Coût de sang de Pochebonne : un polar marseillais entre Évêché et Corse

Coût de sang de Pochebonne

Genève, un dimanche de mars 1990

Un vent glacé balaie les Rues-Basses, les vitrines d’horlogerie brillent pour personne, et deux voitures immatriculées en Haute-Savoie roulent au pas, avec la prudence appliquée de frontaliers en goguette. Pochebonne profite d’un matin désert pour poser sa première pierre : cinq hommes, des sacs de sport mous à la main, une clef qui tourne dans la bonne serrure, des combinaisons qui ouvrent sans résistance les coffres du service des devises étrangères de l’UBS. La prose épouse la cadence du commando, phrases brèves, gestes coordonnés, silence absolu, et l’on se surprend à retenir son souffle au rythme des braqueurs.

La scène tient du morceau de bravoure, mais elle séduit surtout par son goût du détail chiffré, presque comptable. Deux cent vingt kilos de billets, une heure et demie de travail, un rendement calculé à la minute : le narrateur s’amuse de cette « productivité hors pair » avec une ironie pince-sans-rire qui irrigue tout le livre. Vient ensuite la planque d’Annemasse, louée à un prétendu pêcheur de brochets, où la petite troupe corse célèbre son exploit en tapant des pieds à l’unisson. Le chef, Dominique Rossi, refuse la fête et file vers Bastia. Ces quelques échanges dessinent une fraternité d’hommes de main, faite d’accents rocailleux, de bravade et d’une loyauté que l’on devine solide comme le granit.

Ce prologue agit comme une graine enfouie trente ans avant la récolte. Rien ne laisse encore deviner comment ce casse genevois rejoindra la Provence de 2020, et c’est précisément là que réside son pouvoir d’aimantation. On emporte avec soi l’odeur d’encre et de papier des liasses, quelques prénoms, une date, et une question qui gratte doucement à l’arrière de la conscience. Pochebonne manie le décalage temporel avec sobriété, sans clin d’œil appuyé, et laisse au temps romanesque le soin de tisser ses fils. La couleur est posée : un polar qui contemple le grand banditisme d’antan avec un mélange de fascination et de distance amusée, et qui sait que les dettes contractées un dimanche de printemps finissent toujours par être réclamées.

Un calendrier de mars 2020 en pièces détachées

Après Genève, le récit saute trois décennies et atterrit dans un mois de mars 2020 que l’on traverse dans le désordre. Jeudi 12, mardi 10, vendredi 13, vendredi 6, samedi 14 : les intertitres datés se succèdent comme les cartes d’un jeu volontairement mal battu. Cette construction en mosaïque transforme le lecteur en enquêteur : il doit replacer chaque fragment sur une frise mentale et mesurer les jours qui séparent un drame d’un autre. Le procédé épouse la démarche policière elle-même, qui reconstitue les faits à rebours, des cadavres vers les causes.

Chaque fragment possède sa tonalité propre. Il y a la course éperdue d’un Leonberg terrorisé dans le crépuscule varois, scène d’une étrange poésie animale qui laisse flotter un malaise diffus. Il y a le rituel matinal d’un capitaine de la brigade financière, café arabica et cravate bleu nuit, brutalement interrompu au premier quart de tour de clef. Il y a encore cet après-midi d’ennui sur la plage des Sablettes, le sable frais, le mistral qui refroidit l’eau, avant que trois détonations ne déchirent la quiétude. Pochebonne passe d’un registre à l’autre avec une souplesse de monteur de cinéma, collant une séquence contemplative contre une explosion, une saynète comique contre une découverte macabre.

Cette fragmentation produit une tension singulière, faite moins de suspense que d’attente : on sait que ces pièces appartiennent au même puzzle, on ignore la forme de l’image finale. Les intrigues annexes, un conseil municipal varois, une perquisition des Stups au petit matin, une voiture de service au kilométrage record qu’un garage administratif voudrait bien récupérer, s’insèrent dans le flux comme des cailloux blancs semés à l’intention des plus attentifs. L’architecture tient parce que chaque séquence conserve sa densité et peut se savourer isolément, tout en tirant un fil invisible vers les autres. On avance ainsi en équilibre, ravi d’être un peu égaré, persuadé de retrouver le nord au détour d’un chapitre.

De l’Évêché au Castellet, sur le terrain

Marseille respire dans ce roman, avec ses embouteillages, ses klaxons nerveux et sa lumière crue. L’Évêché, siège historique de la police judiciaire, sert de port d’attache : on y gravit les escaliers anciens, on y tient conseil dans la salle Morandin, d’où la vue embrasse le phare du Planier et la coupole byzantine de la Major. À deux pas, le Berry fait office de cantine, avec son tiramisu maison et le limoncello offert par le patron. Cette précision topographique n’a rien d’un dépliant touristique. Elle installe une familiarité, celle de quelqu’un qui a arpenté ces trottoirs et connaît le nom des rues autant que l’humeur des quartiers.

