Un héritier de la truande française
Samuel Sutra s’inscrit dans une filiation littéraire qui trouve ses racines dans les bas-fonds parisiens immortalisés par Auguste Le Breton et Alphonse Boudard. Avec « Un truand peut en cacher un autre », l’auteur réveille l’esprit canaille d’une époque révolue, celle où les malfrats avaient encore une certaine prestance et où le crime s’organisait selon des codes d’honneur. Cette veine populaire du polar français, qui a nourri l’imaginaire cinématographique des années 1960-70, trouve sous sa plume une nouvelle incarnation, teintée d’un humour décalé qui évite l’écueil de la nostalgie béate.
L’univers déployé par Sutra emprunte ses couleurs à cette tradition sans pour autant s’y enliser. La France de 1981, avec ses élections présidentielles et ses derniers soubresauts d’un monde en mutation, offre un cadre temporel judicieusement choisi. Cette époque charnière permet à l’auteur de jouer sur les références d’un âge d’or révolu tout en conservant une distance critique. Les dialogues savoureux et les situations rocambolesques rappellent l’esprit des films d’Audiard, mais l’écriture contemporaine de Sutra apporte sa propre saveur à cet héritage.
La géographie du récit, qui nous mène de Saint-Maur aux hauteurs du Puy-de-Dôme, dessine une France provinciale où les combines se tramaient encore dans l’ombre des institutions. Cette dimension territoriale ancre le roman dans une réalité palpable, loin des artifices du thriller international. Sutra puise dans ce terreau fertile pour construire une intrigue qui respecte les codes du genre tout en y insufflant sa propre vision de la truande française.
L’auteur parvient ainsi à créer un pont entre deux époques, offrant aux lecteurs contemporains un accès privilégié à un monde disparu sans tomber dans la reconstitution historique laborieuse. Cette approche révèle une maîtrise certaine des enjeux littéraires du polar français, permettant au roman de s’inscrire naturellement dans cette lignée prestigieuse tout en affirmant sa singularité.
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L’art du personnage : Tonton, figure emblématique
Aimé Duçon, dit Tonton, s’impose dès les premières pages comme une création romanesque d’une densité remarquable. Ce truand quadragénaire, à la calvitie assumée et au cigare perpétuellement vissé aux lèvres, transcende rapidement l’archétype du malfrat de fiction pour devenir un personnage à part entière. Sutra lui confère une psychologie complexe qui oscille entre l’arrogance du professionnel accompli et une vulnérabilité touchante dans ses rapports familiaux. Cette dualité se révèle particulièrement saisissante dans ses échanges avec ses parents, où le dur à cuire laisse place au fils attentionné, créant un contraste qui enrichit considérablement la caractérisation.
La construction du personnage repose sur un système de contradictions fécondes qui évitent l’écueil de la caricature. Tonton planifie ses coups avec une minutie d’horloger suisse tout en se révélant capable d’improvisations désastreuses, comme en témoigne l’épisode mémorable du restaurant Maxim’s. Cette imprévisibilité contrôlée permet à Sutra de maintenir un équilibre subtil entre crédibilité et fantaisie romanesque. Le personnage gagne ainsi en humanité sans perdre de sa stature de figure tutélaire du milieu, évitant la glorification naïve comme la diabolisation systématique.
L’entourage de Tonton révèle également un talent certain de l’auteur pour les personnages secondaires. Mamour, l’aveugle virtuose du crochetage, ou encore Gérard, le colosse aussi redoutable qu’imprévisible, forment une galerie de portraits hauts en couleur qui évitent la simple fonction d’adjuvants. Chacun possède sa propre cohérence interne, ses manies et ses failles, créant une dynamique de groupe où les rapports de force se redistribuent constamment. Cette approche chorale enrichit la narration en multipliant les points de vue et les sources d’humour.
L’évolution du personnage principal au fil du récit témoigne d’une maîtrise narrative certaine. Sutra parvient à faire évoluer Tonton sans trahir sa nature profonde, lui permettant de révéler progressivement ses différentes facettes sans rupture de ton. Cette progression organique contribue à maintenir l’intérêt du lecteur tout en approfondissant la compréhension du personnage, créant cette complicité indispensable entre le public et cette figure peu recommandable mais attachante.
