Philomène Frébault et Écris-le ou les Mémoires du Maître du Monde : dans la tête d’un criminel omniscient

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Écris-le ou les Mémoires du Maître du Monde de Philomène Frébault

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Un criminel en confession

Philomène Frébault choisit d’emblée un pari narratif audacieux : confier la parole au criminel lui-même. Xuan Xiong, chef de la Griffe d’Or, organisation qui regroupe l’ensemble des triades chinoises, s’adresse au lecteur depuis les pages de ses propres mémoires, rédigées dans le secret absolu. Ce dispositif de la confession volontaire mais jalousement gardée installe une tension particulière, presque voyeuriste : on pénètre dans l’intimité d’un homme qui a horreur de se livrer, et qui pourtant écrit. Cette contradiction fondatrice donne au roman sa couleur singulière, quelque part entre le journal intime et le testament d’un conquérant.

Ce qui frappe immédiatement, c’est la voix. Sèche, précise, hautaine, la prose de Xuan Xiong sonne comme un rapport d’état-major autant que comme un aveu. L’auteure cisèle un narrateur dont l’arrogance n’est jamais grossière, mais distillée avec une économie remarquable. Il se décrit lui-même, note ses propres contradictions avec un détachement clinique, et cette froideur calculée rend le personnage fascinant bien avant que l’intrigue ne déploie toute sa mécanique. On est loin du criminel hollywoodien qui s’épanche ; Xuan Xiong concède, il ne se confesse pas vraiment, et cette nuance change tout.

Le cadre géographique et social, ancré dans la City londonienne et dans l’univers des multinationales high-tech, ancre le récit dans une modernité crédible. La Griffe d’Or ne ressemble pas aux représentations convenues du crime organisé : elle opère depuis des gratte-ciels en verre, à coups de contrats gouvernementaux et de logiciels espions. Frébault construit ainsi, dès l’ouverture, un univers cohérent où la criminalité se drape d’une respectabilité de façade, et où la frontière entre le monde des affaires légal et ses marges illicites devient volontairement floue. C’est précisément dans cet interstice que le roman installe son propos.

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Écris-le ou les Mémoires du Maître du Monde Philomène Frébault
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L’empire Jiao : quand la technologie devient arme

Au cœur du roman se déploie une mécanique de domination aussi sophistiquée qu’inquiétante. Jiao, la multinationale informatique de Xuan Xiong, n’est pas simplement une entreprise prospère : elle constitue le bras armé invisible d’une volonté de contrôle planétaire. Smartphones, caméras de surveillance, logiciels publicitaires, l’auteure construit avec une précision d’horlogère un écosystème technologique entièrement au service d’un seul homme. Le logo en forme de dragon stylisé que le monde entier reconnaît dissimule, derrière son esthétique épurée, une infrastructure d’espionnage d’une portée vertigineuse.

L’élément le plus saisissant de cet arsenal reste Sogar, anagramme d’Argos, le géant aux cent yeux de la mythologie grecque. Ce logiciel espion, installé silencieusement sur chaque appareil Jiao commercialisé, capte appels, fichiers, mots de passe et géolocalisations à l’insu de ses utilisateurs. Frébault adosse sa fiction à une réalité technologique parfaitement plausible, ce qui lui confère une résonance troublante. Puis vient Vadim, le supercalculateur capable d’ingérer et de trier des milliards de données en temps réel, portrait numérique de l’humanité entière réduite à des flux d’informations exploitables. La romancière démontre une maîtrise solide des enjeux contemporains liés à la surveillance de masse, qu’elle intègre à la narration sans jamais verser dans le traité technique.

