Le Cimetière de Venise de Matteo Strukul : Canaletto face aux ombres de la Sérénissime

Le Cimetière de Venise de Matteo Strukul

Le Rio dei Mendicanti, une toile qui dérange

Un chaudronnier nommé Sante pousse sa rame sur une lagune encore hérissée de plaques de glace, le ventre creux et l’esprit rongé par la peur de ne pas nourrir ses trois enfants, lorsque sa barque heurte ce qu’il prend d’abord pour un amas d’algues noires. C’est une chevelure. Sous elle, le visage d’une jeune femme d’une pâleur de marbre, que la rumeur baptisera bientôt « la jeune fille d’albâtre », mutilée avec une sauvagerie qui glace davantage que l’hiver vénitien. Matteo Strukul ne perd pas de temps en préambule : quelques traits suffisent pour dresser Castello dans toute sa détresse, avec son linge raidi par le vent, ses masures entassées vers le ciel comme une supplique sans réponse, ses fumées maigres et son aube malade.

L’idée la plus séduisante du roman surgit juste après. Au lieu d’emprunter les chemins balisés de l’enquête criminelle, le récit bifurque vers un tableau. Antonio Canal, que tout Venise appelle Canaletto, vient justement de peindre ce canal sordide, loin des façades dorées qu’on attend de son pinceau. Convoqué en pleine nuit dans la sinistre chambre du supplice du palais des Doges, sous le regard de l’Inquisiteur rouge Matteo Dandolo et du Grand Capitaine Giovanni Morosini, le peintre découvre qu’une simple veduta peut se muer en pièce à conviction. On lui reproche d’avoir choisi la misère plutôt que la gloire, et même d’avoir esquissé des décors pour un opéra de Vivaldi que le pouvoir soupçonne de cacher une allégorie séditieuse.

Ce point de départ, puisé dans une œuvre bien réelle du maître vénitien qui obsède l’auteur depuis longtemps, confère au livre sa couleur singulière. La toile fonctionne comme un miroir tendu à la République : en fixant le linge sale et les logements des désespérés, Canaletto a regardé là où les puissants préfèrent détourner les yeux. Et dans un coin du tableau, trois gentilshommes en redingote, saisis près de l’hôpital des Mendiants, vont peser bien plus lourd que leur taille sur la toile. Le lecteur saisit alors la règle du jeu que Strukul impose avec malice : dans cette Venise, voir constitue déjà une imprudence, et chaque détail posé à la pointe du pinceau peut entrouvrir une trappe vers les profondeurs.

Canaletto, enquêteur sans métier ni sauf-conduit

La nuit de l’artiste réserve une seconde convocation, plus inattendue encore. Dans les appartements du doge Alvise Mocenigo, vieux soldat au regard franc qui a jadis arraché une forteresse aux Turcs, patiente une dame vêtue de noir, masquée, à la chevelure rousse savamment coiffée et à la voix teintée d’un accent lointain. L’homme de dos sur le tableau, celui qui porte une redingote ocre et boite imperceptiblement, lui ressemble trop pour que la coïncidence soit anodine. Sa Sérénité confie alors au peintre une mission officieuse, sans le moindre écrit : découvrir ce qui attire ce patricien, semaine après semaine, dans les parages du Rio dei Mendicanti. Canaletto ne réclame qu’une garantie, une liberté d’action que la parole du doge suffira à lui assurer.

Strukul l’annonce sans détour dans sa note finale : il n’a pas voulu transformer un génie de la peinture en limier aguerri. Son Antonio reste gauche, conscient de sa petite taille, raide comme un piquet dès qu’une jolie femme lui adresse la parole, et parfaitement démuni face à l’art de la filature. Il doit frapper à la porte du maréchal Johann Matthias von der Schulenburg, héros du siège de Corfou hanté par ses canons, pour apprendre les rudiments du métier : garder la bonne distance, noter les heures et les visages, croquer les lieux, déléguer. Or c’est précisément son regard d’artiste, entraîné à débusquer une claudication qu’un œil distrait aurait manquée, qui devient son instrument le plus affûté, bien plus que la rapière qu’il espère ne jamais tirer.

