Le train de 6 heures et son protocole tacite
Il existe, dans le premier train de banlieue qui relie Ragmullin à Dublin, une constitution non écrite que chaque voyageur connaît par cœur : on ne dérange personne. Téléphones, écouteurs, ordinateurs portables et liseuses forment les seuls accessoires autorisés de cette tribu somnolente, réveillée avant l’aube, calfeutrée dans son café tiède. Patricia Gibney installe son roman précisément là, dans ce sanctuaire de politesse partagée, et il suffit d’un homme qui choisit le siège d’en face plutôt que les dix autres sièges vides pour que l’édifice se fissure. Mollie Hunter voudrait dormir. L’inconnu veut son prénom, son université, son attention. La scène ne dure que quelques pages, mais elle contient déjà tout le programme du livre.
L’intelligence de cette ouverture tient à son économie. Aucune menace explicite, aucune arme, rien qu’un pied qui touche une botte et un sourire qui n’atteint pas les yeux. Gibney sait qu’un thriller n’a pas besoin de hurler pour inquiéter, et elle mise sur ce que tout usager des transports a déjà éprouvé : cette gêne minuscule qu’on se reproche aussitôt, cette voix intérieure qui murmure tu es irrationnelle alors que le corps, lui, a déjà compris. Le froid qui envahit la voyageuse ne vient pas des portes ouvertes sur le quai de Maynooth. Il émane de l’homme assis en face.
Le train devient ainsi le laboratoire du roman, un espace clos où l’anonymat protège et expose à parts égales. Les mêmes visages, chaque matin, aux mêmes places, et pourtant personne ne connaît personne. Une jeune femme peut monter à Ragmullin, pointer à Dublin, reprendre le 17 h 10 et ne jamais franchir la porte de chez elle sans que la moindre caméra en garde trace, puisque les objectifs sont braqués sur les guichets et les parkings, jamais sur les quais. Cette faille technique, banale et vérifiable, Gibney en fait le moteur silencieux de son intrigue. Le lecteur comprend très vite que la routine la plus rassurante peut se retourner comme un gant, et qu’il suffit d’un observateur patient, deux rangées plus loin, le menton enfoui dans une écharpe, pour transformer un abonnement hebdomadaire en compte à rebours.
Ragmullin, la gare de 1848 et le mur du cimetière
Ville inventée des Midlands irlandais, Ragmullin possède la densité des lieux réels parce que Gibney en cartographie chaque recoin avec une précision d’arpenteuse. La gare tient debout depuis 1848, coincée entre le canal d’un côté et la ville de l’autre, au pied d’une pente. Elle a connu deux lignes viables, celle de Galway et celle de Sligo, et n’en conserve plus qu’une. L’ancienne voie ferrée s’est muée en piste cyclable où Boyd roule une fois par semaine quand aucune enquête ne l’épuise. Au bout du quai, des salles d’attente désaffectées pourrissent doucement, envahies par la vermine, et Jimmy Maguire, chef des gardes depuis quarante ans et président autoproclamé du comité de sauvegarde, redoute qu’un trait de plume tracé dans un bureau chic de Dublin ne renvoie tout ce patrimoine aux oubliettes.
Le cimetière constitue l’autre pôle magnétique du livre. Un haut mur le sépare du campement des gens du voyage, hébergement dit temporaire qui dure depuis vingt-cinq ans, où Bridie McWard élève le petit Tommy et où sa mère Queenie a vécu en caravane avant que les petites maisons ne sortent de terre. De l’autre côté du mur règne Bernard Fahy, gardien depuis quinze ans, la peau burinée, le rire strident, les ongles noirs de terre, qui creuse les fosses et les rebouche quand les familles sont reparties. Gibney tire de cette mitoyenneté une tension sociale palpable, faite de préjugés ordinaires et de paroles qu’on n’écoute pas.
Ajoutez la maison de retraite dont les fenêtres du dernier étage donnent directement sur les tombes, le bar Cafferty et ses sandwichs spéciaux, la boîte de nuit Last Hurdle, les maisons de brique rouge de St Fintan’s Road face à l’ancienne caserne. Tout se touche, tout se voit, et cette promiscuité géographique nourrit l’enquête autant qu’elle l’entrave. Lottie résume elle-même son rapport à cette ville d’une formule sans appel : elle la déteste et l’adore simultanément. Ragmullin s’imprime durablement sur ceux qui y vivent, et le lecteur en ressort avec la sensation d’avoir arpenté ses pentes gelées.