Ce qui rend cette dimension particulièrement efficace sur le plan romanesque, c’est que Frébault ne se contente pas de décrire un système : elle en montre les rouages humains. Les ingénieurs de Shenzhen, les attachés commerciaux envoyés démarcher des milliardaires récalcitrants, les contrats conclus avec des gouvernements avides de vidéosurveillance, tout ce réseau d’acteurs donne chair à une entreprise criminelle qui se confond avec le capitalisme mondialisé. Xuan Xiong s’enrichit en vendant au monde les outils mêmes qui lui permettent de le surveiller, et cette ironie grinçante traverse le roman comme une ligne de force. L’empire Jiao devient ainsi la métaphore d’un pouvoir moderne qui n’a plus besoin de la violence pour s’exercer, mais qui s’infiltre, discret et omniscient, dans chaque poche et sur chaque bureau.

Xuan Xiong, portrait d’un prédateur

Cheveux gris perle gominés, lunettes rondes cerclées d’or, regard qualifié d’insoutenable par ceux qui l’ont croisé, Xuan Xiong s’impose comme l’une des figures les plus élaborées que le roman noir francophone ait produites ces dernières années. Frébault prend le temps de construire son personnage depuis l’enfance, depuis la Chine populaire et ses zones d’ombre familiales, depuis une violence originelle qui explique sans jamais excuser. Ce travail de genèse psychologique ancre la monstruosité du personnage dans une trajectoire humaine reconnaissable, ce qui le rend bien plus troublant qu’un archétype de vil criminel sorti de nulle part.

Ce qui distingue véritablement ce portrait, c’est la cohérence interne du personnage. Xuan Xiong ne se contredit jamais, il évolue. Son rapport aux arts martiaux, pratiqués non comme discipline philosophique mais comme outil d’écrasement, dit tout de sa vision du monde : chaque relation est une hiérarchie, chaque rencontre une évaluation de la menace potentielle. Même son rapport aux animaux, sincèrement tendre, révèle en creux son mépris des hommes, jugés trop serviles, trop calculateurs, trop prévisibles. Frébault joue habilement de ces contrastes pour livrer un être dont la dureté absolue côtoie des failles soigneusement murées, rendant chaque moment d’humanité d’autant plus inattendu.

La question de l’identité traverse également ce portrait avec une persistance significative. Xuan Xiong jongle entre deux noms, deux cultures, deux langues, assumant une fluidité identitaire qui lui confère une insaisissabilité supplémentaire. Il est chinois de naissance, britannique d’adoption, criminel de vocation et homme d’affaires de façade. Cette multiplicité n’est pas un simple artifice narratif : elle reflète la complexité d’un individu qui a construit sa puissance précisément sur l’impossibilité qu’ont les autres à le cerner. Philomène Frébault réussit ainsi le tour de force de rendre son narrateur à la fois parfaitement lisible pour le lecteur, qui accède à ses pensées les plus intimes, et totalement opaque pour les personnages qui l’entourent. Un prédateur dont on voit les griffes sans jamais pouvoir les saisir.

Les hommes de l’ombre

Autour de Xuan Xiong gravite une constellation de personnages secondaires dont la richesse individuelle évite au roman tout manichéisme sommaire. Alexander, surnommé Saphir au sein de la Griffe d’Or, incarne à lui seul une certaine idée de la séduction corrompue : grand, élégant, doté de dents étincelantes et d’un charme prédateur, ce génie de l’informatique porte en lui une conscience aussi défaillante que son intelligence est brillante. Frébault le construit comme un miroir déformant de son maître, partageant ses ambitions sans en posséder ni la froideur maîtrisée ni la profondeur cynique. Sa coiffure Ivy League impeccablement gominée dit quelque chose de cet homme, soucieux des apparences jusqu’à l’excès, séducteur par calcul autant que par nature.

Klin, lui, occupe une place singulière dans l’économie affective du roman. Responsable de la loi et de la justice au sein de la Griffe d’Or, ce personnage dont le surnom renvoie au Qilin de la mythologie chinoise, créature légendaire associée à la fois à la bienveillance et au châtiment, introduit une dimension symbolique que Frébault cultive avec soin. Son lien avec Xuan Xiong dépasse la simple hiérarchie criminelle pour toucher à quelque chose de plus trouble, de plus personnel. La mythologie convoquée par son nom n’est pas ornementale : elle ancre le personnage dans un imaginaire plus vaste, où les destins individuels résonnent avec des archétypes millénaires.

