Annelise, une deuxième route pour la saga VanDeath
Une chambre lausannoise avec vue sur un morceau de Léman, deux platines Technics, des bacs de vinyles légués par un père évanoui dans la nature : c’est là qu’Alexandre Fourtoy retrouve Europe Kaz, quelques semaines après son retour d’Espagne. Boucles rousses en bataille, la jeune femme redevient RedAngel le temps d’un mix pour remettre de l’ordre dans ses pensées. Sur son lit, deux objets résument l’enjeu : les clés du Che, le van paternel, et une grille de papier pelure percée de douze fenêtres. Le lendemain, dans un hangar d’Étagnières, un jeune mécanicien italien lui rend le Sprinter rutilant, équipé de caméras qu’elle peut désormais consulter depuis son téléphone, et le voyage peut reprendre.
Le romancier veille à ce que le lecteur qui découvre Kaz avec ce volume ne reste pas sur le bas-côté. Les acquis du premier voyage reviennent par petites touches : le manuscrit de pharmacie médiéval, l’avocat andorran Antonio Brunner, David l’ami d’enfance, la bande Ranine réunie autour de Juan Pablo Casimiro Kushel. Ils se glissent dans une conversation ou dans la carte mentale que l’héroïne dresse sur les écrans du van. Ce rappel fonctionne comme une mise à jour, jamais comme un résumé laborieux. Une énigme neuve vient aussitôt relancer la mécanique : derrière un lavabo rabattable, une boîte métallique verrouillée par un code à quatre chiffres attend son heure.
Le cap, lui, a changé. Après la péninsule Ibérique, ce second roadtrip remonte vers le nord puis bifurque vers le sud. Il est découpé en trois parties, chacune avec son kilométrage et sa carte : de Lausanne à Bâle, puis l’Alsace, le lac de Constance et le pays de Bade, enfin la Rhénanie et les Dolomites. Ce découpage donne au roman la respiration d’un carnet de route. Les chapitres, aux titres d’un seul mot comme « Home », « Intersections », « Vagues » ou « Sillons », s’enchaînent à la manière des pistes d’un set. L’alternance entre le présent hivernal et plusieurs pans du passé installe une pulsation régulière, qui ne retombe guère jusqu’aux dernières pages.
Le braquage de la Fraumünster, un fait divers réel réinventé
Le 1er septembre 1997, cinq hommes cagoulés jaillissent d’une camionnette maquillée aux couleurs des télécoms dans la cour de la poste du Fraumünster, à Zurich. Ils repartent avec un butin qui va alimenter les conversations helvètes pendant des mois. Ce « casse du siècle » a réellement eu lieu, et Alexandre Fourtoy en fait la colonne vertébrale de son intrigue. Une postface documentée, nourrie de coupures de presse, retrace l’affaire : cinquante-trois millions de francs suisses, une Fiat Fiorino trop exiguë pour tout emporter, et plus de vingt-sept millions jamais retrouvés.
Tout le charme du procédé tient dans la façon dont la fiction se faufile dans les interstices du fait divers. Le romancier reprend les bévues authentiques des braqueurs : les tasses d’espresso abandonnées en terrasse, le sac poubelle bourré de billets, la tentative d’incendie à deux pas d’une caserne de pompiers. Il en propose une lecture nouvelle : et si ces amateurs n’avaient pas agi tout à fait seuls ? Les chapitres datés de l’été 1997 reconstituent la préparation du coup dans la banlieue populaire de Seebach, entre le Dago Bar, des chambres d’hôtel étouffantes et les rêves de Sicile d’un postier amoureux. La gouaille des dialogues, qui mêlent suisse allemand, italien et argot de banlieue, donne à ces scènes un délicieux parfum de comédie noire.
Cette strate historique dialogue avec l’enquête de Kaz grâce à un montage alterné digne d’un monteur de cinéma. Chaque saut dans le temps éclaire par ricochet ce que l’héroïne découvre au présent, sans jamais livrer la clé trop tôt. Le dispositif avait fait ses preuves avec Madrid dans le premier tome. Il prend ici de l’ampleur, puisque la reconstitution couvre plusieurs années et plusieurs pays, de Genève à Carpentras, de Toulon à une route de montagne noyée sous la neige. L’avertissement liminaire prévient d’ailleurs que tout est romancé, « mais tout de même un peu » réel. Au lecteur curieux de démêler l’un de l’autre.