Lottie Parker, les analgésiques du matin et le biberon de 5 h 30
Le portrait de l’inspectrice principale s’établit en quelques gestes domestiques, bien avant la première scène de crime. Cinq heures et demie du matin, Louis pleure, et sa grand-mère se lève parce que sa fille Katie, vingt ans, dort enfin. Changer une couche, réchauffer un biberon, sentir le cœur du nourrisson battre contre sa poitrine, penser à Adam qui aurait adoré ce petit-fils. Puis descendre, vider la machine à laver, la remplir de nouveau, hurler dans l’escalier pour tirer Chloé et Sean de leurs lits, avaler trois antidouleurs avec un café. Voilà une héroïne de polar dont la première victoire quotidienne consiste à réussir le petit déjeuner de quatre personnes.
Gibney n’esquive rien du passif accumulé au fil de la série. La blessure par arme blanche cicatrise mal dans le dos de Lottie, les plaquettes de comprimés traînent au fond d’un sac à main encombré de tickets de caisse et de factures non ouvertes, et les révélations sur ses origines familiales restent un sujet qu’elle interdit à Boyd d’aborder. Son bureau flambant neuf, dernière pièce de trois ans de travaux, elle refuse de l’occuper et retourne s’asseoir à son ancienne table, dans l’espace commun. Ce détail vaut mille pages d’analyse psychologique : cette femme se méfie des portes qui ferment correctement.
Autour d’elle gravite une équipe dessinée avec la même justesse. Boyd, la chemise repassée et la cravate impeccable, taquin jusqu’à l’exaspération, capable de formuler à haute voix ce que sa supérieure refuse de s’avouer. Kirby et son cigare éteint entre des doigts épais, Lynch dont la pâleur intrigue, Gilly O’Donoghue qui rêve de galons de sergent. Le commissaire Corrigan, contraint de s’absenter pour une tumeur logée sur le nerf optique, laisse la place à un remplaçant venu de Dublin dont l’arrivée promet des étincelles. Les nouveaux lecteurs entrent sans difficulté dans ce quatrième volume, tant l’auteure distille l’antériorité par touches naturelles, sans jamais transformer son récit en séance de rattrapage.
Grace Boyd, le wagon C et le mode gel
Vingt-neuf ans, une écharpe en tricot épais pliée avec soin sur les genoux, des mitaines enfantines, un sourire aux dents écartées que personne ne remarque jamais. Grace Boyd voyage chaque matin dans le même wagon, à la même place, et vérifie la lettre inscrite au-dessus de la porte pour s’assurer qu’elle ne s’est pas trompée. Elle suit un cours sur les médias à Dublin pendant quatre semaines et loge chez son frère, arrangement qui met à rude épreuve la patience de ce dernier. Personne ne s’assoit à côté d’elle sauf en cas de saturation. Elle voudrait dire qu’elle ne mord pas. Elle hoche la tête à la place, parce qu’un signe de tête suffit généralement à mettre les autres à l’aise.
La réussite de cette création tient à ce que Gibney écrit Grace de l’intérieur, sans jamais la réduire à son diagnostic. L’expression « sur le spectre », Boyd l’a souvent entendue accolée au prénom de sa sœur, mais le roman préfère montrer plutôt que nommer. Le « mode gel », d’abord : les yeux qui glissent à droite puis à gauche, la langue épaisse, la gorge serrée, la sueur qui coule dans les yeux, les mots perdus dans un mucus qui sèche. L’inhalateur qu’on cherche au fond du sac. Et surtout ces conversations silencieuses qu’elle entretient avec elle-même, réconfort improvisé quand personne d’autre n’écoute.
Grace apporte au livre quelque chose que ni Lottie ni Boyd ne peuvent fournir : un regard qui enregistre tout parce qu’il n’est pas encombré par les conventions sociales. Là où les voyageurs baissent les yeux, elle observe, elle mémorise, elle relie. Sa littéralité, cette manière de ne voir que du noir ou du blanc, devient une forme d’acuité. Reste que le courage lui coûte infiniment plus cher qu’aux autres, et l’auteure ne dissimule jamais ce prix. Voir cette jeune femme se répéter intérieurement qu’elle en est capable, alors que chaque fibre de son corps proteste, compte parmi les fils les plus attachants que Gibney tende dans ce roman.
Une bougie allumée chaque jour depuis dix ans
Dans une cuisine où le réfrigérateur puis le lave-vaisselle ont rendu l’âme, un homme prend son petit déjeuner à midi. Donal O’Donnell mange des cornflakes arrosés de lait tourné, laisse couler le liquide sur son menton, puis se dirige vers la commode et craque une allumette. Pendant dix ans, sa femme Maura a allumé cette bougie chaque jour devant la photographie de leur fille. Pendant dix ans, elle a espéré que Lynn franchisse la porte, qu’un policier sonne, qu’on lui dise quelque chose, n’importe quoi. Maura est morte trois semaines avant le début du récit, officiellement d’un cancer, et son mari reste convaincu à cent pour cent que le chagrin l’a emportée.