Bornéo, quant à lui, représente peut-être la figure la plus énigmatique de ce premier versant du roman. Secrétaire de Xuan Xiong, cet homme à l’étrange physique d’homme-enfant, croisé lors d’une réception sur la terrasse du gratte-ciel Jiao, exerce sur son maître une fascination que ce dernier peine à analyser froidement. Dans un univers où chaque relation se mesure à l’aune de l’utilité et du rapport de force, Bornéo introduit une variable que Xuan Xiong ne sait pas tout à fait contrôler. Frébault place ainsi, au cœur d’une mécanique de domination apparemment sans faille, un grain de sable dont on pressent qu’il pourrait gripper l’ensemble de l’engrenage.

La retraite africaine, ou l’envers du pouvoir

Au cœur de la réserve camerounaise du Dja, cinquante hectares de forêt dense, une villa coloniale blanche aux coursives ouvertes sur la brise tropicale, un héliport taillé dans la végétation : Frébault installe son personnage dans un décor qui dit, mieux que n’importe quelle confession, la nature profonde de Xuan Xiong. Cet homme qui règne sur les métropoles mondiales depuis des gratte-ciels en verre choisit pour refuge un territoire inaccessible aux voitures, gardé par des guides camerounais et des caméras solaires fixées aux troncs d’arbres. La retraite africaine n’est pas une escapade exotique : c’est l’espace où le masque tombe, où le Maître du monde redevient simplement un homme seul avec lui-même.

C’est ici que le roman révèle l’une de ses dimensions les plus inattendues. Xuan Xiong, dont le cœur reste fermé aux êtres humains comme une citadelle d’acier, éprouve pour les animaux une tendresse authentique et désarmante. Les perroquets gris du Gabon, les drills, les crocodiles de sa propriété, tous bénéficient d’une attention que ses collaborateurs ne recevront jamais. Frébault exploite ce paradoxe avec intelligence : la même sensibilité que Xuan Xiong refuse d’accorder aux hommes, il la réserve intégralement au règne animal, comme si la cruauté et la douceur coexistaient en lui sans jamais vraiment se mélanger. Cette faille affective, loin d’humaniser le personnage de manière facile, complexifie encore davantage un portrait déjà riche en contradictions.

La réserve du Dja fonctionne également comme un révélateur narratif. C’est dans cet espace retiré du monde, précisément là où Xuan Xiong se croit le plus à l’abri, que surgissent certaines des menaces les plus directes contre sa personne. L’isolement absolu qu’il a soigneusement construit se retourne contre lui, rappelant que la toute-puissance a ses angles morts. Frébault réussit à transformer ce cadre naturel spectaculaire en véritable espace dramatique, où la jungle devient métaphore d’une imprévisibilité que ni Vadim ni aucun logiciel espion ne peut véritablement dompter. La forêt camerounaise répond à sa propre logique, et c’est précisément cette logique-là qui échappe au Maître du monde.

L’or noir et l’alchimiste

Elie Amaragda fait son entrée dans le roman comme une gifle. Magnat du pétrole à la tête de la Darshan Trust Petroleum, cet homme refuse d’emblée de se laisser impressionner par la réputation de Jiao, envoie valdinguer une mallette de caméras du haut de quatre cents mètres sans sourciller, et exige de rencontrer le PDG en personne, lui dont les tractations ne se font qu’exclusivement par intermédiaires. Dans un récit peuplé de subordonnés soumis et d’adversaires rapidement neutralisés, Amaragda représente quelque chose de rare : une résistance frontale, sans calcul apparent, portée par une ego aussi démesuré que celui de Xuan Xiong lui-même. Frébault réussit en quelques scènes à installer ce personnage comme une force narrative à part, dont la brutalité désinvolte tranche avec la sophistication froide du Maître du monde.

