverse les pores de la peau et attire les insectes, explique un détail de la scène de crime. La brièveté de vie des sphinx adultes, la phéromone femelle capable d’appeler les mâles à dix kilomètres, la fécondité vertigineuse des pucerons : chaque information trouve son emploi.
Cette matière scientifique ouvre en outre des séquences de pure tension. Une descente en zone confinée derrière des sas dépressurisés, une visite chez un arachnophile qui entretient dans sa cave des veuves noires et des néphiles hors de prix, une virée dans une bourse clandestine où se négocient mambas verts, venins et substances vaudoues sous des ampoules glauques. Thilliez transforme chaque leçon en épreuve physique pour son commissaire, et la documentation cesse d’être un ornement pour devenir un moteur d’angoisse. Le lecteur ressort du livre en sachant des choses qu’il ignorait, et surtout en ayant appris à les redouter.
Une écriture nerveuse, taillée pour la course
La phrase de Thilliez a du muscle. Elle avance par saccades, alterne les blocs descriptifs travaillés et les rafales de propositions courtes, parfois réduites à un mot. Dans les moments de tension extrême, la syntaxe se disloque volontairement pour épouser la panique : verbes à l’infinitif, comptages absurdes, bribes de souvenirs, injonctions que le protagoniste s’adresse à lui-même. Cette prose haletante, presque physiologique, fonctionne remarquablement lors des séquences d’apnée, de reptation dans des conduits étroits ou de course dans les tunnels du métro. On lit en retenant son souffle parce que la phrase elle-même manque d’air.
Le romancier possède aussi une vraie plume descriptive, et il ne s’en prive pas quand le rythme l’autorise. Les images de nature abondent, souvent inattendues : une ville d’abeilles qui palpite au soleil comme des buildings aux fenêtres en alvéoles, un vieux village aux allures de petite Provence parisienne, des chênes tordus en spirales tourmentées. Cette capacité à passer du lyrisme au staccato, parfois à l’intérieur d’une même page, donne au livre son relief. Les chapitres, tous courts, s’enchaînent selon une mécanique implacable, et Thilliez maîtrise l’art de la dernière ligne qui interdit de refermer le volume.
Ajoutons une réussite formelle qui mérite d’être signalée : l’alternance des régimes narratifs. Certains passages basculent au présent, d’autres adoptent un dialogue intérieur sans guillemets, comme une conversation flottante entre Sharko et des voix qui ne devraient plus lui répondre. Cette variation crée un trouble discret, entretenu tout au long du récit, et brouille par instants la frontière entre le rapport de police et le monologue d’un homme fatigué. Loin d’être un effet de manche, ce dispositif accompagne la matière psychologique du livre et prépare le lecteur à une expérience de lecture plus vertigineuse qu’il ne l’imaginait en ouvrant le volume.
Le goût du miel dans le deuil
Publié en 2006, deuxième apparition de Franck Sharko après Train d’enfer pour Ange rouge, Deuils de miel occupe une place charnière dans l’œuvre de Franck Thilliez. On y voit un romancier consolider ce qui deviendra sa marque : l’obsession documentaire, le goût des énigmes à tiroirs, la fascination pour les mécanismes du cerveau, et surtout cette faculté à greffer une histoire intime bouleversante sur une machinerie criminelle spectaculaire. Le livre tient sur deux jambes de force égale, l’enquête et l’homme, et refuse de sacrifier l’une à l’autre.
Le titre lui-même mérite qu’on s’y arrête, tant il condense l’intention du roman. Le miel y circule partout, dans les ruches de Verrières-le-Buisson, dans l’estomac d’une victime, dans les papillons qu’il attire, dans les mots doux d’une fillette. Substance de douceur et instrument de cruauté, il incarne exactement cette ambivalence que Thilliez travaille de bout en bout. Et le deuil, l’autre versant, traverse chaque page sans jamais s’appesantir : deuil d’une famille, deuil d’une identité, deuil d’un passé que d’autres voudraient ressusciter par la violence.