Le plaisir de lecture naît de cet apprentissage à tâtons. On suit le peintre tapi sous un porche, le tricorne dégoulinant de pluie, calculant ses pas le long de la Barbaria de le Tole, puis jonglant entre ses commandes, ses factures de lentilles et la toiture de son palazzetto fraîchement acquis. À ses côtés gravitent des alliés savoureux : Owen McSwiney, ancien imprésario irlandais exilé qui lui sert de Virgile dans les salons, et Joseph Smith, gentleman anglais à l’érudition encyclopédique dont le cabinet de curiosités laisse Antonio bouche bée. Cette galerie de figures historiques donne à l’enquête une chaleur presque fraternelle.

Une Sérénissime prise dans la glace et la variole

L’hiver ne desserre jamais vraiment son étau. La neige cingle la place Saint-Marc, la lagune garde le souvenir de ces années où l’on devait briser la glace pour circuler, et à Murano le caïgo, ce brouillard épais comme de la suie, fait flotter les façades dans un monde fantomatique. Strukul fait de ce froid bien plus qu’une toile de fond : il en tire une métaphore du déclin, celui d’une République figée dans sa propre légende, qui s’étourdit de fêtes débridées et de carnaval sans fin pendant que ses fondations se fissurent. La ville semble à la fois pétrifiée et fiévreuse, comme un corps grelottant qui refuse d’admettre sa maladie.

Car la maladie est bien là, et elle porte un nom : la variole. À travers Isaac Liebermann, médecin juif diplômé de Padoue, le roman aborde un débat médical passionnant de l’époque, celui de la variolisation, cette méthode venue d’Orient et défendue par quelques pionniers, que les autorités sanitaires refusent obstinément d’autoriser. Les échanges d’Isaac avec le surintendant de la santé ont la tension d’un duel feutré. Et lorsque le médecin se penche sur le lit de la petite Chiara, dans une masure où le froid s’infiltre par chaque interstice, la prose ne détourne pas le regard : les papules, l’odeur, la mère épuisée, tout est rendu avec une précision qui serre la gorge sans jamais verser dans la complaisance.

Au-dessus de ce peuple qui souffre, le pouvoir vénitien s’organise en cercles concentriques de méfiance. Le doge, l’inquisiteur d’État, les Signori di Notte al Criminal chargés des crimes nocturnes : chacun veille au maintien de l’ordre public avec une obsession qui confine à l’aveuglement. L’auteur restitue avec finesse cette mécanique oligarchique où l’information vaut plus que l’or. Un soir, au théâtre, devant la Mérope de Scipione Maffei et ses fureurs de vengeance, Canaletto croit apercevoir le destin même de la Sérénissime. Peu à peu grandit en lui l’intuition que le gel, l’épidémie, les meurtres et la haine forment les fils d’une seule et même trame, dont il lui faudra patiemment démêler les nœuds.

Charlotte von der Schulenburg, le feu et le verre de Murano

Elle franchit le seuil de la bibliothèque du maréchal comme on traverse un rayon de lune : yeux d’un vert étincelant, peau d’ivoire, longs cheveux noirs laissés libres jusqu’à la taille, en défi discret aux conventions. Antonio en perd ses moyens. Mais Strukul se garde bien de réduire Charlotte à une apparition gracieuse. La fille du héros de Corfou dirige une verrerie à Murano, et c’est au pied d’un four de briques haut de trois mètres, enserré de montants de fer comme un monstre antique, que le peintre la retrouve, en tablier, domptant une masse incandescente jusqu’à en faire éclore une rose de cristal.

La jeune femme est aussi une inventrice. Elle a perfectionné un cristal d’une pureté sans bulle, héritier de la méthode Barovier, taille des lentilles d’une netteté inédite et conçoit des longues-vues à crémaillère capables de corriger en grande partie les aberrations optiques. Ces pages, nourries des lectures de l’auteur sur l’histoire du verre et l’optique newtonienne, ont un charme artisanal irrésistible. Surtout, elles scellent une alliance entre deux arts du regard : le verre qui affine la vision et la peinture qui la transfigure. Charlotte ne demande qu’une chose en échange de ses instruments, que le peintre le plus en vue de Venise l’aide à imposer son nom dans un métier où une femme n’a, en principe, aucune place.