La figure de Finor, l’alchimiste, opère quant à elle sur un registre radicalement différent. Inconnu de tous, sans visage identifiable ni identité vérifiable, cet adepte sollicitant des conseils juridiques auprès de l’avocat de Xuan Xiong intrigue précisément parce qu’il échappe au système de surveillance omniscient que Vadim incarne. Là où Amaragda résiste par l’excès et la démonstration, Finor résiste par l’effacement total. Frébault joue habilement de ce contraste pour introduire une nouvelle dimension dans son roman : celle du mystère pur, d’une énigme qui ne se laisse pas réduire à des données collectables ni à des pensées captables. L’alchimiste représente ainsi ce que le pouvoir technologique absolu de Xuan Xiong ne peut pas encore atteindre.

Ces deux figures, l’une tonitruante et l’autre insaisissable, élargissent considérablement la géographie humaine du roman. Jusque-là centré sur l’univers de la criminalité organisée et de la haute technologie, le récit s’ouvre soudainement vers le monde de l’énergie pétrolière et celui, plus mystérieux encore, de pratiques aux confins de la science et de l’ésotérisme. Frébault tisse ainsi plusieurs strates narratives qui s’enrichissent mutuellement, donnant à l’ensemble une densité que les seuls arcanes de la Griffe d’Or n’auraient pas suffi à produire. Le roman gagne en profondeur ce qu’il aurait pu perdre en lisibilité, preuve d’une architecture romanesque maîtrisée.

Bornéo, l’énigme au cœur du récit

Une terrasse de gratte-ciel, un soir de juin 2006, un homme en smoking blanc aux revers satinés qui ne parle pas, n’affiche aucune des arrogances mondaines habituelles, et dont la seule présence silencieuse capte l’attention du Maître du monde comme un aimant. Bornéo surgit dans le roman avec la force tranquille des personnages qui n’ont pas besoin de s’imposer pour s’installer durablement. Frébault prend soin de décrire cette première rencontre avec une précision quasi picturale, contrastant le smoking blanc et les cheveux d’un noir absolu, l’apparente jeunesse du visage et la profondeur du regard, la modestie des gestes et l’inoubliable impression laissée. Dans un univers où tout se calcule et se jauge, Bornéo résiste à la classification, et c’est précisément cette résistance qui le rend indispensable à la mécanique narrative.

Ce qui fascine dans ce personnage, c’est l’écart constant entre ce qu’il semble être et ce qu’il révèle progressivement. Secrétaire de Xuan Xiong, il occupe formellement une position subordonnée, mais son influence réelle déborde largement ce cadre. Il prend des initiatives, formule des idées, démarche des clients de son propre chef, et son maître le laisse faire, troublé par une forme d’ascendant qu’il ne s’explique pas tout à fait. Frébault installe ainsi une tension subtile entre les deux hommes, non pas une tension de rivalité ouverte, mais quelque chose de plus diffus, une interdépendance que Xuan Xiong ressent sans pouvoir la nommer, lui qui nomme et catégorise tout avec une précision chirurgicale.

La prophétie ancienne du Maître des Encens, rappelée à plusieurs reprises dans le récit, plane au-dessus de cette relation comme une menace à géométrie variable. Xuan Xiong la redoute, la surveille, tente de la déjouer par anticipation, sans jamais tout à fait réussir à dissoudre l’inquiétude qu’elle engendre. Bornéo devient ainsi le point de convergence de toutes les tensions du roman : entre puissance et vulnérabilité, entre contrôle et imprévisibilité, entre le froid calcul du Maître du monde et quelque chose d’irréductible que ni Sogar ni Vadim ne sauront jamais capturer. Frébault a placé son personnage le plus énigmatique exactement là où il fallait, au centre de la citadelle.