Une écriture au service de l’action
Le style de Samuel Sutra se caractérise par une fluidité narrative qui épouse parfaitement le rythme effréné de l’intrigue. L’auteur maîtrise l’art délicat de l’alternance entre séquences contemplatives et moments d’action pure, créant une respiration textuelle qui évite l’essoufflement du lecteur. Les descriptions techniques, comme celles des mécanismes de coffre-fort ou des procédures d’imprimerie, s’intègrent naturellement au récit sans jamais ralentir la progression dramatique. Cette capacité à distiller l’information nécessaire sans lourdeur documentaire témoigne d’une économie narrative maîtrisée.
La langue employée puise habilement dans le registre argotique sans sombrer dans l’artifice ou l’accumulation gratuite d’expressions pittoresques. Sutra dose avec justesse l’utilisation du vocabulaire spécialisé du milieu, créant une couleur locale authentique sans exclure le lecteur néophyte. Les dialogues, véritables moteurs de l’action, révèlent une oreille fine pour les nuances de langage qui différencient chaque personnage. Cette attention portée aux variations stylistiques enrichit la caractérisation tout en maintenant la dynamique narrative.
L’architecture des phrases épouse intelligemment les besoins dramaturgiques de chaque séquence. Les périodes courtes et saccadées accompagnent les moments de tension maximale, tandis que les développements plus amples permettent d’installer l’atmosphère ou d’approfondir la psychologie des protagonistes. Cette modulation stylistique révèle une conscience aiguë des effets recherchés et une volonté de mettre la technique au service de l’efficacité narrative plutôt que de la virtuosité gratuite.
L’écriture de Sutra trouve son équilibre dans cette subordination intelligente de la forme au fond. Jamais la recherche esthétique ne vient entraver la mécanique narrative, créant un texte où la lisibilité n’exclut pas la qualité littéraire. Cette approche pragmatique du style, qui privilégie la clarté sans renoncer à l’élégance, place l’œuvre dans cette catégorie enviable des romans populaires qui ne renoncent pas à leurs ambitions artistiques.
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L’humour comme moteur narratif
L’humour constitue l’épine dorsale de « Un truand peut en cacher un autre », irriguant chaque page d’une verve qui transcende le simple effet comique. Sutra déploie un arsenal varié de procédés burlesques, depuis les quiproquos savamment orchestrés jusqu’aux situations rocambolesques qui ponctuent l’intrigue. Cette diversité des registres comiques évite l’écueil de la répétition et maintient une fraîcheur constante dans le traitement des péripéties. L’auteur révèle une compréhension fine des mécanismes du rire, exploitant avec habileté les ressorts de l’absurde sans jamais sombrer dans la farce gratuite.
La caractérisation des personnages s’enrichit considérablement grâce à cette dimension humoristique qui révèle leurs travers avec une bienveillance ironique. Gérard, le colosse aux effets digestifs dévastateurs, ou Mamour, l’aveugle dont les performances techniques défient le bon sens, émergent de leurs fonctions narratives premières pour devenir de véritables ressorts comiques autonomes. Cette approche permet à Sutra de créer une complicité avec le lecteur tout en évitant la dévalorisation systématique de ses créatures fictionnelles. L’humour devient ainsi un outil de caractérisation subtil qui humanise ces figures peu recommandables.
Les dialogues cristallisent particulièrement cette veine comique, révélant un sens aigu de la répartie et de l’à-propos. Les échanges entre Tonton et ses complices fourmillent de traits d’esprit qui naissent naturellement des situations plutôt que d’être plaqués artificiellement sur le récit. Cette organicité de l’humour textuel crée une authenticité dans les rapports entre personnages, rendant crédibles leurs interactions malgré l’extravagance des circonstances. L’auteur parvient ainsi à maintenir l’équilibre délicat entre vraisemblance psychologique et fantaisie narrative.
L’utilisation de l’humour comme vecteur de tension dramatique constitue peut-être l’aspect le plus réussi de cette stratégie narrative. Sutra exploite habilement les contrastes entre gravité des enjeux et cocasserie des moyens employés, créant un suspense d’un genre particulier qui tient le lecteur en haleine par des voies détournées. Cette approche originale du thriller permet d’éviter les pièges de la surenchère dans la violence tout en maintenant un niveau d’engagement émotionnel constant. L’humour devient alors non pas un ornement du récit mais bien son moteur principal, propulsant l’action vers des dénouements imprévisibles.
