Un futur sous tension : le monde de Sarah Souk-Berthelot
Claude Rodhain installe son récit dans un futur proche qui frappe par sa cohérence inquiétante. Nous sommes en 2042, et la France que l’auteur dépeint n’est pas une dystopie fantasmée : c’est une projection rigoureusement construite à partir des dérèglements que nous observons déjà. Paris vit les pieds dans l’eau, les voies sur berges sont régulièrement inondées, une pluie fine chargée d’acide tombe sur les toits de la capitale, et les nuages toxiques issus des éruptions volcaniques irritent les poumons d’une population à bout. Rodhain n’a pas besoin de forcer le trait : la vraisemblance scientifique de ce tableau suffit à créer un malaise durable.
Ce monde abîmé possède pourtant ses propres équilibres, et c’est là que le roman révèle toute sa subtilité. Les taxi-robots bloquent la circulation sur le périph, les présidentes se déplacent en Renault Elektra blindée, les iPhones en sont à leur vingt-deuxième génération. La modernité technologique cohabite avec un effondrement écologique que personne n’a su, ou voulu, prévenir à temps. Rodhain glisse ici une observation acide : cette civilisation a continué d’afficher ses labels verts et de racheter sa conscience à coups de voitures électriques, tandis que la planète présentait la facture. Ce détail en apparence anodin dit tout de la vision de l’auteur sur notre rapport collectif à l’urgence climatique.
C’est dans cet environnement sous pression que Sarah Souk-Berthelot prend les commandes du récit. Présidente à son second mandat, elle porte sur ses épaules un faisceau de crises simultanées : instabilité sociale, pénuries, et une menace cosmique dont l’ampleur dépasse tout ce que la diplomatie internationale a jamais affronté. Rodhain choisit de ne jamais réduire ce contexte à un simple décor. Le monde de La Colonne des cendres respire, gronde et pèse sur chaque décision, chaque conversation, chaque silence du roman. Cette attention portée à la cohérence interne de l’univers fictionnel donne au livre une densité rare, qui ancre solidement l’intrigue dans une réalité alternative dont on ne sort jamais tout à fait indemne.
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Portrait d’une présidente : entre pouvoir et humanité
Sarah Souk-Berthelot est une figure présidentielle construite avec une vraie épaisseur romanesque. Fille d’une mère kabyle agrégée de philosophie, elle porte en elle une histoire familiale qui déborde largement le cadre de la fiction politique. Rodhain ne se contente pas de camper une cheffe d’État face à ses dossiers : il dessine une femme dont les racines, les attachements et les contradictions innervent chacune de ses décisions. Ce double héritage, franco-algérien, n’est jamais anecdotique dans le roman. Il façonne sa sensibilité, sa manière d’écouter les autres, et la qualité particulière de son attention aux invisibles qui l’entourent.
Ce qui frappe dans la construction de ce personnage, c’est la précision des moments intimes que l’auteur glisse au milieu du tumulte politique. Sarah qui s’accorde quelques secondes pour observer les mésanges charbonnières virevolter autour du buffet de Versailles avant de prononcer un discours crucial ; Sarah qui s’émeut de l’accent de son chauffeur Morad parce qu’il lui rappelle celui de sa mère ; Sarah qui regrette la maison de Montmartre abandonnée pour les contraintes du pouvoir. Ces instants de suspension fonctionnent comme autant de fenêtres ouvertes sur une vie intérieure que la présidence ne parvient pas à étouffer. Rodhain réussit ici quelque chose d’assez difficile : rendre crédible la vulnérabilité d’une femme de pouvoir sans jamais l’affaiblir.
Son rapport à l’exercice du pouvoir est lui aussi finement observé. Face à ses ministres, face aux chefs d’État étrangers, face aux urgences qui s’accumulent, Sarah improvise, tranche, dissimule quand il le faut, et encaisse. Elle fulmine en privé et compose en public, naviguant avec une agilité politique qui n’exclut ni le doute ni la fatigue. Luc, son mari, représente dans ce dispositif un ancrage précieux, une présence qui rappelle qu’avant la présidente, il y avait une femme avec une histoire, une maison sur une colline et des habitudes simples. Ce contrepoint conjugal, traité sans sentimentalisme excessif, confère au portrait de Sarah une profondeur humaine qui fait toute la différence entre un roman politique ordinaire et un récit véritablement habité.