Les mémoires d’un maître du monde, miroir de notre époque

Derrière le vernis du roman noir et de la fiction criminelle, Écris-le ou les Mémoires du Maître du Monde porte un regard acéré sur des réalités que notre époque connaît intimement : la surveillance de masse, la porosité entre multinationales et États, la toute-puissance des algorithmes qui orientent nos comportements sans que nous en ayons conscience. Frébault ne brandit pas ces thèmes comme des slogans, elle les fait vivre à travers les actes et les raisonnements d’un seul homme, ce qui leur confère une force narrative bien supérieure à celle d’un essai ou d’un pamphlet. Xuan Xiong vend au monde les outils de sa propre surveillance, et le monde achète avec enthousiasme. La fiction, ici, a le mauvais goût de ressembler au réel.

Le roman s’inscrit par ailleurs dans une réflexion plus intemporelle sur la nature du pouvoir absolu et ses limites inhérentes. Qu’il s’agisse de la prophétie qui hante Xuan Xiong malgré tout son arsenal technologique, des angles morts que la jungle camerounaise révèle, ou de ces personnages qui résistent à la réduction en données, Frébault suggère avec constance qu’aucun système de contrôle, aussi sophistiqué soit-il, ne peut véritablement épuiser la complexité humaine. Cette idée traverse le roman comme une conviction tranquille, jamais formulée explicitement, toujours présente en filigrane. C’est la marque d’une écriture qui fait confiance à son lecteur pour extraire le sens sans se le voir servi sur un plateau.

Enfin, Écris-le s’impose comme une entrée remarquée dans la série Confidences de l’Ombre, dont il partage l’univers avec d’autres volumes explorant des destins croisés sous des angles différents. Ce premier contact avec Xuan Xiong laisse le lecteur dans un état particulier, celui qu’on éprouve après avoir côtoyé longuement quelqu’un de dangereux et de fascinant : une curiosité mêlée d’un léger malaise, l’envie de continuer à observer depuis une distance raisonnable. Philomène Frébault a construit un roman dont la puissance tient moins aux rebondissements qu’à la densité de son personnage central, et c’est précisément ce pari-là, ambitieux et cohérent, qui donne à cette œuvre sa résonance durable.

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Mots-clés : roman noir, crime organisé, antihéros, surveillance de masse, triades chinoises, thriller technologique, Philomène Frébault


Extrait Première Page du livre

« 1. Jeunesse et ascension

Heureux mortel l’être privilégié qui aura l’insigne honneur de consulter ces pages – si une personne hérite un jour de ce privilège –, car je mettrai tout en œuvre afin qu’aucun être humain n’y parvienne. Combien d’individus s’arracheraient mes mémoires afin de déchiqueter avec bonne conscience mon intimité ! Les hommes, tout à la fois prédateurs et pitoyables, forment l’une des plus serviles espèces. Tout du moins, telle était mon abrupte conception jusqu’à ce que je change d’opinion sur un homme que j’ai, hélas ! longtemps méconnu et déprécié. Bon sens ou folie qui me dicte de rédiger ces pages, je l’ignore, car j’ai toujours eu en horreur de me confier. Aussi, que les foudres du Ciel s’abattent sur ceux qui violeraient ce carnet tels des bandits malfaisants pour découvrir les affres du chef de la Griffe d’Or et s’en réjouir !

