Un agent dans l’ombre du crime
Pascale Dietrich pose d’emblée les cartes sur la table avec une audace qui interpelle : son héros, Anthony Barreau, n’est pas un agent littéraire ni un agent immobilier, mais un intermédiaire du crime organisé. Ce quinquagénaire impeccablement vêtu, installé dans le seizième arrondissement parisien, gère les contrats d’assassinat avec le professionnalisme d’un chasseur de têtes de la finance. Il recrute des tireurs d’élite, négocie les tarifs, encaisse sa commission de dix pour cent. L’auteure dépeint ce personnage avec une précision clinique qui fascine : Anthony a construit son existence sur la négation de son passé misérable, transformant la violence en business méthodique. Cette inversion des codes habituels du polar français constitue le premier coup de force du roman, où le criminel devient protagoniste sans pour autant basculer dans la glorification.
Le portrait d’Anthony révèle toute la subtilité de l’écriture de Dietrich. Cet homme qui dort à côté d’une photo de ses deux chiens, Papa et Maman, porte en lui les cicatrices d’une enfance calamiteuse. Son obsession pour les chemises blanches impeccables, son appartement du seizième arrondissement, son refus de toute attache humaine : autant de blindages contre un passé de foyers et de précarité. L’auteure ne cherche ni à excuser ni à condamner son personnage, elle l’expose dans toute sa complexité. Anthony incarne cette figure troublante du self-made-man criminel, celui qui a trouvé dans l’économie parallèle du meurtre une ascension sociale impossible ailleurs.
La mécanique narrative s’enclenche lorsqu’une mission tourne au désastre. Le jour où l’un de ses tueurs élimine par erreur le commanditaire lui-même, Anthony bascule du statut de chasseur à celui de proie. Titov, un ancien légionnaire devenu agent concurrent, lance ses hommes à ses trousses. Cette bascule transforme le roman : du thriller d’anticipation méticuleux, on glisse vers la course-poursuite haletante. Dietrich maîtrise ce basculement avec une fluidité remarquable, maintenant la tension tout en préparant le terrain pour le duo improbable qui va surgir. Le lecteur assiste à la chute programmée d’un empire criminel bâti sur le sable des apparences bourgeoises.
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Une comédie noire aux ressorts bien huilés
L’humour irrigue « L’agent » comme un contre-poison salvateur à la noirceur de son sujet. Pascale Dietrich pratique l’art délicat de la comédie noire avec une assurance qui évoque les grands noms du genre. Le rire surgit des situations les plus improbables : un tueur professionnel contraint de partager un mobil-home à Vierzon avec une septuagénaire en fuite, voilà qui relève du burlesque pur. L’auteure exploite ce décalage avec intelligence, sans jamais forcer le trait. Les dialogues pétillent d’une ironie mordante, particulièrement lorsque Anthony doit jouer le petit-fils attentionné devant les campeurs crédules. Cette dualité constante entre l’identité réelle du personnage et le rôle qu’il endosse génère des scènes d’une saveur singulière.
Le registre comique s’appuie également sur une galerie de seconds rôles mémorables. Olivier Lavoine, ce chef d’entreprise de la « digital detox » qui envoie ses clients stressés au camping de Vierzon, incarne à lui seul la satire d’une certaine France entrepreneuriale. Sa proposition de « cohabitation intergénérationnelle » comme solution miracle pour deux fugitifs désespérés confine à l’absurde génial. Dietrich excelle dans ces portraits en creux où quelques répliques suffisent à camper un univers entier. Le barman du club de tir, les voisins du camping, chaque apparition devient prétexte à un regard amusé sur les travers humains.
Cette veine comique n’affadit jamais la dimension policière du récit. Au contraire, elle crée une respiration nécessaire dans une intrigue où plane la menace permanente de la violence. L’alternance des tons permet à l’auteure de maintenir un rythme soutenu sans épuiser le lecteur. Quand Thérèse plante son couteau dans la table de son neveu pour signifier son refus d’aller en EHPAD, le geste possède à la fois une charge dramatique et une dimension théâtrale qui frôle le comique. Cette capacité à jouer sur plusieurs registres simultanément témoigne d’une maîtrise narrative affirmée. Le rire devient ici un outil narratif qui enrichit la lecture plutôt qu’il ne la détourne de son propos essentiel.
