Le Testament littéraire de Montalbano
Lorsqu’Andrea Camilleri achève l’écriture de Riccardino en 2005, puis le revisite en 2016, il accomplit un geste rare dans l’univers du roman policier : celui de sceller consciemment le destin de son personnage le plus célèbre. Ce dernier opus de la saga du commissaire Montalbano ne se contente pas de clore une série qui aura captivé des millions de lecteurs pendant plus de deux décennies. Il se déploie comme un testament littéraire minutieusement orchestré, où l’auteur sicilien organise les adieux de sa créature avec la lucidité d’un écrivain qui sait qu’il tient entre ses mains la dernière page d’une aventure humaine et éditoriale exceptionnelle. La genèse même de ce roman révèle une intention profonde : écrit bien avant d’autres aventures du commissaire qui paraîtront par la suite, Riccardino porte en lui la conscience de la fin, comme un secret patiemment gardé dans un coffre dont seul l’auteur possédait la clé.
Cette dimension testamentaire imprègne chaque strate du récit. Camilleri ne se contente pas de raconter une ultime enquête, il construit un espace où la fiction elle-même devient le théâtre d’une réflexion sur la création littéraire et sur le lien indissoluble qui unit un auteur à son personnage. Le choix de publier ce texte un an jour pour jour après la disparition de l’écrivain transforme la lecture en cérémonie intime, où le lecteur assiste à la fois au dénouement d’une intrigue policière et à l’accomplissement d’un projet littéraire mûri pendant des années. L’œuvre se charge ainsi d’une gravité particulière, non pas mélancolique, mais empreinte de cette sérénité qui caractérise les grands adieux préparés avec soin.
La double version du manuscrit, celle de 2005 et celle révisée en 2016, témoigne de l’évolution stylistique de Camilleri et de son attachement à peaufiner jusqu’au bout la voix de Vigàta. Cette démarche d’affinage linguistique révèle un artisan des mots qui, même face à l’œuvre ultime, n’a jamais cessé de travailler sa matière première. Riccardino s’inscrit ainsi dans une temporalité double : celle de l’intrigue qui se déroule au début des années 2000, et celle d’une réflexion littéraire qui traverse plus d’une décennie de l’existence de son créateur.
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Entre réalité et fiction : la métamorphose narrative
Riccardino opère un audacieux franchissement de frontières en brisant le quatrième mur qui sépare traditionnellement le personnage de son créateur. Camilleri y déploie une architecture narrative où Montalbano, conscient d’être une figure de papier, entre en dialogue direct avec l’auteur qui l’a façonné. Cette mise en abyme transforme le roman policier en laboratoire littéraire, où les conventions du genre se trouvent simultanément honorées et questionnées. Le commissaire ne se contente plus d’enquêter sur un crime : il interroge sa propre existence fictionnelle, sa place dans l’imaginaire collectif, et la nature même du lien qui l’attache à celui qui tient la plume. Cette dimension métafictionnelle ne constitue pas un simple exercice de style intellectuel, mais s’entrelace organiquement avec l’intrigue policière pour créer une œuvre à double fond.
La virtuosité de Camilleri réside dans sa capacité à maintenir l’équilibre entre ces deux niveaux de lecture sans sacrifier ni la tension du récit d’enquête ni la profondeur de la réflexion métalittéraire. Le lecteur suit parallèlement les péripéties d’une affaire criminelle ancrée dans la Sicile contemporaine et les discussions philosophiques entre le créateur et sa créature. Ces échanges permettent à l’auteur d’explorer des territoires rarement abordés dans le polar méditerranéen : la responsabilité de l’écrivain envers ses personnages, la porosité entre monde réel et univers fictionnel, le statut paradoxal d’un héros qui vit dans l’imaginaire de millions de lecteurs. La structure narrative s’enrichit ainsi de strates successives, invitant à une lecture active où chaque élément résonne à plusieurs niveaux de signification.
Cette expérimentation formelle s’inscrit dans la continuité d’une tradition littéraire qui, de Pirandello à Calvino, a fait de la mise en question des codes narratifs une spécialité italienne. Camilleri s’approprie cet héritage pour offrir au commissaire Montalbano une sortie de scène inédite, où le personnage devient co-auteur de sa propre conclusion. Le récit gagne en densité ce qu’il pourrait perdre en linéarité, transformant l’ultime aventure du policier sicilien en méditation ludique sur l’acte d’écrire et de créer des mondes.
