L’espionnage au temps des tensions russo-ukrainiennes
Alain Bauer signe avec « Opération Zelensky » un roman d’espionnage qui puise sa force dans les tensions contemporaines qui ébranlent l’Europe de l’Est. Publié dans un contexte où les relations russo-ukrainiennes occupent quotidiennement l’actualité internationale, ce premier tome de la série consacrée à l’agence Mozart s’empare des codes du thriller géopolitique pour tisser une intrigue qui résonne avec une acuité particulière. L’auteur, criminologue reconnu et spécialiste des questions de sécurité, mobilise ici son expertise pour construire un récit où la fiction dialogue avec la réalité géopolitique, créant ainsi une atmosphère de tension palpable dès les premières pages.
Le roman se déploie entre septembre 2021 et janvier 2022, période charnière qui précède de quelques semaines l’invasion russe de l’Ukraine. Cette temporalité confère au récit une dimension quasi prophétique, plaçant les lecteurs dans la position inconfortable de témoins d’événements dont ils connaissent déjà l’issue tragique. Bauer construit son intrigue autour d’une opération d’infiltration au cœur des cercles du pouvoir russe, explorant les mécanismes secrets qui préparent les grands bouleversements historiques. Les lieux emblématiques se succèdent – Moscou, Kiev, Saint-Pétersbourg, Reykjavik – dessinant une géographie de l’espionnage moderne où chaque capitale devient le théâtre d’enjeux qui dépassent largement les destins individuels.
L’ancrage dans l’actualité ne se limite pas à un simple décor contextuel : il constitue le matériau même de la narration. En s’appuyant sur des éléments factuels et des problématiques authentiques, l’auteur parvient à instaurer un sentiment d’urgence qui maintient le lecteur en alerte constante. La frontière entre la documentation et l’imagination devient poreuse, transformant ce premier épisode en une expérience de lecture qui interroge autant qu’elle divertit. Cette approche permet au roman de transcender le simple divertissement pour offrir une réflexion sur les rouages du pouvoir et les manipulations qui précèdent les conflits armés.
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L’univers de l’agence Mozart et ses agents secrets
Au cœur du dispositif narratif se trouve l’agence Mozart, une organisation clandestine qui opère depuis un lieu aussi improbable qu’ingénieux : un village viking reconstitué sur la côte islandaise. Cette base secrète, dissimulée sous les apparences d’un décor de cinéma abandonné, incarne parfaitement la philosophie qui guide cette agence : se cacher à la vue de tous, transformer le visible en invisible. Jack Baggelson, fondateur et stratège de Mozart, a bâti cette structure après une carrière au sein des services occidentaux, créant ainsi une famille recomposée d’agents du premier cercle dont les compétences complémentaires forment un organisme aussi efficace que discret.
Vera Kaplan, personnage central de cette première mission, illustre la complexité psychologique qui anime les membres de Mozart. Capable d’endosser l’identité de Natasa Kucic, galeriste serbe spécialisée dans l’art contemporain, elle navigue avec une aisance troublante entre ses multiples facettes. Son profil d’athlète quadragénaire aux réflexes aiguisés contraste avec la sophistication de sa couverture artistique, révélant cette dualité permanente qui caractérise l’existence des agents secrets. Bauer explore avec finesse ce syndrome du clandestin, cette incapacité à retrouver une identité stable, transformant ses personnages en caméléons condamnés à jouer perpétuellement des rôles. L’auteur peuple son univers d’autres figures dont les contours se dessinent progressivement, suggérant un collectif soudé par des liens qui dépassent la simple camaraderie professionnelle.
L’agence Mozart se distingue par sa modernité technologique et son autonomie opérationnelle. Ultra-connectée tout en restant indétectable, protégée comme un bunker mais ouverte aux visiteurs de passage qui assurent sa couverture, cette organisation incarne une vision contemporaine de l’espionnage où l’infrastructure physique se double d’une présence virtuelle omniprésente. Les missions s’y préparent avec minutie, chaque opération résultant d’un travail d’infiltration patient qui peut s’étendre sur plusieurs mois. Cette temporalité contraste avec le rythme effréné des scènes d’action, instaurant une respiration narrative qui reflète la réalité du métier d’agent : de longues périodes d’observation ponctuées d’instants où tout bascule.