Annelise Rey, la faussaire qui donne son titre au roman
Chaque volume de la saga VanDeath porte le nom d’une figure clé, et celle-ci est taillée dans un bois noueux. Annelise Rey est la faussaire de la bande de Casimiro. C’est sa main sûre qui a recopié, enluminure après enluminure, le manuscrit médiéval sur lequel Kaz se penche depuis le premier tome. Pour l’héroïne, elle n’est d’abord qu’une piste : une photo granuleuse du milieu des années 1990, où l’on voit une femme blonde, permanentée, souriante à l’excès. L’instinct de Kaz flaire aussitôt ce que ce portrait a d’apprêté, comme un décor trop parfait pour être honnête.
Alexandre Fourtoy bâtit cette figure par fragments, répartis sur plusieurs décennies. Le lecteur croise une adolescente genevoise qui subtilise des porte-cartes sur une terrasse au bord du lac pour se fabriquer un passeport, persuadée de n’être « personne » et résolue à devenir quelqu’un. Il la retrouve dans un appartement sous les toits de Carpentras, penchée sur un chevalet, une plume de métal à la main, passant des crises de larmes à une précision d’orfèvre. Chaque retour en arrière ajoute un trait. L’ensemble compose un portrait psychologique d’une belle densité, où le talent, la blessure d’enfance et l’ambition s’entrelacent jusqu’au vertige. Le lien qui l’unit à Casimiro, fait d’admiration, de dépendance et de défiance, nourrit certaines des pages les plus troublantes du livre.
Le travestissement irrigue tout le roman. Dans les chapitres zurichois, une chevelure auburn tombe près d’un lavabo, des lentilles noisette disparaissent dans un boîtier, des ballerines pliantes remplacent les talons. En quelques minutes, une silhouette tapageuse laisse place à une élégante inconnue que personne ne remarque, et l’auteur décrit ces métamorphoses avec une jubilation visible. Au présent, la galerie s’enrichit de figures ambiguës. Il y a cette directrice de thèse bâloise au chignon gris fer et aux lunettes à chaînette, et il y a Anton Plattner, Allemand massif aux yeux de bille noire, dont le nom ressurgit du passé de la bande. Kaz apprend à se méfier des apparences, et le lecteur avec elle.
Elvira Muñoz, une menace venue de la finance
Au vingt-huitième étage de la Torre Europa, sur le Paseo de la Castellana, une lumière ne s’éteint jamais. Derrière la vitre, Elvira Muñoz suit les mouvements de l’argent comme un biologiste marin observe les courants. Mexicaine par son passeport, sans attaches par tempérament, elle est la plus redoutable des « sicarios en col blanc » du cartel de Bajíos. Son rôle : canaliser, blanchir et faire circuler des fortunes qui n’existent officiellement nulle part. Elle hérite des dossiers d’un prédécesseur dont les lecteurs du premier tome se souviennent, et y flaire une fuite, une anomalie qui la démange comme une piqûre.
Cette antagoniste tranche avec les menaces physiques habituelles du thriller. Elle ne poursuit pas Kaz sur les routes : elle remonte des colonnes de chiffres, débusque des virements fractionnés et reconnaît, dans ces « petits ruisseaux » qui font les grandes rivières, la signature d’un esprit qu’elle admire presque. Sa froideur fascine, tout comme sa passion quasi mathématique de l’argent, qui la rend à la fois inhumaine et étrangement captivante. Elle préfère les ordinateurs aux êtres humains, qu’elle tient pour de simples ressources. L’auteur s’amuse aussi de sa déception face à Cologne, ville grouillante et joyeuse, bien loin de l’image d’ordre et de rigueur qu’elle se faisait de l’Allemagne.
Avec elle, le roman ouvre une seconde ligne de traque, parallèle à celle de l’héroïne, et la tension naît justement de cette course invisible. Les scènes de réunion sont remarquablement feutrées : d’abord dans un salon octogonal de l’hôtel Excelsior Ernst, face au Dom, puis en visioconférence sur des serveurs prétendument inviolables. On y découvre un crime organisé qui se cache derrière une brasserie mexicaine, où personne ne prend de notes et où l’on obéit sans discuter. Alexandre Fourtoy donne ainsi à sa saga une dimension européenne et financière qui élargit l’horizon. Derrière le butin de Casimiro se profilent désormais les circuits mondiaux de l’argent sale.
RedAngel aux platines, de Rulantica à Europa-Park
Chez Kaz, la musique tient lieu de refuge, de langue intime et de boussole. Quand les questions s’accumulent, elle cherche dans les sillons ce que les mots ne lui donnent pas, en enchaînant Lisa Lisa and Cult Jam et le « Pink Cadillac » de Natalie Cole, ces tubes hérités de son père. Alexandre Fourtoy écrit ces séquences avec une précision de passionné : calage des tempos, cue points, réglage du contrepoids du bras de lecture, choix de l’enchaînement qui fera chavirer une salle. On sent presque le vinyle tourner sous les doigts de l’héroïne, et l’on comprend que chaque mix est pour elle une façon de penser.