Construction et rythme : l’horlogerie du suspense
La structure narrative de « Un truand peut en cacher un autre » révèle une architecture soigneusement pensée qui orchestre la montée dramatique avec une précision d’horloger. Sutra déploie son intrigue selon un schéma classique de préparation-exécution-complications, mais enrichit cette trame traditionnelle par un jeu subtil d’entrecroisements temporels et de perspectives multiples. L’alternance entre les différents groupes de protagonistes crée un effet de kaléidoscope narratif qui maintient l’attention du lecteur tout en permettant d’explorer les ramifications de l’action principale. Cette polyphonie structurelle évite la linéarité monotone sans pour autant verser dans la confusion.
L’auteur maîtrise particulièrement l’art du cliffhanger, ces fins de chapitre qui laissent le lecteur en suspens au moment crucial. Chaque basculement de perspective intervient à un point de tension maximale, créant un effet de vases communicants où l’inquiétude générée par une situation trouve momentanément son exutoire dans le changement de focale. Cette technique, héritée du feuilleton populaire, trouve ici une application moderne qui respecte l’intelligence du lecteur contemporain. Les transitions s’opèrent avec fluidité, évitant les ruptures artificielles qui caractérisent parfois ce type de construction.
Le tempo narratif épouse intelligemment les nécessités dramatiques de chaque séquence. Les moments de planification bénéficient d’un rythme plus posé qui permet l’approfondissement psychologique et la construction de l’atmosphère, tandis que les phases d’action s’accélèrent progressivement jusqu’à l’emballement final. Cette modulation rythmique témoigne d’une conscience aiguë des effets recherchés et d’une capacité à ajuster l’écriture aux besoins spécifiques de chaque passage. L’escalade de complications qui caractérise la seconde partie du roman illustre parfaitement cette maîtrise du crescendo dramatique.
La gestion des informations révélées au lecteur constitue peut-être l’aspect le plus délicat de cette construction narrative. Sutra parvient à maintenir un équilibre subtil entre clarté et mystère, distillant les éléments nécessaires à la compréhension sans dévoiler prématurément les ressorts de l’intrigue. Cette économie informationnelle crée une complicité avec le lecteur qui peut anticiper certains développements tout en restant surpris par d’autres. L’auteur évite ainsi l’écueil du roman à énigme trop transparent comme celui du thriller hermétique, trouvant cette voie médiane qui caractérise les meilleurs représentants du genre.
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L’univers du milieu revisité
Samuel Sutra réinvente l’imagerie traditionnelle du milieu français en la dépouillant de ses oripeaux les plus convenus. Loin des poncifs du truand en costume trois-pièces et chapeau mou, l’auteur dessine un monde criminel plus prosaïque, ancré dans une réalité sociale reconnaissable. Les malfrats de Sutra évoluent dans un écosystème familial où la mère de Tonton continue de lui préparer sa purée et où les considérations domestiques côtoient les préoccupations criminelles. Cette approche démythifiante humanise ces figures sans les dévaloriser, créant une proximité inattendue entre le lecteur et ces personnages peu recommandables.
La géographie criminelle déployée oscille entre les hauteurs bourgeoises de Saint-Maur et les contrées industrielles du Puy-de-Dôme, esquissant une France des années 1980 où les opportunités délictueuses naissent encore de la rencontre entre tradition artisanale et modernité technologique. L’auteur exploite avec finesse cette tension temporelle, situant son intrigue à un moment charnière où les méthodes ancestrales du crime côtoient les premières manifestations de la sophistication technique. Cette contextualisation historique confère une crédibilité certaine aux péripéties les plus extravagantes, ancrant la fantaisie narrative dans un terreau sociologique identifiable.
Les codes d’honneur et les hiérarchies du milieu traditionnel subissent sous la plume de Sutra une réévaluation ironique qui en révèle à la fois la permanence et l’obsolescence. La loyauté entre complices persiste mais se heurte aux impératifs pragmatiques d’une époque en mutation, créant des tensions dramatiques fécondes. L’auteur évite soigneusement l’écueil de la glorification nostalgique comme celui de la condamnation moralisatrice, préférant observer avec une bienveillante ironie les mutations d’un monde en voie de disparition.
Cette approche renouvelée du genre criminel permet à Sutra d’explorer les contradictions inhérentes à cet univers sans tomber dans les facilités du pittoresque de surface. Le milieu dépeint conserve sa dangerosité réelle tout en révélant ses aspects les plus humains, créant une complexité narrative qui dépasse les simples effets de genre. Cette vision nuancée contribue à enrichir la tradition du polar français en y apportant un regard contemporain qui respecte l’héritage tout en l’actualisant.