Entre ces deux êtres, l’attirance se tisse avec une élégance qui rappelle les grands romans de cape et d’épée. Antonio bafouille, s’emmêle dans des formules dignes d’un salut à un général, s’inquiète de la moindre parole qu’elle lui accorde ; elle répond avec une pointe de malice et une assurance désarmante. Rien de mièvre pourtant, car Charlotte n’a rien d’une héroïne en attente de protection. Elle revendique sa liberté, porte le deuil discret d’une transmission de maître à élève et affronte le monde avec la même audace qu’elle oppose au feu. Sa présence insuffle au récit une lumière vive, presque solaire, au cœur de cet hiver sans fin.

Du ghetto aux salons masqués, les fractures d’une ville

Pour gagner du terrain, on bâtit en hauteur : dans le ghetto, certaines maisons grimpent jusqu’au neuvième étage, et les synagogues se dissimulent à l’intérieur des palais, sans le moindre signe visible de l’extérieur. Strukul, qui s’appuie sur les travaux de l’historien Riccardo Calimani, restitue avec justesse cet espace clos, ses banques de prêt sur gages, ses boulangeries, ses fondamenta et son passage couvert. Le meurtre a réveillé les vieilles accusations de « buveurs de sang », et la communauté bouillonne. Autour d’Isaac s’affrontent des tempéraments contraires : son frère Zygmund, aigri et avide, qui prédit une lagune inondée de sang, le jeune Shimon Luzzatto, décidé à dénoncer par l’écrit l’exploitation subie, ou encore le rabbin Mordecai Coen, gardien des livres et d’une mémoire où ressurgit l’ombre du faux messie Sabbatai Zevi.

À l’autre extrémité de l’échelle sociale scintille le salon de Cornelia Zane, courtisane parmi les plus fascinantes de la ville. On y entre par un mot de passe, on s’y perd dans un bric-à-brac de miroirs, de coffrets et de curiosités, on y joue à la basetta entre aventuriers et voyageurs, et les conversations y frôlent l’indécence. Derrière son petit masque de chat, l’hôtesse règne sur un monde où le plaisir sert de monnaie d’échange et où l’influence circule d’alcôve en alcôve. Canaletto s’y sent étranger, persuadé que ce vernis de frivolité recouvre un secret autrement plus inquiétant.

Entre ces deux pôles grouille une troisième Venise, celle des Moeche, bande d’orphelins voleurs de Castello qui vivent de larcins aux abords du théâtre San Giovanni Grisostomo. Colombina, gamine pauvre au cœur partagé, le Moro qu’elle admire en silence, Magnaossi : ces gamins des rues apportent au roman une énergie picaresque et une émotion inattendue. Grâce à une construction chorale en chapitres brefs, chacun doté d’un titre évocateur, l’auteur fait alterner les points de vue et compose une mosaïque où chaque éclat reflète une facette de la cité. Les fractures sociales, religieuses et politiques y apparaissent comme autant de lézardes sur un même mur.

Une écriture de peintre, entre clair-obscur et aventure

Strukul écrit comme son héros peint. La clarté émeraude qui fait scintiller le Grand Canal, l’éclat net du Fondaco dei Tedeschi opposé à l’ombre du Palazzo dei Camerlenghi, les teintes nacrées de San Giacomo di Rialto à l’heure où la nuit se retire : la prose procède par cadrages, jeux de perspective et brusques effets de zoom, à la manière de cette chambre optique qui projette le réel sur un miroir dépoli avant que l’artiste ne le réinvente. Même les plaisirs les plus intimes reçoivent ce soin du détail, telle cette tasse de porcelaine de Meissen où fume un chocolat préparé par Flora d’après une recette confiée par le compositeur Tomaso Albinoni.

Cette sensualité visuelle s’accorde à un tempo d’aventure parfaitement maîtrisé. Les épigraphes empruntées à Victor Hugo, Balzac, Joseph Conrad et Heinrich von Kleist annoncent la couleur, et la note de l’auteur confirme la filiation revendiquée avec Dumas, Pouchkine, Schiller ou Rostand. Strukul le dit lui-même : il s’agit moins d’un roman historique au sens strict que d’un thriller historique mâtiné d’aventure. On y croise des duels pourtant interdits par la loi, des pistolets à canon court, un mystérieux homme en noir nostalgique des prairies infinies et du paprika, des filatures sous l’averse et des fins de chapitre qui claquent comme une porte dans la nuit.

