Cavillore de Jérémie Claes : une traque au cœur des Préalpes

Cavillore de Jérémie Claes

Cavillore, une montagne qui s’appartient

Un vautour glisse contre la paroi, si près qu’on le croit voué à s’y briser. Sous lui, la roche gonfle sa poitrine, montre ses muscles, s’éveille avant que le soleil ne franchisse la crête de Courmette, sa sœur de l’autre côté des Gorges. Jérémie Claes pose d’emblée un rapport de force qui ne bougera plus : ici, les hommes ne sont rien, et la montagne n’appartient qu’à elle-même. Cette phrase, presque une thèse, gouverne tout le livre. Elle explique pourquoi le titre du roman n’est ni un nom d’enquêteur ni une promesse d’intrigue, mais un toponyme.

Il serait commode de parler de décor, ce serait passer à côté de l’essentiel. Cavillore respire, veille, écoute. Louis l’interroge du regard quand un cri lui parvient d’en bas, et n’obtient pour réponse qu’une immuable bienveillance. Nico, réveillé trempé de rosée dans l’herbe haute, retrouve en la contemplant la certitude que l’univers est à sa place. La montagne s’impose ainsi comme une présence vivante, avec sa peau bleue, sa calotte dodue, ses flancs tachés de végétation. Claes l’entoure d’une géographie d’une précision peu commune : les restanques de la Ferrage, la combe du Riou et sa cascade capricieuse, le plateau semé de genévriers et de chênes verts, l’aven du Trou-du-Mouton tapi sous les broussailles, le chemin du Paradis qui plonge vers le torrent et qu’il faut ensuite remonter une heure durant.

Cette attention au relief produit un effet romanesque redoutable. En donnant l’échelle, elle rend chaque déplacement coûteux, chaque distance mesurable, chaque disparition inquiétante. Le vol du rapace, qui ouvre et referme certaines séquences, offre en outre un poste d’observation souverain : la narration prend de l’altitude, embrasse les toits, l’auberge, le cimetière, les silhouettes minuscules qui s’agitent, puis redescend au ras des hommes. On sent chez l’auteur une connaissance charnelle du terrain, celle d’un familier des lieux plutôt que d’un documentaliste. Le roman noir y gagne une assise géologique : ce qui va se jouer se jouera contre la pierre, avec elle, parfois à cause d’elle.

Gourdon, tortue de pierre blottie dans sa carapace

Un village de calcaire bleu et jaune se niche au pied de la falaise, si semblable à la roche qu’il ne s’en détache que par les taches rouges de ses tuiles. Il s’enroule sur lui-même, se protège, comme il l’a fait jadis des invasions sarrasines et depuis toujours des assauts du mistral. L’image de la tortue de pierre pâle, blottie dans sa carapace, revient avec la justesse d’un leitmotiv. Claes construit une communauté avant de construire une affaire criminelle, et ce choix irrigue tout le récit.

La topographie sociale y est aussi travaillée que la topographie physique. On circule par la rue Basse et la rue Principale, par les calades, les escaliers casse-gueule des remparts, l’Escornache suspendue au-dessus des Gorges, la place Victoria où les touristes se collent en grappe le long du parapet. On croise Jean-Baptiste derrière son comptoir et son Ricard de dix heures, son fils Raphaël qui ne râle jamais, Léonce la savonnière qui vernit ses ongles en deux couleurs et réveille tout le monde à sept heures, Justin le garde-chasse qui préfère la solitude des crêtes à la Côte d’Azur, le vieux maire communiste et Raymonde qui vend des sacs à main sur sa chaise pliante. Ces figures secondaires ne sont jamais des silhouettes de remplissage : chacune a son grain, sa manie, sa blessure.

La scène où la nouvelle circule de fenêtre en terrasse, en répliques nues privées d’attribution, compte parmi les grandes réussites du livre. Un chœur villageois se forme, questionne, se contredit, s’affole, puis se rassure d’un mot : l’inconnue n’était pas d’ici. Le village entier respire, soulagé d’une horreur qui ne le regarde pas. En trois pages, Claes dit l’appartenance, la frontière entre ceux d’ici et les estrangers, la façon dont une communauté se referme pour survivre. Cette carapace protège autant qu’elle aveugle, et le romancier en tire une tension morale qui pèsera lourd sur la suite, sans jamais qu’il ait besoin d’en faire la leçon.

Les Camillieri, une tribu installée sur les hauteurs

Une trombe traverse la pièce commune, arrache la nappe, envoie valdinguer le beurre et la miche. Cette trombe s’appelle Ariane, on la nomme la Mère, et sa première apparition vaut définition : un phénomène, une supernova qui fait graviter son monde autour d’elle. Trois mariages, cinq enfants, la cinquantaine, l’asthme et l’arthrose, et cette façon de régner sans avoir jamais réclamé le trône. Elle distribue des bouquets d’iris aux commerçants, fabrique ses fromages, veille sur les siens avec une autorité morale qui n’écrase personne. Rarement une matriarche de roman aura paru aussi peu fabriquée.