Deux fuyards, un improbable duo
La rencontre entre Anthony et Thérèse constitue le cœur battant du roman. D’un côté, un criminel trentenaire en chemise blanche qui fuit des tueurs professionnels. De l’autre, une septuagénaire propriétaire d’une agence matrimoniale en déroute, menacée d’internement en EHPAD par son neveu. Deux solitudes, deux révoltes contre un destin qu’on leur impose. Dietrich construit cette alliance contre nature avec une habileté remarquable, évitant les écueils du misérabilisme comme ceux de la caricature générationnelle. Leur cohabitation forcée dans un mobil-home devient le terrain d’expérimentation d’une solidarité inattendue entre deux êtres que tout sépare a priori.
Le génie de l’auteure réside dans sa capacité à tisser entre ces personnages des liens qui transcendent leurs différences. Anthony découvre en Thérèse une forme de combativité qui lui rappelle sa propre rage de survivre. La vieille dame, avec son passé d’indépendance farouche et son refus de se laisser enfermer, possède cette dignité intraitable qu’il reconnaît. Leurs échanges oscillent entre méfiance initiale et complicité grandissante, sans jamais verser dans le sentimentalisme facile. Quand Thérèse fume ses cigarillos en défiant les interdits, ou quand Anthony doit composer avec les exigences d’une colocataire inattendue, se dessine une cartographie des compromis nécessaires à toute vie commune.
Cette dynamique du duo improbable permet à Dietrich d’explorer des thématiques profondes sous couvert de comédie. L’isolement social, la précarité sous différentes formes, la quête d’autonomie face aux institutions : le roman aborde ces questions avec légèreté sans les vider de leur substance. Anthony et Thérèse incarnent deux visages de la marginalité, l’une choisie, l’autre subie. Leur alliance temporaire devient une forme de résistance commune contre les forces qui cherchent à les neutraliser. Le camping de Vierzon se transforme ainsi en sanctuaire provisoire où deux existences cabossées trouvent refuge, le temps que l’orage passe.
Vierzon comme planque inattendue
Le choix de Vierzon comme théâtre principal de l’action relève du coup de maître narratif. Qui irait chercher un intermédiaire du crime organisé parisien dans un camping du Centre-Val de Loire ? Dietrich transforme cette ville de province, souvent raillée dans l’imaginaire collectif français, en décor signifiant qui nourrit l’intrigue. Le camping de l’étang, avec ses mobil-homes alignés, sa buvette et son minigolf, devient un huis clos improbable où se joue une partie de cache-cache mortelle. L’auteure tire parti de ce décor modeste pour créer un contraste saisissant avec l’univers sophistiqué du seizième arrondissement dont Anthony est originaire. Les toiles cirées, les ventilateurs fatigués et les odeurs d’aiguilles de pin remplacent les appartements haussmanniens et les clubs de tir select.
Ce déplacement géographique permet à Dietrich d’explorer la France des invisibles, celle qui échappe aux radars médiatiques et aux ambitions criminelles des grands réseaux. Les campeurs croisés au fil des pages composent une humanité ordinaire : retraités en short, familles modestes en vacances, employés venus se ressourcer loin du stress urbain. Anthony, avec sa chemise blanche et ses manières policées, détonne dans ce paysage estival où règne une forme de bonhomie décontractée. L’auteure saisit avec justesse ces moments de vie quotidienne au camping, les barbecues partagés, les conversations anodines qui créent une illusion de normalité. Cette France-là, ni misérabiliste ni folklorique, sert d’écrin à une intrigue qui aurait pu se dérouler dans des décors plus convenus.
La dimension symbolique de Vierzon dépasse le simple effet comique. Cette ville représente l’anti-Paris par excellence, le territoire où les codes du monde criminel parisien perdent leur pertinence. Dans cet espace désynchronisé, Anthony doit réapprendre les gestes élémentaires d’une vie ordinaire. Faire les courses à la supérette, partager un mobil-home exigu, échanger des banalités avec les voisins de parcelle : autant d’épreuves pour celui qui avait construit son identité sur la distance et le secret. Vierzon devient ainsi le lieu d’une mise à nu forcée, où les certitudes s’effritent et où l’impensable devient possible.
