Infidèle de Natalie Barelli : chronique d’une femme qui encaisse jusqu’au point de rupture

Infidèle de Natalie Barelli

Top polars à lire absolument

Le Pendu de la Porte-Bergère de Bruno Malivert
La clinique du lendemain de Caroline Comte
Vigne rouge de Jean Michel Bourgeois et Dominique Viala

Un appel téléphonique avant six heures et neuf cahiers noirs à spirale

Cinq heures, peut-être six, Alex n’en sait rien lui-même. Il appelle, il exige, il raccroche. Anna Sanchez repose le combiné dans une chambre encore obscure, à côté d’un mari qui dort avec la placidité d’un bouddha, et Natalie Barelli tient déjà son lecteur par le poignet. La consigne du doctorant est brève et sans appel : venir tout de suite, et apporter les cahiers. Tous. Ce détail, banal en apparence, contient à lui seul la mécanique du roman. Neuf grands carnets noirs à spirale, verrouillés dans le tiroir d’un bureau universitaire, contenant l’unique exemplaire d’un travail que leur auteur refuse de confier à la moindre mémoire numérique.

La construction est d’une efficacité redoutable. Barelli n’a besoin ni de fracas ni de prologue tapageur pour installer sa tension : il lui suffit d’une sonnerie, d’un jeune homme trop maigre aux pupilles dilatées, et d’une directrice de thèse qui, ce matin-là, a oublié les cahiers sur son bureau. Le lecteur comprend très vite que le papier est ici la vraie devise, plus précieuse que l’argent, et que quelqu’un finira par vouloir s’en emparer. La romancière laisse ce fil pendre, apparemment négligé, pendant des dizaines de pages, avant de le tirer au moment exact où l’on ne s’y attend plus.

Ce que cette ouverture réussit surtout, c’est un dosage rare entre trivialité domestique et menace sourde. Anna descend nourrir la chienne, met en route la machine à café, vide le lave-vaisselle, verse des croquettes, et son esprit tourne en boucle autour de la voix d’Alex. Le quotidien continue, imperturbable, pendant qu’une inquiétude s’installe sous la surface. Barelli maîtrise cette double portée avec une aisance qui frappe : elle raconte simultanément une matinée ordinaire dans une maison de banlieue américaine et l’approche d’une catastrophe dont personne ne soupçonne encore la forme. Le rythme reste posé, presque paisible, et pourtant chaque paragraphe resserre l’étau d’un cran. Difficile, une fois franchi ce seuil, de reposer le livre avant longtemps.

Anna Sanchez, celle à qui l’on demande toujours de rédiger le procès-verbal

Il y a une phrase qu’Anna se dit à elle-même, quelque part au début du roman, et qui pourrait être gravée sur son front : elle est fiable. Toujours prête à donner un coup de main, toujours volontaire, toujours capable d’arranger les choses. Elle prend les notes de réunion parce que Geoff, directeur du département de mathématiques, lui répète qu’elle est la seule en qui il ait confiance pour le faire correctement. Elle siège dans des comités auxquels elle ne se souvient pas s’être inscrite. Elle se décrit comme une rassembleuse, mot qu’elle emploie avec une fierté légèrement fêlée, et qui devient au fil des pages l’un des ressorts les plus subtils du livre.

Barelli travaille cette figure avec une justesse presque cruelle. Anna approche la quarantaine, enseigne dans une petite université de l’Ohio dont la dotation a été dilapidée par des conseillers en investissement calamiteux, attend une chaire de professeure titulaire qu’elle croit mériter, et découvre très tôt que le travail supplémentaire accumulé pendant des mois n’a pesé exactement rien. La scène où une collègue de vingt-six ans vient lui annoncer la nouvelle en s’excusant presque compte parmi les plus finement écrites du roman : pas un cri, pas une gifle, seulement un trombone sur un bureau qu’Anna imagine planter dans une joue, et un sourire pincé tenu jusqu’au bout du couloir.

Cette humiliation ordinaire constitue le socle psychologique de tout ce qui suivra. Barelli comprend que la rancune ne naît pas d’un grand drame mais d’une accumulation de petites capitulations, et elle en fait la matière première de son intrigue. Anna encaisse, sourit, propose de s’occuper du dîner des anciens élèves, présente ses excuses quand elle n’a rien à se reprocher. Chaque fois qu’elle avale une couleuvre, quelque chose se dépose au fond d’elle. Le lecteur voit le niveau monter bien avant l’intéressée. Et c’est là, dans cet écart entre ce qu’Anna raconte d’elle-même et ce que le texte donne à voir, que le roman commence vraiment à travailler.