Entre tradition et modernité littéraire
L’œuvre de Sutra navigue avec une habileté certaine entre les canons établis du polar français et les exigences esthétiques contemporaines. L’auteur puise dans le réservoir thématique du genre criminel traditionnel tout en adoptant une approche narrative qui intègre les acquis de la littérature moderne. Cette synthèse se manifeste particulièrement dans le traitement du temps narratif, où les ellipses et les retours en arrière s’articulent selon une logique dramatique plutôt que chronologique. Cette liberté structurelle, héritée des innovations romanesques du XXe siècle, se met au service d’une intrigue qui respecte fondamentalement les codes populaires du suspense.
La caractérisation psychologique des personnages révèle également cette double influence, combinant la typologie fonctionnelle du roman d’aventures avec une attention moderne portée aux nuances comportementales. Tonton échappe à la bidimensionnalité du héros traditionnel sans pour autant sombrer dans l’introspection paralysante qui caractérise parfois le roman contemporain. Cette voie médiane permet à l’auteur de créer des figures attachantes sans sacrifier l’efficacité narrative, trouvant un équilibre délicat entre profondeur psychologique et dynamisme dramatique.
Le registre de langue employé illustre parfaitement cette synthèse entre héritage et innovation. Sutra emprunte au parler populaire ses saveurs les plus authentiques tout en évitant l’écueil de l’archaïsme linguistique qui daterait irrémédiablement son texte. Cette modernisation discrète du langage argotique permet une accessibilité contemporaine sans trahir l’esprit du milieu dépeint. L’auteur démontre ainsi qu’il est possible de renouveler un genre sans renier ses fondements, actualisant les codes plutôt que de les révolutionner.
Cette position d’équilibre entre tradition et modernité confère au roman une lisibilité immédiate qui n’exclut pas la sophistication littéraire. Sutra parvient à satisfaire les attentes du lecteur amateur de polar classique tout en proposant des innovations suffisantes pour retenir l’attention d’un public plus exigeant. Cette stratégie éditoriale, loin de constituer un compromis appauvrissant, enrichit le texte en multipliant ses niveaux de lecture et en élargissant son potentiel d’audience sans compromettre son intégrité artistique.
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Un polar qui trouve sa voie
« Un truand peut en cacher un autre » révèle un auteur qui a su identifier sa propre voix dans le concert parfois cacophonique du polar contemporain. Samuel Sutra évite les écueils qui guettent nombre de ses confrères : ni pastiche nostalgique d’un âge d’or révolu, ni surenchère dans la violence gratuite, ni recherche d’originalité à tout prix. L’auteur propose plutôt une synthèse personnelle qui puise dans les forces du genre sans se laisser emprisonner par ses conventions. Cette maturité créatrice se manifeste dès les premières pages par une assurance narrative qui témoigne d’une vision claire de ce que doit être un roman criminel réussi.
L’équilibre trouvé entre divertissement et exigence littéraire place cette œuvre dans cette catégorie enviable des romans populaires qui ne renoncent pas à leurs ambitions artistiques. Sutra démontre qu’il est possible de captiver un large public sans sacrifier la qualité d’écriture, prouvant que l’accessibilité n’implique pas nécessairement la facilité. Cette approche respectueuse du lecteur, qui refuse de sous-estimer son intelligence tout en satisfaisant son appétit de fiction, constitue peut-être la réussite la plus notable de l’entreprise. L’auteur parvient ainsi à réconcilier deux exigences souvent perçues comme antagonistes dans le paysage éditorial contemporain.
La cohérence tonale maintenue du début à la fin témoigne d’une maîtrise qui dépasse la simple technique narrative pour révéler une véritable personnalité littéraire. Chaque épisode, chaque dialogue, chaque description s’inscrit dans une logique d’ensemble qui confère au roman une unité organique rare dans un genre souvent fragmenté. Cette homogénéité stylistique crée un univers romanesque autonome où le lecteur peut s’immerger sans craindre les ruptures de ton qui brisent parfois l’enchantement de la fiction.