Une architecture narrative entre action et flashbacks
Bauer orchestre son récit selon une construction temporelle stratifiée qui enrichit progressivement la compréhension des enjeux. Le roman alterne entre le présent de l’action, concentré sur quelques mois cruciaux de 2021-2022, et des incursions dans le passé soviétique de 1992, période charnière marquée par l’effondrement de l’URSS. Ces retours en arrière ne constituent pas de simples parenthèses explicatives : ils fonctionnent comme des strates archéologiques qui révèlent les racines profondes des conflits contemporains. Saint-Pétersbourg de l’ère post-soviétique émerge ainsi dans ces fragments mémoriels, offrant un éclairage sur les trajectoires des personnages et les ramifications historiques qui nourrissent les tensions actuelles.
La narration progresse par bonds géographiques et temporels, transportant le lecteur de Moscou à Kiev, de Reykjavik aux villages islandais, en l’espace de quelques pages. Cette mobilité permanente reflète la nature même du travail d’espionnage, où les agents traversent les frontières aussi naturellement qu’ils changent d’identité. Chaque chapitre s’ancre dans un lieu précis, daté avec précision, instaurant un découpage quasi cinématographique qui maintient la tension narrative. Les séquences s’enchaînent avec fluidité, passant des scènes contemplatives où Vera observe son environnement aux moments d’intensité maximale où chaque geste peut compromettre une mission de plusieurs mois.
L’auteur maîtrise particulièrement l’art du rythme, dosant les moments de suspense et les passages plus introspectifs qui permettent d’approfondir la psychologie des protagonistes. Les flashbacks servent également à tisser des liens entre les générations d’espions, suggérant que les affrontements actuels prolongent des luttes anciennes jamais véritablement résolues. Cette construction temporelle complexe évite l’écueil de la linéarité tout en préservant la clarté du propos, guidant le lecteur à travers un labyrinthe chronologique où chaque élément trouve progressivement sa place dans le puzzle d’ensemble. Le montage narratif crée ainsi un effet de profondeur qui transforme un thriller d’espionnage en fresque historique où le passé irrigue constamment le présent.
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Le réalisme documentaire au service de la fiction
L’expertise d’Alain Bauer en criminologie et en questions sécuritaires transpire à chaque page sans jamais écraser la dimension romanesque. Le MAMM, musée d’Art multimédia de Moscou, devient bien plus qu’un simple décor : avec ses sept étages reliés par une rampe digne du Guggenheim, il s’impose comme un espace authentique où se déploie une scène d’infiltration minutieusement décrite. L’exposition consacrée à Oleg Tselkov, artiste réel du postconstructivisme russe, ancre l’intrigue dans une réalité culturelle vérifiable. Cette attention portée aux détails factuels confère une densité particulière au récit, où les noms d’institutions comme le comité d’enquête de la Fédération de Russie ou les références au FSB ne relèvent pas du simple name-dropping mais participent d’une volonté de restituer fidèlement les mécanismes du pouvoir russe.
La documentation se manifeste également dans l’évocation des lieux et des atmosphères. Les descriptions de Moscou, Saint-Pétersbourg ou Kiev témoignent d’une connaissance intime de ces capitales, de leurs codes sociaux et de leur évolution post-soviétique. Bauer intègre des éléments concrets comme les Lada délavées qui sillonnent les rues ukrainiennes ou les costumes de prêt-à-porter des agents du FSB, détails apparemment anodins qui construisent pourtant une vraisemblance essentielle. L’auteur manie les références culturelles avec précision, citant le film d’Isabelle Adjani sur Tselkov ou évoquant le réalisateur islandais Baltasar Kormákur, tissant ainsi un réseau de références qui enrichit la texture narrative.
Cette approche documentaire ne bride jamais l’imagination créative mais lui fournit au contraire un socle solide sur lequel édifier la fiction. Les procédures d’espionnage décrites – du vol discret d’un téléphone portable à l’utilisation de clés USB dissimulées, du recrutement patient de sources locales aux techniques d’évasion mentalement visualisées – possèdent une crédibilité qui transforme le lecteur en témoin privilégié d’opérations secrètes. L’insertion finale d’une figure réelle comme Maria Lvova-Belova, commissaire aux droits de l’enfant, brouille délibérément les frontières entre fiction et réalité, invitant à une réflexion sur les zones d’ombre des régimes autoritaires.
Les enjeux ukrainiens et la montée des tensions
L’Ukraine s’impose progressivement comme l’épicentre dramatique du roman, territoire disputé où se cristallisent les ambitions russes et les résistances occidentales. Kiev apparaît à travers les yeux des agents de Mozart comme une ville en sursis, parcourue de tensions souterraines qui affleurent par intermittence. Bauer capte avec justesse cette atmosphère particulière des semaines précédant un bouleversement majeur, quand les signes avant-coureurs se multiplient sans que personne ne puisse encore en mesurer l’ampleur réelle. Les troubles orchestrés par des agents dormants russes, mentionnés dans les derniers chapitres, préfigurent l’embrasement à venir et installent un sentiment d’inéluctabilité qui traverse tout le récit.