L’érudition, considérable, se dissout dans l’action au lieu de l’alourdir. La bibliographie finale couvre la peinture de Canaletto, l’espionnage sous la Sérénissime, l’industrie du verre, le ghetto ou la vie en villa au XVIIIe siècle, et une grande partie des figures qui peuplent le récit ont réellement existé. Pourtant, rien ne sent la fiche de lecture. L’auteur ose même des incursions vers l’onirisme, comme ce passage fiévreux où le peintre, penché sur ses esquisses, voit les murs de sa chambre s’effriter en cendres. Le clair-obscur devient alors une véritable poétique, où la beauté et l’horreur se disputent chaque parcelle de lumière.

Sauver Venise, une toile à la fois

Au terme de ces cinquante-huit chapitres, une formule prononcée par Antonio résume l’esprit du livre mieux que tout commentaire : tenter de sauver Venise, une toile à la fois. L’ambition a quelque chose de modeste, presque dérisoire face aux forces qui menacent la ville, et Canaletto lui-même en mesure les limites. C’est pourtant là que réside la conviction profonde du roman : la beauté, la grâce et l’art ne guérissent pas le monde, mais ils l’aident à respirer encore un peu. Dans une cité engourdie par la glace, décimée par l’épidémie et minée par les calculs des puissants, le regard de l’artiste devient une forme de résistance.

L’auteur de la saga consacrée aux Médicis retrouve ici la Venise du XVIIIe siècle avec une ferveur qui transparaît dans sa note finale, où il avoue que son amour pour la beauté est devenu, avec les années, un besoin. Cette sincérité irrigue tout le livre. Le rendez-vous des talents qui animaient alors la Sérénissime, de Vivaldi à Albinoni en passant par Maffei, se mêle aux destins d’un médecin du ghetto, d’une verrière de Murano ou d’une orpheline de Castello. Il en résulte un roman généreux, où l’histoire des grands et celle des humbles se croisent dans les mêmes ruelles humides.

Les amateurs de thrillers historiques y trouveront leur content de mystères, de masques et de coups d’épée, tandis que les passionnés d’art découvriront Canaletto sous un jour inattendu, vulnérable et obstiné, loin de l’image figée du védutiste mondain. Quant aux amoureux de Venise, ils y retrouveront la ville dans ses splendeurs comme dans ses ombres, avec ses reflets verts, ses palais et ses îles embrumées où dorment tant de secrets. Le Cimetière de Venise se referme comme on quitte un tableau longuement contemplé : avec l’envie d’y revenir pour saisir, dans un coin de la composition, ce détail qui nous avait échappé.

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Mots-clés : Le Cimetière de Venise, Matteo Strukul, Canaletto, thriller historique, Venise XVIIIe siècle, Murano, variole


Extrait Première Page du livre

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Sante

La nuit avait été terrible.

Sante se tenait sur le bateau et poussait la grande rame vers l’avant. Le ciel commençait à se teinter de rose. L’aurore se reflétait sur la lagune, révélant la surface molle d’une immense méduse, comme si elle reposait sous le ventre liquide de Venise. Quelques jours plus tôt, ce grand miroir transparent n’était qu’une plaque de glace. Cela s’était déjà produit. Les anciens racontaient que, jadis, les Vénitiens avaient dû briser la glace pour pouvoir de nouveau se déplacer sur l’eau. À présent, il ne restait plus que quelques plaques flottantes, semblables aux traces changeantes d’un fantôme, de ces vastes bancs gelés des jours précédents, formés lorsque la croûte s’était zébrée de veines sombres avant de se rompre.

Il faisait encore un froid glacial, malgré une légère hausse des températures. Le Rio dei Mendicanti n’était qu’un ruban livide. Un vagabond, enveloppé dans un vieux manteau sombre si usé qu’on aurait dit que les mites l’avaient grignoté au fil des années, titubait au bord du canal. Il tenait dans une main une lampe à huile dont la lumière vacillait faiblement dans la pénombre. Sante n’y prêta aucune attention : il n’y avait rien d’étonnant à voir traîner un misérable dans un endroit pareil.