Je détiens le pouvoir suprême sur la plus puissante organisation criminelle de ce siècle. Regroupant toutes les triades chinoises[1], elle porte ce nom aussi évocateur qu’onirique : la Griffe d’Or. Son nom seul fait trembler chaque individu sur cette Terre. Je suis Xuan Xiong 玄 雄 (en pinyin : Xuán Xióng), plus populaire sous l’appellation européanisée de Xiong Xuan. Dois-je me présenter et réaliser un autoportrait ? Mes photos peuplent les journaux des dernières décennies, exposées à la vue de tous. On me connaît si bien… Lorsque je laisse mon regard errer sur l’image de ma personne qui s’offre dans le miroir, je vois toujours le même individu : un homme d’affaires mince, de taille moyenne, à l’allure raffinée, aux cheveux gris perle gominés. Mon visage typiquement chinois pourrait vous amener à me juger plutôt ordinaire, excepté mon énigmatique regard filtrant au travers de lunettes rondes cerclées d’or. Beaucoup ont qualifié ce dernier d’insoutenable et d’animal. Peut-être parce qu’il reflète tous mes crimes et qu’il entraîne ses observateurs dans la spirale de mon caractère implacable… Quoi qu’il en soit, la vie n’a pas laissé sur mes traits l’empreinte de son temps. Ceux-ci semblent s’être figés à mes quarante-huit ans dans une éternelle jeunesse. Et pourtant, la vie a inscrit dans mes veines les sillons de ses coups du sort… »


  • Titre : Écris-le ou les Mémoires du Maître du Monde
  • Auteur : Philomène Frébault
  • Éditeur : Auto-édition
  • Nationalité : France
  • Date de sortie : 2023

Résumé

Xuan Xiong, PDG de Jiao, géant mondial de l’informatique installé à Londres, est aussi le chef de la Griffe d’Or, organisation criminelle qui fédère l’ensemble des triades chinoises. Dans ses mémoires rédigés dans le plus grand secret, il retrace son ascension depuis une enfance difficile en Chine jusqu’aux sommets d’un pouvoir planétaire bâti sur un réseau d’espionnage technologique sans précédent, où smartphones et logiciels espions servent autant à s’enrichir qu’à neutraliser tout adversaire potentiel.
Autour de lui gravitent des figures aussi complexes qu’ambiguës : Alexander, le génie informatique au charme corrompu, Klin, le justicier aux références mythologiques, et surtout Bornéo, mystérieux secrétaire dont la présence trouble profondément un homme pourtant habitué à tout contrôler. Tandis que la Griffe d’Or atteint son apogée et que Xuan Xiong devient la première fortune mondiale, une ancienne prophétie ressurgit, des menaces inattendues se précisent, et l’alchimiste Finor, insaisissable et sans visage, vient perturber l’ordre d’un empire que son maître croyait indestructible.


Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


2 réflexions au sujet de “Philomène Frébault et Écris-le ou les Mémoires du Maître du Monde : dans la tête d’un criminel omniscient”

  1. Je salue la profondeur de votre analyse, Manuel ! Votre lecture, aiguisée par six décennies d’exigence, ne se contente pas d’effleurer « Écris-le ou les Mémoires du Maître du Monde ». Elle en cartographie les rouages avec une rigueur d’exception.
    La cohérence du système, la mécanique des protagonistes, les tensions enfouies : tout ceci trouve dans votre article une portée qui éclaire pleinement l’architecture du livre et de la saga Confidences de l’Ombre.
    Vous avez su décoder l’essence même de Xuan Xiong, ce prédateur dont la froideur et l’empire technologique Jiao masquent des gouffres intérieurs et une ambivalence que j’ai tant aimé explorer.
    Il est significatif de voir la densité de cette œuvre et de ses multiples personnages ainsi mise en lumière. C’est une immense satisfaction de constater que les méandres de mon narrateur trouvent en votre plume un écho si juste 🐊✨.

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    • Merci, Philomène, pour ce retour aussi généreux que précis. Xuan Xiong est de ces personnages qui résistent à une lecture rapide : sa froideur de façade, l’empire Jiao comme armure, et derrière tout cela des gouffres que vous avez pris soin de ne jamais refermer complètement. C’est précisément cette ambivalence qui rend le personnage si redoutable et si fascinant à décortiquer.

      La saga Confidences de l’Ombre possède une architecture suffisamment dense et cohérente pour que la chronique s’écrive presque d’elle-même, à condition de lui accorder l’attention qu’elle mérite. Je suis ravi que cette lecture ait su restituer l’essence de votre travail. 🐊✨
      Manuel

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