Pentti-Stone, une conjecture de 1905 et un été entier enfermée dans une chambre

Le choix du problème mathématique n’a rien d’un décor commode. Barelli invente la conjecture de Pentti-Stone, formulée en 1905 par Claudia Pentti et Noemi Stone, mère et fille mathématiciennes tombées dans l’oubli avant qu’un milliardaire futurologue nommé Leo Forrester ne les exhume et n’attache à leur énigme un prix d’un demi-million de dollars. Une conjecture née d’un couple mère-fille, exhumée par un mécène, résolue ou non par une femme qui déteste ce nom depuis l’adolescence : la symétrie est trop parfaite pour être fortuite, et la romancière la fait travailler en profondeur.

Car Anna connaît Pentti-Stone bien avant qu’Alex ne franchisse la porte de son bureau. À treize ans, pour avoir fait le mur et rejoint l’anniversaire d’une amie, sa mère, physicienne, lui a infligé cette énigme en guise de punition. Le marché était simple : résous-la, et tu pourras sortir t’amuser. L’été s’est écoulé derrière un petit bureau, ligne après ligne, pendant que les autres traînaient au bord de la rivière. Et chaque fois que l’enfant présentait son cahier, la même sentence tombait, un trait de stylo en travers de la page, recommence. Barelli restitue cette pédagogie glaçante sans aucun pathos, en quelques scènes brèves qui laissent une empreinte durable.

Le roman tire de ce passé une richesse thématique inattendue pour un thriller domestique. La question de la paternité intellectuelle, celle du mérite, celle du travail invisible attribué à quelqu’un d’autre : tout cela était déjà là, dans une chambre d’adolescente à Youngstown, longtemps avant les couloirs de Locke Weidman. Barelli refuse de plaquer une explication psychologique commode sur son héroïne, elle préfère disposer les pièces et laisser le lecteur mesurer les résonances. Le résultat donne une épaisseur véritable à un ressort narratif qui aurait pu rester purement fonctionnel. Les mathématiques, ici, ne servent pas de vernis savant : elles racontent une blessure.

La pâte complète au levain et les consignes laissées sur la porte du réfrigérateur

Rarement un thriller aura accordé autant de soin aux déjeuners scolaires. Chez les Sanchez, la pizza du vendredi soir se compose d’une pâte complète au levain faite maison, d’une sauce tomate à faible teneur en sel, d’une tonne de légumes de saison et de fromage frais allégé. Anna se demande elle-même quelle part de ce zèle nutritionnel finira sur le divan d’un thérapeute. Elle laisse des instructions détaillées quand elle rentre tard, saumon teriyaki, wok déjà très chaud, légumes tranchés dans le récipient au couvercle rouge, le tout ponctué de points d’exclamation et d’un je vous aime tous. Ces notes, minuscules en apparence, comptent parmi les objets les plus révélateurs du livre.

Barelli construit ainsi une forteresse domestique dont son héroïne est à la fois la gardienne et la prisonnière. Roxy, bouledogue français officiellement attribué au fils, réclame sa promenade. Carla, treize ans, écrit une pièce pour un concours de jeunes dramaturges et enrôle son petit frère dans tous les rôles. Mateo, sujet à l’anxiété, compte les minutes d’attente à l’arrêt de bus quand un parent tarde. Tout cela est rendu avec une précision affectueuse, sans mièvrerie, et le lecteur s’attache à cette maisonnée exactement comme le voudrait la mécanique du récit.

L’intelligence du dispositif tient à ce que le domestique n’est jamais un contrepoint décoratif au suspense : il en est le carburant. Anna répète qu’elle ferait n’importe quoi pour sa famille, et le roman s’emploie méthodiquement à tester la portée de cette formule. Chaque lessive lancée, chaque devoir vérifié, chaque câlin distribué en excès pour compenser une enfance glaciale ajoute un gramme au poids de ce que l’héroïne estime avoir à défendre. Barelli le sait et joue de cette accumulation avec un sens du tempo remarquable. Quand la menace se précise, ce ne sont pas des concepts abstraits qui sont en jeu, mais un carnet de croquis offert par une fille de quatorze ans et une couette Batman abandonnée par terre.

Un présent de l’indicatif qui ne laisse aucune échappatoire au lecteur

Tout le roman se déroule à la première personne, au présent, et ce choix de temps grammatical fait davantage pour la tension que n’importe quel rebondissement. Nous sommes enfermés dans le crâne d’Anna en temps réel, sans le confort rétrospectif d’une narration au passé qui laisserait entendre que quelqu’un a survécu pour raconter. Ce qu’elle voit, nous le voyons au moment où elle le voit. Ce qu’elle omet, nous l’ignorons. Barelli exploite cette contrainte avec une discipline exemplaire, ne trichant jamais avec son lecteur tout en lui dissimulant précisément ce qu’il faut.