Autour d’elle, la famille tient debout par ses déséquilibres. Louis, dit Luigi, creuse obstinément la colline pour débusquer une source, indifférent aux cratères qu’il laisse derrière lui et aux rendez-vous chez l’oculiste qu’il repousse depuis des mois. Claude, son frère, que le village appelle l’idiot, parle un sabir vénitien que seuls les siens déchiffrent, entasse des trésors de tôle et de bois dans un coin qui n’appartient qu’à lui, et revient parfois de ses expéditions le visage tuméfié, car tout le monde n’est pas aimable en Provence. Jonas rêve d’un ermitage sur la crête, Lucie marche pieds nus et dévore Don Quichotte sur un parapet, Sylvestre hérite des corvées réservées aux cadets. Venus du Gers deux ans plus tôt, installés à la Ferrage, ils forment un cercle discret, tenu à l’écart sans être franchement rejeté.

Claes évite avec élégance deux pièges symétriques : l’angélisme et le pittoresque. Ses marginaux ne sont ni saints ni décoratifs, ils travaillent, s’engueulent, s’aiment de travers, et la solidarité qui les soude a le goût âpre des familles recomposées. La façon dont il fait exister Claude mérite d’être soulignée : ni attendrissement, ni voyeurisme, juste une attention patiente à sa langue propre, à ses rituels, à la place précaire qu’on lui laisse. Le lecteur s’attache sans qu’on le lui demande, et cet attachement devient l’un des moteurs les plus efficaces du suspense.

Quand la rumeur tient lieu d’enquête

Les gendarmes de Grasse passent, constatent, emportent, repartent, et le roman ne les suit pas. Voilà l’un des partis pris les plus stimulants du livre : l’enquête officielle reste hors champ, réduite à quelques questions posées sur une terrasse et à des conclusions qu’on attend en vain. À la place s’installe une autre mécanique, plus ancienne et plus redoutable, celle du soupçon collectif. Le village n’a pas besoin de preuves pour savoir. Il sait.

Claes détaille cette chimie avec une acuité presque anthropologique. La rumeur naît d’une seule bouche, celle de la savonnière, se relaie chez Marie, chez le vieux Daniel, s’épaissit à chaque étage, et rencontre en chemin l’indifférence occupée des commerçants qui ont une saison à préparer. Tout le monde n’y adhère pas, beaucoup haussent les épaules, personne ne la démonte. Le poison agit précisément là, dans cette tiédeur : un froncement de sourcil, une inclinaison de tête, un « on y pense, sans s’y attarder » qui pèse plus lourd qu’une accusation frontale. Et la cible est désignée d’avance, puisqu’elle est la dernière arrivée.

Le suspense en devient double, ce qui fait toute sa saveur. Le lecteur redoute ce qui rôde sur la montagne, et redoute tout autant ce que les hommes s’apprêtent à faire au nom de leur tranquillité. Ariane, qui refuse de subir, entreprend alors sa propre investigation avec les moyens du bord : une tournée de bouquets, un café chez le maire, un thé chez le garde-chasse, des nuits entières passées à guetter dans un abribus avec une couverture sur les épaules et un brugnon pour tout viatique. L’image est magnifique de modestie, et elle installe une figure d’enquêtrice à mille lieues des codes du genre. Dans ce dispositif, le silence joue son rôle : dense comme la roche, il scelle les lèvres, protège les coupables et laisse la vérité attendre son heure.

Deux étés séparés par trente ans

L’architecture du roman se déploie en trois mouvements, printemps 1993, été 1993, puis été 2024, et cette dissymétrie fait beaucoup pour la force du livre. Le printemps installe le décor et la fêlure. L’été dilate le récit, le charge de chaleur, de cigales, de tensions adolescentes et de menaces qui s’approchent. La troisième partie, plus resserrée, revient sur les lieux quand les corps ont vieilli et que le païs a changé de visage. Trente ans plus tard, la mémoire n’a pas la même texture, et le romancier s’en sert avec une belle intelligence.

Nico, dix-huit ans, arrive de Paris au milieu de la nuit après huit kilomètres de route de montagne, la paroi d’un côté, le précipice de l’autre. Il trouve porte close chez sa grand-mère, dort dans l’herbe haute et découvre au matin que la maison familiale, bientôt vendue, va être vidée, désossée, décharnée. Cette perte intime, qui n’a rien de criminel, donne au livre son socle émotionnel. Le garçon revient chercher un territoire, des odeurs d’encaustique et de pain grillé, un pétrin ancien qui sert de vaisselier, la voix des cloches qui fait vibrer les verres dans le placard. Ce qu’il trouvera dépasse largement son programme.

