Céline Ghys, l’autrice qui a ressuscité Jules Verne en détective
Il y a des auteurs qui trouvent leur territoire et s’y installent avec une aisance confondante. Céline Ghys est professeure de Lettres et d’Histoire, diplômée de l’Université du Maine, et membre du collectif Les Louves du Polar. Après deux romans à fond médiéval, puis un cosy crime contemporain, elle a franchi un cap décisif en 2024 en s’attaquant à un nouveau terrain : le XIXe siècle vernien. Un choix qui allait se révéler particulièrement heureux.
C’est avec « Jules Verne contre Nemo » (Fayard, 2024) qu’elle pose les bases de sa série : Amiens, 1882, un tueur en série qui signe ses crimes du nom du célèbre capitaine des abysses, et Jules Verne contraint de participer malgré lui à l’enquête. Le roman est accueilli avec enthousiasme par la critique et les lecteurs. Il obtient le prix Noir Soeurs en 2024, est finaliste des prix Coquelicot Noir de Nemours et Iris Noir de Bruxelles, et reçoit le coup de cœur de Gérard Collard ainsi que celui de la FNAC. Le Parisien et Télé Star saluent en elle « la nouvelle reine du polar historique ».
Le deuxième volet de la série, « Jules Verne et le Gentilhomme cambrioleur », convoque cette fois Arsène Lupin dans les rues d’Amiens de 1883, aux côtés de l’écrivain aux Voyages extraordinaires. Céline Ghys y fait une fois de plus preuve d’un travail de documentation approfondi sur Jules Verne, ses différents lieux de résidence, son bateau, et la vie amiénoise de la fin du XIXe siècle, le tout servi par une plume que les lecteurs décrivent volontiers comme « cinématographique », capable de restituer jusqu’à l’accent picard des ruelles sombres.
Avec « Jules Verne et le secret de la tour Eiffel », elle poursuit cette saga qui s’est imposée comme une référence du polar historique français, entraînant cette fois son héros hors des frontières de la capitale picarde pour une nouvelle intrigue mêlant avec subtilité faits réels et fiction criminelle. C’est cette autrice passionnée, rigoureuse et visiblement loin d’avoir épuisé son sujet, que nous avons eu le plaisir d’interroger.
L’interview questionnaire de Céline Ghys
Vous écrivez à la main ou au clavier ?
Au clavier. Cependant, je continue à faire mes recherches historiques à la main dans de petits carnets. J’en ai une collection effrayante que je range dans des boites à chaussures.
Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
Au début, j’écrivais quand mon chat dormait tellement il était pénible… Désormais, mon rituel est bien rodé : j’écris le matin après un bon petit-déjeuner, puis je consacre mes soirées à la relecture et à la correction.
Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
Un désir de sérénité et une nécessité quasi vitale de décompression. C’est pour moi un exutoire indispensable pour dompter l’hyperactivité qui me guette depuis que je suis enfant.
À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
Un par an en moyenne depuis mes débuts en 2021.
Votre plus belle émotion d’auteur ?
Chaque témoignage me touche, mais si je ne devais en choisir qu’un, ce serait ce lecteur venu me faire dédicacer un livre très abîmé, aux pages cornées. Je lui ai dit, amusée : « Il a bien vécu, ce livre ! ». Il m’a répondu qu’il avait appris à reparler grâce à lui. Victime d’un AVC, il avait lu tout l’ouvrage à voix haute avec son orthophoniste. J’ai été si émue que je n’ai pu contenir mes larmes ; j’ai fondu dans ses bras et c’est lui qui m’a consolée.
Le livre qui vous a le plus marqué ?
Je me souviens particulièrement des « Travailleurs de la mer » de Victor Hugo, quand j’étais ado. Ses mots étaient si puissants qu’ils m’ont donné le mal de mer. Il y a aussi « L’Étranger « de Camus : la scène de la plage est d’une telle intensité que j’ai eu le souvenir physique d’avoir dû ouvrir une fenêtre en plein mois de janvier pour respirer.
Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
« Quelle était la vitesse de pointe d’un fiacre lancé au galop sur des pavés mouillés en 1882 ? » On passe parfois des heures sur des détails techniques totalement improbables pour une seule phrase dans le livre !
Votre lieu de crime idéal ?
Des rues désertes quand tout le monde dort et que personne ne peut vous secourir. Ces espaces ouverts où l’on se retrouve seul et pris au piège au cœur d’une ville surpeuplée.
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Votre arme du crime préférée ?
Un couteau bien aiguisé. C’est, de loin, l’objet le plus effrayant pour moi. Dans mon dernier livre, j’ai innové en diversifiant les méthodes de mise à mort à l’aide d’objets hétéroclites…
Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
Pas vraiment durant la rédaction. En revanche, il m’arrive d’éprouver du dégoût lors des relectures finales, avec le recul. Je vis aussi assez mal le fait de « tuer » un personnage. Après mon deuxième roman, je culpabilisais la nuit ; le sommeil fuyait, comme si ma victime venait me hanter en me demandant : « Pourquoi moi ? »
Votre pire cauchemar d’auteur ?
Être poursuivie par mon Nemo ou par le grand méchant de mon propre roman en vrai !
Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Une personne parfaitement insérée socialement. Un bon Docteur Jekyll !
Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
Au rayon surgelés, avec une pizza quatre fromages.
Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
Le théâtre, pour la puissance des dialogues et des quiproquos. Dans mes romans, je ne m’interdis rien : je mélange les genres car je pense que la noirceur est d’autant plus inquiétante quand elle contraste avec des moments de lumière, d’amour ou de rire. C’est ce relief qui rend l’ombre effrayante.
Le livre dont vous êtes le plus fier ?
Toujours le dernier. J’essaie de repousser mes limites et d’innover pour ne jamais me répéter. Je conçois l’écriture comme un sport : plus j’avance, plus je deviens exigeante envers moi-même. Pour l’instant, « Jules Verne et le secret de la Tour Eiffel « qui sort le 29 avril prochain, reste mon favori.
Où vous sentez-vous chez vous ?
Partout, tant que je suis avec mon mari.
En guise de conclusion, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ? Une actualité, un nouveau projet qui vous passionne, une œuvre à paraître ou un événement spécial que vous souhaiteriez mettre en lumière, un prix reçu, une dédicace ou un salon ?
Je suis particulièrement heureuse d’annoncer que Jules Verne contre Nemo est actuellement en cours d’adaptation cinématographique. L’équipe du film est formidable et m’implique régulièrement dans le processus !
Plus d’infos sur Instagram : @celine.ghys
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.






