La langue de Vigàta, un territoire imaginaire
La trajectoire linguistique de Camilleri trouve dans Riccardino son aboutissement le plus mûr. Entre la version originale de 2005 et sa révision de 2016, l’écrivain a retravaillé chaque phrase pour affiner ce que Salvatore Silvano Nigro nomme le passage de la « langue bâtarde » à la « langue inventée ». Cette évolution témoigne d’un parcours où le parler sicilien, d’abord capté dans sa spontanéité orale, s’est progressivement cristallisé en un idiome littéraire unique, porteur d’une identité géographique et culturelle qui transcende la simple couleur locale. Vigàta ne constitue pas uniquement un décor méditerranéen : elle s’impose comme une entité linguistique autonome, dotée de sa propre grammaire affective et de ses rythmes particuliers.
Cette langue hybride, qui mêle italien standard, dialecte sicilien et inventions lexicales, fonctionne comme un véritable territoire narratif. Chaque dialogue, chaque description porte la marque d’une oralité travaillée qui donne chair aux personnages et densité aux lieux. Le lecteur francophone, même privé des sonorités originales, perçoit à travers la traduction de Serge Quadruppani les échos d’une musicalité particulière. Cette stratégie linguistique permet à Camilleri de créer un espace fictionnel où la Sicile n’apparaît ni folklorisée ni simplement documentaire, mais reconstruite dans une poétique du parler qui fait de chaque page une célébration de l’expressivité méditerranéenne. Les personnages ne s’expriment pas dans un dialecte figé mais dans une langue vivante, capable de saisir les nuances de l’humour, de la colère, de la tendresse ou de l’ironie.
L’attention portée par l’auteur à la révision linguistique de 2016 révèle combien cette dimension constitue le socle même de son projet littéraire. En retravaillant son texte plus d’une décennie après sa conception initiale, Camilleri affirme que la langue de Vigàta demeure un organisme en transformation, un « forme de vie » selon l’expression qu’il emploie lui-même. Cette perpétuelle recherche stylistique transforme Riccardino en manifeste linguistique autant qu’en roman policier, où chaque mot pèse et participe à l’édification d’un univers aussi cohérent que singulier.
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Portrait d’un commissaire au crépuscule
Dans Riccardino, Montalbano se présente face à son destin avec la conscience aiguë d’un homme parvenu au terme d’un long parcours. Le commissaire qui traverse ces pages n’est plus seulement l’enquêteur méthodique et gourmand que les lecteurs ont appris à connaître au fil des aventures, mais un être confronté à sa propre finitude narrative. Cette dimension crépusculaire enrichit considérablement la psychologie du personnage, lui conférant une profondeur mélancolique qui dépasse largement le cadre habituel du polar. Camilleri dessine les contours d’un héros qui regarde en arrière autant qu’il avance, qui pèse le poids des années et des enquêtes accumulées, qui mesure l’écart entre l’homme qu’il fut et celui qu’il est devenu. Cette maturation du personnage s’accompagne d’une lucidité nouvelle sur les mécanismes du pouvoir, les compromissions du quotidien sicilien, et les limites de l’action individuelle face aux structures sociales corrompues.
La relation de Montalbano avec son entourage prend également une tonalité particulière dans ce dernier opus. Ses échanges avec Catarella, Mimì Augello ou Fazio résonnent différemment lorsqu’on sait qu’ils constituent les ultimes occurrences d’un ballet relationnel répété pendant des années. Ces interactions, apparemment anodines, se chargent d’une gravité souterraine : chaque repas partagé, chaque conversation téléphonique, chaque moment de complicité professionnelle acquiert un statut de rituel final. Le commissaire apparaît moins comme un héros solitaire que comme le pivot d’un écosystème humain où chacun occupe sa place dans une chorégraphie sociale minutieusement orchestrée. Même sa gourmandise légendaire, ses promenades le long de la jetée ou ses colères contre l’incompétence bureaucratique prennent une couleur différente, celle des habitudes chéries qu’on accomplit pour la dernière fois.