Reste ce que le roman offre de plus précieux, une sensation de vertige qui monte lentement puis s’impose. Thilliez avance masqué, dispose ses pièces avec une patience de joueur d’échecs, et ce que l’on croyait avoir compris se réorganise en cours de route. Les lecteurs qui découvriront le commissaire par ce titre y trouveront un excellent point d’entrée, ceux qui le connaissent déjà mesureront tout ce que les livres suivants doivent à cette étape. Il faut simplement accepter d’entrer dans la canicule, de suivre un flic qui parle à des absentes, de lever les yeux vers les voûtes d’une église et d’écouter attentivement ce que le miel murmure à ceux qui savent l’entendre. Le voyage est éprouvant, il est aussi de ceux dont on ne sort pas indemne.
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Mots-clés : Franck Thilliez, Deuils de miel, Franck Sharko, thriller français, polar entomologique, enquête criminelle Paris, Apocalypse saint Jean
Extrait Première Page du livre
« Un an… Un an depuis l’accident.
Un moment d’inattention. Une seconde. Même pas. Une pulsation. Bordure de nationale. Une crevaison. Je me baisse, ramasse un boulon échappé sous le châssis. Me relève. Trop tard. Ma femme court au milieu de l’asphalte, ma fille au bout de ses doigts. Un véhicule qui surgit, trop vite. Bleu. Je vois encore ce bleu trop saillant, alors que je m’élance en hurlant. Le crissement des freins sur la chaussée détrempée. Puis, plus rien…
Un jour, on réapprend à vivre.
Et, le lendemain, tout fout le camp…
Devant moi, au creux des remparts de Saint-Malo, un type déambule tranquillement, les cheveux à l’air, le teint flatté par les rouges d’un crépuscule flamboyant.
C’est lui, je l’ai reconnu sans l’once d’une hésitation. La France n’est pas assez grande, il faut que je croise sa route, au terme de mes congés. Celui qui leur a arraché la vie.
Le chauffard.
À cet instant, quelque chose craque en moi. Une déchirure abominable.
Dire que je pensais qu’elle allait mieux, ma Suzanne, après six années de traitements abrutissants et de cris dans la nuit. Le traumatisme de son enlèvement1 semblait s’essouffler, elle savait sourire à nouveau, au moins à mes yeux, avait réappris les choses simples de la vie. Se laver, s’habiller, s’occuper un peu de notre petite Eloïse. Bien sûr, ce n’était plus la combattante d’autrefois, tellement lointaine parfois, si décrochée de la réalité et dépendante d’autrui. Sans cesse à arpenter la frontière de la folie. Mais j’avais perçu dans ses yeux le renouveau, la soif de vivre surpassant celle de partir.
Suzanne… Pourquoi t’es-tu lancée sur une nationale avec notre fille ? Quel démon s’est emparé de toi, en ce triste matin d’automne ?