La figure de Zelensky, bien que discrète dans ce premier tome, plane sur l’ensemble du dispositif narratif comme une présence fantomatique dont on devine l’importance stratégique. Le titre même de l’opération suggère que le président ukrainien constitue l’objectif ultime d’une machination complexe dont les ramifications se dévoilent lentement. L’auteur construit son intrigue autour de cette cible politique, transformant l’Ukraine en champ de bataille où s’affrontent des services secrets aux méthodes sophistiquées. Les missions d’infiltration se multiplient dans la capitale ukrainienne, révélant l’intensité de la surveillance et des manipulations qui précèdent les grandes manœuvres militaires.
La temporalité choisie par Bauer amplifie la dimension tragique de son propos. En situant l’action entre septembre 2021 et janvier 2022, il plonge ses lecteurs dans ces ultimes semaines où l’histoire bascule irrémédiablement. Cette proximité temporelle avec les événements réels confère au roman une résonance particulière, transformant la fiction en avertissement rétrospectif sur les mécanismes secrets qui préparent les conflits. L’Ukraine devient ainsi le symbole d’une souveraineté menacée, d’un territoire convoité où se jouent des parties d’échecs géopolitiques dont les populations civiles paieront le prix fort. Le roman documente cette montée inexorable vers la guerre, capturant l’atmosphère oppressante d’une période où tout semble encore possible alors que les dés sont déjà jetés.
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La complexité des personnages et leur psychologie
Vera Kaplan incarne cette dualité fondamentale qui habite tous les agents clandestins, partagée entre ses multiples identités et la quête impossible d’un soi authentique. Bauer explore avec subtilité ce que le roman nomme le « syndrome du clandestin », cette terreur existentielle qui étreint ceux qui ont trop longtemps joué à être quelqu’un d’autre. Lorsqu’elle rajuste sa robe noire pour redevenir Natasa Kucic, la galeriste belgradoise, Vera ne se contente pas de changer d’apparence : elle bascule dans une autre conscience, une autre manière d’habiter le monde. Cette fragmentation identitaire trouve son expression la plus frappante dans sa capacité à visualiser instantanément douze scénarios d’évasion dès qu’elle pénètre dans un lieu clos, réflexe de survie devenu seconde nature qui révèle l’hypervigilance épuisante de son existence.
Jack Baggelson se dessine en creux comme une figure paternelle tourmentée, fondateur de Mozart qui a substitué aux liens familiaux traditionnels une famille recomposée d’espions. Fils de diplomates ayant grandi entre deux mondes, producteur de cinéma devenu maître-espion, il illustre ces trajectoires sinueuses où les frontières entre les vies officielles et secrètes s’estompent jusqu’à se confondre. Son inquiétude maladive pour les agents du premier cercle trahit une vulnérabilité inattendue chez ce stratège habituellement imperturbable. L’auteur suggère que derrière l’efficacité opérationnelle de l’agence se cachent des êtres blessés qui ont trouvé dans l’espionnage non pas une vocation mais un refuge.
Servane Korolev, la jeune artiste slam recrutée comme source, représente une génération russe écartelée entre ses aspirations occidentales et son héritage familial. Fille d’un dirigeant du comité d’enquête, elle trahit ce père bureaucrate qu’elle méprise avec un enthousiasme qui mêle rébellion adolescente et idéalisme politique. Sa beauté et son talent lui offrent une couverture involontaire, les autorités retenant davantage sa rythmique que son message contestataire. Bauer compose ainsi une galerie de portraits où chaque personnage porte les stigmates de son époque et de ses choix, transformant le roman d’espionnage en étude psychologique des âmes fracturées par la clandestinité.
L’art de l’espionnage moderne
Bauer dévoile les coulisses d’un métier où la patience constitue l’arme la plus redoutable, bien avant les gadgets technologiques ou les confrontations physiques. Le recrutement de Servane s’étend sur plusieurs mois de travail minutieux, tissant lentement la toile qui transformera une artiste rebelle en source précieuse. Cette temporalité dilatée contraste avec l’imagerie cinématographique de l’espionnage, révélant un univers où chaque geste doit être calculé, anticipé, répété mentalement avant d’être exécuté. Le vol discret du téléphone portable d’Olga Sviblova dans son sac entrouvert illustre cette virtuosité du larcin imperceptible, geste banal en apparence mais fruit d’une observation méticuleuse et d’un timing parfait destiné à brouiller les détecteurs du FSB.