Camilleri offre ainsi à son personnage le plus célèbre une sortie empreinte de dignité. Montalbano ne s’efface pas dans l’action spectaculaire mais dans une confrontation intellectuelle et existentielle avec sa propre nature fictionnelle. Ce choix narratif transforme le commissaire en figure presque tragique, consciente de son statut et acceptant avec une forme de sérénité méditerranéenne l’inéluctabilité de sa disparition.
Chronique sicilienne et critique sociale
Riccardino s’ancre fermement dans le terreau politique et social des années 2000, capturant avec acuité les tensions qui traversent la société italienne de cette période. Camilleri ne se contente pas de situer son intrigue dans un contexte historique précis : il en fait un matériau narratif à part entière, tissant les fils de l’enquête policière avec ceux de l’actualité politique, des faits divers médiatisés et des transformations sociales qui reconfigurent le paysage sicilien. Le roman devient ainsi une archive vivante d’une époque, où résonnent les échos des débats publics, des scandales politiques et des mutations économiques qui redessinent les rapports de force entre institutions, criminalité organisée et société civile. Cette dimension documentaire n’alourdit jamais le récit mais lui confère au contraire une épaisseur réaliste qui ancre la fiction dans le terreau fertile du réel.
La Sicile que dépeint l’auteur à travers le regard de Montalbano ne relève ni de la carte postale ni du cliché misérabiliste. Elle apparaît comme un territoire complexe où cohabitent beauté méditerranéenne et dysfonctionnements systémiques, solidarités communautaires et corruptions endémiques, tradition ancestrale et modernité chaotique. Le langage politique contemporain, avec ses euphémismes et ses détournements sémantiques, fait l’objet d’un traitement particulièrement attentif. Camilleri saisit les mécanismes rhétoriques par lesquels le pouvoir masque ses failles, déploie ses stratégies d’évitement et fabrique ses discours de légitimation. Cette dissection du verbe politique s’intègre organiquement à l’intrigue, révélant comment les mots peuvent servir d’instruments de domination autant que les structures mafieuses traditionnelles.
L’engagement social de l’écrivain transparaît sans jamais basculer dans le didactisme. Les références à la littérature, au cinéma et aux événements d’actualité construisent un réseau de significations qui enrichit la lecture sans l’encombrer. Riccardino fonctionne ainsi comme un miroir tendu à l’Italie du début du millénaire, captant ses contradictions et ses zones d’ombre tout en préservant la fluidité narrative propre au genre policier. Cette capacité à conjuguer divertissement et lucidité sociale constitue l’une des réussites majeures de ce dernier volet.
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L’art du polar méditerranéen
Camilleri a su forger au fil des décennies une variante singulière du roman policier, où les codes du genre noir se trouvent réinterprétés à la lumière d’une sensibilité proprement méditerranéenne. Dans Riccardino, cette alchimie atteint une forme d’accomplissement où l’enquête criminelle ne constitue jamais une fin en soi mais un prétexte à explorer les strates complexes de l’humanité sicilienne. L’intrigue se déroule selon un tempo particulier, étranger à la frénésie des thrillers anglo-saxons : elle prend le temps des repas partagés, des digressions philosophiques, des observations météorologiques qui ponctuent la réflexion du commissaire. Cette respiration narrative, loin de ralentir l’action, lui confère une densité existentielle où chaque élément participe à la construction d’un univers cohérent.
Le traitement de la violence illustre parfaitement cette approche distinctive. Plutôt que de privilégier le spectaculaire ou le gore, Camilleri inscrit le crime dans un continuum social où brutalité physique et violences institutionnelles se répondent en écho. Les scènes d’action s’entrelacent avec des moments contemplatifs où Montalbano savoure des plats traditionnels ou observe le ballet des pêcheurs au petit matin. Cette alternance crée un rythme narratif qui épouse les cycles méditerranéens, où urgence et lenteur, tragédie et quotidienneté se mêlent naturellement. Le suspense ne naît pas uniquement de la résolution de l’énigme mais également de la confrontation entre différentes conceptions de la justice, de l’honneur et de la vérité.