Claes découpe son récit en chapitres brefs, chacun coiffé d’un titre qui fonctionne comme un plan de cinéma : « La charogne », « Carapace », « La battue », « Guetteuse ». Il alterne les points de vue avec une fluidité qui n’égare jamais, glisse entre les consciences, s’autorise de courts intermèdes sans titre où une présence anonyme observe, se cache, se félicite. La dernière partie modifie le régime narratif et adopte la première personne, ce qui recolore rétrospectivement tout ce qui précède. Le procédé aurait pu sembler artificiel, il paraît au contraire nécessaire, tant il donne corps à l’idée qu’un été de jeunesse continue de travailler ceux qui l’ont traversé.

Une langue qui sent l’immortelle, la sarriette et la pierre chaude

La phrase de Jérémie Claes se reconnaît à sa capacité de changer d’altitude sans prévenir. Elle sait être ample et presque mythologique quand elle épouse le vol du vautour ou décrit la roche qui s’éveille. Elle devient sèche, drue, familière, quand elle épouse les pensées d’un adolescent affamé ou l’humeur d’un aubergiste qui planque son verre à l’arrivée des gendarmes. Cette élasticité tient le livre à distance du lyrisme continu, qui aurait vite fatigué, comme du naturalisme plat, qui aurait tout aplati.

Le relevé sensoriel constitue l’une des grandes joies de la lecture. Les odeurs nocturnes plus distinctes et plus éclatantes, les épices de l’immortelle, la sarriette et la marjolaine, la senteur puissante des cades, la chaleur que les pierres tièdes exhalent après le coucher du soleil, le fenouil et les carottes sauvages d’une prairie où l’on s’endort. Les intérieurs ne sont pas moins précis : les tommettes rayées par la lumière des persiennes, le chauffe-eau déglingué, la baignoire rose orangé, la dame-jeanne de vin d’orange dénichée sous une table élimée. Claes nomme les plantes, les outils, les gestes, et cette exactitude produit une sensation de vérité que nulle envolée ne remplacerait.

L’oralité, enfin, irrigue le texte sans jamais le folkloriser. Les mots du cru circulent avec naturel, la pitchoune, l’estrangère, le païs, les calades et les restanques, un boudiou lâché au bon moment. L’humour affleure là où on ne l’attend pas, dans une poêle de côtes de porc jetée par la fenêtre à quatorze heures, dans les commentaires d’une grand-mère qui juge, condamne et exécute dans la même phrase. Le romancier écrit les scènes de brutalité avec la même retenue nerveuse : il montre l’essentiel, coupe au bon endroit, refuse la complaisance. Le résultat est une prose vivante, physique, qui donne envie de lire certains paragraphes à voix haute.

La vire, le vide et ce qui retient les vivants

Il existe, au-dessus de Gourdon, un sentier taillé dans une strate géologique qu’on appelle une vire. Quarante centimètres de large par endroits, le ventre collé à la roche, le dos au vide, un filin fixé par quelque bonne âme, et au bout la Forteresse, cet abri troglodyte où un ermite est venu chercher la paix divine. Cette ligne étroite résume le livre mieux qu’aucune formule. Les êtres y avancent lentement, pieds nus parfois, certains qu’un faux pas serait définitif, et pourtant ils y vont, parce que la beauté est au bout et parce qu’ils appartiennent à cette montagne autant qu’elle les domine.

Roman noir, roman de territoire, roman d’apprentissage et chronique villageoise, Cavillore tient ensemble ces fils avec une assurance qui surprend chez un troisième livre. Jérémie Claes, après L’Horloger et Commandant Solane, y engage manifestement quelque chose d’intime, et cela se sent dans la manière dont il traite la disparition des maisons, la transmission des noms, l’usure des corps qui ont trop travaillé. Il obtient une tension qui ne repose presque jamais sur les artifices habituels du genre, mais sur l’attachement : on craint pour ces gens parce qu’on les a laissés entrer.

Ce qui frappe, au bout du compte, c’est l’équilibre entre la dureté et la tendresse. La violence existe, brute, et le roman ne la maquille pas. La douceur existe aussi, dans une chienne qui lèche un visage, dans une mère qui monte la garde pour protéger les siens, dans un vautour qui, s’il savait, verrait toute la tendresse du monde dans deux adolescents essoufflés au milieu d’une prairie. Entre ces deux versants, le livre trouve sa ligne de crête et ne la quitte plus. On referme Cavillore avec l’envie de grimper là-haut, de poser la main sur la pierre chaude et d’écouter, longtemps, ce que la montagne aurait à dire.