L’infiltration passe désormais par des couvertures sophistiquées qui exploitent les milieux culturels et artistiques. Natasa Kucic n’est pas une identité plaquée artificiellement sur Vera : elle possède une histoire crédible, un réseau professionnel authentique, des projets artistiques réels comme ce « Bouger les lignes » qui séduit autant Olga que Servane. Cette profondeur dans la construction des légendes transforme l’agent en œuvre d’art totale, personnage de fiction devenu si cohérent qu’il acquiert une existence propre. Le monde de l’art contemporain offre un terrain idéal pour ces mascarades sophistiquées, univers où les identités fluctuantes et les nationalités multiples éveillent peu de soupçons.
La technologie irrigue discrètement le récit sans jamais basculer dans la science-fiction gadgétisée. Les mini-clés USB dissimulées dans des porte-clés arc-en-ciel, les téléphones miniaturisés dérobés pour enfumer les systèmes de surveillance, l’infrastructure ultra-connectée mais indétectable de l’agence Mozart témoignent d’une modernité assumée. Bauer évite néanmoins l’écueil du fétichisme technologique en rappelant que l’espionnage demeure fondamentalement une affaire humaine : recruter des sources implique de comprendre leurs motivations profondes, manipuler requiert une empathie stratégique, survivre exige de lire les micro-expressions et les intentions cachées. La filature grossière des agents du FSB lors du vernissage contraste avec la subtilité de Vera, soulignant que la technologie ne remplace jamais l’intelligence situationnelle et l’intuition affûtée par l’expérience.
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Une série prometteuse aux ramifications internationales
Ce premier épisode pose les fondations d’un univers narratif appelé à se déployer sur plusieurs tomes, installant l’agence Mozart comme une franchise littéraire aux potentialités considérables. La mention explicite « Épisode 1 » sur la page de titre signale d’emblée l’ambition sérielle du projet, invitant les lecteurs à s’engager dans une aventure au long cours plutôt que dans un récit autonome. Bauer construit un écosystème romanesque suffisamment riche pour accueillir de multiples intrigues, des personnages secondaires qui attendent leur heure de gloire, des fils narratifs laissés volontairement en suspens. La structure même du roman, qui se clôt en janvier 2022 alors que l’invasion russe demeure imminente, suggère que les événements majeurs n’ont pas encore eu lieu et que les véritables enjeux de l’opération Zelensky restent à découvrir.
La géographie du récit esquisse un terrain de jeu international propice aux développements futurs. Si ce premier tome concentre l’action entre la Russie, l’Ukraine et l’Islande, les allusions aux réseaux de Mozart dispersés dans le monde entier laissent entrevoir des ramifications qui pourront conduire les agents vers d’autres théâtres d’opération. Les flashbacks de 1992 ouvrent également une profondeur historique exploitable, suggérant que les racines des conflits actuels plongent dans les décombres de l’empire soviétique. Cette architecture temporelle stratifiée offre à l’auteur la possibilité d’explorer différentes époques tout en maintenant une cohérence d’ensemble centrée sur les personnages de Mozart et leurs héritages respectifs.
L’association d’Alain Bauer avec Miceal Beausang-O’Griafa, mentionnée dès la page de titre, témoigne d’une collaboration qui enrichit le projet de perspectives complémentaires. Cette écriture à quatre mains permet vraisemblablement de conjuguer l’expertise criminologique de Bauer avec d’autres compétences narratives, créant une synergie féconde pour une série d’envergure. Le choix de situer l’action dans un passé récent plutôt que dans une actualité immédiate confère au projet une souplesse appréciable : les auteurs peuvent s’appuyer sur des événements avérés tout en conservant la liberté créative nécessaire à la fiction. Cette première pierre posée avec soin annonce un édifice romanesque susceptible d’accompagner les lecteurs sur la durée, transformant l’agence Mozart en univers familier où chaque nouveau tome apportera son lot de révélations et de rebondissements.
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Mots-clés : Thriller géopolitique, Espionnage moderne, Conflit russo-ukrainien, Agence Mozart, Services secrets, Roman d’infiltration, Alain Bauer
Extrait Première Page du livre
» MAMM, MOSCOU, RUSSIE
10 septembre 2021
Vera Kaplan, depuis l’entrée monumentale du musée, visualisa immédiatement les douze scénarios virtuels d’évasion permettant de s’en extraire aussi rapidement que possible. Elle fonctionnait ainsi : dès qu’elle entrait dans un lieu clos, quel qu’il fût, elle repérait tout de suite toutes les sorties envisageables ou se les remémorait si elle les avait anticipées. Avec ses sept étages plus un sous-sol, reliés par une rampe digne du Guggenheim de New York, l’immense espace du MAMM, le musée d’Art multimédia de Moscou, en offrait beaucoup plus qu’on aurait pu le croire. C’était nécessaire, surtout par une soirée comme celle-ci.