Le sceptre de Dagobert : quand l’histoire s’invite dans la crise
Au cœur de ce roman résolument tourné vers le futur surgit un objet venu du fond des âges : le sceptre de Dagobert. Cette irruption du Moyen Âge mérovingien dans un récit de science-fiction politique pourrait surprendre, voire dérouter. Rodhain en fait pourtant un ressort narratif d’une efficacité redoutable. L’objet n’est pas là pour faire couleur locale ou pour flatter l’érudition du lecteur : il cristallise des enjeux bien réels, déclenche une enquête parallèle à la crise climatique et tire le roman vers des territoires inattendus, quelque part entre le thriller historique et la fiction géopolitique.
Ce qui rend le procédé convaincant, c’est la manière dont Rodhain articule le passé et le présent sans jamais forcer la couture. La mort du nonce apostolique Umberto Micheli, retrouvé dans ses appartements, suffit à mettre Sarah sur une piste dont elle pressent immédiatement la gravité. Le sceptre entre alors en jeu avec une discrétion qui tranche avec son importance symbolique : gardé au Louvre, surveillé sur ordre présidentiel, il devient un point de convergence autour duquel gravitent l’historien Boneffois et le commissaire Lecoq. La dimension policière s’imbrique ainsi naturellement dans la trame politique, sans que l’une n’écrase l’autre. Rodhain jongle avec ces registres différents avec une aisance qui témoigne d’une vraie maîtrise de la construction romanesque.
L’intérêt de cet objet dépasse cependant sa fonction de moteur narratif. Le sceptre de Dagobert convoque une réflexion plus large sur ce que l’histoire transmet, cache et révèle aux époques qui la redécouvrent. Dans un monde où l’humanité court après sa propre survie, le fait qu’une présidente consacre une partie de son énergie à percer le mystère d’une relique carolingienne dit quelque chose de fort sur la nature du pouvoir et sur les secrets que les siècles enfouissent soigneusement. Rodhain utilise cette tension entre l’urgence du présent et le poids du passé pour donner à son récit une résonance supplémentaire, celle d’un roman qui interroge, en filigrane, notre rapport à la mémoire collective et aux héritages que nous choisissons, ou non, d’assumer.
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Thriller géopolitique et climatique : les rouages du récit
La Colonne des cendres fonctionne sur plusieurs niveaux de tension simultanés, et c’est précisément cette architecture à étages qui lui confère son rythme particulier. D’un côté, une menace cosmique, la comète Star-one dont la trajectoire inquiète les scientifiques du monde entier, conjuguée à l’effondrement progressif du parasolaire arctique et à des catastrophes climatiques en cascade. De l’autre, une France qui se fissure socialement, avec des manifestations qui menacent de dégénérer en émeutes, une inflation galopante et des pénuries d’eau qui épuisent la patience des citoyens. Rodhain superpose ces crises avec méthode, créant un sentiment d’étouffement croissant qui ne lâche jamais vraiment le lecteur.
Ce que l’auteur réussit particulièrement bien, c’est l’articulation entre l’échelle planétaire et les décisions concrètes qui se prennent dans un bureau de l’Élysée ou au détour d’un Conseil des ministres. Les grandes manœuvres diplomatiques, les réunions du Conseil de sécurité des Nations unies à Versailles, les tractations avec les chefs d’État étrangers forment une toile géopolitique crédible et documentée. Rodhain n’élude pas la complexité de ces rapports de force internationaux : il les traduit en scènes lisibles, sans jamais sacrifier la nuance à la simplification. Le lecteur suit les coulisses du pouvoir avec la sensation d’assister à quelque chose d’authentique, d’observer une mécanique dont chaque rouage a été soigneusement pensé.
Le compte à rebours qui structure la seconde partie du roman intensifie encore cette dynamique. Six mois pour trouver une énergie alternative au pérovskite, six mois pour conjurer la menace cosmique, six mois pour éviter l’implosion sociale : Rodhain transforme l’urgence en moteur narratif implacable. Chaque chapitre ajoute une couche de pression supplémentaire, chaque révélation redessine la carte des possibles. Cette progression calibrée tient le récit sous tension sans recourir aux ficelles grossières du page-turner facile. La mécanique du thriller est ici au service d’une réflexion plus ambitieuse sur la capacité des sociétés humaines à se mobiliser face à l’inimaginable, et c’est cette ambition qui élève le roman bien au-dessus du simple divertissement.