L’héritage du giallo italien se perçoit dans la construction des personnages secondaires, tous dotés d’une épaisseur psychologique qui dépasse leur fonction narrative immédiate. Les suspects ne se réduisent jamais à de simples pions dans un jeu de déduction logique : ils incarnent des trajectoires humaines marquées par l’histoire collective sicilienne, par les compromis nécessaires à la survie sociale, par les loyautés conflictuelles qui définissent l’appartenance communautaire. Riccardino démontre ainsi que le polar méditerranéen peut concilier l’exigence structurelle du genre – une enquête, des indices, une résolution – avec l’ambition littéraire d’une œuvre qui interroge en profondeur les fondements anthropologiques d’une société insulaire aux prises avec ses contradictions historiques.
Le dialogue entre l’auteur et son personnage
La relation qui unit Camilleri à Montalbano se dévoile dans Riccardino sous une forme inédite, transformant ce qui aurait pu demeurer une simple connivence créative en véritable confrontation dialogique. L’écrivain sicilien met en scène les négociations, parfois tendues, entre le créateur qui souhaite clore un cycle et la créature qui revendique son autonomie existentielle. Ces échanges révèlent un attachement mutuel qui transcende le simple rapport utilitaire entre un auteur et son héros de papier. Montalbano n’hésite pas à contester les décisions narratives de son géniteur, à questionner les orientations données à l’intrigue, à réclamer une forme de droit de regard sur son propre destin. Cette insurrection fictionnelle introduit une dimension ludique qui enrichit considérablement la portée du roman.
Les passages où s’opère cette rencontre entre les deux instances narratrices fonctionnent comme des respirations métatextuelles où Camilleri peut exprimer sa propre lassitude face aux contraintes du genre, ses doutes sur la pérennité de son œuvre, ses interrogations sur la responsabilité qu’implique la création d’un personnage devenu propriété collective de millions de lecteurs. Le commissaire se fait alors porte-parole d’une communauté de fidèles qui ont accompagné ses aventures pendant des décennies, incarnant leurs attentes, leurs frustrations éventuelles, leur attachement viscéral à un univers fictionnel devenu familier. Ces moments de mise à nu du processus créatif n’affaiblissent jamais l’illusion romanesque mais l’épaississent au contraire, ajoutant une strate supplémentaire de complexité narrative.
Cette architecture dialogique permet également à Camilleri d’aborder frontalement la question de la mort du personnage littéraire et de sa survie symbolique dans la mémoire culturelle. Les discussions entre l’auteur et Montalbano portent sur l’immortalité paradoxale des figures de fiction, qui continuent d’exister dans l’imaginaire collectif bien après que leur créateur a cessé d’écrire. Cette méditation sur la postérité confère au roman une gravité philosophique qui n’exclut nullement l’humour ni la tendresse. Le commissaire et son inventeur se séparent ainsi dans une sorte de réconciliation finale où chacun reconnaît sa dette envers l’autre.
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L’héritage Montalbano : une œuvre intemporelle
Le phénomène littéraire et culturel que représente la saga Montalbano dépasse largement les frontières du roman policier pour s’inscrire dans l’histoire littéraire européenne contemporaine. Riccardino scelle un parcours qui aura marqué plus de deux décennies de littérature italienne, créant un personnage devenu aussi reconnaissable que les grandes figures de la tradition romanesque. L’extraordinaire succès de l’adaptation télévisée a certes amplifié la notoriété du commissaire, mais c’est d’abord par la force de l’écriture camillerienne que s’est construite cette popularité. La maison d’édition Sellerio elle-même reconnaît combien cette aventure éditoriale constitue un cas probablement unique dans le paysage international, fruit d’une confiance réciproque entre un écrivain et son éditrice qui a permis l’éclosion d’une œuvre d’une cohérence remarquable.
L’universalité du personnage tient à sa capacité d’incarner des valeurs qui résonnent au-delà du contexte sicilien. Montalbano représente une certaine idée de la droiture morale dans un monde où les compromissions semblent inévitables, une quête de vérité qui ne renonce jamais malgré les obstacles institutionnels, une humanité préservée face à la brutalité du crime. Ces qualités, associées à ses faiblesses parfaitement identifiables – sa gourmandise, ses coups de colère, ses doutes existentiels – composent un portrait d’une richesse psychologique rare dans le genre policier. Le commissaire échappe aux archétypes du détective génial ou du justicier solitaire pour s’affirmer comme un homme ordinaire confronté à des situations extraordinaires, maintenant coûte que coûte une éthique personnelle dans un environnement qui la met constamment à l’épreuve.