Ce tome marque une nette accélération dans la trajectoire de RedAngel. Esperanza, sa colocataire mexicaine devenue manageuse survoltée, lui décroche une soirée test à Rulantica, le parc aquatique d’Europa-Park, avec son décor mi-viking, mi-tropical. À la clé, la promesse d’un concert d’ouverture devant vingt mille personnes, aux côtés de Milky Chance et d’Ofenbach. Les pages consacrées à ces sets vibrent d’une énergie communicative : maquillage en ailes d’ange rouge et argent, jeux de lumière sur les cascades, foule qui danse jusque dans l’eau des lagons. Sébastien Tellier, Hugel, Yuksek porté par la voix de Bertrand Belin, Bob Sinclar, Acid Arab ou Sofi Tukker composent une bande-son où la French touch croise une house gorgée de soleil.
L’idée la plus singulière prolonge le livre au-delà de ses pages. À la fin de plusieurs chapitres, une mention invite à écouter les sets décrits, du mix vinyle improvisé à Lausanne au concert d’Europa-Park. La lecture se double ainsi d’une écoute, et le lecteur entend littéralement ce que vit l’héroïne. Cette complicité entre le texte et la musique reste rare dans le polar. La musique déborde d’ailleurs largement le décor : The Executive, un DJ énigmatique au masque blanc, dont les mixes éclectiques sautent d’Arcade Fire à Croatia Squad, intrigue Kaz et tisse un fil sonore qui traverse l’intrigue de part en part.
Bâle, Cologne, Bolzano : des étapes bien réelles
Le van impose son tempo : vidanger les eaux grises, remplir le réservoir, dénicher un emplacement tranquille pour la nuit. Ces contraintes, que l’auteur connaît visiblement de l’intérieur, donnent au récit une réalité tangible. Kaz dort sur les hauteurs de Montreux face à un Léman rosissant, au bord d’un ancien canal près de Mulhouse, puis sur un parking de camping-cars le long du Rhin à Bonn. Les coordonnées GPS apparaissent dans le texte et sont reprises dans une postface intitulée « Les spots de Kaz ». Le roman se double ainsi d’un guide pratique pour les amateurs de vanlife, tenté de suivre l’itinéraire à leur tour.
Chaque ville traversée prend corps sous la plume de Fourtoy, avec un sens du détail qui échappe au dépliant touristique. On y voit Gruyères sous la neige et les fauteuils squelettiques du bar du musée HR Giger, puis Lucerne et ses visiteurs venus de Mumbai sur les traces de leurs séries favorites. Viennent ensuite le Pharmacenter de Bâle et la courette médiévale de son musée de la pharmacie, la bibliothèque nationale universitaire de Strasbourg avec son escalier suspendu, Meersburg désertée sous la bruine de février, les allées thermales de Baden-Baden et la Forêt-Noire poudrée de blanc. Cologne, surtout, s’impose comme une présence vivante, avec sa cathédrale noire, ses brasseries bondées et ce pont ferroviaire couvert de cadenas d’amoureux, où le fracas des trains recouvre les serments.
Cette géographie n’a rien de gratuit. Le Che, Sprinter 4×4 truffé de caméras, de vitres opacifiantes et de compartiments secrets, permet à Kaz de se poser où elle veut, et le road trip épouse les méandres de l’enquête. Le paysage devient même un outil de réflexion : l’héroïne pense mieux en marchant avec Écho dans un parc ou au volant sur une route de crête, et c’est souvent au détour d’une promenade que les pièces du puzzle s’emboîtent. Bolzano, ville italienne aux noms allemands, vient clore ce périple dans un mélange de langues et de cultures qui résume bien l’esprit européen de la saga.
Chercher un père, se trouver une famille
Le fil rouge reste la quête de Juan Pablo Casimiro Kushel, ce père disparu dix ans plus tôt, qui a laissé derrière lui un jeu de piste aussi tortueux que tendre. Kaz s’agace parfois de ces énigmes gigognes, chapelet, grille ou boîte à code, avant de comprendre que leur complexité la protège. Un retour en arrière, dans une remise d’internat où un homme apprend à une fillette rousse à caler deux disques à l’oreille, compte parmi les moments les plus émouvants du roman. En quelques pages, on saisit ce qui relie la jeune femme à cet absent, et pourquoi elle refuse obstinément de lâcher prise.
