Un matin sur le boulevard de Bulgarie
Un conteneur à poubelles enterré dans le bitume d’une cité de Rennes. Un samedi ordinaire qui bascule. C’est sur cette image brute, presque clinique dans sa précision, que La Colline plante son décor initial avec une économie de moyens redoutable. Mathilde Beaussault ne cherche pas à impressionner, elle installe, pose, laisse les faits peser de tout leur poids. Un vieux monsieur sourd, Édouard, descend ses ordures au petit matin. Ce qu’il entend, ou croit entendre, va dérégler le cours tranquille d’une journée et déclencher une onde de choc qui traversera l’ensemble du roman.
Ce qui frappe d’emblée, c’est la justesse de la voix narrative. Édouard parle avec la syntaxe cabossée et le bon sens implacable d’un homme qui a tout vu sans jamais tout comprendre, et c’est précisément ce décalage qui rend sa perspective si précieuse. La banalité de sa vie conjugale avec Mireille, ses rubriques nécrologies du matin, ses réflexions sur les cercueils, tout cela n’est pas du remplissage. C’est la matière même du roman : la façon dont l’extraordinaire surgit toujours du fond du quotidien le plus ordinaire, sans prévenir, sans transition. Beaussault joue sur ce contraste avec une précision presque chirurgicale.
La scène inaugurale dit aussi quelque chose sur la géographie du livre. Le boulevard de Bulgarie, les Quatre Tours, le conteneur enterré dans le trottoir de cité, tout cela campe un espace social précis, où la misère ne se déclame pas mais s’accumule en détails concrets. Ce réalisme d’atmosphère ancre le récit dans une vérité sociale palpable, loin de tout misérabilisme. La ville n’est pas un décor, elle est une condition. Et c’est depuis ce pavé urbain, ce bloc d’asphalte et de sirènes, que partira une histoire qui ira chercher ailleurs, bien plus loin, ce que les murs d’un immeuble ont voulu taire.
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Monroe, fille de nulle part
Monroe. Le prénom claque comme une énigme, décalé, cinématographique, porté par une gamine qui n’a rien d’une icône mais tout d’une survivante. Mathilde Beaussault construit ce personnage par strates successives, en refusant toute psychologie de surface. Ce que le lecteur apprend de Monroe, il le gagne lentement, par fragments, comme on reconstitue un visage à partir d’éclats de miroir. Une adolescente de banlieue, une mère absente à elle-même autant qu’à sa fille, un appartement où le mot Happy s’étale en lettres grasses sur une toile cirée usée, ironie féroce que Beaussault glisse sans commentaire.
Ce qui définit Monroe, c’est d’abord le silence et le mouvement. Silence contraint dans l’appartement maternel, mouvement imposé vers la grand-mère, vers le Rocher, vers cette colline qui donne son titre au roman. Entre ces deux pôles, la ville et la terre, le bruit et le vent, se dessine une trajectoire intime d’une grande cohérence. La mère de Monroe n’est pas un personnage de mélo, elle est rendue avec une précision froide qui dit plus sur les mécanismes de la violence ordinaire que n’importe quelle démonstration. Elle ne hurle pas, elle absente. Et c’est cette absence active, cette façon de ne pas voir ce qui se passe sous ses yeux, qui donne toute sa dimension au personnage de Monroe, rejetée dans les marges de sa propre vie familiale.
Beaussault réussit quelque chose de délicat en évitant de faire de son héroïne une figure victimaire figée. Monroe dessine, observe, sent l’herbe mouiller le bas de son pantalon dans les champs, tend la main vers une corneille posée sur son épaule. Elle porte en elle une capacité à percevoir le monde qui contraste violemment avec ce que le monde lui a infligé. C’est dans cet écart, entre la brutalité de ce qu’elle traverse et la finesse de ce qu’elle ressent, que réside toute la force du personnage. Fille de nulle part, oui, mais dotée d’une présence au monde que le roman ne cessera d’interroger, de mettre à l’épreuve, et finalement de défendre.