La voix elle-même mérite qu’on s’y arrête. Anna est drôle, souvent féroce, et son humour fonctionne comme une soupape. Elle invente de toutes pièces l’histoire d’une pompe à pénis dans le tiroir d’un vice-doyen pour consoler une collègue humiliée. Elle décrit son sac à main comme un champignon géant dans lequel il faut plonger la main. Elle s’imagine tendre la jambe pour faire trébucher une rivale dans les géraniums, puis renonce, parce qu’elle est quelqu’un de joyeux. Ces bouffées d’agressivité fantasmée, immédiatement rétractées, dessinent une cartographie intérieure d’une précision saisissante : une femme qui pense violemment et agit poliment, jusqu’au jour où l’écart devient intenable.

Le roman appartient à cette lignée de récits où la fiabilité de la voix narrative constitue elle-même un enjeu, et Barelli s’y montre particulièrement habile. Anna se raconte des histoires, révise ses souvenirs, rationalise ses lâchetés en temps réel devant nous, et va jusqu’à noter qu’elle devrait consigner par écrit ce qu’elle affirme aux uns et aux autres pour ne pas se contredire. Le lecteur attentif relève les micro-fissures, s’interroge, avance en terrain instable. Cette sensation d’être à la fois complice et légèrement inquiet de sa complice donne au livre son inconfort le plus fécond.

Le Nid, la galerie Perry Cube et les fenêtres scellées d’un atelier de Cleveland

Luis Sanchez, artiste plasticien, travaille dans un ancien entrepôt industriel à l’ouest de la ville, briques rouges apparentes, hauts plafonds, fenêtres scellées à l’exception de celles du haut qu’il faut ouvrir au moyen d’une longue tige d’acier terminée par un crochet. Au centre de cet espace trône un nid d’oiseau géant suspendu à des câbles invisibles, fait de ce qui ressemble à des brindilles et des plumes mais se révèle être du plastique recyclé, avec à l’intérieur deux créatures émergeant de coquilles d’œufs surdimensionnées, le regard suppliant. L’œuvre s’appelle Le Nid, l’exposition s’intitule Sans Nous, et la galerie Perry Cube en attend beaucoup.

Barelli soigne remarquablement cette géographie. Cleveland n’est pas ici un nom posé sur une carte mais un tissu de lieux précis, Ohio City et ses maisons peintes, Lakewood Park et son coucher de soleil, Detroit Avenue, Fulton Road, un bar à tapas de Jefferson Avenue, un marché aux puces d’hiver où l’on vend des marrons grillés dans des cornets en papier. La romancière possède l’art de la notation concrète : deux verres à pied inattendus dans un égouttoir, un service de céramique fait main couleur sable, une vieille tasse cabossée aux couleurs des Cleveland Browns reléguée près des bocaux vides. Chacun de ces objets fait sens.

Le milieu de l’art fournit par ailleurs un contrepoint savoureux à celui de l’université. D’un côté les hyènes académiques que la narratrice décrit sous leurs airs doux et intellos, prêtes à tout pour une miette de reconnaissance ; de l’autre les collectionneurs sérieux, les points rouges qui fleurissent trop vite à côté des œuvres, la conservatrice millénariale qui présente à l’artiste des gens qu’il doit absolument rencontrer. Barelli observe ces deux écosystèmes avec la même ironie tranquille et en tire une réflexion discrète sur les carrières qui décollent et celles qui s’ensablent. Le vernissage, en particulier, offre l’une des séquences les mieux orchestrées du roman.

Un seul mot, lâché au-dessus d’une assiette de tapas

Il arrive vers le milieu du livre, dans un restaurant de Jefferson Avenue, entre deux margaritas servies dans des pots à confiture. La question est légère, presque un jeu : comment décrirais-tu ton mari en un mot ? Anna décortique une crevette, croque dedans, et le mot sort avant qu’elle ait conscience de l’avoir sur le bout de la langue. Infidèle. Le titre du roman tombe là, au détour d’une conversation de fin de soirée, avec cette désinvolture qui rend la scène inoubliable. Barelli laisse ensuite le silence se refermer, et l’aveu, une fois formulé devant témoin, ne peut plus être repris.

Ce moment condense tout ce que le livre fait de mieux. Une révélation intime déguisée en bavardage, une amitié naissante qui devient le lieu où les secrets s’échappent, et cette conviction proprement barellienne selon laquelle dire une chose à voix haute la rend réelle. Anna le formule elle-même : tant que la scène restait enfouie, ce n’était qu’un souvenir, presque un rêve ; désormais elle existe aussi dans la tête de quelqu’un d’autre. Le roman multiplie ces basculements où la parole engage plus que l’acte, et construit patiemment un réseau de confidences dont chacune coûtera quelque chose.

