Interview d’Arttu Tuominen auteur finlandais

Interview de Arttu Tuominen auteur finlandais

Top polars à lire absolument

Fractures du réel de Fabrice Mannucci
La disparue du lac boreal de Cathy Galiere
Brasier de Alexandre Genestar

Arttu Tuominen : le polar finlandais au fil de l’eau sombre

Né à Pori en 1981, sur la côte ouest de la Finlande, Arttu Tuominen n’était pas destiné à l’écriture. Ingénieur environnemental de formation, titulaire d’un diplôme en technologie de l’environnement, il vit toujours dans sa ville natale, ce delta du fleuve Kokemäenjoki qui se jette dans le golfe de Botnie et qui irrigue toute son œuvre. C’est cette géographie intime, faite d’eau et de vase sombre, qui a donné son nom à sa série la plus célèbre, baptisée « Delta ».

Sa consécration arrive avec Le Serment, premier volet d’une série mettant en scène les enquêteurs de la brigade criminelle de Pori. Le roman décroche le Grand Prix finlandais du meilleur polar 2020 et se retrouve finaliste du prestigieux Prix Clé de verre 2021 du meilleur polar scandinave, une distinction qui a couronné avant lui des maîtres du genre comme Stieg Larsson, Jo Nesbø ou Arnaldur Indridason. Un autre titre de la série, La Revanche, lui vaudra le Prix Palle Rosenkrantz, décerné par l’Académie danoise des auteurs de romans policiers.

Ce qui distingue Tuominen dans le paysage nordique, c’est sa manière d’ouvrir une brèche dans la surface lisse des sociétés scandinaves pour en laisser remonter les ombres. Chaque roman s’empare d’un sujet brûlant, de la proximité passée de la Finlande avec le nazisme aux menaces contemporaines qui rôdent sur Internet. Sa voix se reconnaît à sa sobriété, une écriture qui laisse affleurer la noirceur sans jamais la souligner, portée par une narration chorale, des allers-retours entre passé et présent et une plongée profonde dans la psyché tourmentée de ses enquêteurs.

Aujourd’hui traduit dans de nombreux pays, salué par la critique comme par le public, Arttu Tuominen s’est imposé comme l’une des grandes figures du polar finlandais actuel. Après avoir chroniqué deux de ses romans sur Le Monde du Polar, dont La Honte, glaçante plongée dans les zones sombres du numérique et de l’enfance, c’est un plaisir de lui donner la parole dans les lignes qui suivent.

L’interview questionnaire de Marion Cabrol

Vous écrivez à la main ou au clavier ?
Les deux. J’écris souvent à la main quand je voyage. La version finale, elle, est toujours composée sur ordinateur.

Plutôt lève-tôt ou couche-tard ?
Couche-tard. Sans aucun doute 🙂

Qu’est-ce qui vous pousse à écrire ?
J’ai toujours aimé les histoires, les écrire comme les lire. J’étais déjà un dévoreur de livres enfant et je rêve de publier un livre depuis l’âge de sept ans. J’ai une imagination débordante et j’ai envie de partager mes histoires avec les autres.

À quelle fréquence écrivez-vous vos livres ?
Je m’efforce d’écrire tous les jours, mais je m’accorde souvent une pause de quelques semaines en été. Ma règle est d’écrire au minimum 500 mots par jour.

Votre plus belle émotion d’auteur ?
Question difficile. J’ai vécu quantité de moments merveilleux comme écrivain. Le plus beau reste les rencontres et les collaborations avec des gens formidables, doués, talentueux.

Le livre qui vous a le plus marqué ?
À mes yeux, la trilogie de Väinö Linna, Ici, sous l’étoile polaire, est le plus magnifique texte de l’univers. Je l’ai relue de nombreuses fois. Elle raconte la naissance de la société finlandaise.

Votre recherche la plus bizarre sur Google pour un livre ?
Haha, excellente question. J’ai toujours plaisanté en disant que la police de sûreté finlandaise me surveille, parce qu’il m’arrive de chercher comment fabriquer une bombe, des armes, des drogues.

Votre lieu de crime idéal ?
Pour moi, le crime n’est jamais l’aspect le plus important de l’écriture. Ce qui compte avant tout, ce sont les personnages et leur psychologie. Le crime n’est qu’un moyen de réunir mes personnages. J’aime les mettre en mauvaise posture, puis observer comment ils s’en sortent, ou s’ils s’en sortent.


D’autres interviews A lire aussi

Votre arme du crime préférée ?
Tout ce qui se trouve à portée de main 🙂

Vos propres intrigues vous font-elles peur ?
J’écris souvent sur ce qui me fait peur. L’écriture est un bon moyen de digérer ses angoisses et d’apprendre à vivre avec. Mes sujets sont souvent de nature sociale. La Finlande est le pays le plus heureux du monde (pour la neuvième année consécutive), mais notre société n’a rien de parfait.

Votre pire cauchemar d’auteur ?
Le travail d’un écrivain est fait d’incertitude. On travaille dans la solitude, seul avec ses pensées, sans savoir si cela va aboutir. Chaque fois, je redoute de décevoir mes lecteurs et d’échouer.

Si vous étiez le méchant, quel serait votre métier ?
Quelque chose de discret. Dans mon nouveau livre, le protagoniste tient la caisse d’une petite boutique.

Crime parfait au supermarché : dans quel rayon ?
Au rayon boucherie, peut-être ? 🙂

Sans le polar, quel genre littéraire choisiriez-vous ?
Je lis beaucoup de choses en dehors des romans policiers. J’aime le drame et même les romans sentimentaux. Je choisirais sans doute le roman historique.

Le livre dont vous êtes le plus fier ?
Je suis fier de tous mes livres. Le plus important d’entre eux reste peut-être mon premier, Muistilabyrintti (2015). Ce n’est sans doute pas mon meilleur, mais sans lui je n’aurais jamais rien publié d’autre.

Où vous sentez-vous chez vous ?
En mer. La mer a toujours compté pour moi, elle est une source d’équilibre intérieur. J’ai un petit bateau à moteur. Dès que j’ai un peu de temps, je prends le large. En mer, je me sens maître de moi-même, et tout se joue ici et maintenant. Quand j’ai des soucis ou des inquiétudes, je vais sur le rivage regarder les vagues. En général, je me sens mieux immédiatement.


En guise de conclusion, y a-t-il quelque chose que vous aimeriez partager avec nos lecteurs ? Une actualité, un nouveau projet qui vous passionne, une œuvre à paraître ou un événement spécial que vous souhaiteriez mettre en lumière, un prix reçu, une dédicace ou un salon ?

J’écris actuellement la trilogie Chrystal. Le premier volet, Alec, paraîtra en France cet automne. Le deuxième tome de la série, Hydra, se déroulera en partie dans la banlieue parisienne. La trilogie explore les thèmes de l’argent, de l’addiction et de la diversité des destins humains. J’attends avec impatience de voir comment les livres seront reçus en France !

Plus d’infos sur Instagram : @arttujtuominen

D’autres articles d’Arttu Tuominen

La honte d'Arttu Tuominen
La honte Arttu Tuominen
Le Serment d'Arttu Tuominen
Le Serment Arttu Tuominen
Interview de Arttu Tuominen auteur finlandais
Interview de Arttu Tuominen auteur finlandais

Je m’appelle Manuel et je suis passionné par les polars depuis une soixantaine d’années, une passion qui ne montre aucun signe d’essoufflement.


Laisser un commentaire