Interview de Didier Fossey auteur

Interview de Didier Fossey auteur

Didier Fossey, la nuit parisienne comme matière première

Il y a des parcours qui ne ressemblent à aucun autre. Né en 1954 à Paris, Didier Fossey passe par un lycée hôtelier à Granville, en Normandie, décroche un CAP de garçon de restaurant, embarque sur le paquebot France, enchaîne les établissements parisiens et ouvre son propre restaurant. Puis, en 1984, il laisse tout tomber pour entrer dans la police. Son père était policier, et le virus a fini par se transmettre. Aujourd’hui retraité, il aura passé dix-huit ans à la BAC de nuit de Paris, une bonne partie dans le 13e arrondissement, entre planques, traques et morsure du froid, un monde qui lui a laissé de quoi nourrir ses livres bien des années plus tard.

L’écriture est venue ensuite, presque par accident. Après avoir retrouvé de vieux textes écrits pour le plaisir, il publie un premier polar, Tr@que sur le Web, aux Éditions Les 2 Encres en 2010, puis Ad Unum l’année suivante. En 2015, Burn-Out paraît aux Éditions Flamant Noir et remporte le Prix polar du Lions Club. Suivront d’autres distinctions, dont le Prix Polar Dora-Suarez en 2022 pour Affaires internes. Entre-temps, une silhouette s’est installée dans son univers, celle du commandant Boris Le Guenn, que les lecteurs retrouvent d’un titre à l’autre.

Érèbe, paru en 2024 chez M+ Éditions, est son dixième polar, et sans doute l’un de ses plus noirs. Cabarets, boîtes de nuit, réseaux d’exploitation, Dark Web, et derrière tout cela l’ombre de la Libye de Kadhafi : le roman relie les ténèbres d’un régime déchu aux nuits de la capitale, avec un commandant Eneko Etxeparre et une capitaine Isabelle Danglard qui avancent à tâtons dans une affaire qui les dépasse. J’en avais tiré une chronique détaillée sur Le Monde du Polar, à laquelle l’auteur avait répondu en commentaire, révélant au passage la filiation de son roman avec La Dernière Nuit du Raïs de Yasmina Khadra.

Restait à prolonger la conversation. Voici donc l’occasion de revenir avec lui sur ce qui sépare, ou pas, le flic de l’écrivain, sur cette façon d’écrire la violence sans l’esthétiser, sur ce que trente et un ans de police laissent dans une plume. Place à Didier Fossey.

L’interview questionnaire de Didier Fossey

Vous écrivez à la main ou au clavier ?
J’écris au clavier, j’ai essayé à la main mais le manuscrit ressemblait vite à un torchon illisible à cause des ratures, annotations … beaucoup plus pratique sur ordi.

Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
Couche-tard, et lève-tôt, je ne dors pas beaucoup.

Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
J’ai toujours écrit, depuis tout jeune, c’était un besoin. J’ai eu envie de mettre sur le papier le quotidien des flics, j’ai proposé mon premier roman en 2010 qui a été édité et depuis je n’arrête pas, je ne peux pas rester longtemps sans écrire.

À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
Entre 12 et 18 mois.

Votre plus belle émotion d’auteur ?
Ni une rencontre, ni un prix mais une scène ordinaire. Je suis dans mon jardin, la fille de mes voisins est dans le sien et je l’entends demander à son fiancé : « Tu peux me descendre mon livre, le titre c’est maman a tort ». Machinalement je dis à haute voix : « Michel Bussi ». Elle vient à la haie et me dit : « Vous l’avez lu ? », réponse « Oui et j’ai même rencontré l’auteur à Créteil en poche, j’ai dîné en sa compagnie et d’autres auteurs ». « Ah bon, mais pourquoi ? ». « J’écris aussi ». « Vous êtes qui ? ». « Didier Fossey ». « Ah, Burn Out, c’est vous ? ». « Oui ». À l’attention de son fiancé : « Descends moi aussi Burn Out, il est dans la bibliothèque ». À mon intention. « Vos voulez bien me le signer ? ». J’étais ému et je dois bien l’avouer fier.

Le livre qui vous a le plus marqué ?
« Sa vie dans les yeux d’une poupée » d’Ingrid Desjours. J’ai été scotché, c’est noir, très noir et je n’ai pas vu arriver le dénouement.

Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
Comment faire disparaître un corps ?

Votre lieu de crime idéal ?
J’aime bien les lieux souterrains, grottes, catacombes, anciennes carrières, réminiscence de terreurs enfantines peut-être.


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Votre arme du crime préférée ?
Sans hésitation les armes blanches, tuer à l’arme blanche nécessite une proximité, une intimité avec la victime.

Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
Oh oui ! Je me demande parfois où je vais chercher tout ça.

Votre pire cauchemar d’auteur ?
Cauchemar vraiment fait. Le méchant d’un de mes romans prend vie et me harcèle sur les réseaux, par mail, il m’appelle père. Flippant.

Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Thanatopracteur, parce que la mort est mon métier.

Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
Au rayon traiteur. Quel meilleur endroit pour se débarrasser d’un corps. Vous allez regarder d’un autre œil la terrine du chef…

Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
La science fiction, les voyages dans le futur, les retours dans le passé, les OVNIS, les extraterrestres me fascinent.

Le livre dont vous êtes le plus fier ?
Burn Out, j’ai mis dans ce livre mes tripes, mes angoisses de l’époque, mes cauchemars. C’est le seul de mes polars qui a été classé best-seller avec plus de 25000 lecteurs.

Où vous sentez-vous chez vous ?
Partout, je me définis comme un citoyen du monde. Une petite préférence pour le Mont Saint- Michel pour son atmosphère particulière. J’y retourne à chaque fois que je peux.

Le dernier polar dont vous avez parlé à quelqu’un ?


En guise de conclusion, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ? Une actualité, un nouveau projet qui vous passionne, une œuvre à paraître ou un événement spécial que vous souhaiteriez mettre en lumière, un prix reçu, une dédicace ou un salon ?

J’ai découvert l’écriture à 4 mains avec Isabelle Desaulve, nous avons sorti un polar « Implosion » et cette année « Terminus les Glycines » un cosy crime qui se passe dans un EHPAD. Le héros en est l’ancien chef de la BRI de Lyon, pensionnaire de l’établissement et qui trouve que les derniers décès sont suspects. C’est drôle, savoureux et je pense que nous allons réitérer.

Plus d’infos sur Instagram : @didierfossey

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Érèbe de Didier Fossey
Érèbe Didier Fossey

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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