Une galerie de personnages au service de l’intrigue
Autour de Sarah gravite une constellation de personnages dont aucun n’est vraiment accessoire. Bruno Lemercier, son directeur de cabinet, incarne la loyauté pragmatique de celui qui sait quand être direct et quand se taire. Le commissaire Brice Lecoq, ses lignes tracées au tableau blanc entre des noms qui se cherchent, représente la figure du policier tenace, celui pour qui chaque connexion entre des éléments disparates finit par dessiner une vérité. L’historien Jacques Boneffois apporte quant à lui une toute autre couleur au récit : son enthousiasme quasi juvénile à la vue du livre sur le sceptre de Dagobert tranche avec la gravité ambiante et rappelle que la passion intellectuelle résiste même aux fins du monde annoncées.
Morad Ben Saïd occupe une place à part dans cet ensemble. Chauffeur de la présidente depuis dix ans, orphelin de la décennie noire algérienne, recueilli par les moines de Tibhirine avant d’être exfiltré en France, il porte une histoire personnelle d’une densité remarquable. Rodhain ne le cantonne pas à un rôle fonctionnel : Morad traverse le roman avec une présence silencieuse et chargée, ses silences pesant parfois autant que les discours des diplomates. Le lien qui l’unit à Sarah, tissé à travers des mémoires partagées et des deuils communs, constitue l’une des lignes émotionnelles les plus sobres et les plus touchantes du livre.
Rachida, la fille aînée de Sarah et Luc, complète ce tableau avec une fraîcheur bienvenue. Sa jeunesse, son anxiété à peine dissimulée, ses doigts qui jouent nerveusement avec son pendentif au moment des heures décisives, tout cela humanise le cercle présidentiel et rappelle que derrière les grandes décisions se trouvent des êtres ordinairement préoccupés par des choses ordinaires. Rodhain a manifestement choisi de construire ses personnages secondaires non pas comme des faire-valoir, mais comme des individus dotés d’une cohérence propre, dont chaque apparition enrichit la compréhension de l’ensemble. C’est cette attention portée à chaque figure du roman, même fugace, qui donne à La Colonne des cendres sa texture humaine particulièrement vivante.
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L’Algérie au cœur du roman : mémoire, identité et liens secrets
L’Algérie n’est pas un décor dans La Colonne des cendres : elle est une présence active, presque un personnage à part entière dans le tissu du récit. Elle affleure dans l’accent de la mère de Sarah, dans les origines kabyles de Morad, dans les références aux moines de Tibhirine et aux heures sombres de la décennie noire. Rodhain tresse ces fils avec une discrétion qui n’exclut pas la profondeur : la dimension algérienne du roman n’est jamais plaquée sur l’intrigue de façon artificielle. Elle en émerge naturellement, comme une mémoire que les personnages portent en eux sans toujours avoir les mots pour la nommer.
Le voyage à Touggourt constitue l’un des moments charnières du roman. Sarah à bord de l’Airbus présidentiel, survolant la Méditerranée pour rejoindre Alger, brasse les révélations récentes et anticipe ce qui l’attend. Ce déplacement vers le sud algérien n’est pas qu’une étape diplomatique dans la course contre la montre qui structure le récit : c’est aussi une traversée intime, un retour vers des origines que le personnage n’a jamais vraiment quittées. Rodhain utilise la géographie comme révélateur psychologique, et ce choix narratif confère à cette séquence une résonance particulière, bien au-delà de sa simple fonction dans l’économie du thriller.
Ce regard sur l’Algérie, nourri de mémoire collective et de blessures historiques, donne au roman une dimension politique et culturelle qui déborde largement le cadre de la fiction d’anticipation. En faisant de ce pays un maillon indispensable dans la résolution de la crise globale, Rodhain signe un geste romanesque significatif : il place une nation souvent reléguée en marge des grandes narrations géopolitiques occidentales au centre d’un enjeu planétaire. Ce rééquilibrage symbolique, traité sans didactisme et sans emphase militante, infuse le récit d’une conscience du monde particulièrement bienvenue. L’Algérie, dans La Colonne des cendres, appartient pleinement au présent et à l’avenir, pas seulement aux pages douloureuses du passé.