Le Rocher : la colline comme refuge
Il y a des lieux dans la littérature qui cessent d’être de simples décors pour devenir des forces agissantes. Le Rocher, ce lieu-dit perché au bout d’un chemin gravillonneux que l’AX de Madeleine gravit en soufflant, est de ceux-là. Herbes sauvages qui ont repris possession du terrain, poules rousses libérées toute la journée, rivière enclavée entre les roseaux que seul un regard patient peut trouver, grande colline face à la maison, vent capable de soulever une dalle de tombeau. Beaussault décrit cet espace avec une sensorialité précise, presque tactile, qui fait du Rocher bien plus qu’un refuge géographique. C’est un contre-monde, une résistance tranquille opposée à l’asphalte et au béton du boulevard de Bulgarie.
Madeleine, la grand-mère, est indissociable de ce territoire. Vieille aux mains calleuses qui n’ont peur ni du froid ni du chaud, guérisseuse qui chasse les maux par imposition, femme qui attise son feu avec la même autorité tranquille qu’elle impose à ses poules et à ses visiteurs, elle incarne une forme de sagesse non pas idéalisée mais charnelle, enracinée dans le quotidien des saisons et des soins. La relation qui se noue entre elle et Monroe dans cet espace est l’une des lignes de force du roman. Pas de grands discours, pas d’épanchements. Des gestes. Un châle chauffé devant le feu, des pieds enveloppés, un tisonnier posé, une voix qui dit dors maintenant. Le langage du soin remplace celui des mots.
Ce que Beaussault réussit avec cette partie du roman, c’est de rendre perceptible la lente transformation qu’opère un lieu sur un être. Monroe arrive au Rocher comme on échoue quelque part, le corps abîmé, le regard perdu. Elle en repart, ou plutôt elle y reste, autrement. La colline n’efface rien, elle offre l’espace et le temps nécessaires pour que quelque chose, peut-être, puisse recommencer à pousser. Comme ces herbes sauvages que personne ne tond et qui se relèvent toujours après le passage d’une roue. La nature ici n’est pas décoration romantique, elle est modèle, leçon silencieuse adressée à ceux qui savent encore regarder.
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Les voix du roman : une architecture chorale
La Colline ne se raconte pas d’une seule bouche. Édouard le retraité sourd, Étienne le pompier qui court douze kilomètres par semaine avec son chien vieillissant, Guilaine la sage-femme qui tient son service à bout de nerfs et d’humour, Samantha la future mère en chemise de nuit Bambi, le capitaine Jakaj dont les procès-verbaux d’audition s’intercalent dans le récit comme autant de pièces à conviction, tous prennent la parole à tour de rôle, chacun avec sa syntaxe propre, son rythme, ses angles morts. Beaussault orchestre cette polyphonie avec une maîtrise qui ne se laisse jamais prendre en défaut. Chaque voix est immédiatement reconnaissable, non par un artifice stylistique forcé, mais parce que chaque personnage pense, filtre et restitue le monde depuis une expérience radicalement singulière.
Ce qui rend cette construction particulièrement efficace, c’est que les voix ne se contentent pas de se succéder, elles se répondent, se complètent, parfois se contredisent sans que le roman tranche. Étienne voit ce que le papi du quatrième ne peut pas voir. Guilaine comprend ce qu’Étienne devine seulement. Samantha, depuis son lit d’hôpital, relie des fils que les policiers cherchent encore. L’enquête n’est pas qu’une affaire de brigade criminelle, elle est distribuée entre tous ces regards croisés, et c’est précisément ce maillage narratif qui donne au livre sa densité. Le lecteur devient lui-même un personnage de cette architecture, celui qui assemble les pièces, qui mesure les écarts entre ce que chacun sait et ce que l’ensemble révèle.
Les procès-verbaux d’audition méritent une attention particulière. Insérés tels quels dans le tissu narratif, avec leur sécheresse administrative et leur protocole répétitif, ils introduisent une rupture de ton qui loin de briser le rythme, l’intensifie. Ce frottement entre la langue bureaucratique de la justice et la langue vivante des narrateurs dit quelque chose d’essentiel sur la distance qui sépare l’institution de la vérité intime. Beaussault utilise ce contraste formel non comme un effet de style gratuit, mais comme un révélateur. Ce que les questions officielles ne peuvent pas atteindre, les voix ordinaires, elles, finissent par le toucher.
