Interview de Víctor del Árbol auteur espagnol

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Víctor del Árbol : l’Espagne dans les veines, le noir dans l’âme

Né le 6 novembre 1968 à Barcelone, Víctor del Árbol a grandi dans un quartier populaire de la ville catalane, fils de l’immigration intérieure, aîné de six enfants, qui a trouvé très jeune refuge dans le monde des livres. Un destin singulier, fait de détours, entre soudure, comptoir de café et séminaire, avant d’entrer dans les rangs des Mossos d’Esquadra, la police autonome catalane, qu’il intègre en 1992. C’est cette vie forgée à l’école du réel qui nourrit, page après page, une œuvre romanesque d’une densité rare.

Il quitte la police en 2012 pour se consacrer pleinement à l’écriture, mais c’est bien avant cela que la littérature l’a rattrapé. Après un premier roman publié en 2006, Le Poids des morts, c’est la parution en 2011 de La Tristesse du samouraï, traduit en une douzaine de langues et best-seller en France, qui lui apporte la notoriété internationale. Les récompenses suivent : prix du polar européen en 2012, grand prix de littérature policière en 2015 pour Toutes les vagues de l’océan, prix SNCF du polar en 2018. En 2018, la République française le nomme chevalier des arts et des lettres.

Au fil des romans, un univers se dessine avec une cohérence implacable. Víctor del Árbol ausculte les blessures d’une société encore marquée par les cicatrices de la guerre civile et de la dictature franquiste, s’intéressant aux questions de mémoire, d’identité et de secrets de famille qui traversent de part en part ses intrigues policières. La noirceur n’y est jamais gratuite : elle sert une réflexion exigeante sur le mal, la culpabilité et les possibilités de rédemption.

Son tout dernier roman en date, Personne sur cette terre, paru chez Actes Sud en 2025, traduit de l’espagnol par Alexandra Carrasco, confirme cette trajectoire. Auteur de polars confirmé, Víctor del Árbol s’impose avant tout comme un magnifique écrivain, bâtisseur d’incroyables sagas qui brassent les époques, les idéologies et les temporalités. C’est cet écrivain, aussi discret que puissant, que nous avons eu le plaisir de rencontrer.

Ses titres sont disponibles en collection Folio, signe d’une reconnaissance bien méritée dans le paysage du polar francophone.

L’interview questionnaire de Víctor del Árbol

Vous écrivez à la main ou au clavier ?
À la main, tout le roman. Dans des carnets à couverture rigide, pages blanches, avec un stylo plume à encre bleue. Une fois le premier jet terminé, je retranscris et corrige sur l’ordinateur.

Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
Je me lève très tôt, vers 5 h du matin. J’écris mieux quand le monde dort.

Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
Le besoin de comprendre ce qui me semble complexe, l’envie d’assembler les pièces du puzzle et une curiosité insatiable pour la nature humaine.

À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
J’écris sans arrêt, mais je publie en général tous les deux ou trois ans. Cela dépend du projet dans lequel je me lance.

Votre plus belle émotion d’auteur ?
Trouver le mot exact pour l’indéfinissable. C’est quelque chose qui ressemble à l’extase, la fin d’une quête.

Le livre qui vous a le plus marqué ?
Probablement Les Raisins de la colère, de Steinbeck. Il réunit presque tout ce qu’on peut attendre de la vraie littérature : humanité, contradiction, tendresse, dureté et un style impeccable.

Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
Combien de temps peut vivre un pigeon urbain ? Environ quatre ans. Ils sont éphémères.

Votre lieu de crime idéal ?
Un livre. Tu es juge et partie. Tu décides du comment, du quand, du où. Je choisis souvent des espaces en plein air. Pour que la victime puisse partir avec la lumière du soleil dans la rétine.

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Votre arme du crime préférée ?
La logique voudrait que je réponde : le mot. Avec un mot couché sur le papier, on a déclenché des guerres, des génocides et toutes sortes d’atrocités.

Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
Peur, non. De la compassion, tout au plus.

Votre pire cauchemar d’auteur ?
Écrire un mauvais livre. C’est pire que de n’en écrire aucun.

Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Le tueur à gages sans nom de ma trilogie. J’adore ses costumes façon Reservoir Dogs.

Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
Dans celui des produits ménagers, évidemment. Tu as tout sous la main pour effacer tes traces. J’ai toujours pensé que l’eau de Javel, c’est comme la confession catholique : ça nettoie tout.

Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
Celui qui me choisira, sauf le roman romantique. Malheureusement pour moi, j’ai lu Dostoïevski trop jeune et je ne crois plus aux princes charmants.

Le livre dont vous êtes le plus fier ?
Avant les années terribles. L’écrire a été pour moi un exercice de résistance éthique et morale. J’ai été tenté d’abandonner de nombreuses fois, j’ai pleuré, j’ai vomi, mais j’y suis arrivé. C’est sans doute le livre qui a le moins vendu dans ma carrière. Mais je l’aime.

Où vous sentez-vous chez vous ?
À la terrasse d’un bar à Barcelone, un jour de soleil, avec mes cigarettes, mon carnet et la vie qui passe autour de moi.

* Entretien réalisé en espagnol avec Victor et traduit en français par mes soins.


Plus d’infos sur Instagram : @victordelarbol

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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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