Un demi-siècle après la disparition de la reine du crime, la British Library lui consacre une exposition d’envergure. Intitulée « Agatha Christie: A World of Mystery », elle a ouvert ses portes le 30 octobre 2026 à Londres et se tiendra jusqu’au 20 juin 2027, avec le soutien de Great Western Railway.
Plutôt que de s’en tenir aux romans, le parcours s’attache à la femme derrière l’œuvre : comment son enfance, ses voyages et ses passions ont façonné ses intrigues et donné vie à Hercule Poirot comme à Miss Marple. Plus de 200 pièces sont réunies, provenant des collections de la bibliothèque, du Christie Archive Trust et de divers prêteurs, dont un grand nombre d’objets personnels jamais présentés au public. Il s’agit de la plus importante exposition dédiée à l’auteure au Royaume-Uni depuis près d’un quart de siècle, conçue main dans la main avec Agatha Christie Limited et le Christie Archive Trust.
Machine à écrire, lettres échangées avec d’autres écrivains, albums de famille, carnets de notes et tapuscrits jalonnent cinq espaces immersifs. Les amateurs les plus attentifs pourront aussi traquer les indices et clins d’œil cachés au fil des salles, tandis que des écrivains, des voix des médias et des admirateurs de renom témoignent, en vidéo, de l’empreinte laissée par Christie sur le genre.
Une enfance dans la grande demeure anglaise
La visite débute là où tout a commencé : dans l’univers de la maison de campagne, cadre emblématique de tant de ses énigmes. Des clichés montrent la jeune Agatha entourée des siens à Ashfield, la propriété familiale, ou chaussée de patins à roulettes avec ses amis. On y mesure ce que ses décors doivent à son milieu d’origine, de La Mystérieuse Affaire de Styles (1920), son premier roman publié, et sa fameuse confrontation finale au salon, jusqu’à Ils étaient dix (1939), son plus gros succès. Ses tout premiers pas d’écrivaine sont également documentés, avec le tapuscrit de sa nouvelle inaugurale, House of Beauty, un carnet d’Arthur Conan Doyle détaillant la méthode déductive de Sherlock Holmes, et les remarques que Dorothy L. Sayers adressa à la débutante.
Les poisons de la pharmacie de guerre
Durant la Grande Guerre, Christie sert comme infirmière volontaire, puis comme préparatrice en pharmacie. Elle y acquiert une solide maîtrise des substances toxiques, futur atout de la romancière. Une officine reconstituée présente les poisons qui traversent ses livres, aux côtés de ses fiches de révision pour l’examen de pharmacie de 1917 et de ses états de service. Les visiteurs découvrent aussi des lettres d’Archie, épousé en 1914, ainsi que des carnets fourmillant d’idées et de recherches sur les poisons, notamment pour Le Cheval pâle, livre réputé avoir contribué à sauver des vies.
À bord du train de légende
Vient ensuite une voiture évoquant l’Orient-Express, hommage à l’élégance des voyages ferroviaires des années 1920 et au huis clos, ressort narratif que l’exiguïté des compartiments rend si efficace. Grande amoureuse du rail, Christie observait ses compagnons de voyage avec acuité, et ces trajets ont inspiré lieux et protagonistes de plusieurs de ses classiques, Le Crime de l’Orient-Express en tête. Entre les deux guerres, elle signe plus de trente romans, dont Le Meurtre de Roger Ackroyd qui assoit sa réputation, obtient un nouveau contrat d’édition et accomplit avec Archie un tour du monde de dix mois. Parmi les pièces exposées : des photos d’elle sur une planche de surf à Hawaï en 1922, une copie de cette planche, ses notes pour une chasse au trésor organisée sur l’île de Man et une lettre racontant son propre voyage dans l’Orient-Express en 1931.
Sur les sites archéologiques d’Orient
Le parcours conduit alors sur un chantier de fouilles des années 1930. Remariée à l’archéologue Max Mallowan, Christie vit sa période la plus féconde. Associée dans l’imaginaire collectif à la campagne anglaise, elle passe pourtant de longs séjours en Irak et en Syrie, où elle photographie et assiste les archéologues. Meurtre en Mésopotamie et Rendez-vous à Bagdad en sont directement issus, et leurs notes préparatoires sont présentées ici. On y voit aussi la Remington de 1937 qui a servi à taper Ils étaient dix, les films qu’elle a tournés sur les chantiers et le Leica avec lequel elle photographiait les trouvailles, parmi lesquelles l’un des plus anciens portraits sculptés connus, exhumé lors d’une fouille dirigée par son mari.