L’emprise du silence
Le silence dans La Colline n’est pas une absence. C’est une matière dense, stratifiée, qui pèse sur les corps et conditionne les destins. Monroe se tait. Elle se tait face aux médecins, face aux policiers, face aux questions qui reviennent comme des coups frappés contre une porte close. Chaque refus de répondre consigné dans les procès-verbaux d’audition résonne avec une force croissante, non comme de l’obstination, mais comme le symptôme d’une emprise dont le roman déroule patiemment les mécanismes. Beaussault a compris que le silence d’une jeune femme n’est jamais gratuit, qu’il a une histoire, une géographie, des causes enfouies dans des années de paroles étouffées avant même d’avoir été formulées.
Ce silence a été fabriqué. La mère qui ne voit pas, qui préfère ne pas savoir, qui répond aux questions de la vie par des portes claquées et des valises bouclées sans demander ce dont sa fille a besoin. L’environnement du boulevard de Bulgarie où se taire est une condition de survie, où parler aux autorités est perçu comme une trahison plus grave que les actes qui l’auraient justifié. Beaussault cartographie avec précision ce territoire social de l’omerta ordinaire, sans jamais désigner de coupable commode ni simplifier des rapports de force qui sont, dans la réalité, d’une complexité redoutable. La violence qui traverse le roman n’est pas seulement celle des actes, elle est aussi celle des silences complices, des regards détournés, des serviettes hygiéniques jetées sur un lit sans un mot.
C’est peut-être là que le roman atteint sa résonance la plus profonde. En montrant comment le silence se transmet, s’apprend, s’impose comme seule réponse possible à un monde qui punit ceux qui parlent, Beaussault touche à quelque chose qui dépasse largement le cadre de son intrigue. Monroe qui refuse de signer le procès-verbal, Monroe dont les yeux s’accrochent au tatouage du lieutenant Hénin plutôt que de répondre, c’est une jeune femme qui a intégré depuis longtemps que sa voix ne protège personne, à commencer par elle-même. Que ce silence finisse par être traversé, brisé, contourné, c’est tout l’enjeu d’un roman qui croit, au fond, à la puissance lente et têtue des mots qui finissent par trouver leur chemin.
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Jacques, Madeleine et la grâce des marges
Il existe dans La Colline une constellation de personnages secondaires qui ne sont secondaires que par leur position dans l’intrigue, certainement pas par leur densité. Jacques, le voisin du Rocher qui fait grimper sa côte à son Express et à sa bourriche de truites, est de ceux-là. Charpentier patient, siffloteur de chansons françaises, homme qui parle à ses jonquilles comme à des témoins silencieux d’une vie perdue, il porte en lui une douleur discrète que Beaussault effleure sans jamais l’épuiser. Ce qu’il construit de ses mains, la table en chêne massif aux angles soigneusement arrondis, le pyrograveur commandé chez Claudette, le temps offert sans calcul, tout cela dessine une forme de générosité concrète, dépourvue de tout sentimentalisme.
Madeleine, elle, est une force de la nature qui n’a pas besoin de se justifier. Guérisseuse reconnue sans avoir jamais sollicité ce titre, femme qui attise son feu avec la même économie de gestes qu’elle soigne ses patients, elle impose sa présence par l’évidence de ce qu’elle fait plutôt que par ce qu’elle dit. Sa relation avec Jacques est rendue par Beaussault avec une économie remarquable : deux vieux qui se chamaillent sur les mérites de leurs chanteurs préférés, une platine ressortie du grenier, un vinyle de Janis Joplin crachotant Summertime dans la pièce chaude pendant que Monroe dessine. Ces scènes ont la texture du bonheur simple, celui qui ne se proclame pas mais qui imprègne tout autour de lui.