Le récit refuse pourtant de rester enfermé dans la ville. Il file vers l’est par l’autoroute de Toulon, franchit le péage de La Ciotat, s’attarde sur la plage des Sablettes, grimpe jusqu’au village perché du Castellet, où des cyprès poussiéreux se dressent comme d’immenses guerriers sombres, puis redescend vers Bandol, ses palmiers et son casino ouvert sur la baie. On traverse le Cours Julien et ses fêtards, la place de la Plaine, le boulevard Longchamp et son ancien jardin zoologique cher à Napoléon III. Une échappée conduit même sur les hauteurs de Bastia, face à l’étang de Biguglia. Chaque lieu prend corps grâce à un détail concret, une tomette en nid d’abeille qui tressaute, un abribus fouetté par des rafales à soixante-dix kilomètres-heure.

Ce sens du terrain gagne aussi le vocabulaire. Les sigles fusent, OFAST, BRB, PTS, UML, et la langue de la procédure, commission rogatoire, primo-intervenants, garde à vue, se glisse dans les dialogues sans jamais assommer le profane. On apprend au passage comment on fige une scène de crime, comment on rédige un procès-verbal de constatations, pourquoi un serflex se pose plus vite que des menottes. Pochebonne restitue aussi la mécanique administrative, ses organigrammes absurdes et ce « Service de la mise à disposition » que personne ne sait identifier. Cette authenticité vue de l’intérieur donne au polar une assise solide : on y croit, parce que tout semble vécu, observé, retenu.

Léna Ortiz et la question des origines

Au milieu des cadavres et des procédures bat un cœur plus intime, celui de Léna Ortiz, jeune architecte marseillaise qui s’apprête à fêter ses trente ans. Née sous X, adoptée à trois ans par un couple portugais, José Ortiz et Maria de la Lima, elle a grandi entre le vingtième arrondissement de Paris, les étés de l’Algarve et les rues de Marseille. Une remarque cruelle d’un cousin, lors d’une partie de ballon, a suffi à fissurer l’évidence : « On voit bien que tu n’es pas une Ortiz ! » Depuis, une interrogation la ronge, que le texte formule sans détour. Qui sont ses parents biologiques ?

Pochebonne suit cette quête avec une tendresse lucide, sans jamais forcer le pathos. Léna frappe à toutes les portes : les archives nationales et départementales, une agence généalogique au nom charmant dont les ordinateurs rendent l’âme le jour même de son rendez-vous, une start-up américaine de tests ADN qui lui facture cent quatre-vingt-dix-neuf euros la promesse de cousins inconnus. La mort accidentelle de ses parents adoptifs, survenue avant qu’ils aient pu lui livrer leur part de vérité, ajoute une blessure à la première. Le roman éclaire avec justesse l’impasse juridique de l’accouchement anonyme et la colère sourde qu’elle entretient chez celle qui en hérite.

Les séances chez le docteur Escale, psychothérapeute de la rue Paradis, offrent quelques-unes des pages les plus savoureuses. Léna y verse quatre-vingt-cinq euros pour s’entendre dire ce qu’elle sait déjà, griffonne son chèque d’une écriture illisible, claque la porte, puis rumine sur le trottoir les phrases du praticien. Ce mélange d’agacement et de clairvoyance la rend attachante, à mille lieues de la victime éplorée. Elle est vive, ironique, capable de gifler un dragueur en keffieh ou de remettre ses amis à leur place d’un mot cinglant. Sa présence, régulièrement troublée par la silhouette d’un motard au casque intégral et sa machine anglaise, irrigue le livre d’une humanité qui tempère la noirceur des règlements de comptes, et sa trajectoire devient l’un des moteurs les plus puissants de l’intrigue.

Les trois mousquetaires du lycée Saint-Charles

Olivier, Mathias et Erwin forment autour de Léna une garde rapprochée aussi fidèle qu’improbable. Leur rencontre remonte à leurs quinze ans, lors d’une assemblée lycéenne contestataire suivie d’un concert des Bébi Dolls, groupe maison qui malmenait les Stooges à grand renfort d’effet Larsen. Trois garçons aux cheveux longs y secouaient la tête avec une maladresse touchante quand une adolescente brune aux yeux clairs est venue s’asseoir à leurs côtés. Quinze ans plus tard, ils se retrouvent toujours, au Comptoir Longchamp ou sur une plage hors saison, barbus, potaches, éternellement adolescents.