La course contre l’apocalypse : tension et rythme narratif
Rodhain construit la montée en pression de son roman avec une précision d’horloger. Cinq jours après les premières annonces catastrophiques, Sarah confie avoir l’impression d’avoir vieilli de dix ans. Cette formule, lâchée dans un moment de relâchement rare, dit tout du tempo que l’auteur impose à son récit. Les crises ne se succèdent pas : elles se télescopent, s’alimentent mutuellement, transformant chaque journée en un champ de bataille où les fronts s’ouvrent simultanément sur plusieurs continents. Le parasolaire arctique qui flanche, la comète Star-one dont la trajectoire se précise, les émeutes qui grondent dans les grandes villes françaises : Rodhain ne laisse jamais souffler ni ses personnages ni son lecteur.
Ce qui distingue ce roman d’un thriller d’action ordinaire, c’est la texture des scènes dans lesquelles cette tension se déploie. Les centres opérationnels militaires enfouis sous l’Île-de-France, les salles de commandement où les données défilent sur des écrans muraux, les couloirs de l’ONU à Manhattan où se jouent les dernières négociations : chaque lieu est décrit avec suffisamment de précision pour ancrer le récit dans une réalité concrète, sans que la mécanique du décor n’étouffe l’émotion des personnages qui l’habitent. Rodhain sait alterner les séquences d’action tendue et les moments de respiration, ces instants où Sarah observe la neige tomber sur Paris ou entend les rires de sa fille, et qui rendent la menace d’autant plus palpable par contraste.
Le compte à rebours final, situé le 1er septembre 2042, concentre toute cette énergie narrative en un point de convergence où chaque fil du roman se noue. Rodhain y réunit ses personnages clés dans un dispositif dramatique sobre et efficace, sans effets de manche superflus. La sobriété du traitement amplifie paradoxalement la charge émotionnelle de la séquence : quand tout se joue, les grandes déclarations seraient de trop. Cette retenue dans l’écriture des moments culminants révèle une conscience aiguë du rythme romanesque, la compréhension que la tension la plus durable n’est pas celle que l’on exhibe, mais celle que l’on contient juste assez longtemps pour que le lecteur la ressente dans sa propre respiration.
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Un roman d’espoir ancré dans les angoisses de notre temps
Ce qui frappe, au terme de la lecture de La Colonne des cendres, c’est le refus de Rodhain de céder au nihilisme ambiant qui caractérise une grande partie de la fiction climatique contemporaine. Son roman regarde l’apocalypse en face, la décrit avec une précision qui n’épargne pas le lecteur, mais il choisit de faire confiance à l’intelligence collective et à la capacité des êtres humains à se dépasser quand le gouffre s’ouvre sous leurs pieds. Ce pari narratif n’est pas naïf : il est gagé sur la complexité des personnages, sur la difficulté des choix représentés, sur le prix réel que la mobilisation extraordinaire décrite dans le roman exige de chacun.
La scène finale, à Montmartre le 22 décembre 2042, incarne cette tonalité avec une économie de moyens saisissante. Les flocons de neige sur Paris, les rires étouffés de Rachida et Sophie autour du sapin, une tasse de café entre les mains d’une femme qui a traversé l’impensable : Rodhain choisit le silence après la tempête, l’intime après le planétaire. Ce retour au foyer, à la colline et aux gestes simples, fonctionne comme une réponse discrète mais ferme à toute la noirceur qui précède. La paix n’est pas présentée comme une évidence acquise, mais comme quelque chose d’arraché, de fragile et d’infiniment précieux, ce qui lui confère une valeur romanesque bien plus grande qu’un happy end convenu.
La Colonne des cendres s’inscrit ainsi dans une lignée de romans qui prennent au sérieux les angoisses de leur époque sans se laisser submerger par elles. En mariant le thriller politique, l’enquête historique, la fiction climatique et le portrait intime d’une femme de pouvoir, Claude Rodhain signe une œuvre dont la singularité tient précisément à cette ambition tranquille de tout embrasser à la fois. Le roman ne résout pas les contradictions du monde qu’il décrit, il les traverse, et c’est dans cette traversée que réside son véritable intérêt. Pour les amateurs de fiction française qui cherchent autre chose que le polar balisé, La Colonne des cendres offre une lecture exigeante et stimulante, portée par une vision du futur qui, pour être sombre, n’a pas renoncé à la lumière.