L’aboutissement de cette démarche créatrice réside dans la capacité de l’œuvre à transcender ses références pour proposer une expérience de lecture singulière. Au-delà des hommages rendus à la tradition du polar français, Sutra construit un récit qui possède sa propre légitimité esthétique et sa force d’attraction particulière. Cette émancipation créatrice, qui permet à l’auteur d’être reconnu pour ses qualités propres plutôt que pour sa fidélité à des modèles préétablis, constitue l’ultime validation d’un talent qui a su trouver sa juste mesure entre héritage et innovation.
Mots-clés : Polar français, Humour, Truand, Suspense, Tradition criminelle, Comédie, Samuel Sutra
Extrait Première Page du livre
» CHAPITRE 1
« Les légendes, c’est comme les emmerdes. Elles ont toujours un commencement, mais on ne sait jamais quand elles finissent. » Tonton
Saint-Maur, il y a bien longtemps…
La grande bâtisse trônait au milieu d’un parc verdoyant qu’un plan d’eau rafraîchissait à la moindre brise. Ses volets étaient bariolés. Ceux du bas avaient été repeints récemment, de ce bleu pâle qui aurait facilement rappelé les côtes du Morbihan. Les autres, trop hauts, plus inaccessibles, continuaient de pourrir sous une craquelure brunâtre dont les teintes d’origine avaient fini par se faire oublier sous les assauts du soleil.
La façade était, çà et là, mouchetée de zones claires. Des endroits où, sous les impacts hasardeux d’une rafale, la surface de la pierre sombre avait éclaté, révélant sa clarté première. Une Mercédès W114 couleur crème dormait sur le gravier, devant les marches du perron, les phares regardant la grille avec arrogance.
Encore immatriculée 75, cette chignole impeccablement entretenue avait tiré son numéro d’abonnée à la route l’année où la Seine et la Seine-et-Oise avaient décidé d’accoucher de ce département tout neuf, dont beaucoup continuaient de bouder le nom : le Val-de-Marne.
L’endroit était calme. Les rares bruits qui troublaient cette quiétude émanaient de quelques canards qui batifolaient au bord du petit lac. Une colonie de colverts – des bonshommes aux rémiges bleu-violet ainsi que des dames d’un gris banal – avait élu domicile aux abords de cette eau douteuse. Des canetons en guirlande suivaient leur maman comme des jouets mécaniques remontés à bloc. Par moments, un coup de feu retentissant faisait trembler les vitres et vibrer le sol, mais n’effrayait pas pour autant les plus farouches des volatiles.
Edmond Duçon, le maître des lieux, était assis sur un fauteuil de jardin, une couverture sur les jambes, un cigare entre les lèvres. Un fusil dans les mains, il visait par moments un canard plus bruyant que les autres. Truand en fin de carrière, homme d’honneur et gangster notoire au casier épais comme un annuaire, il goûtait depuis peu aux joies anodines d’une retraite bien méritée. «
- Titre : Un truand peut en cacher un autre
- Auteur : Samuel Sutra
- Éditeur : Flamant Noir Éditions
- Nationalité : France
- Date de sortie : 2020
Résumé
Mai 1981 – soir de l’élection présidentielle.
Toutes les polices de France et les journalistes sont sur les dents, accaparés par cet événement national. Une aubaine pour Tonton – truand émérite – qui a une idée de génie !
Il décide de profiter de cette grande kermesse pour monter le casse du siècle avec l’équipe qu’il vient d’embaucher. Ils ont huit heures, pas une de plus, pour s’enrichir.
Mais, il y a un problème…
Sur le papier, le plan est infaillible.
En réalité, cette idée géniale, Tonton n’est pas le seul à l’avoir eue…
Note de l’éditeur :
Tonton est un bandit comme on n’en fait plus : malin, gouailleur, viril… L’inventivité et la saveur de la langue chez Samuel Sutra se situent dans la poésie du Titi, le goût du bon mot, le travail qui donne aux phrases une efficacité redoutable, laissant penser à l’œuvre de Frédéric Dard. Les dialogues sont une collection de trouvailles irrésistibles transportant le lecteur dans l’univers d’Audiard et Lautner. Une lecture à ne (surtout) pas manquer.

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.
































Manuel, t’es un grand ! Je t’embrasse affectueusement, moi le tout petit !
😂😂😂 Non non Samuel, le grand c’est toi ! Moi je raconte juste le plaisir que j’ai eu en lisant un livre ! Et c’était un plaisir.