Ces questions, je les ai ressassées des centaines et des centaines de fois. Un livre, qu’on ne referme jamais…
Devant, l’homme, Chartreux, il s’appelle Patrick Chartreux, s’adosse sur la vieille pierre et sort son téléphone portable. Il se retourne brusquement vers moi, je détourne la tête et simule un intérêt soudain pour le grand large. L’onde tranquille, ses bateaux paisibles. Je ne sais pas comment réagir. Une haine grandissante me brûle la gorge et je me sens capable d’une connerie. Mes poings se crispent, tandis que Chartreux s’engouffre dans un bar branché. Le voir disparaître me soulage. J’aurais pu repartir, l’oublier. Alors, pourquoi me suis-je décidé à l’attendre, grillant clope sur clope ? Pas bon signe…
Le front perlant, les mains moites, j’ouvre et ferme mon portefeuille d’un geste nerveux. Ma carte tricolore de flic occupe à nouveau son emplacement. Après tant d’années loin du pavé et des traques, j’ai repris le métier. Quitter le Nord, son ciel bas, ses souvenirs trop blessants. Puis retrouver la Grande Pieuvre, ses rues surpeuplées, cette vie de dingue au 36. Leclerc, mon divisionnaire, m’a mis plusieurs fois à l’épreuve ces six derniers mois et je n’ai pas failli. Il pense avoir retrouvé le commissaire d’antan, sa hargne au combat. Il a sans doute raison. Jamais cette hargne n’a été aussi grande…
Le commercial friqué sort enfin, fringant dans son costume de marque. Il hume l’air iodé, réajuste son col de chemise griffée avant d’attaquer sa marche. Des flashs me fracassent l’esprit. Sa tête de vainqueur, au procès. Ses faux airs de compassion. Ses larmes simulées. Trente kilomètres au-dessus de la moyenne, deux existences volées et une si petite punition ! À l’époque, des bras avaient su m’empêcher de le démolir. Plus maintenant. J’accélère le pas et me rapproche de lui…
Bifurquer dans une ruelle déserte restera très certainement sa plus grande erreur. Son corps ploie sous le feu de ma colère, tandis que mes chéries hurlent là, dans ma tête… Encore et encore… Je me relève, tremblant, le visage dans l’ombre. Mes yeux sont gorgés de sang et de sueur…
Qu’est-ce que j’ai fait ?
Je m’enfuis subitement et précipitamment vers ma voiture. Contact. Autoradio à fond. Direction l’autoroute… Curieusement, je n’éprouve aucun soulagement… pitoyable… Sur le volant, mes mains tremblent fort.
Sous la traînée des astres, je quitte les douceurs océanes pour les forges rougeoyantes de la capitale. L’étau de chaleur qu’aucun souffle ne daigne apaiser ne se desserre plus, même la nuit. Alors je souffre en silence, transpercé par une grande brûlure dévorante… La brouette d’acier qui me sert de véhicule bougonne mais me transporte quand même à bon port…
L’Hay-les-Roses… Mon immeuble… Sa solitude acide…
Là-haut, au troisième étage, se déroulent des rubans teigneux de marijuana. Un raccourci osé qu’a trouvé mon voisin de palier, un Rasta solitaire, pour ramener à lui l’exubérance de la Guyane. Sa grand-mère et moi étions liés d’une amitié sans frontières. Elle aussi, dans ses grands ensembles de madras, a disparu dans des conditions abominables.
L’Ange rouge a décidément détruit ma vie et éliminé ceux que j’aimais. »
- Titre : Deuils de miel
- Auteur : Franck Thilliez
- Éditeur : La vie du rail
- ISBN : 9782915034424
- Format : Broché
- Nationalité : France
- Langue : Français
- Date de publication : 14/03/2006
- Nombre de pages : 330 pages
- Genre : Thriller
- Sujets traités : Enquête criminelle, Deuil, Symbolique religieuse, Entomologie, Paludisme, Traumatisme psychologique, Vengeance, Canicule
Résumé
Paris étouffe sous une canicule interminable lorsque le commissaire Franck Sharko revient de congés. Dans une église d’Issy-les-Moulineaux, une femme d’une cinquantaine d’années est découverte agenouillée dans un confessionnal, entièrement rasée, les chevilles entravées, sept papillons sphinx tête de mort vivants posés sur son crâne. Aucune blessure, aucune trace de violence, et un légiste incapable de nommer la cause du décès.
L’index tendu de la victime désigne une inscription gravée au sommet d’une colonne, à dix mètres du sol, plusieurs mois avant le crime. Une prophétie obscure, nourrie de références à l’Apocalypse selon saint Jean, qui promet aux enquêteurs un jeu de piste dont l’assassin fixe seul le rythme. Sharko s’y engage avec la hargne d’un homme qui n’a plus grand-chose à perdre, hanté par les voix de sa femme et de sa fille disparues, et rattrapé par une fillette en robe de chambre bleue qui frappe un soir à sa porte.
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis plus de 60 ans, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.