La satire sociale au service du polar
Pascale Dietrich, sociologue de formation, infuse son roman d’un regard acéré sur les fractures de la société française contemporaine. La question des EHPAD traverse le récit comme une ligne de faille générationnelle. Thérèse refuse catégoriquement d’être placée dans ces établissements qu’elle perçoit comme des mouroirs déguisés. Les brochures découvertes chez son neveu, avec leurs promesses de manucures et de chasses aux œufs avec les enfants de maternelle, dégagent un parfum d’infantilisation qui révolte la vieille dame. L’auteure ne mène pas une charge frontale contre ces institutions, elle en expose simplement les mécanismes à travers le regard d’une femme qui a toujours privilégié son indépendance. Cette thématique résonne d’autant plus fort qu’elle s’inscrit dans l’actualité brûlante des débats sur la prise en charge du grand âge.
Le roman déploie également une critique des inégalités qui structure l’existence d’Anthony depuis l’enfance. Son parcours de fils de mère SDF contraint à un CAP « Agent de propreté et d’hygiène » dit tout de la reproduction sociale et de l’absence de perspectives offertes aux plus précaires. Dietrich n’a pas besoin de discours : quelques flashbacks suffisent à éclairer les motivations d’un homme qui a choisi le crime comme voie d’ascension. Le seizième arrondissement, les chemises blanches impeccables, l’appartement sans âme deviennent les trophées dérisoires d’une revanche sociale amorcée dans la violence. L’auteure capte cette France à plusieurs vitesses où coexistent les yorkshires choyés du XVI et les enfants abandonnés par les services sociaux à leur majorité.
La satire s’étend aux nouvelles modes urbaines avec le personnage d’Olivier Lavoine et son agence de « digital detox ». Ce chef d’entreprise qui vend de la déconnexion à prix d’or incarne une certaine bourgeoisie bohème prête à marchandiser le moindre malaise existentiel. Dietrich s’amuse de ces travers contemporains sans lourdeur moralisatrice. Son regard sociologique nourrit la trame policière plutôt qu’il ne la parasite. Les observations sur la France d’aujourd’hui, ses fractures territoriales, générationnelles et économiques, s’intègrent naturellement au flux narratif. Le polar devient ainsi le véhicule d’une réflexion plus vaste sur les mécanismes d’exclusion et de survie dans une société de plus en plus fragmentée.
Une galerie de personnages hauts en couleur
Au-delà du duo central, Dietrich peuple son récit de figures secondaires qui enrichissent considérablement la texture narrative. Alba Ferrari, ancienne championne de biathlon reconvertie en tireuse d’élite, incarne cette jeunesse sportive brutalement éjectée du système après un accident. L’auteure dessine avec finesse le portrait de cette athlète déchue qui cherche désespérément à retrouver la plénitude ressentie le doigt sur la détente. Son alcoolisme naissant, sa fascination pour Anthony qui lui rappelle son ancien agent sportif, sa violence contenue : autant de traits qui composent un personnage complexe, loin des clichés habituels de la femme fatale des polars. Alba apporte au roman une dimension de rage juvénile qui contraste avec la maîtrise calculée d’Anthony.
Lucienne, la secrétaire de l’agence matrimoniale, surgit dans le récit comme une bouffée d’air méditerranéen avec son fort accent pied-noir et sa passion pour les cures thermales. Son amitié indéfectible envers Thérèse témoigne de ces solidarités discrètes qui traversent les décennies. Dietrich lui prête des répliques savoureuses sur la liberté individuelle et le droit de se nourrir de salade de museau si tel est son bon plaisir. Ce personnage, qui pourrait n’être qu’une silhouette pittoresque, gagne en épaisseur par sa loyauté sans faille et son pragmatisme réjouissant. Elle incarne cette France populaire des petites gens qui tiennent bon malgré les tempêtes.
Du côté criminel, Titov l’ancien légionnaire biélorusse impose sa présence massive. Dietrich campe en quelques traits ce colosse au visage ravagé par un tir de roquette, accro à l’adrénaline et aux fusillades. Hadrien, le neveu de Thérèse, apparaît moins comme un méchant que comme le représentant d’une bienveillance étouffante, celle qui infantilise sous couvert de protection. Même les personnages fugaces laissent leur empreinte : Franck le barman du club de tir, les campeurs bavards, le jogger terrorisé dans les jardins de l’avenue Foch. Chacun apporte sa pierre à l’édifice d’un roman profondément ancré dans le réel social français. Cette capacité à croquer des caractères en quelques lignes révèle une auteure attentive aux détails humains qui font la saveur d’un récit.