Ce que ces deux personnages apportent à Monroe, et au roman, c’est une démonstration par l’exemple de ce que peuvent être les liens choisis face aux liens du sang défaillants. Ni Jacques ni Madeleine ne font de discours sur la résilience ou la reconstruction. Ils proposent une table à pyrogravure, des patates à ramasser dans le jardin, une corneille apprivoisée, des épis de céréales qui chatouillent l’arrière des genoux. C’est dans cette matérialité humble, dans ces gestes répétés qui forment le tissu d’une présence fiable, que réside leur rôle profond dans le récit. Beaussault a l’intelligence de ne jamais les héroïser, ce qui leur confère, paradoxalement, une stature bien plus grande que n’importe quelle grandiloquence narrative n’aurait pu leur offrir.
La ville reprend ses droits
La deuxième partie du roman s’intitule Monroe revient, et ce titre à lui seul dit la brutalité du retour. Après le Rocher, ses herbes hautes et ses vinyles crépitants, le boulevard de Bulgarie reprend Monroe comme une gravité inexorable. Beaussault opère cette transition avec une efficacité narrative redoutable : les sirènes reviennent, les étages s’accumulent, l’appartement referme ses murs. L’espace urbain n’a pas changé, c’est Monroe qui a changé, et c’est précisément cet écart entre ce qu’elle est devenue et ce que la ville exige d’elle qui génère la tension centrale de la seconde partie. Le retour n’est pas un effacement du Rocher, c’est une épreuve de ce qu’il a déposé en elle.
Ce basculement géographique s’accompagne d’un resserrement de l’étau social. La cité reprend ses codes, ses hiérarchies, ses silences obligatoires. Étienne et son équipe sont de nouveau convoqués, Jakaj et Hénin reprennent leurs carnets, et le réseau des voix narratives se densifie autour d’un même point de gravité. Guilaine la sage-femme entre en scène avec sa langue verte et sa compétence inflexible, Samantha débarque en chemise de nuit Bambi avec sa franchise tonitruante qui tranche comme une lame dans le protocole hospitalier. Ces nouveaux personnages ne sont pas des rajouts, ils sont les pièces manquantes d’un puzzle que la première partie avait soigneusement préparé sans le compléter.
Ce que Beaussault réussit dans cette mécanique du retour, c’est de montrer que la ville n’est pas simplement un décor hostile opposé à la douceur rurale du Rocher. Elle est aussi le lieu où les solidarités inattendues se nouent, où Édouard croise Samantha dans un couloir d’hôpital et où deux existences que tout sépare trouvent un terrain commun inattendu. La cité broie, certes, mais elle fabrique aussi des liens de fortune, des alliances de couloir, des complicités nées dans les salles d’attente et les cafétérias d’hôpital. C’est cette ambivalence que le roman tient jusqu’au bout, refusant de condamner ou d’absoudre un espace social dont il préfère cartographier, avec une honnêteté constante, toute la complexité.
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Ce que dessine Monroe : l’art comme langage secret
Un stylo Bic noir, des cahiers noircis jusqu’aux coins, des feuilles griffonnées qui tapissent les murs d’une chambre. Monroe dessine avec la régularité et la nécessité de quelqu’un pour qui le trait est la seule forme de parole que personne ne peut confisquer. Des collines, des corbeaux, des épis de céréales, les mains calleuses de Madeleine, des truites aux pupilles noires croquées depuis les explications de Jacques, le visage riant de Janis Joplin reconstruit de mémoire lors d’une soirée de vinyles. Beaussault fait du dessin de Monroe bien plus qu’un trait de caractère pittoresque : c’est le système nerveux du personnage, la preuve tangible qu’une vie intérieure résiste là où tout concourait à l’étouffer.
Ce qui frappe dans la façon dont ce motif traverse le roman, c’est sa cohérence organique. Monroe ne dessine pas pour communiquer, du moins pas consciemment. Elle dessine parce que ses yeux enregistrent tout avec une précision photographique que ses lèvres closes ne restitueront jamais. Quand Étienne découvre les murs de la chambre couverts de feuilles griffonnées en arrivant sur les lieux, son regard s’arrête net. Il comprend avant même de pouvoir formuler ce qu’il comprend. Ces dessins sont un témoignage que la justice cherche dans les mots et que l’art a déjà rendu visible sous une autre forme. Beaussault installe ici une tension fascinante entre deux régimes de vérité, celui de l’institution qui réclame des aveux signés, et celui de l’image qui dit sans déposer.