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Mots-clés : roman noir provençal, Cavillore, Jérémie Claes, polar rural, nature writing, Préalpes, rumeur villageoise


Extrait Première Page du livre

« 1
Printemps 1993

La charogne
Un vautour vole contre la montagne, si proche d’elle qu’on craint qu’il ne s’y fracasse. Il glisse sur ses flancs, gracieux et rapide, il se joue de la roche et des arbres, du vent puissant. Cavillore, c’est le nom de la montagne, gonfle sa poitrine au passage du rapace, elle montre ses muscles, bien éveillée ce matin d’été, alors que le soleil n’est pas encore passé au-dessus de Courmette, sa sœur de l’autre côté des Gorges. Les hommes, ici, ne sont rien. La montagne s’appartient.

Sous elle se niche un village de calcaire bleu et jaune semblable au sien, si bien qu’il ne se détache de la roche que par les taches rouges des tuiles de ses toits. Le village s’enroule sur lui-même, se protège, comme il l’a fait jadis des invasions sarrasines et depuis toujours des assauts du mistral, et domine les reliefs tendres des collines qui le séparent de la mer, à l’horizon.

L’oiseau tourne et danse, et son œil fixe les éboulis qui font renfort au pied de la falaise. Quelque carcasse de loir ou de renard, une chèvre peut-être, attise son appétit, et le vautour finit par fondre sur la charogne après avoir constaté qu’aucun autre animal ne la convoitait. Il perd de l’altitude, rassuré, et poursuit son vol concentrique. Mais le vautour, soudain, tend le cou. Une forme a glissé dans l’ombre, cent mètres sous lui, qui s’approche comme un fantôme de sa proie, disparaissant tour à tour derrière un buisson de cade, le squelette d’un chêne et une grosse roche orpheline. L’oiseau plonge, fusant vers sa nourriture. Il se pose à deux pas de la carcasse, sur une pierre, et guette l’apparition de son ennemi. Il ne voit rien, n’entend rien, mais ne doute pas. Il sent la menace. Le vautour crie, il siffle, il déploie ses ailes de son immense envergure, et finit par sauter jusqu’à la charogne et s’y dresser, défiant l’animal qui approche de lui voler sa pitance.

Il se montre, et l’oiseau n’a jamais vu pareille espèce sur la montagne. Sa gueule toute de crocs, son allure puissante. Le grondement qui sort de la gorge de la bête pétrifie le vautour, il provient du fond des âges et l’instinct de l’oiseau lui enseigne qu’il doit fuir. Il n’est pas de taille à lutter contre un tel adversaire. Celui-ci ne se hâte pas, d’ailleurs, il arrive à découvert, sans nulle nervosité ; son regard seul, qui ne lâche pas l’oiseau, indique sa vigilance. Le vautour, plumage frémissant, regagne la pierre qu’il vient de quitter. Les deux animaux se toisent longtemps, avant que l’oiseau ne finisse par abdiquer et prendre son envol, regagnant son nid à flanc de falaise.

La bête grogne doucement. »


  • Titre : Cavillore
  • Auteur : Jérémie Claes
  • Éditeur : Éditions Héloïse d’Ormesson
  • ISBN : 9782487819696
  • Format : Broché
  • Nationalité : Belgique
  • Langue : Français
  • Date de publication : 19/02/2026
  • Nombre de pages : 240 pages
  • Genre : Roman noir, polar rural, nature writing
  • Sujets traités : Village provençal, montagne et nature sauvage, rumeur et soupçon collectif, marginalité et rejet de l’étranger, famille recomposée et figure maternelle, passage à l’âge adulte, mémoire et retour aux origines, violence rurale

Résumé

Au printemps 1993, dans le village provençal de Gourdon accroché à sa falaise, l’aubergiste découvre à l’aube le corps d’une jeune inconnue déposé au milieu de la chaussée. Nul ne croit vraiment à l’accident. Les gendarmes emportent la victime vers Grasse et le village, resté seul avec sa question, se met à parler. Les langues médisantes désignent bientôt les Camillieri, une famille de marginaux récemment installée sur les hauteurs, tandis que des ombres plus inquiétantes continuent de rôder sur la montagne.
Au même moment, Nico, dix-huit ans, fugue de Paris pour retrouver une dernière fois la maison familiale qui va être vendue. Il y rencontre Lucie, fille de la Ferrage, et se trouve happé par un été qui ne ressemblera à aucun autre. Déterminée à protéger les siens, la mère Camillieri entreprend sa propre traque, avec ses moyens et son obstination. Mais le silence s’installe, dense comme la roche qui cerne le village, et la vérité attend son heure. Trente ans plus tard, le passé réclame son dû.


Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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