Entre humour et noirceur : un équilibre maîtrisé
Dietrich pratique l’art périlleux de la tonalité mixte avec une dextérité qui évoque les meilleurs auteurs de comédies noires. Le roman bascule constamment entre séquences légères et moments de violence crue, sans que ces oscillations ne créent de rupture de rythme. Lorsque Anthony vise le yorkshire de son voisin dans son télescope en imaginant le deuil du seizième arrondissement, la scène fonctionne simultanément comme gag absurde et comme révélateur de sa rage sociale. Cette double lecture traverse l’ensemble du récit. L’auteure sait qu’un tueur professionnel contraint de jouer au minigolf pour préserver sa couverture possède une charge comique indéniable, mais elle n’oublie jamais que ce même homme a du sang sur les mains.
La gestion des scènes de violence témoigne d’une conscience aiguë des limites à ne pas franchir. Dietrich ne complait pas dans la description gore ni dans la glorification de l’action criminelle. Les fusillades surviennent avec brutalité, mais l’auteure privilégie leurs conséquences psychologiques plutôt que le spectacle de la mort. Cette retenue narrative renforce paradoxalement l’impact des moments de tension. Quand Alba menace le jogger dans les jardins de l’avenue Foch, c’est davantage le contraste avec le décor bourgeois et la terreur palpable du personnage qui frappent que la description de l’arme elle-même. Le danger rôde en permanence sous la surface comique du quotidien au camping.
L’équilibre tonal repose également sur une écriture alerte qui sait moduler son intensité. Les chapitres alternent entre séquences contemplatives où Anthony observe les campeurs et passages haletants de poursuite. Dietrich dose savamment les moments de respiration et les accélérations. Un dialogue savoureux entre Thérèse et Lucienne sur les méfaits de l’excès de salade de museau précède une scène où plane la menace d’une intervention musclée. Cette architecture narrative permet au lecteur de traverser des territoires sombres sans jamais sombrer dans l’oppression. Le rire devient une soupape de sécurité qui rend supportables les violences évoquées. L’humour n’édulcore pas la noirceur, il la rend paradoxalement plus perceptible en créant ce contraste permanent entre la trivialité du quotidien et la gravité des enjeux sous-jacents.
Quand le polar français sort des sentiers battus
« L’agent » s’inscrit dans une tradition du polar français tout en la malmenant avec une audace rafraîchissante. Là où le genre privilégie souvent les enquêteurs, Dietrich place le criminel au centre et en fait un protagoniste qu’on suit malgré ses actions répréhensibles. Cette inversion de perspective n’est pas nouvelle en soi, mais l’auteure la traite avec une originalité qui échappe aux poncifs du thriller sympathisant avec ses anti-héros. Anthony n’est ni romantisé ni diabolisé, simplement exposé dans sa vérité contradictoire d’homme qui a transformé la violence en gagne-pain. Le roman évacue également la figure tutélaire du policier : aucune enquête parallèle, aucun limier sur les traces du criminel. Seuls des tueurs poursuivent d’autres tueurs dans une économie parallèle de la mort.
Le choix narratif de la fuite plutôt que de l’affrontement direct distingue également ce roman des codes habituels du polar d’action. Anthony ne cherche pas à neutraliser ses ennemis dans une escalade de violence, il tente d’échapper à leur radar en se dissolvant dans l’ordinaire d’un camping provincial. Cette stratégie d’invisibilité par le bas contraste avec les ambiances urbaines et nocturnes qui dominent le genre. Dietrich déplace le terrain du jeu vers des espaces lumineux et familiaux où la menace se dilue dans la banalité estivale. Les barbecues et les parties de pétanque remplacent les parkings souterrains et les entrepôts désaffectés. Cette transposition géographique et sociale renouvelle les codes visuels du polar français en le confrontant à des décors inattendus.