Riccardino parachève ainsi une construction littéraire dont l’influence se mesure autant à son succès populaire qu’à sa réception critique. En choisissant de publier ce dernier volume un an exactement après la disparition de Camilleri, les éditions Sellerio ont honoré la mémoire d’un écrivain qui aura su conjuguer exigence littéraire et accessibilité, ancrage territorial et portée universelle. L’œuvre demeure, vivante dans la langue inventée de Vigàta, offrant aux générations futures de lecteurs la possibilité de découvrir un univers aussi singulier que profondément humain.
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Mots-clés : Andrea Camilleri, Riccardino, Commissaire Montalbano, polar sicilien, métafiction, langue de Vigàta, testament littéraire
Extrait Première Page du livre
» Un
Le tiléphone sonna lorsqu’il venait tout juste de trouver le sommeil, à ce qui lui parut du moins, après des heures et des heures de vain tournevire dans le lit. Il avait tout essayé, du comptage des moutons au comptage sans moutons, de la tentative de s’arappeler comment était le premier chant de l’Iliade à ce que Cicéron avait écrit dans les Catalinaires. Rin, pas moyen. Après le « Quousque tandem, Catilina », brouillard épais. C’était un accès d’insomnie sans remède, parce que rien ne l’expliquait, ni excès de bouffe, ni accès de mauvaises pensées.
Il alluma, mata sa montre : pas même 5 heures du matin. C’était certainement du commissariat qu’on l’appelait, il avait dû se passer un gros truc. Il se leva sans hâte pour aller répondre.
Il avait une prise de tiléphone à côté de la table de nuit, mais depuis longtemps il ne l’utilisait plus parce qu’il s’était convaincu que ce petit déplacement d’une pièce à l’autre, en cas d’appel nocturne, lui donnait la possibilité de se libérer de la toile d’araignée du sommeil qui s’obstinait à lui rester collée dans la coucourde.
— Allô ?
La voix qui lui était venue n’était pas seulement éraillée, elle paraissait empâtée de colle.
— C’est Riccardino ! lança ‘ne voix qui, au contraire de la sienne, était allègre et pimpante.
La chose l’irrita. Comment fait-on pour être allègre et pimpant à 5 heures du matin ? De plus, il y avait un détail non négligeable : il ne connaissait aucun Riccardino. Il ouvrit la bouche pour l’envoyer se faire mettre où je pense mais Riccardino ne lui en donna pas le temps.
— Alors, quoi ? T’as oublié le rendez-vous ? On est tous là, devant le bar Aurora, il manque que toi ! Y a un peu de nuages mais, après, on va avoir une très belle journée.
— Excusez-moi, excusez-moi… D’ici dix minutes, un quart d’heure maximum, j’arrive.
Et il raccrocha, retourna se coucher. «
- Titre : Riccardino
- Titre original : Riccardino
- Auteur : Andrea Camilleri
- Éditeur : Fleuve Éditions
- Nationalité : Italie
- Traducteur : Serge Quadruppani
- Date de sortie en France : 2025
- Date de sortie en Italie : 2020
Résumé
Riccardino marque l’ultime aventure du commissaire Montalbano, écrite par Andrea Camilleri en 2005 puis révisée en 2016, et publiée un an après la disparition de l’auteur. Dans ce roman testamentaire, Camilleri brise audacieusement le quatrième mur en mettant en scène un dialogue direct entre lui-même et son personnage le plus célèbre. Montalbano, conscient d’être une figure de fiction, confronte son créateur sur les choix narratifs qui scellent son destin, transformant l’enquête policière en méditation métalittéraire sur la création et la responsabilité de l’écrivain envers ses personnages.
Ancrée dans la Sicile du début des années 2000, l’intrigue mêle résolution d’une affaire criminelle et réflexion philosophique sur l’immortalité paradoxale des héros de papier. La langue de Vigàta, travaillée pendant plus d’une décennie, atteint sa forme la plus aboutie, créant un territoire linguistique aussi singulier qu’universel. Riccardino constitue bien plus qu’un simple dénouement : c’est l’accomplissement d’une œuvre majeure de la littérature méditerranéenne, où se conjuguent exigence stylistique, critique sociale et profonde humanité.
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.
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