Les lumières du West End
L’exposition s’achève dans le Londres théâtral des années 1950. Christie y adapte ses romans pour un public d’après-guerre en quête de frissons et d’évasion, au point de devenir la femme dramaturge la plus couronnée de succès de l’histoire. Ses notes pour Témoin à charge révèlent comment elle remaniait ses intrigues pour la scène. Sont également présentés de rares images d’elle lors des festivités autour de La Souricière, le tapuscrit d’Hercule Poirot quitte la scène et le dictaphone qui lui servait, sur le tard, à enregistrer ses premiers jets, comme celui de La Nuit qui ne finit pas (1967). Le cinéma et la télévision n’ont pas été oubliés : affiches et costumes de diverses adaptations récentes complètent la salle, dont le manteau porté par Zoë Wanamaker dans le rôle d’Ariadne Oliver pour Poirot joue le jeu (2013).
Ce qu’en disent les organisateurs
Pour Lucy Rowland, commissaire principale de l’exposition, cette collaboration avec les ayants droit est un privilège : elle souligne l’ampleur inédite de la sélection, la présence de documents jamais dévoilés et l’influence considérable de Christie sur le roman policier, toujours aussi vive grâce aux adaptations qui continuent de séduire le public.
James Prichard, arrière-petit-fils de la romancière et dirigeant d’Agatha Christie Limited, se réjouit de ce partenariat. Il précise que c’est son père, Mathew, qui a choisi dans les archives familiales les pièces exposées, révélatrices de la femme comme de l’écrivaine. À ses yeux, ce cinquantenaire invite autant au recueillement qu’à la célébration d’une vie qu’il juge parmi les plus remarquables du XXe siècle.
Amanda Burns, directrice commerciale et marketing de Great Western Railway, rappelle de son côté le lien plus que centenaire entre la compagnie et l’auteure, dont les trajets entre Londres et le Sud-Ouest ont nourri l’inspiration. Elle y voit l’occasion de faire redécouvrir Torquay, Dartmouth et le littoral du Devon, lieux chers à Christie.
Un livre et des événements dans tout le pays
L’exposition s’accompagne d’un ouvrage du même nom, présenté comme la première somme sur la vie, l’œuvre et l’influence de Christie parue en cinquante ans. Codirigé par le romancier Martin Edwards et Lucy Rowland, il rassemble les contributions de Mark Aldridge, Kenneth Branagh, Simon Calder, Caroline Crampton, John Curran, Lucy Foley, GT Karber, Kate Mosse, Mathew Prichard, David Suchet et Zoë Wanamaker. Photographies inédites et illustrations commandées pour l’occasion par le Christie Archive Trust y côtoient des documents issus du National Trust, de la British Library et de collections privées.
Partout au Royaume-Uni, des bibliothèques publiques proposent en parallèle des présentations du réseau Living Knowledge Network et des rencontres autour du polar. Un programme pédagogique, financé par le Colwinston Charitable Trust, complète le dispositif. L’ensemble s’inscrit dans les commémorations organisées tout au long de 2026 par Agatha Christie Limited.
Agatha Christie en quelques chiffres
Née à Torquay en 1890, Agatha Christie détient le record de la romancière la plus vendue au monde : plus d’un milliard d’exemplaires en anglais, autant en traduction dans plus de cent langues, seuls la Bible et Shakespeare faisant mieux. On lui doit 80 romans et recueils de nouvelles policières, plus de 25 pièces, dont La Souricière, record mondial de longévité sur scène, et six romans signés Mary Westmacott. Hercule Poirot apparaît dès son premier livre, Miss Marple une dizaine d’années plus tard. Faite Dame de l’Empire britannique en 1971, elle s’éteint en 1976, à 85 ans.
Infos pratiques
- Lieu : British Library, Londres
- Dates : du 30 octobre 2026 au 20 juin 2027
- Billetterie : bl.uk/agathachristie

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.