Reste, une fois la dernière page tournée, le plaisir d’avoir été mené par une romancière qui sait exactement où elle va. Infidèle tient ses promesses de thriller domestique tout en offrant davantage : un portrait de femme épuisée par le rôle qu’elle a accepté de tenir, une méditation ironique sur le mérite et sur ceux qui le confisquent, une galerie de figures secondaires dont aucune n’est un simple pion. Traduit dans une langue française nerveuse qui préserve le mordant de la voix originale, publié par Bookouture, le livre se lit vite et laisse songeur longtemps. Natalie Barelli y confirme un talent particulier pour les héroïnes que l’on croit connaître et qui, page après page, se dérobent.

À lire aussi

Mots-clés : thriller psychologique, Natalie Barelli, Infidèle, thriller domestique, milieu universitaire, Bookouture, narratrice ambiguë


Extrait Première Page du livre

« 1

Je me réveille trop tôt, j’ai trop chaud, mes jambes sont emmêlées dans les draps. J’ai fait un rêve stressant, quelque chose en rapport avec un vol raté ou la perte de mon passeport, et puis une échelle qui n’atteignait pas tout à fait un dernier étage et oscillait dangereusement.

C’est la sonnerie du téléphone qui m’a tirée de ce rêve. Le cœur battant, je m’empresse de décrocher pour ne pas qu’elle réveille Luis.

— Allô ?

— C’est moi.

Je me redresse sur un coude.

— Alex ? Quelle heure il est ?

— Je ne sais pas. Cinq heures ? Six ? Il faut que je vous voie.

À côté de moi, Luis remue.

— Je vais devoir te rappeler.

— Quand est-ce que vous pouvez venir ?

Il a ce ton pressant, cette façon de parler quand il exige mon attention immédiate. Il n’est même pas encore 6 heures du matin et je suis déjà épuisée.

— Je ne sais pas, Alex. J’ai une réunion ce matin. Je viendrai après.

— Non ! Il faut venir maintenant !

— Alex, je ne peux pas. Je viendrai plus tard, d’accord ? Dès que je serai disponible. Qu’est-ce qui se passe, d’ailleurs ?

Il soupire dans le téléphone. Ou peut-être qu’il fume. Il prétend ne pas fumer, mais j’ai souvent senti l’odeur du tabac sur lui. De l’herbe, plutôt.

— Je vous le dirai quand vous serez là. Et apportez les cahiers.

— Tous ?

— Oui. C’est important, Anna. Apportez-les, d’accord ?

Il raccroche. Je me tourne vers Luis qui dort à côté de moi, un bras tendu par-dessus la tête, calme comme un bouddha. Je parie qu’il ne rêve pas d’échelles branlantes et d’avions ratés, lui. Je dépose un baiser sur son épaule nue et il ne bouge même pas. Rien ne peut réveiller Luis, sauf Luis.

— Qui c’était ? croasse-t-il.

— Désolée, j’espérais que tu dormais encore. C’était Alex.

— Évidemment. Tu peux demander à tes étudiants de ne pas appeler au milieu de la nuit, s’il te plaît ?

Il se tourne sur le côté et je le pousse gentiment dans le dos.

— On n’est pas au milieu de la nuit, il est 6 heures du matin. »


  • Titre : Infidèle
  • Titre original : Unfaithful
  • Auteure : Natalie Barelli
  • Éditeur : Bookcouture France
  • ISBN : 9781805507475
  • Format : Broché
  • Nationalité : Australie
  • Langue : Français
  • Traduction : Karine Forestier
  • Date de publication : 26/03/2026
  • Nombre de pages : 350 pages
  • Genre : Thriller psychologique domestique
  • Sujets traités : Infidélité conjugale, milieu universitaire, paternité intellectuelle et plagiat, emprise familiale, relation mère-fille toxique, harcèlement sexuel au travail, jalousie, secrets et mensonges

Page officielle : nataliebarelli.com

Résumé

Anna Sanchez enseigne les mathématiques à l’université Locke Weidman, une petite institution de l’Ohio aux finances chancelantes. Mariée à Luis, artiste plasticien à l’aube d’une exposition décisive, mère de deux adolescents, elle mène une vie réglée au cordeau entre les comités auxquels elle se porte toujours volontaire et les repas équilibrés qu’elle prépare pour sa famille. Elle attend une chaire de professeure titulaire et supervise Alex, un doctorant surdoué et instable qui consigne l’intégralité de ses travaux dans neuf cahiers noirs verrouillés dans son bureau.
Un appel téléphonique avant l’aube vient enrayer cette mécanique. Le jeune homme exige de la voir immédiatement et réclame ses cahiers. Ce qui se joue ce matin là engage bien davantage que la carrière d’une enseignante consciencieuse. Dans les semaines qui suivent, les certitudes d’Anna se fissurent une à une, à l’université comme à la maison, et la femme fiable que tout le monde décrit comme une rassembleuse découvre jusqu’où elle est prête à aller pour préserver ce qu’elle considère comme sien.


Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


Laisser un commentaire