Lynn O’Donnell a disparu le jour de la Saint-Valentin 2006, aperçue une dernière fois dans le train reliant Dublin à Ragmullin. Chaque année, des affiches ressurgissent sur les poteaux de Main Street. Le commissaire Corrigan, qui a travaillé le dossier à l’époque, en glisse un mot presque distraitement, sans y croire vraiment, en suggérant seulement qu’il ne coûte rien de consulter les archives. Gibney construit ainsi un contrepoint temporel d’une grande efficacité, où le passé non résolu vient hanter le présent sans jamais se laisser réduire à un simple mécanisme d’intrigue.
Ce que le roman explore avec une réelle finesse, c’est la manière dont une disparition déforme une famille entière sur la durée. Donal refuse que sa belle-fille Keelan l’appelle papa, parce qu’il a eu une fille et n’en a plus. Il se souvient d’une fratrie soudée, Lynn et ses deux frères, Cillian et Finn, proches en âge, proches comme des amis, au point que leur mère en éprouvait peut-être une pointe de rancune. Puis vint la culpabilité distribuée à tous, y compris aux garçons qui n’avaient pas veillé sur leur sœur. Rester debout quarante-cinq minutes devant un lave-vaisselle en écoutant le moteur tourner, pour occuper le vide : le geste dit l’attente mieux qu’un long discours.
Chapitres courts, cinq journées, voix alternées
L’architecture du livre mérite qu’on s’y arrête. Après un prologue nocturne et glacé, le récit s’organise en journées numérotées et découpe la matière en plus de cent chapitres, dont certains tiennent en une page. Ce format bref produit un effet d’accélération constant, comparable à celui d’un métronome qu’on dérègle progressivement. Le lecteur cède à la tentation classique du chapitre suivant, puis du suivant encore, parce qu’aucun ne dure assez longtemps pour justifier une pause. La compression temporelle renforce l’urgence : tout se joue en quelques jours de février, sous un gel qui annonce d’autres gels.
Gibney fait circuler la parole avec habileté. La focalisation abandonne régulièrement Lottie pour épouser d’autres regards, celui d’une voyageuse mal réveillée, celui d’un père endeuillé, celui d’une jeune femme qui vomit en silence dans une salle de bains à l’étage. Une simple ligne d’astérisques suffit à opérer le basculement. Le procédé inclut aussi le monologue intérieur du prédateur, tenu à distance, jamais nommé, réduit à un pronom et à des ruminations où la figure maternelle revient comme une écharde. Cette voix apporte au livre son inconfort le plus durable, car elle nous installe dans une tête que nous préférerions ne pas visiter.
La mécanique procédurale, elle, tient debout sans esbroufe. Jim McGlynn dirige la police scientifique avec une mauvaise humeur savoureuse et deux yeux verts qui dansent au-dessus d’un masque blanc. Jane Dore assure les constatations médico-légales. La base de données PULSE, les prélèvements ADN, les images de vidéosurveillance conservées quarante-huit heures avant écrasement, les registres de coureurs photocopiés : autant de détails vérifiés qui ancrent l’enquête dans le réel. S’y ajoute la pression médiatique incarnée par Cynthia Rhodes, journaliste criminelle aux dents longues, décidée à suivre les traces de Lottie jusqu’à la première erreur. Rien de superflu dans cet assemblage, rien non plus qui sente le remplissage.
Le Jealous Wall, une ruine bâtie sur la jalousie
Au fond d’un vallon de Rochfort Gardens se dresse une folie architecturale bien réelle en Irlande, que Gibney place au cœur symbolique de son livre. Le Jealous Wall imite une abbaye médiévale en ruine. Des vides marquent l’emplacement de fenêtres qui n’ont jamais existé, des arches surgissent sans logique apparente, la pierre s’effrite. On l’a construit exprès dans cet état, par dépit, avec la jalousie pour ciment. Difficile d’imaginer image plus juste pour un roman qui interroge sans relâche ce que les familles édifient sur leurs rancunes et transmettent sans le vouloir.
L’auteure l’écrit noir sur blanc dans sa dédicace : ce livre traite de la relation entre frères et sœurs. La lecture confirme que le motif irrigue chaque strate du récit. Un homme qui tente de protéger une sœur adulte tout en la traitant en enfant. Un père qui se souvient d’un trio inséparable et de la jalousie maternelle que cette complicité avait suscitée. Une adolescente enceinte et son frère de dix-huit ans qui se lancent des piques de part et d’autre d’une porte de salle de bains. Une inspectrice qui porte le deuil d’un frère assassiné et redoute d’en découvrir un autre. Les fratries de Ragmullin ne se ressemblent guère, mais toutes reposent sur des fondations que personne n’a choisies.