Les masses sombres des phalanstères et des baraques délabrées qui bordaient le squero, l’atelier traditionnel de construction de gondoles, s’élevaient vers le ciel, comme si les pauvres s’étaient acharnés à empiler étage sur étage dans une tentative désespérée de toucher les mains de Dieu. Et, ce faisant, d’obtenir de lui une grâce ou un pardon qui, malheureusement, ne venait jamais. Non pas qu’ils aient commis de véritables fautes : la faim et la misère, sœurs prostituées, réduisaient n’importe qui en loques dans cette région.

Le linge séchait, draps et vêtements, rapiécés et déchirés, fouettés par le vent glacial qui les soulevait comme des chiffons rigides, sortis d’un sombre si usé qu’on aurait dit que les mites l’avaient grignoté au fil des années, titubait au bord du canal. Il tenait dans une main une lampe à huile dont la lumière vacillait faiblement dans la pénombre. Sante n’y prêta aucune attention : il n’y avait rien d’étonnant à voir traîner un misérable dans un endroit pareil.

Les masses sombres des phalanstères et des baraques délabrées qui bordaient le squero, l’atelier traditionnel de construction de

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gondoles, s’élevaient vers le ciel, comme si les pauvres s’étaient acharnés à empiler étage sur étage dans une tentative désespérée de toucher les mains de Dieu. Et, ce faisant, d’obtenir de lui une grâce ou un pardon qui, malheureusement, ne venait jamais. Non pas qu’ils aient commis de véritables fautes : la faim et la misère, sœurs prostituées, réduisaient n’importe qui en loques dans cette région.

Le linge séchait, draps et vêtements, rapiécés et déchirés, fouettés par le vent glacial qui les soulevait comme des chiffons rigides, sortis d’un cercle de damnés. À mesure que la barque avançait sur l’eau, une lumière fiévreuse se répandait sur la lagune et l’au-rore cédait peu à peu la place aux frémissements malsains du petit matin. Quelques volutes de fumée s’échappaient des cheminées. La petite embarcation sombre avançait avec une lenteur exaspérante, mais Sante n’avait aucune envie de forcer davantage. Il avait passé une nuit blanche à fixer les poutres pourries du plafond, le front couvert d’une sueur glacée. La peur de ne pas réussir à préparer le dîner l’avait empêché de fermer l’œil. Et les morsures de la faim avaient fait le reste.

Il tourna enfin son regard vers la grande façade de San Lazzaro et de l’Ospedale dei Mendicanti, qu’il laissa glisser sur le côté. »


  • Titre : Le Cimetière de Venise
  • Titre original : Il cimitero di Venezia
  • Auteur : Matteo Strukul
  • Éditeur : Les éditions de l’Opportun
  • ISBN : 9782386711756
  • Format : Broché
  • Nationalité : Italie
  • Langue : Français
  • Traduction : Henri Eujean
  • Date de publication : 10/09/2026
  • Nombre de pages : 288 pages
  • Genre : Thriller historique
  • Sujets traités : Venise au XVIIIe siècle, Canaletto, République de Venise, épidémie de variole, ghetto juif de Venise, verre de Murano, espionnage, peinture védutiste

Résumé

Venise, en plein hiver. La lagune est encore couverte de plaques de glace lorsqu’un chaudronnier repêche dans le Rio dei Mendicanti le corps d’une jeune femme atrocement mutilée. Or le peintre Antonio Canal, dit Canaletto, vient justement d’immortaliser ce canal misérable. Convoqué au palais des Doges, il se voit confier par le doge une mission aussi secrète que périlleuse : découvrir ce que vient faire dans ces parages un patricien qu’il a représenté sur sa toile.
Épaulé par un imprésario irlandais, un vieux maréchal rompu à l’espionnage et Charlotte, verrière de génie installée à Murano, Canaletto s’aventure des salons masqués au ghetto juif, où le médecin Isaac Liebermann lutte contre une épidémie de variole que les autorités refusent de combattre. Dans une ville minée par la peur, le peintre comprend peu à peu que les ombres qui menacent la Sérénissime sont bien plus vastes qu’il ne l’imaginait.


Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


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