Pochebonne tire de ce quatuor une veine comique réjouissante. Les répliques claquent, les piques volent, et Léna rabroue avec gourmandise ses trois chevaliers servants, qui rêvent tous d’elle en secret sans jamais oser franchir le pas. Erwin arbore un tatouage du Che « de pacotille », Mathias reste « très littéraire en toutes circonstances », Olivier se fait surprendre à la contempler derrière ses lunettes de soleil. Quand l’inquiétude les gagne, ils s’improvisent détectives, dévorent des kebabs dans une Clio en planque, organisent des tours de garde, suivent une moto et se font semer à l’entrée de l’autoroute. Leurs filatures d’amateurs, inspirées des séries télévisées, ménagent de vraies respirations entre deux scènes de crime.

Sous la comédie affleure pourtant une véritable réflexion sur l’amitié. Léna défend contre vents et marées une conviction : un homme et une femme peuvent rester amis toute une vie sans que le désir vienne tout gâcher. Le roman lui donne raison avec délicatesse, en montrant ces quatre-là capables de se confier, de se protéger, de se chamailler et de se retrouver autour d’une sauce tomate parfumée au thym de Sormiou. L’image des mousquetaires, que le texte assume avec humour, prend ici tout son sens : une loyauté inconditionnelle, un « tous pour un » version vingt et unième siècle, qui fait contrepoint aux fidélités plus sombres du milieu. Cette bande apporte au polar une fraîcheur qui le distingue des récits exclusivement centrés sur les enquêteurs.

Gendarmes, flics et légiste, la troupe de Pochebonne

L’un des grands plaisirs de cette lecture tient à la galerie de seconds rôles, croqués avec l’œil d’un caricaturiste bienveillant. Le commandant Antoine Mayot, adjoint à la Criminelle, surnommé « Eagle 4 » parce qu’il gueule fort, mène ses équipes avec une autorité bourrue et une intuition de guerrier. Autour de lui gravitent Louise Ortéga, capitaine pugnace dotée d’une mémoire phénoménale des plaques d’immatriculation, Tristan Pinelli, chef de la brigade financière qui ne goûte que ses propres plaisanteries, et Suzanne Langlois, commissaire divisionnaire à La Seyne-sur-Mer, ancienne flamme au tempérament volcanique.

En terre varoise, le gendarme Jean-Louis Renard s’ennuie ferme à la brigade du Beausset jusqu’à ce que Basile Fabre, vieillard filiforme qui fume sa dernière cigarette à 18 h 45 précises en imitant le geste d’Alain Delon, vienne lui raconter l’histoire d’un chien. Leur échange, ponctué des apartés exaspérés du gendarme glissés entre parenthèses, compte parmi les moments les plus drôles du livre. Sa collègue Sarah Cormier, amatrice de façades kitsch façon Facteur Cheval, l’entraîne ensuite dans une interprétation très personnelle de la procédure, justifiée par un hypothétique AVC. Et comment résister au médecin légiste Ange-Dominique Pantalacci, alias ADP, qui débarque en Vespa, des miettes de sandwich dans la barbe, et crachote l’ouverture de la Walkyrie avant d’examiner un corps ?

Ces silhouettes dépassent largement le simple ressort comique. Elles disent la fatigue du métier, ses rivalités internes, sa manière d’encaisser l’horreur. La scène où les enquêteurs entonnent Suzie Q dans la salle de réunion, d’abord pour chambrer leur chef, avant que la chanson ne se mue en cri d’une meute endeuillée, condense admirablement cette humeur noire qui protège les policiers de leurs propres émotions. Pochebonne réserve aussi une place au jeune CRS Luc Belin, qui rêve d’investigation, ou au gardien de la paix Pierre Astruc, bac+4, condamné à relancer les services pour des révisions de véhicules. Chacun existe à sa façon, et l’ensemble compose une fresque où l’humour sert de rempart contre la brutalité du réel.

Du coup de sang au coût du sang

Le titre joue sur l’homophonie avec une malice qui résume l’esprit du livre. Il y a le coup de sang, celui des colères de Léna, de la capitaine Ortéga qui tambourine sur le capot d’un taxi, des policiers qui jurent vengeance pour un collègue tombé. Il y a le coût du sang, ce prix que chacun finit par acquitter, en vies fauchées, en années perdues, en secrets trop longtemps tus. Entre ces deux sens circule un troisième, plus discret : celui des liens du sang que Léna cherche à renouer, et qui confère au roman sa profondeur affective.

Pochebonne signe un polar choral qui conjugue plusieurs registres sans en sacrifier aucun. La procédure minutieuse, nourrie d’une connaissance évidente de la maison police, côtoie la chronique d’amitié, la comédie de mœurs varoise et une méditation sur la filiation. L’intrigue foisonnante entrelace grand banditisme corse, trafics de stupéfiants et arrangements immobiliers sur la Côte sans que l’on perde jamais le fil, grâce à une écriture alerte, généreuse en notations sensorielles, volontiers espiègle dans ses digressions. Les pistes se croisent, se contredisent, se dérobent, et le dénouement couronne un patient travail de recoupement qui rend hommage à l’enquête de terrain.