Le pyrograveur que Jacques commande chez Claudette, les planches de chêne sur lesquelles Monroe s’entraîne pendant des heures sous le porche du chalet, représentent une étape supplémentaire dans cette évolution. Du crayon sur papier au fer sur bois, la marque devient permanente, irréversible, gravée dans la matière. Ce glissement discret dit quelque chose sur le chemin parcouru par Monroe entre son arrivée hagarde au Rocher et la jeune femme qui dompte le pyrograveur avec une pince et change de pointe sans aide. La Colline se referme sur cette conviction tranquille que l’art, même le plus humble, même tracé au Bic sur du papier arraché d’un cahier, est une forme de survie que rien ni personne ne peut tout à fait atteindre.
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Mots-clés : roman choral, silence, violence ordinaire, adolescence, art et survie, solidarité, territoire
Extrait Première Page du livre
« PROLOGUE
Sa tête brûlante retombe contre l’oreiller. Sur la taie, des cercles jaunes dessinent des auréoles de sueur autour de son visage hâve. Ses cheveux collent à ses tempes et une mèche brune lui barre la joue.
Une ombre surplombe le matelas sur lequel elle gît, les jambes écartées.
Une nouvelle secousse traverse son ventre aussi dur que la glace. De son corps sort un mugissement. Ses entrailles éruptent. Elle ne reconnaît plus sa voix, elle l’a oubliée. Elle se tait depuis trop longtemps. Une main recouvre son visage. Ses hurlements deviennent sourds. Elle se dégage, les doigts s’engouffrent dans sa bouche. Elle pourrait mordre mais elle promet d’être sage en acquiesçant. C’est une bête à bout de souffle. Un animal. Elle voudrait se mettre à quatre pattes. Ses mains tiennent son ventre car il veut se détacher de son corps. Son regard échoue contre le plafond blanc qui ne raconte rien. Elle entend des mots, jetés comme du sable dans ses yeux effarés.
Agrippés aux draps souillés, ses poings tordent le tissu dans tous les sens. Une nouvelle coulée de lave enflamme ses reins. L’ombre grandit, s’approche.
Elle, elle reste muette, docile. Brave bête. Elle doit pousser. Son corps dicte les injonctions. La menace des ombres meurt derrière le mur de souffrance.
La vague revient, elle l’asphyxie. Elle pousse. Son cri s’éteint. Son visage pyrétique est en feu. Son corps scié en deux. Sa tête rejetée en arrière.
Peut-être qu’on lui parle. Peut-être n’est-ce que le bruit de la télévision mise à plein volume.
Deux filets de salive maculent ses commissures blanchies sous l’effort de damnée. Elle est une mer démontée. Elle ferme les yeux. Quand elle les rouvre, des battements d’ailes noires irradient d’air frais son visage. Elle sourit aux plumes qui se détachent une à une et essuient son front de peine. Elles lui racontent qu’il faut continuer. »
- Titre : La Colline
- Auteur : Mathilde Beaussault
- Éditeur : Le seuil
- Nationalité : France
- Date de sortie : 2026
Résumé
Un samedi matin dans une cité de Rennes, un retraité descend ses poubelles et entend un bruit qui va tout bouleverser. Autour de cet événement déclencheur gravitent des voix multiples, pompier, sage-femme, policiers, voisins, chacune apportant sa lumière oblique sur une vérité que le roman refuse de livrer d’un seul bloc. Au centre de tout, Monroe, une adolescente silencieuse dont le passé se dévoile par fragments, entre une mère absente et une grand-mère guérisseuse perchée au sommet d’une colline bretonne.
La Colline est un roman choral qui explore avec une précision clinique les mécanismes du silence imposé, de la violence ordinaire et de la survie par l’art. Mathilde Beaussault construit un récit tendu entre deux géographies radicalement opposées, la cité urbaine et la nature sauvage du Rocher, pour mieux raconter le chemin intérieur d’une jeune femme qui ne parle pas mais dessine tout ce que les mots ne peuvent pas dire.
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Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.

