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Mots-clés : roman anticipation, thriller climatique, thriller politique, fiction française, sceptre de Dagobert, crise géopolitique, présidente de la République
Extrait Première Page du livre
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L’aube d’une nouvelle ère
En ce temps-là, il était encore temps. Sarah Souk-Berthelot n’était pas encore présidente de la République française et la fin du monde représentait une éternelle dystopie que des cinéastes, ou des romanciers, prenaient un malin plaisir à décliner au gré des prévisions alarmistes des scientifiques. Mais, dans le fond, personne ne voulait y croire, cette complaisance se mariant parfaitement à de perpétuels rachats de conscience par le biais de filières écoresponsables : tri des déchets, achat de voitures électriques… Les labels verts parsemaient la planète qui continuait d’agoniser. Dix-huit ans plus tard, la nature envoyait la facture.
– Madame Sarah, le GPS indique que les voies sur berges sont encore inondées. En plus, un taxi-robot a bloqué la circulation sur le périph principal. Pour arriver à l’heure à Versailles, la seule solution serait d’emprunter le deuxième périph extérieur et de nous faire ouvrir la voie par les motards.
– Faites ce qu’il faut, Morad, on doit arriver à l’heure.
Elle aimait écouter Morad, son chauffeur, dont l’accent lui rappelait tellement celui de sa mère qui, elle non plus, n’était jamais parvenue à s’en débarrasser. Si tant est qu’elle l’eût souhaité. Mais Yasmine avait beau être agrégée de philosophie, on lui parlait toujours avec un brin de condescendance. C’est elle qui, dix ans plus tôt, avait poussé la candidature de Morad pour qu’il devienne le chauffeur de sa fille. Comme Yasmine, il venait du village de Zoubga, en Kabylie, où celle-ci avait vu le jour en 1966. Morad lui, était un enfant de la « décennie noire ». Né en 1990, orphelin en 1994, il avait été recueilli par les moines de Tibhirine. Arrivé en France en 1996 par une filière d’exfiltration, mise en place par le clergé pour sauver les enfants berbères que les hommes du GIA n’hésitaient pas à tuer, Morad était un rescapé. Par cette histoire, qui, d’une certaine manière, les unissait, Morad avait gagné cet étrange privilège d’appeler la présidente « Madame Sarah » et elle n’aurait rien changé à cet état de fait, ne serait-ce que pour le plaisir de voir la réaction de ses collègues. «
- Titre : La Colonne des cendres
- Auteur : Claude Rodhain
- Éditeur : Éditions Glyphe
- Nationalité : France
- Date de sortie en France : 2026
Page officielle : clauderodhain.com
Résumé
En 2042, la France et le monde vacillent sous le poids de crises simultanées : dérèglements climatiques en cascade, tensions sociales, menace cosmique imminente. Sarah Souk-Berthelot, présidente de la République à son second mandat, se retrouve au cœur d’une course contre la montre qui dépasse tout ce que la diplomatie internationale a jamais affronté. Fille d’une mère kabyle et d’une histoire familiale marquée par l’Algérie, elle affronte l’impensable entourée d’une équipe soudée par la nécessité et par des liens bien plus anciens qu’il n’y paraît.
Mais au milieu de cette urgence planétaire surgit une énigme inattendue : la mort mystérieuse du nonce apostolique Umberto Micheli et le sceptre de Dagobert, conservé au Louvre, dont les secrets remontent au cœur du Moyen Âge mérovingien. Ce fil historique, mené par un commissaire tenace et un historien passionné, s’entrelace avec la grande mécanique géopolitique du roman pour former un récit à plusieurs vitesses, tendu, humain, et finalement porteur d’un espoir mesuré mais sincère.

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


































J’ai lu avec le plus grand intérêt, la recension sur « LA COLONNE des CENDRES », parue dans le Monde du Polar et je dois dire que j’ai été tout particulièrement séduit par la critique. L’auteur a fait une analyse exhaustive et fidèle du roman et a ainsi pu mettre en exergue la quintessence de l’intrigue. Je n’aurai qu’un mot : BRAVO !
Merci Claude pour ce retour aussi généreux qu’encourageant ! Recevoir les compliments de l’auteur lui-même est une récompense particulière. La Colonne des cendres est un roman qui méritait une lecture attentive, et c’est avec grand plaisir que j’ai plongé dans les méandres de votre intrigue. C’est précisément ce dialogue entre lecteurs et auteurs qui donne tout son sens au Monde du Polar. À très bientôt pour de nouvelles aventures littéraires !
Manuel