Gabriel Katz : un écrivain aux mille visages
Il y a des écrivains qui avancent longtemps dans l’ombre avant de signer de leur propre nom. Gabriel Katz est de ceux-là : avant de connaître le succès sous son propre nom, il a longtemps exercé comme écrivain-fantôme, rédigeant une trentaine d’ouvrages pour le compte d’autres personnalités. Une discrétion assumée, presque revendiquée, avant de prendre toute la lumière.
C’est en 2013 qu’il se révèle au grand public avec la trilogie de fantasy Le Puits des mémoires, récompensée par le prix Imaginales. Il s’impose ensuite dans le genre policier avec la série mettant en scène le personnage de Benjamin Varenne, dont l’un des opus, Dehors tu vas avoir si froid, a reçu le Prix du roman d’aventures en 2024. Entre fantasy primée, polar haletant et projets transmédias, son œuvre témoigne d’une insatiable curiosité pour les formes narratives.
Avec L’Assassin de Pigalle, Gabriel Katz s’aventure dans une période encore peu explorée par le roman policier : les années qui suivent immédiatement la Libération. Alors que la société aspire à refermer le chapitre de l’Occupation, certaines trajectoires individuelles révèlent la persistance des compromissions et des violences. L’intrigue débute en 1945, alors que Max Weber, inspecteur de la Brigade criminelle, mène une existence sans relief après plusieurs années éprouvantes. Le meurtre d’un petit malfrat retrouvé dans un hôtel de Pigalle vient rompre cette inertie. Rapidement, un suspect est identifié : Mendel Jankovic, survivant juif des camps, qui affirme avoir tué un ancien membre de la Carlingue, l’organisation criminelle liée à la Gestapo française.
Pour construire son récit, Gabriel Katz s’appuie sur l’histoire réelle de la Gestapo de la rue Lauriston, une bande criminelle dirigée par Henri Lafont et Pierre Bonny, qui ont activement participé au pillage de familles juives et au démantèlement de réseaux de Résistance. À mesure que l’intrigue avance, les certitudes se fissurent, jusqu’à un dénouement qui rebat les cartes et interroge la notion même de culpabilité. Un roman qui dérange, comme les meilleures fictions noires savent le faire.
L’interview questionnaire de Gabriel Katz
Vous écrivez à la main ou au clavier ?
Au Clavier. C’est toujours très bien vu pour un écrivain de parler de la sensualité du papier, du crissement de la plume, de l’odeur de l’encre et plein d’autres choses très romantiques, mais quand il faut réécrire un paragraphe, changer un nom ou remplacer Citroën par Renault dans tout le roman, c’est beaucoup moins sensuel, tout d’un coup.
Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
Les deux. Et je ne sais pas si l’avenir appartient à ceux qui se couchent tard, mais c’est plutôt une bonne chose pour mes deadlines.
Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
Mon crédit immobilier. Et peut-être le fait que j’écris depuis toujours, même avant d’en faire mon métier, ce qui tendrait à prouver que j’aime ça.
À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
Alors, sur le papier – si j’ose dire – il me faut environ trois mois pour écrire un roman. Ca peut être plus. Ca peut être moins. Dans le plus et le moins, il faut compter la procrastination, les dates de rendus qui se cumulent, l’envie de mener plein de projets et le fait que des éditeurs les signent… C’est une chance, et en même temps ça charge un peu le planning !
Votre plus belle émotion d’auteur ?
Il y en a eu tellement que je pourrais en faire un livre. Disons, en vrac et dans le désordre : mon premier prix littéraire en tant que ghostwriter, mon premier prix littéraire en tant qu’auteur, mon premier livre sorti du carton, mon dernier livre sorti du carton, mon premier vrai article dans la vraie presse avec mon vrai nom dedans… Plein de choses comme ça.
Le livre qui vous a le plus marqué ?
Probablement l’Etranger de Camus. Ou le Grand Meaulnes. Ou le Petit Prince. Ou Pot-bouille (si, si, Pot-Bouille). Ou le Parfum de Süskind. Ou… Je ne sais pas, pas plus que je ne pourrai déterminer le film, la série ou le plat qui m’a le plus marqué. Quoique. J’ai le souvenir d’un carré de porc chez Thierry Marx…
Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
Là aussi, il y aurait de quoi faire une liste. Ce qui me fascine, ce n’est pas tant la recherche – tous les auteurs de polars doivent demander en combien de temps se décompose une tête coupée trempée dans du gros sel – mais les résultats. On a beau avoir passé sa vie sur internet, c’est toujours incroyable d’avoir accès à l’arbre généalogique de la belle-sœur de la maîtresse du chef de la Gestapo de Bormes-les-Mimosas, photos du chien à l’appui.
Votre lieu de crime idéal ?
Là, tout de suite, je dirais une chambre sordide d’un hôtel de passe sordide, quelque part dans les hauteurs de Pigalle, mais c’est peut-être légèrement influencé par mon dernier roman.
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Votre arme du crime préférée ?
Là, tout de suite, un Walther P38, 9 millimètres parabellum, avec un historique un peu chargé (comme lui), mais c’est peut-être légèrement influencé par mon dernier roman.
Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
Non. Déjà parce qu’elles ne font peur à personne, donc ce serait terrible que je sois le seul, ensuite parce que mon but n’est pas de faire frissonner dans les chaumières. Après tout, la Gestapo, c’est un sujet très feelgood !
Votre pire cauchemar d’auteur ?
Un succès d’estime. On n’est jamais à l’abri de l’échec, mais il n’y a rien de pire qu’un succès d’estime. Enfin si, il y a pire, mais tout de même.
Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Méchant, c’est un métier en soi.
Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
Surgelés. Pour l’hygiène. Question de respect pour le client.
Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
J’en ai déjà pratiqué pas mal ! La fantasy, le thriller fantastique, le thriller de Noël, le roman historique, la BD… Il m’en reste pas mal sous le coude : littérature blanche, romance, livre de recettes, pas forcément dans cet ordre.
Le livre dont vous êtes le plus fier ?
Le dernier. Toujours. Et donc, l’Assassin de Pigalle. Qui sera probablement détrôné par le suivant, même si aujourd’hui je pourrais jurer que non.
Où vous sentez-vous chez vous ?
Chez moi.
En guise de conclusion, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ? Une actualité, un nouveau projet qui vous passionne, une œuvre à paraître ou un événement spécial que vous souhaiteriez mettre en lumière, un prix reçu, une dédicace ou un salon ?
Là, comme ça, je ne vois pas. Ou plutôt je vois mille trucs, ce qui revient au même…
Plus d’infos sur Instagram : @gabrielkatztagram
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.






















Un excellent polar historique, sombre, intelligent et très bien documenté. Ce qui rend le roman vraiment réussi, c’est la manière dont Katz entremêle enquête policière classique et thriller psychologique, sans jamais sacrifier l’Histoire. A découvrir absolument !