Quatrième enquête de Lottie Parker, Prise pour cible fonctionne aussi bien en porte d’entrée qu’en étape d’un parcours au long cours. Gibney y conjugue une intrigue serrée, une galerie humaine crédible et un sens du décor qui donne à la ville inventée l’épaisseur d’un lieu qu’on croirait avoir traversé. Le lecteur referme le volume avec la sensation tenace d’avoir voyagé dans ce wagon glacé, longé ce haut mur de cimetière et contemplé cette ruine volontaire dressée au fond d’un vallon irlandais, monument silencieux à tout ce qu’une famille peut bâtir de travers.
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Mots-clés : Patricia Gibney, Prise pour cible, Lottie Parker, thriller irlandais, polar procédural, Ragmullin, disparitions
Extrait Première Page du livre
« Mardi
9 février 2016, 3 h 15
Ses pieds nus collaient au sol gelé, mais elle continuait à courir. Elle croyait crier, mais aucun son ne sortait de sa gorge. Son coude heurta le granit, mais la douleur était minime comparée à sa peur.
En jetant un coup d’œil par- dessus son épaule, elle constata que l’obscurité était aussi profonde que celle qui s’étendait devant elle. Elle avait involontairement dévié du chemin et se retrouvait désor-mais perdue parmi les rochers de calcaire et de granit. Sentant les pierres froides lui couper la plante des pieds, elle tenta de se hisser par-dessus le rebord mais elle se cogna l’orteil et tomba tête la première dans le sillon suivant.
L’esprit vide de toute pensée, si ce n’est celle d’atteindre un endroit sûr, elle se redressa sur ses genoux ensanglantés et tendit l’oreille. Silence. Aucune brindille ne craquait, aucune feuille ne bruissait. L’avait- il laissée tranquille ? Avait- il abandonné la poursuite ?
Maintenant qu’elle avait cessé de courir, elle tremblait violemment dans la nuit glaciale. Une lumière, en bas de la pente, à sa droite, attira son regard alors qu’elle scrutait l’horizon. Un groupe de bun-galows. Elle savait exactement où elle se trouvait. Et au loin, elle aperçut la lueur ambrée des lampadaires. Si elle l’atteignait, elle serait en sécurité.
Elle jeta un coup d’œil rapide autour d’elle. Elle devait courir. Elle compta silencieusement jusqu’à trois, se préparant au sprint final vers sa sécurité. « C’est maintenant ou jamais », murmura- t-elle, puis, sans se soucier de sa nudité, elle se leva, prête à courir comme une panthère. C’est alors qu’elle aperçut la buée suspendue dans l’air froid de la nuit.
Elle sentit son bras enserrer sa gorge, lui écrasant la trachée, et son corps être tiré en arrière contre sa veste. L’odeur sucrée de l’adoucissant se mêlait à celle, aigre, de la colère. Dans un dernier sursaut d’adrénaline, elle envoya son coude en arrière, le frappant violemment dans le plexus solaire. Un halètement s’échappa de sa bouche alors qu’il relâchait son étreinte. Elle était libre.
Elle hurla et se mit à courir. Se cognant contre le granit, sautant par- dessus des pierres gelées et des bordures basses, elle dévala la pente en continuant de crier vers la lumière. Elle y était presque. Elle entendait ses pas lourds se rapprocher d’elle. »
- Titre : Prise pour cible
- Titre original : No Safe Place
- Auteure : Patricia Gibney
- Éditeur : Éditions de l’Opportun
- ISBN : 9782386711350
- Format : Broché
- Nationalité : Irlande
- Langue : Français
- Traduction : Jeanne Heneug
- Date de publication : 20/08/2026
- Nombre de pages : 688 pages
- Genre : Thriller, Polar procédural, Roman policier irlandais
- Sujets traités : Disparitions de femmes, Enquête policière, Affaire classée, Trains de banlieue, Relations fraternelles, Deuil et absence, Préjugés sociaux, Anxiété et neurodiversité
Page officielle : patriciagibney.com
Résumé
Février 2016, Ragmullin, petite ville des Midlands irlandais. Alors qu’une famille s’apprête à mettre en terre l’une des siennes, un cri déchire le silence du cimetière : quelque chose dépasse au fond de la fosse ouverte. L’inspectrice principale Lottie Parker, tout juste remise d’une blessure par arme blanche, se retrouve à la tête d’une enquête pour meurtre alors qu’elle surveillait déjà la disparition d’une jeune navetteuse évaporée du train reliant Dublin à Ragmullin.
Autour d’elle, tout se complique en même temps. Son supérieur s’absente pour raison de santé et cède la place à un remplaçant venu de Dublin qui ne lui veut aucun bien, une journaliste criminelle guette la première erreur, et un dossier classé depuis dix ans refait surface avec une troublante ressemblance. Dans le premier train du matin, pendant ce temps, un homme continue d’observer, de mémoriser les habitudes et de choisir.
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.



