Reste une émotion qui affleure dans les dernières pages et qu’il serait criminel de déflorer. Elle repose sur une idée simple et forte : le passé ne s’efface jamais tout à fait, il guette son heure, tapi dans un dossier oublié ou dans une conscience tourmentée. Coût de sang se lit avec un plaisir constant, celui d’un roman qui prend le temps d’aimer ses protagonistes, de flâner dans ses décors provençaux et de sourire de ses propres excès avant de serrer la gorge. Un polar méditerranéen, solaire et sombre à la fois, qui démontre qu’une enquête criminelle peut aussi raconter une histoire de cœur.

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Mots-clés : Coût de sang, Pochebonne, polar marseillais, police judiciaire, banditisme corse, quête des origines, Héraclès Éditions


Extrait Première Page du livre

« Dimanche 25 mars 1990 — Genève

La ville, ses ruelles et ses avenues sont vides. Le petit vent rasant du matin nettoie ces artères silencieuses. Bustes courbés, mâchoires crispées, mains dans les poches, quelques lève-tôt foncent, l’haleine blanche. Le froid de l’hiver vient juste de passer le relais au frisquet du printemps. Le passant solitaire se rend vite compte que l’air virevoltant est en réalité glacé. Aucun regard ne se croise. Avancer vite pour s’opposer au froid. Le centre-ville est très calme en ce début de matinée. C’est en général à partir de dix heures, en semaine, que les rues deviennent encombrées.

Deux voitures esseulées se déplacent à faible allure, re-montent le macadam dans un strict respect du code de la route. De nombreuses banques jalonnent l’avenue cossue. Quelques commerces de luxe, des enseignes d’horlogerie joliment décorées, apportent en ce matin silencieux une touche colorée qui pourrait réchauffer. La Suisse a toujours été un coffre-fort de l’Europe. Des sommes considérables circulent, sont placées, investies, débitées puis créditées, et vice versa, et encore, et toujours, et pour longtemps. Les flux monétaires mondiaux passent par ici : monnaie fiduciaire, son-nante et trébuchante ou simples écritures alimentent coffres-forts, chambres fortes et gros comptes internationaux.

Les deux véhicules sont immatriculés en France, dans le « 74 », la Haute-Savoie est à quelques minutes. Lentement, sur le boulevard principal, les conducteurs adoptent, sans à-coup, un rythme de bon père de famille. Trois hommes dans l’une, deux autres dans l’autre. Une Peugeot 505 break grise et une Audi 80 blanche. Ce ne sont pas des automobiles de banquiers ! Plutôt celles de travailleurs frontaliers en goguette jusqu’au lendemain.

L’Union de Banques Suisses n’est pas loin, à quelques rues. Des panneaux directionnels blancs, à grosses lettres noires UBS, la signalent. Il est impossible de la manquer : passage des Lions, au bout des Rues-Basses. Le client sait où il doit se rendre. Une agence est en rez-de-chaussée, ses grandes baies vitrées renvoient le long du trottoir les reflets fuyants des quelques passants frigorifiés. »


  • Titre : Coût de sang
  • Auteur : Pochebonne
  • Éditeur : Héraclès Éditions
  • ISBN : 9782386612763
  • Format : Broché
  • Nationalité : France
  • Langue : Français
  • Date de publication : 26/06/2026
  • Nombre de pages : 258 pages
  • Genre : Polar, roman policier procédural
  • Sujets traités : Police judiciaire marseillaise, grand banditisme corse, trafic de stupéfiants, corruption municipale, adoption et quête des origines, amitié, Marseille et le Var, mort d’un policier

Résumé

Un dimanche de mars 1990, cinq hommes vident les coffres d’une banque genevoise avec une précision militaire. Trente ans plus tard, en mars 2020, Marseille et le Var sont secoués par une série de morts violentes : un homme abattu sur une plage, un policier de la brigade financière tué devant chez lui, un trafiquant retrouvé dans une mise en scène glaçante. À l’Évêché, le commandant Antoine Mayot et ses équipes cherchent le fil qui relie ces crimes.
Au même moment, Léna Ortiz, jeune architecte adoptée à l’âge de trois ans, multiplie les démarches pour retrouver ses parents biologiques. Témoin malgré elle d’un des meurtres, elle se sent bientôt suivie par un mystérieux motard. Ses trois amis de lycée décident alors de veiller sur elle, à leur façon, aussi maladroite que fidèle.


Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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