L’hybridation générique constitue peut-être l’apport le plus stimulant du roman. Dietrich tisse ensemble polar, comédie de mœurs et chronique sociale sans que ces différentes strates ne s’annulent mutuellement. Le récit fonctionne aussi bien comme thriller haletant que comme observation satirique de la France contemporaine. Cette capacité à faire dialoguer des registres habituellement cloisonnés témoigne d’une ambition littéraire qui dépasse le simple divertissement. « L’agent » prouve qu’on peut mener une intrigue policière efficace tout en portant un regard documenté sur les inégalités, la vieillesse et les marges sociales. Le polar devient ici un outil d’exploration du réel plutôt qu’une simple mécanique de suspense, démontrant que le genre possède encore de beaux espaces à conquérir.
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Mots-clés : Polar français, Comédie noire, Duo improbable, Satire sociale, Crime organisé, EHPAD et vieillesse, Camping et province française
Extrait Première Page du livre
» Prologue
Paris, XVe arrondissement
Casque sur les oreilles, Anthony visait la cible avec son Magnum. Tirer l’apaisait, il avait toujours aimé ça. Il venait souvent à la Société des tireurs parisiens pour s’entraîner et faire des repérages. C’est ici qu’il avait trouvé Ghost Dog : il avait tout de suite capté son potentiel et, à présent, c’était l’un de ses meilleurs éléments. Avoir du flair est un métier et Anthony sentait tout de suite les types doués et le genre de missions dans lesquelles ils excelleraient. Une fois déniché un talent prometteur, il le formait, puis faisait office d’intermédiaire avec les commanditaires. Il négociait le contrat, transmettait les informations pour la mise en œuvre du service, et ce pour la modique commission de dix pour cent, comme tout agent qui se respecte. Au fond, son boulot consistait à mettre en relation des cerveaux planifiant des crimes et des doigts appuyant sur des gâchettes. Toute l’intelligence du système résidait dans ce montage, dont il était un rouage indispensable.
Il s’installa au bar face à une pression bien fraîche. Tout en trempant les lèvres dans la mousse, il se mit à observer les tireurs, essentiellement des flics, des chasseurs et des fanas d’armes à feu. Il les avait presque tous déjà vus, à l’exception d’un brun aux cheveux en brosse, le genre d’amateur qui avait appris à tirer dans les jeux vidéo. Puis son attention fut captée par une fille tout au bout de la salle, la vingtaine. Dès qu’il la vit lever un bras ferme et assuré, il sut qu’il avait affaire à une experte. Le geste pur, parfait, fruit d’une inlassable répétition. La balle se logea en plein dans le mille, avec grâce et élégance. Il n’avait jamais vu une telle précision. Il ne la lâcha plus des yeux, en oubliant sa bière qui tiédissait. Elle enchaînait les cartons avec une régularité irréprochable. Une pépite.
– Vous l’avez déjà vue ? demanda-t-il au barman en la désignant du doigt.
– C’est une nouvelle. Mignonne, hein ?
Anthony hocha la tête. Avec un élément comme ça dans son portefeuille, il pourrait rivaliser avec les agents les plus renommés. Même cet enfoiré de Titov ferait pâle figure avec ses tueurs des pays de l’Est. Il continua d’observer la tireuse à la dérobée. «
- Titre : L’agent
- Auteur : Pascale Dietrich
- Éditeur : Éditions Liana Levi
- Nationalité : France
- Date de sortie : 2024
Résumé
Anthony Barreau mène une vie impeccable dans le seizième arrondissement parisien. Derrière ses chemises blanches se cache un agent criminel qui gère les contrats d’assassinat pour une commission de dix pour cent. Mais lorsqu’une mission tourne au fiasco et qu’un caïd redoutable se retourne contre lui, il doit fuir au plus vite. Sa planque ? Un camping à Vierzon, en compagnie d’une vieille dame en cavale.
Thérèse, septuagénaire propriétaire d’une agence matrimoniale, refuse catégoriquement d’être placée en EHPAD par son neveu. Pour échapper à l’internement, elle accepte de partir avec cet inconnu mystérieux qui se fait passer pour son petit-fils. Dans ce mobil-home improbable, deux solitudes se croisent, deux révoltes se répondent, et une comédie noire se déploie entre barbecues de camping et menaces criminelles.

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.

