Autour de ce vide, le roman dessine une véritable constellation affective. Esperanza, tempérament solaire et rire tonitruant, apporte une légèreté bienvenue, flanquée de Simon, ingénieur vaudois au van spartiate. Damián, rencontré à Madrid, porte une histoire d’amour pudique qui refuse le schéma du chevalier servant : Kaz revendique son indépendance, et l’auteur traite cette tension avec finesse. Alfonso le mécanicien, Antonio l’avocat et David l’ami d’enfance forment une famille de cœur pour une jeune femme élevée dans la solitude des internats. Écho, berger australien au flair infaillible, veille sur chaque étape. La bande Ranine en offre le reflet sombre : neuf enfants perdus, recrutés aux quatre coins de l’Europe, longtemps soudés avant d’être dispersés.
Annelise confirme la cohérence d’une saga qui marie polar, roman de route et récit d’apprentissage sans sacrifier l’un à l’autre. L’écriture fluide, les chapitres brefs et les dialogues alertes entretiennent la curiosité, tandis que l’appui sur des faits authentiques donne du relief à l’invention. Alexandre Fourtoy laisse Kaz au seuil d’une nouvelle étape, chargée de questions neuves et d’une détermination intacte, et annonce déjà un troisième volet, Aurore. Le Che a encore de longs kilomètres devant lui, et l’on a hâte de remonter à bord.
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Mots-clés : VanDeath, Alexandre Fourtoy, Annelise, Europe Kaz, braquage de la Fraumünster, road trip européen, thriller musical
Extrait Première Page du livre
« PROLOGUE
SANS VISAGE
Parookaville, Allemagne – Le 20 juillet 2025
Hans Ritter soupira.
Ils auraient dû mettre ce DJ ailleurs.
Parookaville était un des plus grands festivals de musique électronique du monde ; cette année, il y avait plus de trois cents DJ, dont évidemment les plus grandes stars mondiales : Steve Aoki, Timmy Trumpet, Afrojack, Armin van Buuren, Miss Monique et tant d’autres.
Mais devant la petite scène du Brainwash, plutôt confidentielle, il y avait une foule inattendue qui se pressait dans l’attente de celui qui arrivait maintenant.
Hans travaillait depuis maintenant cinq ans à Parookaville ; l’énergie du festival, qui accueillait près de soixante-quinze mille danseurs par jour, était comme une drogue pour lui. Il installait le matériel, les lumières, assurait leur bon fonctionnement.
Ils avaient dû le dépêcher en urgence sur cette scène, une des plus petites du festival, quand le mouvement de foule s’était formé. Il avait dû installer deux racks d’enceintes supplémentaires et un écran en toute hâte.
Dans la ville imaginaire de Parookaville, qui avait sa poste, sa banque, le plus grand supermarché Penny du monde et un main stage en forme de palais capable d’accueillir près de dix mille personnes, Brainwash symbolisait une laverie dont les fausses machines à laver projetaient de la mousse. Elle était appréciée en journée par des festivaliers qui venaient profiter des jets d’eau dans la chaleur de l’été allemand. Les DJ ici étaient plus confidentiels, avec une programmation dance ouverte à tous. »
- Titre : VanDeath Annelise Tome 2
- Auteur : Alexandre Fourtoy
- Saga : VanDeath
- Éditeur : Kaz Inc
- ISBN : 9791098097225
- Format : Broché
- Nationalité : France
- Langue : Français
- Date de publication : 16/10/2026
- Nombre de pages : 324 pages
- Genre : Thriller, Polar, Road trip
- Sujets traités : Quête du père, Braquage de la Fraumünster, Faussaire, Blanchiment d’argent, Cartel, Musique électronique, Vanlife, Famille choisie
Page officielle : vandeath.world
Résumé
Rentrée à Lausanne après un premier voyage en Espagne, Europe Kaz, DJ connue sous le nom de RedAngel, reprend la route à bord du Che, le van aménagé que lui a légué son père disparu. Elle doit retrouver Annelise Rey, faussaire de l’ancienne bande de Juan Pablo Casimiro Kushel et seule à pouvoir l’aider à percer les secrets d’un manuscrit médiéval et d’une grille codée.
De Bâle à Cologne, puis jusqu’à Bolzano, l’enquête de Kaz croise le souvenir du braquage de la poste du Fraumünster, survenu à Zurich en 1997. Une redoutable financière de cartel s’intéresse elle aussi à l’argent disparu, pendant que la carrière de RedAngel s’envole à Rulantica puis à Europa-Park.
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.
