Vera rajusta sa robe noire sur son corps de quadra athlétique et, par ce geste, redevint aussitôt Natasa Kucic, galeriste à Belgrade, marchande d’art contemporain, en visite professionnelle à Moscou. La robe fluide, assortie à ses cheveux de jais bouclés et à ses yeux presque noirs, mettait en valeur sa silhouette, mais sans affectation. Elle était sobre, élégante, presque collet monté. Elle repéra la personne pour laquelle elle l’avait choisie et se dirigea droit sur elle.
Olga Sviblova portait une robe noire tout aussi sobre et qui lui allait tout aussi bien. À soixante-huit ans, la critique d’art, réalisatrice et experte en photographie gérait le MAMM depuis vingt ans, un record de longévité en Russie, et elle n’avait pas perdu sa taille svelte et son port altier. Veuve d’un ancien cadre dirigeant de l’URSS, elle gardait des relations qui avaient survécu au décès de son mari. Une coupe de champagne à la main, elle tournait le dos à Vera et paraissait occupée à fixer le panneau de l’exposition temporaire dont elle avait organisé le vernissage ce soir : Oleg Tselkov. I’m not from here, I’m a stranger.
Elle ne se retourna pas immédiatement, mais sourit en entendant la voix de Vera :
— « Je ne suis pas d’ici, je suis une étrangère. » Cette exposition semble faite pour moi !
— Elle l’est en effet, mais vous, sans être russe, êtes plus à votre place ici que bien des gens !
Quand elle se retourna en souriant, Vera fut frappée par l’indomptable personnalité et la grâce sereine qui se dégageaient de cette petite dame menue au chignon argenté d’institutrice, au sempiternel collier de perles d’un autre temps, au petit sac classique, lui aussi bordé de perles. La sévérité de ses traits anguleux était annulée par un sourire solaire. Elle paraissait réellement heureuse de recevoir sa consœur serbe. «
- Titre : Opération Zelensky
- Auteur : Alain Bauer
- Éditeur : Éditions First
- Nationalité : France
- Date de sortie : 2025
Page officielle : www.alainbauer.com
Résumé
« Opération Zelensky » marque le lancement d’une série d’espionnage signée Alain Bauer, criminologue reconnu, en collaboration avec Miceal Beausang-O’Griafa. Ce premier épisode plonge le lecteur au cœur des tensions russo-ukrainiennes entre septembre 2021 et janvier 2022, quelques semaines avant l’invasion de l’Ukraine. L’intrigue suit Vera Kaplan, agent de l’agence Mozart, une organisation secrète basée dans un village viking reconstitué en Islande, qui infiltre les cercles du pouvoir russe sous l’identité d’une galeriste serbe. Entre Moscou, Kiev et Saint-Pétersbourg, le roman dévoile les mécanismes clandestins qui préparent les grands bouleversements géopolitiques.
L’auteur conjugue son expertise en sécurité avec une narration sophistiquée qui alterne action présente et flashbacks historiques remontant à l’effondrement de l’URSS en 1992. Cette architecture temporelle stratifiée éclaire les racines profondes des conflits actuels tout en installant un univers romanesque appelé à se développer sur plusieurs tomes. Le récit mêle réalisme documentaire et fiction, s’appuyant sur des lieux authentiques et des figures réelles pour créer une atmosphère de tension palpable. Ce premier épisode pose les fondations d’une saga internationale aux ramifications prometteuses, laissant volontairement plusieurs fils narratifs en suspens pour les volumes à venir.

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.
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Bravo, Manuel… pas eu le temps de tout lire encore, mais je vois qu’Alain Bauer que je trouve très performant et très pragmatique a écrit un roman… de fiction ? J’ai lu dans ton texte ‘agence Mozart’. Je ne me trompe pas ? Ca me fait penser au commando Wagner, autre groupuscule très actif contre l’Ukraine et dont le boss a disjoncté en voulant virer Poutine… Faut que je lise ça… et le book de M. Bauer. Amities. Francis
Salut Francis,
oui une lecture captivante avec un thriller documenté qui résonne avec une acuité troublante au regard de l’actualité. Et je confirme Alain Bauer est talentueux.
Amicalement,
Manuel